L'Assommoir

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L’Assommoir
Image illustrative de l'article L'Assommoir

Auteur Émile Zola
Genre roman naturaliste
Pays d'origine Drapeau de la France France
Éditeur G. Charpentier, Paris
Date de parution 1876 en feuilleton - 1877 en volume
Série Les Rougon-Macquart. Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire
Chronologie
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L'Assommoir est un roman d'Émile Zola publié en feuilleton dès 1876 dans Le Bien public, puis dans La République des Lettres[1] avant sa sortie en livre en 1877 chez Georges Charpentier. C'est le septième volume de la série Les Rougon-Macquart. C'est un ouvrage totalement consacré au monde ouvrier et, selon Zola, « le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple »[2]. L'écrivain y restitue la langue et les mœurs des ouvriers, tout en décrivant les ravages causés par la misère et l'alcoolisme. À sa parution, l'ouvrage suscite de vives polémiques car il est jugé trop cru. Mais c'est ce réalisme qui, cependant, provoque son succès, assurant à l'auteur fortune et célébrité.

Présentation de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Résumé[modifier | modifier le code]

Gervaise Macquart, le personnage principal, une Provençale originaire de Plassans, boiteuse mais plutôt jolie, a suivi son amant, Auguste Lantier, à Paris avec leurs deux enfants, Claude et Étienne Lantier. Très vite, Lantier, paresseux, infidèle et ne supportant pas de vivre dans la misère, quitte Gervaise et ses enfants pour s'enfuir avec Adèle. Gervaise, travailleuse, reprend alors le métier de blanchisseuse qu'elle a appris à Plassans. Elle accepte d'épouser Coupeau, un ouvrier-zingueur auquel elle finit par céder. Le bon cœur et la faiblesse sont des traits forts du caractère de Gervaise. Ils auront une fille, Anna Coupeau, dite Nana, héroïne d'un autre roman des Rougon-Macquart.

Gervaise et Coupeau travaillent dur, gagnant de quoi vivre avec un peu plus d'aisance tout en faisant des économies. La blanchisseuse rêve d'ouvrir sa propre boutique mais un accident la contraint à différer son projet : Coupeau tombe d'un toit sur lequel il travaillait. Quitte à y consacrer toutes les économies du ménage, Gervaise décide de soigner son mari à la maison plutôt que de le laisser partir à l'hôpital, de triste réputation.

La convalescence de Coupeau est longue. Il garde une rancœur envers le travail, prend l'habitude de ne rien faire et commence à boire. Gervaise s'en accommode.

C'est auprès de leur voisin Goujet, un forgeron amoureux d'elle mais qui n'ose le lui avouer, que Gervaise trouve l'argent lui permettant d'ouvrir sa blanchisserie. Elle y acquiert très vite de l'aisance. Elle a plusieurs ouvrières : Mme Putois, Clémence et une apprentie, Augustine. Par un travail acharné, Gervaise parvient à nourrir tout son monde. Elle aime faire plaisir, elle invite à manger plutôt que de rembourser ses dettes.

Tandis que Coupeau boit de plus en plus, des alcools et pas seulement du vin, Gervaise compense par la nourriture et engraisse[3],[4].

La situation se détériore encore avec le retour de Lantier. Il réapparaît le soir d'un fameux dîner au cours duquel Gervaise, pour sa fête, sert une oie à ses invités ; c'est le signe d'une certaine réussite, mais aussi la première étape de sa chute implacable. Coupeau accepte d'héberger Lantier, moyennant une pension que celui-ci ne paiera jamais. Les deux hommes mènent belle vie, mangeant et buvant tout ce que gagne Gervaise pendant que celle-ci s'épuise à la boutique. Ses dettes augmentent. Elle refuse de partir avec Goujet et, par lâcheté, laisse Lantier redevenir son amant. Coupeau boit de plus en plus. Gervaise voit son commerce péricliter. De déchéance en déchéance, elle doit le vendre et sombre progressivement dans la misère. Elle perd l'estime de Goujet, se bat régulièrement avec Coupeau et, à son tour, commence à boire. Coupeau, pris de crises de délire, fait périodiquement des séjours à Sainte-Anne. Pour survivre, Gervaise en vient à tenter de se prostituer. Lantier, en bon parasite, s'est installé chez les Poisson, l'épicerie qui a remplacé la boutique de Gervaise.

