L'Engrenage (film, 1998)

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L'Engrenage (Kurz und schmerzlos, ce qu'on peut traduire par «court et sans douleur ») est un film allemand réalisé par Fatih Akin, sorti en 1998.

Synopsis[modifier | modifier le code]

A Altona, une banlieue de Hambourg en Allemagne, Gabriel le Turc, Bobby le Serbe et Costa le Grec sont trois petits voyous d'une vingtaine d'année, liés par une forte amitié.

Gabriel sort de deux ans de prison, et voudrait recommencer une vie honnête : il rêve de réunir assez d'argent en travaillant pour aller s'installer en Turquie. Pendant qu'il était en prison, ses deux amis ont continué leurs larcins, Costa vole toujours et Bobby fait toujours du recel.

Mais Bobby voit plus grand : voulant imiter son héros, Tony Montana dans Scarface, il veut se mettre au service d'un mafieux albanais, pensant ainsi entamer son ascension dans le milieu. Bobby a une petite amie, Alice, une belle fille issue d'un milieu différent. Elle arrive à accepter Bobby comme il est, mais lorsqu'elle apprend que le chef mafieux qu'il s'est choisi comme patron est un proxénète, elle se fâche avec Bobby et est alors attirée par Gabriel.

Costa, quant à lui, s'est fait larguer par sa petite amie, Ceyda, la soeur de Gabriel. Celle-ci s'est tournée vers un garçon ayant des activités plus honnêtes et stables. Gabriel encourage Costa à prendre un emploi au tri postal, mais celui-ci vole un paquet. Le pendentif qu'il contient est une croix, et Costa y voit un signe du ciel indiquant qu'il lui faut arrêter de voler.

Pendant ce temps, Bobby demande à son chef mafieux qu'il lui confie un marchandage d'armes. Le mafieux refuse dans un premier temps, le jugeant trop peu expérimenté. Bobby essaye d'entraîner Costa dans ce marchandage. Gabriel tente sans succès d'empêcher ses deux amis d'être embrigadés dans cette affaire.

L'affaire tournera très mal, mettant à l'épreuve leur amitié

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : L'Engrenage
  • Titre original : Kurz und schmerzlos
  • Réalisation : Fatih Akin
  • Scénario : Fatih Akin
  • Pays d'origine : Allemagne
  • Format : Couleurs - 1,85:1 - Dolby - 35 mm
  • Genre : Thriller
  • Durée : 100 minutes
  • Date de sortie : 1998

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Genèse du film[modifier | modifier le code]

L'histoire est inspirée, de plus ou moins loin, par une situation connue par Fatih Akin dans sa jeunesse : à cette époque, il est attiré par les bandes, fréquente quelques voyous.

Fatih Akin a alors un ami grec, Adam Bousdoukos, et un ami serbe, Tommy, fasciné par les films de mafiosi (Le Parrain, Scarface…). Son ami serbe ayant eu une embrouille avec des malfrats, le conduisant à fuir l'Allemagne pour Belgrade, Fatih Akin s'était demandé ce qu'ils auraient pu faire si jamais il avait fallu lui venir en aide. Il eut ainsi l'idée d'écrire ce scénario et de broder sur ce thème.

Fatih Akin a écrit la première mouture du scénario en 1993, alors qu'il était encore au lycée.

A l'époque, il rêvait de devenir acteur en écrivant un scénario et en jouant le premier rôle, comme l'avait fait Sylvester Stallone avec Rocky (il comptait jouer le rôle du Turc Gabriel…)[1].

C'est en apportant son scénario à la maison de production qu'il met un pied dans le cinéma : les producteurs sont intéressés par son scénario, et par l'énergie de ce jeune pas encore sorti de l'école[2],[3]. La maison de production lui permettra de travailler comme stagiaire, de s'inscrire parallèlement à l'université pour étudier le cinéma, et surtout de se faire la main en réalisant deux courts-métrages.

Bien que la maison de production ait apprécié le scénario dés sa réception fin 1993, le film ne sera tourné qu'en 1997.

Influences[modifier | modifier le code]

Pour réaliser ce premier long métrage, Fatih Akin s'est inspiré de nombreux films, en particulier du cinéma américain des années 70 (Scorsese…). Le producteur du film a notamment fait visionner Mean Streets à son futur jeune metteur en scène, mais aussi dans un autre genre, Rocco et ses frères, pour lui donner des idées.

