L'Eau froide

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L'Eau froide, version longue du téléfilm La Page blanche, est un film français réalisé par Olivier Assayas, sorti en 1994. Le film, sélectionné lors du festival de Cannes 1994 dans la section Un certain regard, a été réalisé pour la série Tous les garçons et les filles de leur âge commandée par Arte. L'eau froide, titre tiré de la dernière scène du film, baigne dans un univers de musique américaine des années 1970, avec notamment les classiques de Bob Dylan, Leonard Cohen, Creedence Clearwater Revival, Janis Joplin et Alice Cooper.

Synopsis[modifier | modifier le code]

1972. Gilles et Christine forment un couple d'adolescents mal dans leur peau. En prise avec des difficultés familiales (des parents divorcés), ils finissent par décider, Christine convainquant Gilles, de fuguer ensemble vers une hypothétique communauté d'artistes vivant dans le sud de la France, en Lozère.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Sélection[modifier | modifier le code]

Le film a été sélectionné au Festival de Cannes section Un certain regard en 1994[1].

Production[modifier | modifier le code]

C'est après l'échec public de son précédent film, Une nouvelle vie que Chantal Poupaud propose à Olivier Assayas de réaliser un film dans la série Tous les garçons et les filles de leur âge[2]. Cet échec lui impose de renouveler son cinéma et lui donne l'idée qu'il doit oser davantage[2].

Le cahier des charges de la série demande de réaliser un film sur l'adolescence, dans une période laissée au choix du réalisateur entre les années 1960 et les années 1990 en utilisant la musique rock de l'époque, et en incluant au moins une scène de fête[3]. Chaque film doit durer environ une heure[3] et dispose d'un budget d'environ 5 millions de francs, le tournage (en super 16) ne devant pas excéder 25 jours[4]. La Page blanche, version courte de L'Eau froide constitue le quatrième téléfilm de la série, venant après Portrait d'une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles de Chantal Akerman, qui se passe en 1968 et avant Paix et Amour de Laurence Ferreira Barbosa qui se déroule au milieu des années 70. Deux autres films de la série sont sortis en salle en version longue, Les Roseaux sauvages d'André Téchiné et Trop de bonheur de Cédric Kahn.

Janis Joplin, dont un morceau entier ouvre la séquence de fête du film, séquence écrite à partir des morceaux de musique

La période choisie par Olivier Assayas est la période de sa propre adolescence, qu'il abordera aussi dans son livre Une adolescence dans l’après-Mai[2] adapté par la suite dans son film Après mai[5]. Le réalisateur a connu certaines difficultés lors de l'écriture du film : après une période très enthousiaste où il collectionne les anecdotes sur son adolescence, il se sent « au pied du mur » lorsqu'il s'agit d'écrire véritablement le scénario, gêné par la complaisance qu'il y a dans l'écriture autobiographique[6]. Il décide finalement de garder quelques éléments directement inspirés de sa jeunesse, mais de suivre avant tout ses personnages, en s'appuyant sur cette période qu'il a « vécue et aimée[6] ». La séquence de fête, qui dure plus de la moitié du film, a été écrite en fonction des choix musicaux du réalisateur : il savait dès l'écriture qu'elle commencerait sur Me and Bobby McGee de Janis Joplin, qu'elle connaitrait « un moment d'exaltation » avec un morceau de Creedence Clearwater Revival et se finirait sur Janitor of Lunacy de Nico[6]. Le réalisateur considère que la dramaturgie de la séquence vient de la musique, il souhaitait utiliser les morceaux en entier « afin qu'ils aient le temps d'exister en tant que tels[6]. »

Selon Olivier Assayas, la version cinéma montre « Christine vue par Gilles » tandis que le téléfilm, La Page blanche est plus resserré sur le personnage féminin[7], Le Monde considère qu'elle est un « concentré » du long métrage[8].