Gervaise voit mourir Coupeau à Sainte-Anne - les crises de delirium tremens de Coupeau sont un des moments forts du roman. Elle se retrouve pratiquement à la rue, réduite à la mendicité. Elle meurt victime de la faim et de la misère, dans un réduit situé sous l'escalier de l'immeuble. Personne ne la voit mourir et c'est l'odeur qui alerte les voisins.

Personnages[modifier | modifier le code]

La scène du lavoir.
  • Gervaise Macquart : elle est au centre du roman ; fille d'Antoine Macquart et Joséphine Gavaudan (La Fortune des Rougon), elle est la sœur de la charcutière Lisa Quenu (Le Ventre de Paris) ; les deux sœurs ne se voient jamais ; Gervaise est boiteuse de naissance ; travailleuse, elle a très bon cœur, quitte à en être faible voire lâche ; elle a horreur de faire de la peine aux gens ; « Elle était complaisante pour elle et pour les autres, tâchait uniquement d'arranger les choses de façon à ce que personne n'eût trop d'ennuis » (chapitre IX) ; au fil du roman, Gervaise est entraînée vers la paresse, la gourmandise et l'alcoolisme.
  • Coupeau : ouvrier zingueur, honnête et travailleur au début du roman ; jusqu'à sa chute d'un toit, il reste sobre en souvenir de son père alcoolique ; sa rancœur envers le travail et la peur de remonter sur les toits le font sombrer dans l'ivrognerie et la paresse ; il devient la proie d'affreuses crises de delirium tremens ; il est interné sept fois à l'hôpital Sainte-Anne, où il décède.
  • Auguste Lantier : ouvrier tanneur puis chapelier, beau parleur, dépensier et infidèle ; père de Claude et Étienne ; après avoir dépensé l'héritage de Gervaise, il l'abandonne, elle et ses enfants ; il a une mentalité de parasite ; il réapparaît au cours du roman et s'installe chez les Coupeau, puis, lorsque ceux-ci vendent la boutique, chez les Poissons, Virginie et son mari, qui ont racheté le commerce pour en faire une épicerie ; Lantier, vivant des femmes, lorsque les Poissons seront à leur tour épuisés, il fera en sorte qu'une tripière reprenne le magasin.
  • Claude Lantier : fils aîné de Lantier et Gervaise ; au cours du roman, il est envoyé à Plassans chez un vieux monsieur, amateur de tableaux, qui, trouvant que Claude dessine bien, veut se charger de son éducation. Il était apparu dans Le Ventre de Paris et sera le héros de L'Œuvre.
  • Étienne Lantier: second fils de Lantier et Gervaise ; il travaille à la forge avec Goujet, puis part à Lille chez un mécanicien. Il deviendra par la suite le héros de Germinal.
  • Anna Coupeau, dite Nana : fille de Coupeau et Gervaise ; enfant, passant avec sa mère voir son père sur un chantier, elle l'appelle et il tombe du toit ; grandissant, elle règne sur les galopins du quartier ; elle quitte la maison au cours du roman. Manquant d’argent pour élever son fils Louiset qu’elle a eu à l’âge de seize ans, elle se prostitue et fait des passes pour arrondir ses fins de mois. Elle se fait ensuite entretenir par des amants, à travers le parcours d’une courtisane dont les charmes vont affoler jusqu'aux plus hauts dignitaires du Second Empire.
  • Goujet : voisin de Gervaise et Coupeau ; il vit avec sa mère ; il est forgeron, d'une force impressionnante ; sobre et économe, il est secrètement amoureux de Gervaise ; avec sa mère, il prête à Gervaise la somme nécessaire pour ouvrir la blanchisserie ; elle ne parviendra jamais à les rembourser ; Goujet travaille avec noblesse, soigne son travail ; c'est le type même du bon ouvrier.
  • Les Lorilleux : sœur et beau-frère de Coupeau ; ouvriers bijoutiers en chambre, ils fabriquent des chaînettes d'or ; leur logis est crasseux ; ils survivent par leur travail et leur avarice ; Mme Lorilleux n'aime pas Gervaise qu'elle surnomme « La Banban » ; elle est jalouse de cette belle-sœur qui parvient à s'établir dans un commerce ; les Lorilleux refusent d'aider Gervaise lorsque celle-ci sombre dans la misère.
  • Maman Coupeau : mère de Coupeau ; lorsqu'elle ne peut plus subvenir à ses besoins, les Lorilleux ne voulant pas l'aider, elle est recueillie par Gervaise et Coupeau ; au fil du roman, c'est elle qui va au Mont-de-piété mettre en gage les biens du ménage ; cancanière, elle reste chez Gervaise et Coupeau jusqu'à sa mort.
  • Virginie Poisson : sœur d'Adèle pour qui Lantier abandonne Gervaise et ses enfants ; Virginie et Gervaise se battent au lavoir, dans une scène furieuse, au début du roman ; plus tard, c'est Virginie qui rachète la boutique de Gervaise pour s'y installer dans l'épicerie fine ; elle emploie alors Gervaise qui, pour survivre, est prête à toutes les besognes.
  • Mme Lerat : sœur de Coupeau et de Mme Lorilleux ; elle travaille chez une fleuriste qui accepte de prendre Nana comme employée.
  • Augustine : apprentie blanchisseuse à la boutique de Gervaise ; dans tout le roman, elle est désignée par "ce louchon d'Augustine", sans doute à cause d'un fort strabisme.
  • La grande Clémence et Mme Putois : ouvrières de Gervaise.
  • Bibi-la-Grillade : ouvrier tanneur, alcoolique : il est le témoin de Coupeau pour son mariage.
  • Bec-Salé dit Boit-Sans-Soif : forgeron travaillant dans la même forge que Goujet ; alcoolique.
  • Mes-Bottes : gros mangeur, compagnon de boisson de Coupeau.
  • Les Boche : concierges de la maison ouvrière de la rue de la Goutte d'Or.
  • Le père Bazouge : le croque-mort qui enterrera Gervaise. Habitant dans l'immeuble des Lorilleux, il est en quasi-permanence ivre, ne respecte que rarement le protocole et effraie Gervaise.
  • Adèle : sœur de Virginie, Lantier quitte Gervaise pour être avec Adèle.
  • Le père Bru : vieil homme très pauvre, habitant dans l'immeuble des Lorilleux
  • Eulalie Bijard : fille d'un serrurier alcoolique ; encore enfant, meurt, comme sa mère peu de temps auparavant, sous les coups de son père alors qu'elle élève son petit frère et sa petite sœur.

