L'Armée des ombres

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L'Armée des ombres

Réalisation Jean-Pierre Melville
Scénario Jean-Pierre Melville
d'après Joseph Kessel
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Sortie 1969
Durée 139 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

L'Armée des ombres est un film franco-italien de Jean-Pierre Melville sorti sur les écrans en 1969, adapté du roman du même nom de Joseph Kessel.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Arrêté pour « pensées gaullistes », Philippe Gerbier (Lino Ventura), qui dirige un réseau de résistants, s'échappe lors d'un transfert vers la Gestapo parisienne. Mais les arrestations des membres de son réseau se suivent, et les tentatives de libération ne sont pas toutes fructueuses.

Résumé[modifier | modifier le code]

, en France occupée. Philippe Gerbier (Lino Ventura), ingénieur distingué des Ponts et Chaussées soupçonné de « pensées gaullistes », est arrêté par la police de Vichy et placé dans un camp. Il tranche sur les autres prisonniers par une force de caractère peu commune, et par les appuis qui l'ont placé dans ce camp. Quelques jours plus tard, les autorités françaises remettent Gerbier à la Gestapo, la police secrète nazie, qui le transfère à Paris pour interrogatoire. Gerbier réussit à s'échapper avec l'aide d'un résistant anonyme et d'un coiffeur apparemment pétainiste (Serge Reggiani), puis retourne à Marseille où est basé le réseau qu'il dirige effectivement.

Le bras droit de Gerbier, Félix Lepercq (Paul Crauchet), a identifié un certain Paul (le jeune Dounat) comme le traître qui a dénoncé son chef. Avec l'aide de Guillaume Vermersch, dit « Le Bison » (Christian Barbier), un colosse d'une loyauté absolue, ancien de la Légion, Félix et Gerbier conduisent Paul dans une maison inhabitée de Marseille pour l'y exécuter. Ils y retrouvent Claude Ullmann, dit « Le Masque » (Claude Mann), un jeune résistant désireux de faire ses preuves dans une mission difficile. Il s'avère impossible d'abattre Paul au pistolet comme prévu car une famille a emménagé la veille dans la maison voisine et ne manquerait pas d'entendre les coups de feu. Ayant cherché en vain une autre méthode, Gerbier ordonne à ses hommes de l'aider à étrangler leur captif. Le Masque recule devant la manière de l'exécution, laquelle est pour lui la première, mais Gerbier le rabroue durement et lui confie avec une pointe d'émotion que c'est la première fois pour lui aussi. Le Masque se reprend et les trois hommes mènent à bien la besogne.

Lui aussi marqué par l'exécution, Félix, dans un bar tombe sur un ancien camarade de régiment, Jean-François Jardie (Jean-Pierre Cassel) — un homme séduisant et athlétique, amoureux du risque, mais discret et fiable. Jean-François accepte l'offre de Félix de s'engager dans la Résistance, à la fois par ennui et goût de l'aventure. Il mène avec succès plusieurs opérations d'importance croissante. Lors de sa première mission à Paris, il fait la connaissance de Mathilde (Simone Signoret, dans un rôle inspiré de Lucie Aubrac) qui sous l'apparence d'une ménagère anonyme est en fait une pièce maîtresse du réseau de Gerbier, à l'insu de son mari et de sa fille. Sa mission accomplie, Jean-François rend une visite-surprise à son frère aîné Luc (Paul Meurisse, dans un rôle inspiré de Jean Cavaillès), qu'il surnomme « Saint-Luc », philosophe de renom qui mène une vie érudite et contemplative dans son hôtel particulier du seizième arrondissement. N'ayant pas vu son frère depuis longtemps, et ne se sentant plus assez proche de lui, Jean-François résiste à la tentation de lui faire connaître son engagement.