Accueil du film[modifier | modifier le code]

Long métrage[modifier | modifier le code]

À sa sortie, le film est d'abord interdit aux mineurs de moins de seize ans[9]. Cette décision est prise par le ministre de la culture Jacques Toubon durant une période de vacance à la tête de la commission de classification des œuvres cinématographiques, entre la fin du mandat de son président et l'arrivée du suivant[9]. Ce type de décision n'entre en effet habituellement pas dans les attributions du ministre[9]. Cette décision est prise par le ministre après consultation de sa conseillère cinéma et de son directeur de cabinet, sans qu'ils aient vu le film, sur recommandation d'une sous-commission de la commission de classification et en l'attente de la décision de la commission en session plénière[9]. La raison invoquée par le Ministre est le fait que le film aborde le suicide des adolescents[9]. Le journal Le Monde, tout en constatant que cette décision est le résultat « d'une accumulation d'anomalies administratives plus que d'une volonté affirmée d'escamoter une oeuvre saluée par la critique » qualifie cette décision de « censure[10],[11]. » Le journaliste du Monde, Thomas Sotinel rappelle que le suicide des jeunes est le thème de nombreuses œuvres d'art et trace une filiation entre ce film et les livres de Goethe ou les musiques de Nirvana. Il souligne que le message à l'égard des cinéastes qui voudront par la suite aborder ce thème est « inquiétant » et écrit que « décider de le mettre hors d'atteinte des spectateurs mêmes auxquels il s'adresse, c'est faire acte de mépris à l'endroit du public et du réalisateur[11]. »

Le 11 juillet, lors de sa réunion, la commission de classification demande la levée de l'interdiction et est suivie par Jacques Toubon[10].

Le film fait peu d'entrées en France sortant durant un été difficile pour le cinéma français. Le Monde note qu'au 25 août il ne totalise que 23 000 entrées sur Paris[12] malgré un bon début à 8 500 entrées dans six salles seulement la première semaine[13].

Téléfilm[modifier | modifier le code]

Le journal Le Monde juge que « rarement des personnages ont donné l'impression d'exister autant par eux-­mêmes » et vante la fluidité de la caméra capable de saisir les corps et les regards des adolescents, évoquant en parlant du film aussi bien Philippe Garrel que Raymond Depardon[8].

Lors d'un rediffusion du téléfilm en 1999, le même journal estime que ce film « restitue avec beaucoup de justesse l'urgence et la fébrilité de l'adolescence » et loue la qualité du jeu des acteurs[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche du film sur le site du Festival de Cannes
  2. a, b et c Philippe Azoury, « Coffret Olivier Assayas : Désordre, L’eau froide, Irma Vep », Les Inrockuptibles,‎ 1er janvier 2005 (lire en ligne)
  3. a et b Yann Kerloc'h, « Un chêne, un roseau, des ados. Reprise de la brillante série Tous les garçons et les filles de leur âge », Libération,‎ 3 juillet 1999 (lire en ligne).
  4. Nathalie Queruel, « Les ados de Chantal Poupaud », La Vie, no 2568,‎ 17 novembre 1994 (lire en ligne)
  5. Fiche du livre Une adolescence dans l’après-Mai sur le site des Cahiers du Cinéma
  6. a, b, c et d Thierry Jousse et Frédéric Strauss, « La fiction c'est les femmes, entretien avec Olivier Assayas », Cahiers de cinéma, no 482,‎ juillet 1994, p. 24-30
  7. Marine Landrot, « La Page blanche », Télérama, no 2338,‎ 2 novembre 1994, p. 161
  8. a et b Jean-Louis Mingalon, « TELEVISION La Page blanche: ARTE, 17h Rebelles avec cause », Le Monde,‎ 6 novembre 1994 (lire en ligne)
  9. a, b, c, d et e Thomas Sotinel, « Cinéma : le film d'Olivier Assayas interdit aux moins de 16 ans. Ministre frileux craint " l'Eau froide " », Le Monde,‎ 8 juillet 1994 (lire en ligne)
  10. a et b « Censure : levée de l'interdiction aux moins de seize ans de " l'Eau froide " », Le Monde,‎ 13 juillet 1994 (lire en ligne)
  11. a et b Thomas Sotinel, « Cinéma : le film d'Olivier Assayas interdit aux moins de 16 ans. Censure automatique ? », Le Monde,‎ 8 juillet 1994 (lire en ligne)
  12. Jean-Michel Frodon, « CINEMA Les entrées à Paris Sale été pour les salles », Le Monde,‎ 25 août 1994 (lire en ligne)
  13. Pascal Mérigeau, « ARTS & SPECTACLES CINÉMA LES ENTRÉES A PARIS », Le Monde,‎ 14 juillet 1994 (lire en ligne)
  14. Sylvie Kerviel, « La Page blanche », Le Monde,‎ 18 juillet 1994 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]