L'Appel de Cthulhu

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L'Appel de Cthulhu
Publication
Auteur H. P. Lovecraft
Titre d'origine The Call of Cthulhu
Langue Anglais
Parution Drapeau : États-Unis Février 1928 dans Weird Tales, vol 11, n°2[1]
Traduction française
Traduction Claude Gilbert[2]
Jacques Papy et Simone Lamblin[3]
Parution
française
Drapeau : France 1954
Intrigue
Genre Nouvelle Fantastique
Date fictive 1926
Lieux fictifs Boston
La Nouvelle-Orléans
Océan Pacifique
Personnages Francis Wayland Thurston
Henry Anthony Wilcox
John Raymond Legrasse
Gustaf Johansen

L'Appel de Cthulhu (titre original : The Call of Cthulhu) est une nouvelle fantastique de l'écrivain américain Howard Phillips Lovecraft, écrite en 1926 et publiée en février 1928 dans le magazine Weird Tales. C'est l’œuvre fondatrice du Mythe de Cthulhu, un univers de fiction partagé par de nombreux auteurs dans les domaines de la littérature, du jeu de rôle ou encore de la bande dessinée.

Résumé[modifier | modifier le code]

L'intrigue non-linéaire nous est présentée au travers d'un ensemble de documents retrouvé dans les papiers du défunt Francis Wayland Thurston, un anthropologiste qui a enquêté sur un culte obscur.

L'horreur d'argile (The Horror in Clay)[modifier | modifier le code]

Francis Wayland Thurston, un anthropologiste originaire de Boston hérite de tous les biens de son grand-oncle, George Gammell Angell, un professeur renommé ayant enseigné les langues sémitiques à l'université Brown, décédé dans des circonstances mystérieuses « pendant l'hiver 1926-1927 ». Parmi les documents de son oncle, Thurston découvre un étrange bas-relief en argile représentant un dragon ou une caricature d'homme « à tête de poulpe munie de tentacules surmontant un corps écailleux et grotesque muni d'ailes rudimentaires » accompagné de différents hiéroglyphes inconnus, de coupures de presse et d'un manuscrit portant le titre "Le Culte de Cthulhu".

Dans la première partie de ce manuscrit, le professeur Angell détaille sa rencontre avec Henry Wilcox, un jeune artiste de Rhode Island qui certifie avoir sculpté le bas-relief en argile dans la nuit du 1er mars 1925 au cours d'un rêve angoissant de cités perdues recouvertes de vase. Le vieux professeur finit par être convaincu de la sincérité du jeune homme et pense que son rêve et sa sculpture ont un lien avec un ancien culte païen.

Les rencontres entre les deux hommes se font de plus en plus fréquentes au cours du mois de mars et les cauchemars de Wilcox de plus en plus précis – il distingue notamment des sons gutturaux comme Cthulhu, fhtagn ou R'lyeh. Le 23, Henry Wilcox est transporté en urgence chez ses parents, atteint de crises de délire durant lesquelles il parle d'une créature gigantesque marchant à pas pesants. Après sa guérison, dix jours plus tard, les visions de Wilcox disparaissent.

À la suite de ces événements, le professeur Angell mène des recherches et découvre qu'une vague d'événements étranges s'est déroulée tout autour du monde entre le 28 février et le 2 avril : tremblements de terre, rêves oppressants, agitations en Afrique, suicides, révoltes de levantins à New York, exposition de toiles obscures à Paris...

Le récit de l'inspecteur Legrasse (The Tale of Inspector Legrasse)[modifier | modifier le code]

La seconde partie du manuscrit relate une expérience antérieure qui a amené le professeur Angell à s’intéresser au récit de Henry Wilcox. Car ce n'était pas la première fois que le vieil homme prenait connaissance de faits mystérieux tournant autour de Cthulhu, le monstre à tête de pieuvre.