Gerbier s'est installé à Lyon et y prépare avec Félix son voyage au quartier général de la France libre à Londres. Il doit embarquer de nuit sur un sous-marin britannique dans la calanque marseillaise d'En-Vau avec un groupe d'aviateurs abattus. Jean-François et Le Bison assureront la sécurité de l'opération. Au dernier moment, Gerbier informe Félix que le Grand Patron, le chef de leur groupe, dont l'identité est un secret jalousement gardé, sera lui aussi du voyage. Après que tous les autres ont embarqué, Jean-François conduit le Grand Patron jusqu'au sous-marin dans l'obscurité totale, puis retourne à terre sans jamais avoir vu son passager. Ce n'est que lorsque celui-ci est à bord que la lumière se fait sur le Grand Patron, qui n'est autre que son frère, Luc Jardie.

À Londres, Gerbier reçoit un appui logistique renforcé pour son réseau et Luc Jardie est fait Compagnon de la Libération en privé par Charles de Gaulle lui-même. Gerbier écourte cependant son séjour lorsqu'il apprend l'arrestation de Félix par la Gestapo. Il est parachuté en France, et abrité près d'Annecy en toute connaissance de cause par le baron de Ferté-Talloire, royaliste convaincu qui déteste l'occupant encore plus que la République. En l'absence de Gerbier, Mathilde a pris le commandement et se révèle un chef exceptionnel. Elle a appris que Félix est détenu sous garde renforcée par la Gestapo à Lyon et met au point un audacieux plan d'évasion : à bord d'une fausse ambulance, elle affirmera avoir été envoyée pour ramener Félix à Paris. Il faut prévenir Félix pour garantir le succès du plan mais Mathilde, malgré toute son ingéniosité, n'en trouve pas le moyen. Secrètement, Jean-François, qui a assisté en silence à toutes les discussions, rédige une lettre de démission à Gerbier et se dénonce à la Gestapo par une lettre anonyme, avec l'espoir d'être enfermé avec son ancien camarade de régiment. Après interrogatoire et passage à tabac, Jean-François est effectivement jeté dans la même cellule que Félix qui est dans un état critique suite aux tortures dont il a fait l'objet.

Mathilde ignore tout du geste de Jean-François, mais convainc tout de même Gerbier de mettre le plan à exécution, à condition que celui-ci ne participe pas à l'opération. Déguisée en infirmière militaire allemande, et accompagnée du Bison et du Masque eux aussi en uniforme allemand, elle se présente en ambulance à la prison lyonnaise[1] de Félix, porteuse d'un ordre contrefait pour le transfert de Félix à Paris. Elle accomplit le contrôle d'entrée dans un allemand parfait et l'ambulance pénètre dans la cour centrale de la prison au vu de Jean-François. Le médecin militaire de la prison examine Félix dans sa cellule et le déclare intransportable, confiant à Jean-François puis à Mathilde qu'il ne survivra pas à ses blessures. Mathilde n'a d'autre choix que de prendre la nouvelle avec flegme et de repartir bredouille. Lui faisant croire qu'il en a plusieurs, Jean-François propose à Félix une pilule de cyanure pour lui donner la possibilité d'abréger ses souffrances en se suicidant.

Serré de plus en plus près par la Gestapo qui a arrêté et exécuté Ferté-Talloire, Gerbier retrouve Mathilde dans un restaurant de Lyon. Celle-ci l'implore de fuir à Londres, mais Gerbier refuse devant le besoin d'organiser le commandement des nombreux maquis qui se forment dans la région. Juste après que Mathilde a quitté le restaurant, Gerbier est pris dans une descente fortuite de la police de Vichy contre la fraude aux tickets de rationnement. Reconnu et remis aux Allemands, Gerbier est conduit avec d'autres prisonniers dans le long couloir d'un champ de tir[2] où un officier SS leur explique la règle du « jeu ». Une mitrailleuse est en batterie juste derrière les prisonniers. Au signal de l'officier, les prisonniers doivent courir aussi vite que possible vers le fond du champ de tir. L'officier donnera un peu d'avance aux prisonniers avant de commander le feu ; l'exécution des condamnés qui atteignent le mur vivants sera ajournée jusqu'à celle du prochain lot de prisonniers. Au signal, Gerbier refuse de courir. L'officier le force à courir en tirant à ses pieds. L'équipe de Mathilde, en position sur le toit, lance des fumigènes pour obstruer le champ de tir et extrait Gerbier de justesse au moyen d'une corde. Le Bison conduit ensuite Gerbier à une ferme abandonnée où il doit se cacher, et attendre seul de nouveaux ordres.

