L'Annonciation (Léonard de Vinci)

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L'Annonciation
Image illustrative de l'article L'Annonciation (Léonard de Vinci)
Artiste Léonard de Vinci
Date vers 14721475
Type huile et détrempe sur bois
Technique Peinture
Dimensions (H × L) 78 cm × 219 cm
Localisation Galerie des Offices, Florence()
Propriétaire Galerie des Offices

L'Annonciation est un tableau de l'atelier de Verrocchio, attribué à Léonard de Vinci et exposé à la Galerie des Offices de Florence. Il représente l’Ange Gabriel saluant la Vierge Marie et l'interrompant dans sa lecture de la Bible pour lui annoncer qu’elle est destinée à donner naissance au fils de Dieu. C'est une œuvre de jeunesse de Léonard de Vinci que l'on date des années 1473-1475, il avait près de vingt ans.

Support et technique[modifier | modifier le code]

L'Annonciation est une peinture à l’huile et à la détrempe sur bois de peuplier. Elle est constituée de cinq planches encollées de 3,5 cm d’épaisseur dont la face arrière a été rabotée au XIXe siècle[1]. Elle mesure 98 cm × 217 cm. Elle a fait l'objet d'une restauration en 2000.

Données historiques[modifier | modifier le code]

L'Annonciation provient de l'église San Bartolomeo de l'Abbaye territoriale Santa Maria de Monte Oliveto Maggiore, situé au sud de Florence. Nous ne possédons aucun autre renseignement sur le tableau avant son entrée à la Galerie des Offices en 1867. Les moines de Monte Oliveto le considéraient comme une œuvre de Domenico Ghirlandaio. Ruskin, en 1875, y voit « un Léonard précoce des plus authentiques et d’un intérêt extrême (a most true early Leonardo, of extreme interest)[2]. » En 1907, Sydney Colvin identifie un dessin à la plume de Léonard de Vinci conservé à d’Oxford[3] comme une étude pour la manche de l'ange de l’Annonciation des Offices. L'attribution du tableau à Léonard est ainsi confirmée[4].

Une radiographie du tableau a révélé qu’à l’origine la tête de la Vierge était plus penchée, la main droite plus courte, et que son petit doigt n’était ni relevé, ni plié. De plus une chaîne à pendentifs ornait son front. Tous ces repentirs ont accrédité la thèse d’une œuvre de jeunesse d’un Léonard encore hésitant. On relève également sur le tableau des frottages à la main des couleurs, caractéristiques de la manière de Léonard. On le date en général à des années 1473-1475, alors que Léonard travaille toujours dans l‘atelier de Verrocchio.

Analyse[modifier | modifier le code]

La scène se déroule dans un hortus conclusus, le jardin clos symbole depuis le Moyen Âge de la virginité de la Vierge. Toutefois, le jardin n‘est plus entouré de murs élevés, mais d‘un simple muret bordé de plantations d’arbres contrôlées et régulières, ici des pins et des cyprès, un motif courant dans la peinture florentine du Quattrocento[5]. Le jardin s'ouvre, au niveau de la main de l'Ange, sur un paysage fluvial. Daniel Arasse note que c’est la première fois qu’un port est peint dans une Annonciation[6]. Il faut sans doute y voir une illustration de la symbolique mariale : Marie, qui conduit ceux qui se sont égarés au port du salut éternel.

Le pré fleuri est une allusion à la ville de Nazareth. Saint Jérôme avait donné pour étymologie à Nazareth l’hébreu netser signifiant « fleur », saint Bernard l’avait commenté et La Légende dorée de Jacques de Voragine l’avait popularisée[7].

L’Ange Gabriel salue la Vierge Marie. Le lys blanc dans sa main gauche est considéré comme un symbole de la pureté de Marie. Entre l’Ange Gabriel et la Vierge, un lutrin, inspiré du sarcophage en porphyre et en marbre de Pierre Ier de Médicis et de son frère Giovanni dans la Vieille Sacristie (Sagresta Vecchia) de l’église San Lorenzo à Florence, par Verrocchio, le maître de Léonard.

La Vierge fait face à l’Ange. Elle est surprise en train de lire la Bible. Son geste de la main gauche peut être interprété comme un signe de trouble (conturbatio) où elle serait « étonnée de l’altière et magnifique salutation de l’Ange »[8].

La construction derrière la Vierge avec son intérieur ouvert sur le jardin a pu évoquer la peinture flamande[9]. Le port peint sur fond de montagnes est un des premiers exemples de la poétique des lointains dans la peinture de Léonard de Vinci. Il s'y attache, selon l'expression d'Ernst Gombrich « à rendre les modifications de la couleur dans la nature à travers l’air et la lumière »[10].