En 1908, à Saint-Louis (Missouri), l'inspecteur John Legrasse se rend à une réunion annuelle de la Société Américaine d'Archéologie pour faire identifier à des professeurs renommés une mystérieuse statuette. Cette idole confisquée aux membres d'une secte vaudou représente une étrange créature recroquevillée sur un socle orné de hiéroglyphes indéchiffrables...L'inspecteur raconte aux professeurs comment, dans la soirée du 1er novembre 1907, lui et dix-neuf de ses hommes ont menés un assaut contre les adeptes d'une secte se livrant à des sacrifices humains dans les marécages inexplorés au Sud de La Nouvelle-Orléans. Selon les dires de Castro, l'un des quarante-sept prisonniers métis, la secte vénère les « Grands Anciens », des dieux venu des étoiles il y a de cela des millions d'années et aujourd'hui endormis au cœur de la terre ou sous les eaux. Le grand prêtre Cthulhu, qui communique avec ses fidèles à travers les rêves, attend patiemment dans sa demeure engloutie de R’lyeh pour régner à nouveau sur le monde. D'après Castro, ce culte se retrouve aux quatre coins du monde, comme en témoigne le Necronomicon, un très vieux grimoire écrit par le poète arabe Abdul Alhazred.

Impressionné par les notes du professeur Angell, Thurston décide de mener sa propre enquête et parvient à retrouver Wilcox; il arrive à la conclusion que la mort de son grand-oncle n'est pas accidentelle et qu'il a été assassiné par l'un des membres du culte...

La démence qui vint de la mer (The Madness from the Sea)[modifier | modifier le code]

Plus d'un an après avoir lu le manuscrit, Thurston tombe par hasard sur un article de journal australien datant du 18 mars 1925 et faisant mention d'une étrange épopée navale dans l'Océan Pacifique au cours de laquelle plusieurs hommes périrent dans des circonstances dramatiques. Thurston voyage jusque à Oslo, pour découvrir le journal du marin norvégien Gustaf Johansen, survivant du naufrage.

Le 22 mars, l’Emma, un schooner parti de Nouvelle-Zélande, croise sur sa route le yacht Alert avec à bord des individus agités et armés. Une bataille s'ensuit et les hommes de l’Emma capturèrent l’Alert avant de poursuivre leur route. Curieux de découvrir la destination de leur agresseurs, ils finissent par découvrir R'lyeh, une cité sous-marine colossale soulevée par un tremblement de terre. Là, les marins libérèrent accidentellement Cthulhu. Deux hommes meurent de peur en voyant le Grand Ancien, et trois meurent de ses griffes. Johansen parvint à fuir de justesse avec un autre membre d'équipage devenu fou mais il n'osa confier son récit à personne. Il fut finalement assassiné de la même manière que le professeur Angell, et sa veuve conserva son journal.

Mettant en place les pièces du puzzle et faisant coïncider les dates, Thurston comprend que tout est réel et qu'il est désormais, tout comme son grand-oncle et le norvégien Johansen, la cible du culte de Cthulhu...

Inspirations[modifier | modifier le code]

Les inspirations de cette nouvelle sont nombreuses. D'après S. T. Joshi, critique littéraire américain spécialiste des littératures de l'imaginaire et biographe de Lovecraft[4], l'une des principales inspirations de cette nouvelles est la nouvelle de Guy de Maupassant, Le Horla[5] (1887), que Lovecraft décrit dans son essai Supernatural Horror in Literature (en)[6]. The Novel of the Black Seal d'Arthur Machen (1895) auquel Lovecraft emprunte ses procédés littéraires, en particulier l'apposition de documents épars (manuscrit, rapport d'enquête, article de journal…) révélant peu à peu l'horreur est également considéré par Joshi comme l'une des inspirations profondes de l'Appel de Cthulhu[5]. Joshi cite enfin le roman d'Abraham Merritt Le Gouffre de la Lune (The Moon Pool, 1919) dont Lovecraft faisait souvent l'éloge, et fait l'analogie entre le fameux gouffre de Merritt et la porte reliant R'lyeh au monde réel[7].

Le théologien et grand connaisseur du Mythe de Cthulhu Robert M. Price voit dans le poème d'Alfred Tennyson The Kraken (1830)[8] est l'une des inspirations majeures de l'Appel de Cthulhu en particulier sur la genèse de Cthulhu lui-même en tant qu'entité dormant pour l'éternité sous l'océan et apportant l'apocalypse avec son réveil[9]. Price cite également les travaux de Lord Dunsany comme le recueil Les Dieux de Pegāna (1905)[10] dans lequel l'un des dieux est maintenu en sommeil afin d'éviter les conséquences apocalyptiques de son réveil[11],[12].