Un mois passe, puis Gerbier reçoit la visite inattendue de Luc Jardie, qui est venu chercher conseil auprès de lui après l'arrestation de Mathilde. Malgré la mise en garde de Gerbier, celle-ci avait conservé sur elle une photo de sa fille. La Gestapo lui donne le choix : ou Mathilde dit tout sur le réseau, ou bien sa fille sera envoyée en Pologne dans un bordel pour soldats revenus du front russe. À peine le Grand Patron a-t-il expliqué la situation que Le Bison et Le Masque s'annoncent. N'estimant pas nécessaire que sa présence soit connue, Jardie se retire dans la cuisine de la ferme pendant que les deux hommes apportent un courrier codé à Gerbier. Celui-ci apprend que Mathilde a été remise en liberté la veille et que deux membres du réseau ont été arrêtés peu après. Il ordonne l'exécution immédiate de Mathilde mais Le Bison refuse d'obéir, promettant d'empêcher Gerbier par la force si nécessaire. Gerbier et Le Masque vont le neutraliser, quand Jardie entre dans la pièce.

Conscient du danger que représente désormais Mathilde pour le réseau, il estime comme Gerbier que sa liquidation est nécessaire ; mais l'admiration et la tendresse aveugle du Bison pour Mathilde empêchent ce dernier d'accepter la nécessité de la tuer. Jardie lui explique que le comportement de Mathilde, qui n'a livré que deux hommes malgré sa mémoire photographique et s'est fait remettre en liberté sous le prétexte de conduire la Gestapo au reste du réseau, n'a pour but que de donner à la Résistance l'occasion de l'abattre pour protéger le réseau tout en sauvant sa fille. Le Bison se rend à l'implacable logique (alors que Jardie lui-même avoue à Gerbier ne pas en être convaincu) et accepte la tâche, à laquelle Jardie annonce sa participation afin de faire à Mathilde un adieu digne d'elle.

Quelques jours après, le , Mathilde marche dans une rue de Paris, située près du parc Monceau, lorsque Jardie et ses hommes s'approchent au ralenti dans une voiture allemande. En les voyant, Mathilde se fige et lance à Jardie un long regard d'adieu (et peut-être de surprise) pendant que Le Bison dégaine lentement et l'abat de deux coups de feu. La voiture prend la fuite.

Le film s'achève sur une série de plans annonçant la fin tragique des quatre hommes :

« Claude Ullmann, dit « Le Masque », eut le temps d'avaler sa pilule de cyanure, le . Guillaume Vermersch, dit « Le Bison », fut décapité à la hache dans une prison allemande le . Luc Jardie mourut sous la torture le après avoir livré un nom : le sien… Et le , Philippe Gerbier décida, cette fois-là, de ne pas courir. »

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

Inspiration biographique[modifier | modifier le code]

Melville suit assez fidèlement le roman de Joseph Kessel, écrit en 1943, mais ajoute quelques détails de ses propres souvenirs de résistant. Des références claires sont faites à des figures du réseau Cohors-Asturies (Jean Gosset, René Iché) et du réseau la confrérie Notre-Dame (notamment le colonel Remy/ Gilbert Renault) ainsi qu'à d'autres grandes figures de la Résistance.

  • Luc Jardie représente notamment :
    • Jean Cavaillès : on voit les titres de ses livres Transfini et continu et Méthode axiomatique et formalisme à h 53 ; puis Philippe Gerbier, après son évasion, lit Méthode axiomatique et formalisme, un Essai sur le problème du fondement des mathématiques (qui n'est en réalité que le sous-titre de Méthode axiomatique et formalisme), Sur la Logique et la théorie de la science, Transfini et continu et Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles. Dans le film (à h 6), ces livres auraient été écrits par Luc Jardie « avant la guerre » ; ce qui, dans la réalité, n'était pas le cas de Transfini et continu et encore moins de Sur la Logique et la théorie de la science, dont même le titre est posthume ;
    • Pierre Brossolette (la scène se déroulant entre Jardie et Gerbier sortant du cinéma s'inspire d'une sortie au cinéma entre Brossolette et Melville) ;
    • Jean Moulin (Luc Jardie décoré par de Gaulle).
  • Gerbier représente quant à lui :
    • Jean Pierre-Bloch, futur ministre (scène dans le camp d'internement),
    • Paul Rivière, assistant du général de Gaulle (évasion du quartier général de la Gestapo)[3].
  • Lucie Aubrac, modèle du personnage de Mathilde[5], encore professeur au début de la guerre, a enseigné l'histoire à Simone Signoret en Bretagne[6],