Commentaires[modifier | modifier le code]

Préparation et origines[modifier | modifier le code]

alternative de l'image à compléter
Émile Zola, l'auteur, photographié par Nadar.

Dans l’Assommoir, Zola a la volonté de montrer la réalité des milieux ouvriers. C’est un monde qu’il a côtoyé dans sa jeunesse lorsqu'avec sa mère ils se sont installés à Paris, vivant modestement dans une seule pièce, ou lorsqu’il a travaillé aux docks puis à la Librairie Hachette, entre 1860 et 1865, avant qu’il commence à collaborer à des journaux qui lui permettront de changer de domicile[5]. Cette partie de la population est alors très peu représentée dans la littérature, ou seulement de manière idéalisée. Zola souhaite décrire les choses telles qu’elles sont. Ainsi, il affirme que « Ce serait faire preuve de courage que de dire la vérité et de réclamer, par l’exposition franche des faits, de l’air, de la lumière et de l’instruction pour les basses classes ». Son projet se révèle donc selon lui la « peinture d’un ménage d’ouvriers à notre époque. Drame intime et profond de la déchéance du travailleur parisien sous la déplorable influence du milieu des barrières et des cabarets ». Comme à son habitude, Zola écrit un épais dossier préparatoire[6] dans lequel il consigne, entre autres, quantités d’informations sur le quartier de la Goutte d’Or où il situe l’action.