Publication[modifier | modifier le code]

Lovecraft eut du mal à faire publier la nouvelle. L'éditeur de Weird Tales Farnsworth Wright la refusa dans un premier temps, et ne l'accepta qu'après que Donald Wandrei (en), écrivain et ami de l'auteur, lui eut fait croire que Lovecraft comptait soumettre ses textes à un autre éditeur. Lovecraft lui-même considérait a posteriori la nouvelle comme plutôt moyenne[13].

En version originale[modifier | modifier le code]

  • Weird Tales, vol 11, n°2, (1928) ;
  • The Best of H.P. Lovecraft: Bloodcurdling Tales of Horror and the Macabre, (1982) ;
  • The Dunwich Horror and Others, (1984) ;
  • Tales of H.P. Lovecraft, (1997) ;
  • More Annotated H.P. Lovecraft, (1999) ;
  • The Call of Cthulhu and Other Weird Stories, (1999) ;
  • H.P. Lovecraft: Tales, (2005) ;
  • Necronomicon: The Best Weird Tales of H. P. Lovecraft, (2008) ;
  • H.P. Lovecraft: The Fiction, (2008) ;
  • The Call of Cthulhu and Other Dark Tales, (2009) ;
  • The Weird Writings of HP Lovecraft, (2010) ;
  • H.P. Lovecraft: The Complete Fiction, (2011) ;
  • H.P. Lovecraft Goes to the Movies, (2011).

En version française[modifier | modifier le code]

La nouvelle fut publiée tardivement en France. On peut la retrouver dans les recueils suivants :

  • Dans l'Abîme du Temps (1954) ;
  • Légendes du Mythe de Cthulhu (janvier 1985) ;
  • Le Mythe de Cthulhu (avril 1996) ;
  • Le Cycle de Cthulhu (1998) ;
  • Lovecraft : Œuvres complètes Tome 1 (février 2010) ;
  • Cthulhu, le Mythe (février 2012).

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

Il existe à ce jour 7 traductions françaises différentes de l'Appel de Cthulhu:

- Traduction de Jacques Papy pour la première édition de la nouvelle en 1954.

- Traduction de Simone Lamblin, version corrigée afin de combler les lacunes de la version de Papy.

- Traduction de Claude Gilbert critiquée pour ses contresens[N 1].

- Traduction de Jean Balczesak en guise d'introduction à la gamme de jeux de rôle éponyme, "L'appel de Cthulhu" des éditions Descartes.

- Traduction de Maxime Le Dain, pour le recueil "Cthulhu, le mythe", publié par les éditions Bragelonne en février 2012.

- Traduction de David Camus, pour le recueil "Les montagnes hallucinées", publié par les éditions Mnémos en mars 2013.

- Traduction de Michel Marcheteau et Michel Savio, pour les éditions Pocket Bilingue en avril 2013.

Critiques[modifier | modifier le code]

L'écrivain Robert E. Howard considérait la nouvelle comme un chef-d'œuvre qui serait un jour considéré comme l'une des plus grandes réalisations de la littérature[14]. Peter Cannon (en), érudit de l'œuvre de Lovecraft et l'un de ses continuateurs considère l'histoire comme une narration subtile, ambitieuse, dense et complexe dans laquelle l'horreur acquiert peu à peu des proportions cosmiques[15].

L'écrivain français Michel Houellebecq, dans son essai H. P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie, décrit L'Appel de Cthulhu comme le premier des grands textes de Lovecraft[16].

Adaptations[modifier | modifier le code]

De nombreuses adaptations de l'univers de Lovecraft utilisent le nom de l'Appel de Cthulhu car cette nouvelle est sa plus connue et la pierre angulaire du Mythe de Cthulhu. Elles ne sont pas des adaptations à proprement parler de cette nouvelle. Pour plus de détail, voir l'article Mythe de Cthulhu. L’œuvre est dans le domaine public depuis janvier 2008.

Jeu vidéo[modifier | modifier le code]

Les Aventures de Sherlock Holmes : La Nuit des sacrifiés est un jeu vidéo de 2006 mêlant les univers littéraires de Lovecraft et de Conan Doyle. L'intrigue du jeu reprend grosso-modo le scénario de la nouvelle, avec Sherlock Holmes aux commandes de l'enquête. De nombreuses différences existent néanmoins entre les deux intrigues[17].