Accueil critique[modifier | modifier le code]

« L'occupation nazie, la lutte clandestine, rajeunies d'un quart de siècle. On croyait le sujet rebattu, il naît à peine [...] voilà deux heures et demie qui font battre le cœur plus vite. La mise en scène est d'un classicisme maniaque, les acteurs ne cachent pas leur « métier », le récit ne perd jamais son droit fil. Pourtant cela se vit au premier degré, cela conserve la fraîcheur de l'action en devenir avec ses péripéties à surprises. Miracle melvillien d'une re-création totale, doublé d'un trouble qui agace longtemps la mémoire. On n'oubliera pas de sitôt cette France de ténèbres et de crimes, où glissent de funèbres tractions-avant. »

— Michel Mardore, Le Nouvel Observateur,

Le film sortit dans le contexte politique de l'après-Mai 68. Rendant hommage à la Résistance et au général de Gaulle, il reçut une critique parfois négative, en particulier de la part des Cahiers du cinéma, qui entamaient alors un virage vers un discours plus politique.

Ces mauvais échos critiques dissuadèrent les programmateurs américains de distribuer le film aux États-Unis. Il sortit finalement en 2006 et cette sortie tardive fut un évènement cinéphilique unanimement applaudi par les critiques spécialisés[7]. Il a même été classé meilleur film de l'année par les critiques du magazine américain Premiere, de Newsweek[8], du LA Weekly[9] et du New York Times[10]. Il reçut la récompense du meilleur film en langue étrangère lors des New York Film Critics Circle Awards 2006, et du meilleur film 2006 au First Annual L.A. Weekly Film Critics Poll[11],[12]. Sur le site internet Rotten Tomatoes, le film recueille 97 % de critiques positives, avec un score moyen de 8,6/10 et sur la base de 73 critiques collectées[13], et, sur le site Metacritic, il obtient une note de 99/100, sur la base de 24 critiques[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le siège lyonnais de la Gestapo était en 1942 à l’École de santé militaire, désaffectée ; les scènes du film ont été tournées sur les lieux mêmes.
  2. Le tournage a été effectué sur le champ de tir du camp militaire de Satory, reconnaissable à l'époque le long de l'ex-nationale N 186.
  3. a et b (en) Extrait de Melville on Melville par Rui Nogueira.
  4. Test Criterion Studio Canal.
  5. DVD Classik : supplément du DVD "Simone Signoret et Lucie Aubrac".
  6. Simone Signoret, La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, Éditions du Seuil, 1978.
  7. (en)« Army of Shadows » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  8. (en)David Ansen : Foreign films worth Watching, The Daily Beast/Newsweek, 20 avril 2006, consulté le 4 janvier 2013.
  9. (en)Army of Shadows, LA Weekly, 10 mai 2006, consulté le 4 janvier 2013.
  10. (en)"Army of Shadows - Review", New York Times, 28 avril 2006, consulté le 4 janvier 2012.
  11. (en)The Best Films of 2006, LA Weekly, 27 décembre 2006, consulté le 4 janvier 2013.
  12. (en)Weekly critics pick "Army of Shadows", LA Observed, 10 janvier 2007, consulté le 4 janvier 2013.
  13. (en)L'Armée des ombres (Army of Shadows), Rotten Tomatoes, consulté le 4 janvier 2013.
  14. (en)Critic Reviews of Army of Shadows, Metacritic, consulté le 4 janvier 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]