Fatih Akin réalise d'ailleurs dans L'engrenage un quasi-décalque d'une scène de Mean Streets (au sujet de cette scène, il explique : « il vaut mieux bien copier que mal copier… »)[4]. C'est la scène où Costa, en route pour venger son ami, marche trop vite en bousculant les piétons, et se bat avec l'un d'eux qui ose protester. On trouve la même scène dans Mean Streets, jouée par Robert De Niro.

Il dit aussi s'être inspiré de La haine de Kassovitz [5], du Thé au harem d'Archimède et également de Tchao Pantin, qui l'avait beaucoup marqué quand il l'avait vu à l'âge de 12 ans, et auquel il a emprunté l'ambiance nocturne[2].

Casting[modifier | modifier le code]

Le casting a pris près d'un an[4]. Fatih Akin renonce assez vite à jouer le rôle de Gabriel, ce qui lui permet de se consacrer pleinement à la réalisation de son premier long-métrage.

Bien que le personnage du Grec Costa soit inspiré par l'ami de jeunesse de Fatih Akin, Adam Bousdoukos, les producteurs étaient réticents à l'idée de confier le rôle à Bousdoukos, le jugeant trop peu expérimenté, et il dut faire ses preuves au casting.

Mehmet Kurtulus avait déjà joué dans Getürkt, un des courts-métrages de Fatih Akin, et le rôle de Ceyda avait été modifié pour qu'Idil Üner le joue : Akin avait rencontré l'actrice lors d'un court-métrage éducatif qu'ils avaient interprété ensemble.

Le rôle d'Alice a été le plus dur à distribuer, Akin expliquant que c'est le seul personnage inventé de toutes pièces, pour lequel il n'avait pas de modèle en tête. Regula Grauwiller qui joue Alice a finalement rejoint la distribution in extremis deux semaines après le début du tournage.

Le père, la mère et le frère de Gabriel sont joués par le père, la mère et le frère de Fatih Akin. La future femme de Fatih Akin, Monique, fait aussi une brève apparition dans le rôle de la vendeuse de l'agence de voyage, qui veut remplacer l'aller-simple pour la Turquie de Gabriel par un aller-retour.

Fatih Akin interprète finalement Nejo le dealer, suite au désistement de l'acteur prévu pour le rôle.

Tournage[modifier | modifier le code]

Le film est tourné fin 1997, en à peu près trente jours de tournage et pour un peu plus d'un million de deutschemarks[6].

Lors de l’affrontement final, il était écrit dans le scénario que Costa devait survivre, porté par l’espoir de reconquérir le cœur de Ceyda.

Or, même si on ne voit pas mourir Costa dans le film, la façon dont la scène a été tournée laisse peu d’espoir au spectateur sur l’avenir du personnage. 

Le problème survint pendant le tournage : l’acteur Ralph Herforth jouant le mafieux albanais se réjouissait d’avance de tourner cette scène, et donna davantage de coups de couteaux que prévu, et avec un peu trop d’entrain. En visionnant la scène, l’équipe comprit tout de suite que cela rendait la survie de Costa peu crédible. La scène fut tournée à nouveau, mais sans parvenir à régler le problème[4].

Bande originale[modifier | modifier le code]

La musique originale est composée par Ulrich Kodjo Wendt et s'inspire à la fois du jazz et des origines balkaniques des trois personnages principaux (serbe, turc et grec)[7]...

Costa chante à trois reprises la même chanson grecque dans le film (lorsque sa petite amie le quitte, puis quand les trois amis sont réunis pour une soirée vidéo, et à la fin du film). Il s'agit de To minore tis avgis (en grec : το μινόρε της αυγής ).

On peut aussi entendre deux chansons de la chanteuse turque Sezen Aksu dans le film, une lors de la scène d'amour (Davet), l'autre pendant le générique de fin (Kavaklar). La plupart des films de Fatih Akin (Head-On, De l'autre côté, Julie en juillet, ainsi que son documentaire sur la musique turque Crossing the Bridge - The Sound of Istanbul…) contiennent aussi des chansons de cette chanteuse.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)interview en anglais de Fatih Akin
  2. a et b (de) Fatih Akin, Im clinch : Die geschichte meiner filme, Rowohlt,‎ 2011 (ISBN 978-3498006693)
  3. (de)Notes de production
  4. a, b et c Commentaire du réalisateur sur le DVD L'engrenage (Pyramide Vidéo)
  5. (de)Interview en allemand de Fatih Akin
  6. (de)financement du film
  7. (de)informations sur Kurz und Schmerzlos sur le site d'Ulrich Kodjo Wendt
  8. Palmarès Angers 1999
  9. Palmarès du Festival de Locarno 1998