Explication du titre[modifier | modifier le code]

Le sujet principal traité par le livre est le malheur causé par l'alcoolisme. Dans le roman, un des principaux lieux de débauche est l'Assommoir, débit de boissons tenu par le père Colombe. Le nom du marchand de vin est ironique, la colombe étant symbole de paix alors que le cafetier et ses boissons apportent la violence et le malheur chez ses clients. Au milieu du café, trône le fameux alambic, sorte de machine infernale dont le produit, un alcool frelaté, assomme ceux qui en boivent. Au fil du roman, l'alambic devient le monstre dévorant ses victimes. C'est cette machine qui va chaque fois enlever un peu plus de bonheur à Gervaise. D'abord Lantier, puis Coupeau, et enfin elle-même qui, ruinée, devra vendre son commerce - sa réussite - puis sombrera dans la misère pour finalement mourir de faim. « Gervaise est représentative de toute une classe sociale dont Zola brosse le portrait littéraire et scientifique. Le monde ouvrier que donne à voir Zola est un monde de misère si réaliste que l’on croirait pouvoir le toucher du bout des doigts[7]. ».

Place de L'Assommoir dans les Rougon - Macquart[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les Rougon-Macquart.

L'Assommoir est le septième roman de la fresque Les Rougon-Macquart.Ce roman à scandale est le premier qui traite la condition ouvrière au 19e siècle.Le personnage principal Gervaise est la fille d’Antoine Macquart et de Joséphine Gavaudan. Elle est la sœur de Jean et Lisa Macquart. Cependant, ces informations ne peuvent être connues par la seule lecture du roman, mais par l'arbre généalogique publié par Zola et par le premier roman de la série, La Fortune des Rougon. Dans celui-ci, on trouve, entre autres, des explications sur l'infirmité de Gervaise (alcoolisme d'Antoine Macquart et violence vis-à-vis de sa femme, enceinte de Gervaise), ainsi qu'un début de description du penchant de Gervaise pour l'alcool, buvant de l'anisette avec sa mère. L'action de L'Assommoir commence après que Lantier a emmené Gervaise et leurs enfants à Paris. Très peu de passages mentionnent la vie de Gervaise en province, à Plassans, et pratiquement rien n'est dit de sa famille, si ce n'est qu'elle aurait une sœur charcutière à Paris, Lisa Macquart, qui est un personnage important dans Le Ventre de Paris.

Thèmes principaux[modifier | modifier le code]

Dans L'Assommoir, Zola décrit la vie de la classe ouvrière, au jour le jour, dans un grand souci de vérité. Le réalisme du tableau donne toute sa force à la dénonciation de la misère du peuple. Pour Zola, « C’est de la connaissance seule de la vérité que pourra naître un état social meilleur ». Les ravages de l’alcoolisme sont au cœur du récit, thème que Zola s’attache à creuser, noircissant même sans doute la réalité[réf. nécessaire]. L’auteur dépeint la diversité du monde ouvrier : diversité des métiers, diversité des types d’ouvriers. Repasseuses, blanchisseuses, cardeuses, chaînistes, boulonniers, zingueurs, serruriers apparaissent, entre autres, dans le quartier de la Goutte d’Or, et parmi eux de bons ouvriers (Goujet), de beaux parleurs, profiteurs (Lantier), des alcooliques (Coupeau, Bibi-la-Grillade), de vieux ouvriers abandonnés (le père Bru). Leur travail présente diverses facettes, et toutes ne sont pas noires : certes le linge que nettoient Gervaise et ses ouvrières porte une crasse sordide, certes la machine à forger les boulons prendra la place des forgerons, mais il n’en demeure pas moins que Gervaise est heureuse dans sa boutique et que Goujet manie le marteau avec noblesse. Zola montre des ouvriers fiers de leur ouvrage mais il dénonce l’impasse sociale dans laquelle ils se trouvent. Parmi les scènes de misère, un des sommets est atteint avec le martyre des enfants Bijard : le père, ivrogne, tue sa femme d’un coup de pied au ventre ; Lalie, leur fille aînée, élève son frère et sa sœur ; malade, elle meurt des sévices infligés par son père.

