L'Albatros (poème)

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L'Albatros (info)
Lecture audio du poème écrit par Charles Baudelaire.

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L'Albatros est le deuxième poème de la seconde édition (1861) du recueil Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Ernest Chausson a composé une mélodie sur ce poème. La partition en est publiée en 1879.

Léo Ferré a mis en musique et chanté ce poème en 1967 dans son album Léo Ferré chante Baudelaire, paru chez Barclay (à ne pas confondre avec Les Albatros chanson de son album La Solitude, publié en 1971).

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce poème qui comporte quatre quatrains composés d'alexandrins avec des rimes croisées est une fable qui apparaît dans la section « Spleen et Idéal » des Fleurs du mal.

The rime of the ancient Mariner - Coleridge.jpg

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.


À peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !


Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Analyse[modifier | modifier le code]

L'idée initiale de ce poème, paru seulement en 1859, remonterait à un incident du voyage à La Réunion (1841). Pour symboliser le poète, Baudelaire ne songe ni à l'aigle royal des romantiques, ni à la solitude orgueilleuse du condor, décrite par Leconte de Lisle. Il choisit « un symbole plus douloureux » : l'Albatros représente « la dualité de l'homme » cloué au sol et aspirant à l'infini ; il représente surtout le poète, cet incompris.

Il a vraisemblablement été inspiré à Baudelaire par son voyage en bateau à destination de l'Île Bourbon alors qu'il avait à peine 20 ans. La « pêche à l'Albatros » (avec une ligne portant un liège et un triangle de fer amorcé à la viande) était traditionnelle à bord des voiliers au « grand long cours » au-delà des trois caps. L'instrument de pêche triangulaire servait d'ailleurs d'emblème à l'association des anciens marins cap-horniers.

L'albatros était souvent vu par les marins de l'époque comme malfaisant car un homme tombé à la mer - qu'on ne pouvait pas en général repêcher - était aussitôt attaqué à coups de bec par les albatros.

Traditionnellement, l'albatros ainsi pêché servait aux marins à réaliser divers objets en dehors de leurs heures de quart : la peau des pattes devenait blague à tabac, certains os servaient à confectionner des mâts et vergues pour les maquettes de navires et le bec était monté sur une tête d'albatros en bois sculpté, comme pommeau d'une canne faite de vertèbres de requin enfilées sur une tige de fer, classique cadeau de l'équipage à son capitaine en fin d'une bonne traversée[1].

Baudelaire (contrairement à certains « intellectuels » qui firent l'expérience du voyage en mer au temps de la marine à voiles, tels le romancier américain Richard Dana ou le poète anglais John Masefield ou encore Jack London) n'avait pas choisi cet embarquement de plein gré : il y avait été contraint par son beau-père, le Général Aupick, qui espérait ainsi le « corriger de ses inconduites » et s'il détesta l'expérience et ne s'intégra pas à l'équipage[2], il fut néanmoins marqué par ce voyage qui influença son œuvre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Première publication[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Randier, Hommes et navires au Cap Horn, 2000, ISBN 2352610206
  2. Armand Hayet, Us et coutumes à bord des longs courriers, 1953, ASIN B001820OS2.