Call of Cthulhu : Dark Corners of the Earth est un jeu vidéo de type survival-horror sorti en 2006[18].

Le jeu vidéo "The Secret World" s'est inspiré de cette fameuse histoire de marins qui ont réveillés quelque chose dans les abysses. On le voit dans la ville de Kingsmouth principalement.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • The Call of Cthulhu, moyen-métrage réalisé par Sean Branney et Andrew Leman à la manière des films d'épouvante muet des années 1930[19]. Récompensé par de nombreux prix.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • Une chanson du groupe Metallica porte le titre de The Call of Ktulu (Ride the Lightning - 1984)[22] en hommage à la nouvelle de Lovecraft. Plusieurs explications ont été avancées pour expliquer la différence d'orthographe entre Ktulu et Cthulhu : volonté de voir les fans prononcer correctement le mot, peur que le terme Cthulhu ne soit sous copyright ou encore volonté de coller au fait que nul mortel n'est censé pouvoir prononcer ou écrire ce nom sans en subir les conséquences[23] ;
  • Le groupe français de metal progressif / metal néo-classique Adagio a composé une chanson du nom de R'Lyeh The Dead sur l'album Dominate sortit en 2006, inspirée de la nouvelle de Lovecraft ;
  • Le DJ Deadmau5 a composé deux chansons du nom de Cthulhu Sleeps dans son album 4x4=12 et Cthulhu Dreams en web-release ;
  • Le groupe de métal extrême britannique Cradle of Filth a publié une chanson portant le titre Cthulu Dawn sur leur album Midian le 31 octobre de l'an 2000, jour de l'Halloween

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La première phrase de la nouvelle en V.O. "The most merciful thing in the world" est par exemple traduite par « Ce qu'il y a de plus pitoyable au monde », ce qui ne correspond pas au message de la nouvelle comme le montrent les éditions ultérieures.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Peter Straub, Lovecraft: Tales, The Library of America,‎ 2005 (ISBN 1-931082-72-3), p. 823
  2. H. P. Lovecraft et Francis Lacassin (éditeur), Lovecraft : Œuvres complètes, t. 1, Robert Laffont,‎ 2000 (ISBN 2-221-05684-1), « L'appel de Cthulhu », p. 60
  3. H. P. Lovecraft, Le Mythe de Cthulhu, J'ai Lu,‎ 2005 (ISBN 978-2-290-33134-7), p. 4
  4. S. T. Joshi, I Am Providence: The Life and Times of H. P. Lovecraft, Hippocampus Press, 2010, 2 vol.  (ISBN 978-0-9824296-7-9)
  5. a et b S. T. Joshi and David E. Schultz, "Call of Cthulhu, The", An H. P. Lovecraft Encyclopedia, pp. 28-29.
  6. Texte intégral de l'essai sur le site lovecraft.com (en).
  7. Joshi, S.T. (2010) I am Providence: The Life and Times of H.P. Lovecraft. New York: Hippocampus Press. 2 Vols. Vol II pg. 639
  8. Texte complet sur wikisource (en).
  9. Robert M. Price, "The Other Name of Azathoth", introduction to The Cthulhu Cycle. Price credits Philip A. Shreffler with connecting the poem and the story.
  10. Texte complet sur wikisource.
  11. (en) « Lord Dunsany (1878-1957) », Works; Short bibliography, Dunsany,‎ December 2003 (consulté en 2012-01-26)
  12. Price, "The Other Name of Azathoth". This passage is also believed to have inspired Lovecraft's entity Azathoth, hence the title of Price's essay.
  13. S.T. Joshi, More Annotated Lovecraft, p. 173.
  14. Quoted in Peter Cannon, "Introduction", More Annotated Lovecraft, p. 7.
  15. Cannon, pp. 6-7.
  16. Michel Houellebecq, H. P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie.
  17. Les Aventures de Sherlock Holmes : La Nuit des sacrifiés sur jeuxvideo.com
  18. www.jeuxvideo.com
  19. The Call of Cthulhu sur [www.imdb.com Imdb]
  20. Call of Cthulhu Graphic Novel sur Goodreads
  21. The Lovecraft Anthology sur Goodreads
  22. Site officiel de Metallica
  23. The Call of Ktulu sur le site L'encyclopédie Metallica