Accueil du livre[modifier | modifier le code]

Le roman parait en feuilletons dans le journal républicain radical Le Bien Public à partir du 13 avril 1876 et soulève immédiatement une salve de critiques. Zola est traité de communard. Cependant les relations entre Zola et le Bien Public se détériorent : l'auteur se plaint que sa prose soit censurée[8] et le journal aurait souhaité une peinture plus favorable du monde ouvrier[9]. Un retard de Zola dans la livraison sert de prétexte à l'arrêt de la parution à la fin du sixième chapitre. La suite de la publication est assurée par la revue littéraire La République des Lettres[9] mais la salve de critiques se poursuit, caricatures, attaques en règle dans Le Figaro où l'œuvre est traitée de « pornographie »[10] et dans Le Gaulois où l'on parle de « turpitude » et de « style qui pue »[11]. Zola se défend « on n'attaque bien le mal qu'avec un fer rouge » écrit-il au Figaro[12]. Les pouvoirs publics s'en mêlent. Sous la pression du procureur de République de Melun, la publication est interrompue momentanément.

Quand le roman parait en volume en janvier 1877, il est interdit de vente dans les gares[13]. La bataille[14] reprend de plus belle. Dans le journal Le Télégraphe, le 16 mars 1877, Auguste Dumont accuse Emile Zola d’avoir plagié le livre de Denis Poulot publié en 1870 Le Sublime ou le Travailleur comme il est en 1870 et ce qu’il peut être. Zola s’est effectivement servi de ce livre, ainsi que du Dictionnaire de la langue verte d’Alfred Delvau comme sources et pour enrichir son vocabulaire[5]. Mais ce ne sont que deux des très nombreux ouvrages qu’il a utilisés pour bâtir son roman, appuyant celui-ci sur une recherche documentaire très riche.

Dans sa critique, Henry Houssaye compare le roman naturaliste aux sculptures anatomiques de Jules Talrich : « On pourrait comparer L'Assommoir à un musée anatomique. Si exactes et si curieuses que soient les figures de cire de M. Talrich, ce n'est point là de l'art. Il en est ainsi de L'Assommoir, qui appartient moins à la littérature qu'à la pathologie »[15].