L’Annonciation du Louvre[modifier | modifier le code]

L'Annonciation
Image illustrative de l'article L'Annonciation (Léonard de Vinci)
Artiste Lorenzo di Credi
Date vers 14781485
Technique détrempe sur bois
Dimensions (H × L) 16 cm × 60 cm
Localisation Musée du Louvre()

Le Louvre possède une variante de l’Annonciation de la Galerie des Offices. Il s'agit d'une peinture à la détrempe sur bois de peuplier. Elle a été acquise par Napoléon III en 1861, lors de la vente de la collection du marquis Campana[11]. Elle a été exposée au Palais de l'Industrie en 1862 puis est entrée au Louvre en 1863.

Elle constituait, avec deux autres panneaux, la prédelle d’un retable commandé à Andréa Verrocchio, le maître de Léonard, à la mort de l’évêque de Pistoia, Donato de Medicis. Cela explique sa petite taille, 16 cm × 60 cm.

Donato de Medicis est décédé en 1474. Un document nous apprend que le retable est déjà bien avancé en 1478-1479, et presque achevé en 1485[12]. On peut donc le dater de la fin des années 1470, avant L’Adoration des mages.

Dans la collection Campana, le tableau était attribué à Domenico Ghirlandaio. Le premier catalogue du Louvre l’attribue, lui, à Lorenzo di Credi, qui dirigea l’atelier de Verrocchio lorsque celui-ci partit à Venise pour travailler à la statue du Colleone, puis à sa mort. En 1897, Giovanni Morelli y voit l’œuvre de Léonard de Vinci. Si l’attribution à Lorenzo di Credi reste largement majoritaire, Ottino della Chiesa[13], Carlo Pedretti[14], et Pietro C. Marani soutiennent toujours l’attribution à Léonard de Vinci.

Le dessin est assurément moins précis que dans L’Annonciation des Offices, la pose de la Vierge diverge : elle est penchée sur la droite. Françoise Viatte a donc suggéré un travail de Lorenzo di Credi « avec une intervention de Léonard dans certaines parties : les mains de la Vierge, les ailes de l’ange, très grandes, très travaillées dans le clair-obscur, dans les draperies des deux figures »[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frank Zöllner Léonard de Vinci, tout l’œuvre peint et graphique, Taschen, 2003, p. 216
  2. (en) John Ruskin, Mornings in Florence : Being Simple Studies of Christian Art for English Travellers, 1875-1877.
  3. Étude pour un bras de l’Annonciation, plume et encre, 72 × 92 cm, Oxford, Governing Body, Christchurch.
  4. (en) Sydney Colvin, Drawings of the Old Masters in the University Galleries and in the Library of Christ Church, Oxford, Clarendon Press, 1907.
  5. Cristina Acidini Luchinat, « Le Jardin florentin au miroir des Arts Figuratifs » dans Jardins des Médicis, édition française : Actes Sud / Motta, 1997, p. 40.
  6. Daniel Arasse, Léonard de Vinci, le rythme du monde. Hazan, 1997 ; L'Annonciation italienne. Une histoire de perspective, Hazan, 1999, 2010 (ISBN 9782754104531)
  7. « Quant à Marie elle revint à Nazareth dans la maison de ses parents. Nazareth veut dire fleur. « Ainsi, dit saint Bernard, la fleur voulut naître d’une fleur, dans une fleur, et dans la saison des fleurs. » Ce fut donc là que l’ange lui apparut. » (Jacques de Voragine, L’Annonciation de Notre Seigneur, dans La Légende dorée, 1263-1273).
  8. Michaël Baxandall, l’œil du Quattrocento, p. 83 où il rappelle les cinq états successifs de la Vierge au moment de l’Annonciation, tel que le décrit le prédicateur Fra Roberto, réflexion (cogitato), trouble (conturbatio), interrogation (interrogatio), soumission (humiliatio), mérite (meritato).
  9. en particulier, Pedretti, Leonardo, A Study in Chronology and Style, p. 29-31 et Kenneth Clark, Léonard de Vinci, 1967, le Livre de Poche, p. 35-40.
  10. (en) Ernst Gombrich, « Leonardo on the science of painting », 1982, in On the Renaissance, vol. 4, p. 36.
  11. sur l’histoire de la collection Campana, voir Francis Haskell, « Conservation et dispersion du patrimoine artistique italien » in L'Amateur d'Art, 1977.
  12. Pietro C. Marani Léonard de Vinci, Une carrière de peintre, (édition française : Actes Sud / Motta 1999), p. 67-68
  13. Ottino della Chiesa l’Opera complete di Leonardo, 1967
  14. Pedretti, Leonardo, A Study in Chronology and Style, p. 29-30.
  15. Françoise Viatte, « Annonciation » in Léonard de Vinci, Dessins et manuscrits, rmn 2003, p. 47