La droite reproche à L’Assommoir son « écœurante malpropreté »[16] et la gauche l’accuse de salir le peuple, de ne présenter de l’ouvrier que ses mauvais côtés. Victor Hugo s'indigne « vous n'avez pas le droit de nudité sur la misère et le malheur »[17]. Dans sa préface, Zola défend son œuvre contre l’une et l’autre : « J’ai voulu peindre la déchéance fatale d’une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs. Au bout de l’ivrognerie et de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la famille, les ordures de la promiscuité, l’oubli progressif des sentiments honnêtes, puis comme dénouement la honte et la mort. C’est de la morale en action, simplement. L’Assommoir est à coup sûr le plus chaste de mes livres[2]. » S’il fait scandale, le livre connaît également un immense succès. Il vaut à Zola de nombreux soutiens et lui procure enfin une certaine aisance financière. L’Assommoir se révèle un des plus grand succès de librairie de l’époque.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Gervaise avait attendu Lantier jusqu'à deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d'être restée en camisole à l'air vif de la fenêtre, elle s'était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. » (incipit)
  • « Ça ne promet pas beaucoup de bonheur, » dit Gervaise lorsque ensemble, avec Coupeau, ils annoncent leur mariage aux Lorilleux.
  • L'idéal de Gervaise, tel qu'elle le décrit à Coupeau avant leur mariage : « Mon idéal, ce serait de travailler tranquille, de manger toujours du pain, d’avoir un trou un peu propre pour dormir, […] un lit, une table et deux chaises, pas davantage […] ; je voudrais aussi élever mes enfants, en faire de bons sujets, si c’était possible. »
  • « Un matin, comme ça sentait mauvais dans le corridor, on se rappela qu'on ne l'avait pas vue [Gervaise] depuis deux jours ; et on la découvrit déjà verte, dans sa niche. »
  • Dans sa préface, Zola indique « Et il ne faut point conclure, que le peuple tout entier est mauvais, car mes personnages ne sont pas mauvais, ils ne sont qu’ignorants et gâtés par le milieu de rude besogne et de misère où ils vivent. »[2]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Affiche d’une adaptation théâtrale américaine de 1879 de L'Assommoir par Augustin Daly.
  • En 1879, deux ans après sa parution, L'Assommoir est adapté au théâtre par William Busnach et Gustave Gastineau, avec l'aide de Zola. La première a lieu le 18 janvier 1879, et connaît un vif succès. On apprécie notamment le tableau du Lavoir, avec la fessée à coups de battoir, violente bagarre opposant Gervaise à Virginie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile Zola, annoté par Henri Mitterand, L'Assommoir in Les Rougon-Macquart, tome II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »,‎ 2004, 1761 p. (ISBN 2070105903)
  • Colette Becker, Gina Gourdin-Servenière, Véronique Lavielle, Dictionnaire d'Emile Zola, Robert Lafont, coll. « Bouquins »,‎ 1993. (ISBN 2221076125)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Noiray, Préfaces des romans français du XIXème siècle: Anthologie, p. 279
  2. a, b et c . Préface de Zola que l'on peut lire dans toutes les éditions du livre
  3. « L'obésité de Gervaise se développe parallèlement à l'alcoolisme de Coupeau. » - Blandine Faoro-Kreit, Jean-Paul Roussaux, Denis Hers. L'alcoolique en famille: Dimensions familiales des alcoolismes et implications thérapeutiques", De Boeck, 2000, p. 147.
  4. Émile Zola, L’Assommoir (1877), Chapitre VII
  5. a et b Henri Mitterand, Notice de L'Assommoir, édité chez Folio classique
  6. Conservé à la BNF
  7. Critique par Histoires de Romans
  8. Henri Mitterand, Zola - Tome II. L'homme de Germinal 1871-1893, Fayard, 2001, p. 303
  9. a et b Henri Mitterand, Zola - Tome II. L'homme de Germinal 1871-1893, Fayard, 2001, p. 304
  10. Critique d'Albert Millaud, 1er septembre 1876, citée dans Henri Mitterand, Zola - Tome II. L'homme de Germinal 1871-1893, Fayard, 2001, p. 306
  11. Critique de Louis de Fourcaud, 1er septembre 1876, citée dans Henri Mitterand, Zola - Tome II. L'homme de Germinal 1871-1893, Fayard, 2001, p. 306–307
  12. Henri Mitterand, Zola - Tome II. L'homme de Germinal 1871-1893, Fayard, 2001, p. 306
  13. Henri Mitterand, Zola - Tome II. L'homme de Germinal 1871-1893, Fayard, 2001, p. 308
  14. Henri Mitterand dans Zola - Tome II. L'homme de Germinal 1871-1893, Fayard, 2001, p. 309, compare la bataille de L'Assommoir à la bataille d'Hernani
  15. Henry Houssaye, « Le Vin bleu littéraire », Journal des débats, 14 mars 1877.
  16. Critique d'Armand de Pontmartin, citée dans Henri Mitterand, Zola - Tome II. L'homme de Germinal 1871-1893, Fayard, 2001, p. 309
  17. Henri Mitterand, Zola - Tome II. L'homme de Germinal 1871-1893, Fayard, 2001, p. 310