L'Affaire Charles Dexter Ward

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L'Affaire Charles Dexter Ward
Publication
Auteur H. P. Lovecraft
Titre d'origine THe Case of Charles Dexter Ward
Langue Anglais
Parution Drapeau : États-Unis mai 1941 dans Weird Tales, vol. 35, n° 9[1]
Traduction française
Traduction Jacques Papy[2]
Parution
française
Drapeau : France 1956[3]
Intrigue
Genre Nouvelle fantastique
Date fictive fin du XVIIIe-premier tiers du XXe siècle
Lieux fictifs Providence, Salem
Personnages Charles Dexter Ward
Joseph Curwen
Marinus Bicknell Willett

L'Affaire Charles Dexter Ward (titre original : The Case of Charles Dexter Ward) est une longue nouvelle fantastique de Howard Phillips Lovecraft, s'inscrivant dans l'univers du mythe de Cthulhu. Il s'agit d'un des plus longs textes de Lovecraft - plus de 50 000 mots -, situé entre le roman et la nouvelle. Écrit au début 1927, il sera publié en décembre 1941 dans Weird Tales (Vol. 35, No. 9). Non édité du vivant de Lovecraft, c'est sans doute l'un des textes majeurs de l'auteur.

Inspirations[modifier | modifier le code]

Les analystes de Lovecraft voient plusieurs inspirations possibles pour ce roman. Dans leur encyclopédie consacrée à l'œuvre de Lovecraft, S. T. Joshi et David E. Schultz citent le roman Le Retour (The Return) de Walter de la Mare que Lovecraft avait lu en 1926 et qu'il décrit dans son essai Épouvante et Surnaturel en littérature (Supernatural Horror in Literature) comme un conte dans lequel un homme revient d'entre les morts et se nourrit du sang des vivants[4] comme un inspiration possible aux actes de vampirisme commis dans la nouvelle.

Dans ce même essai, Lovecraft cite également La Maison aux sept pignons de Nathaniel Hawthorne comme étant « la meilleure contribution de la Nouvelle Angleterre à la littérature de l'étrange »[5]. Ce roman aborde le thème de la ressemblance troublante entre un homme et son descendant, modèle possiblement utilisé par Lovecraft pour ébaucher la relation entre Charles Ward et son trisaïeul Joseph Curwen[6].

Au niveau de la localisation de l'intrigue à Providence même, Joshi et Schultz mettent en évidence la lecture par Lovecraft de Providence in Colonial Times, de Gertrude Selwyn Kimball en septembre 1925. Ce livre aurait, selon eux, servi de source pour de nombreuses anecdotes augmentant le réalisme de la nouvelle en l'ancrant dans la réalité comme celles concernant John Merrit ou le docteur Checkley[4]

Références[modifier | modifier le code]

Le lecteur cultivé pourra voir au cours du roman diverses références - certaines pouvant être utiles à la compréhension, permettant parfois de faire deviner des éléments que le profane n'apprendra qu'à la fin. Parmi ces références, on citera notamment : Dracula (roman de Bram Stoker), Clark Ashton Smith (auteur de fantastique et correspondant de Lovecraft), Le Portrait de Dorian Gray (roman d'Oscar Wilde), la mythologie grecque, la langue latine. Cette affaire est probablement l'une des créations de Lovecraft où apparaissent le plus de références - bien que l'on puisse voir dans toute l'étendue de son érudition.

Résumé[modifier | modifier le code]

Résultat et prologue[modifier | modifier le code]

Providence, 1928, Charles Dexter Ward, un homme de vingt-six ans interné en maison de santé vient de disparaître sans laisser de trace. Le narrateur, Marinus Willet, médecin de la famille Ward depuis des années se remémore la progressive transformation qui vit le jeune homme enthousiaste féru d'archéologie et de généalogie devenir dément. À l'hiver 1919-1920, Charles découvrit au cours de ses recherches en généalogie qu'il avait parmi ses ancêtres un certain Joseph Curwen.

Antécédents et abomination[modifier | modifier le code]

Selon la croyance populaire, Joseph Curwen aurait fui Salem en 1692 lorsque les persécutions contre les sorciers et sorcières débutèrent de peur d'être lui-même accusé de sorcellerie à cause des expériences de chimie et d'alchimie qu'il pratiquait. Il s'installa à Providence comme armateur et il devint très vite une curiosité locale. Outre le fait qu'il ne semblait pas vieillir, une foule de faits bizarres contribuaient à alimenter la croyance populaire : trafic d'esclaves, hurlements venants de sa ferme, lumières étranges la nuit à ses fenêtres, cargaisons mystérieuses ramenées par ses navires et surtout, de nombreuses disparitions parmi les marins qu'il employait.

Conscient de la méfiance qu'il suscitait et désirant se fondre dans la masse, Curwen se décida à prendre une épouse parmi la bonne société de Providence. Son choix se porta sur la jeune Eliza Tillinghast qui ne pouvait refuser le mariage au vu des dettes contractées par son père à l'encontre de Curwen. Elle rompit donc ses fiançailles avec Ezra Weeden et épousa Curwen qui reprit pour un temps une vie sociale à peu près normale. Il reçut plusieurs notables à dîner, fit exécuter un portrait de lui par le célèbre peintre Cosmo Alexander et s'investit dans le mécénat à l'échelle locale.

Cependant, le jeune Ezra Weeden, furieux d'avoir perdu sa fiancée à cause de Curwen, entreprit d'espionner les faits et gestes de son ennemi. Découvrant des indices des activités de sorcellerie de son rival, il décida d'en parler à certains de ses concitoyens qui fondèrent une conjuration destinée à abattre le sorcier. Le 12 avril 1771, après avoir obtenu les preuves d'autres exactions de Curwen, les conjurés décidèrent de se lancer à l'assaut de la propriété du sorcier. Ce fut un carnage. Huit hommes trouvèrent la mort, sans compter Curwen.

Recherche et évocation[modifier | modifier le code]

Charles Ward commença donc à enquêter sur son trisaïeul, réunissant tous les documents, lettres et objets ayant appartenu à Curwen. Il découvrit dans l'ancienne maison de Curwen le fameux portrait réalisé par Alexander qu'il entreprend de faire rénover. Il découvrit alors, caché dans les boiseries derrière la toile, un gros cahier contenant les notes personnelles du sorcier. Charles passa des mois à étudier les textes et les cryptages contenus dans les notes de Curwen, il fit plusieurs voyages à Salem et en Europe afin de perfectionner son art. À son retour, il entreprit en secret de retrouver les restes de Curwen et ramena ce dernier à la vie à l'aide de ses sels essentiels.

Métamorphose et démence[modifier | modifier le code]

Curwen et Charles s'installèrent dans un bungalow situé à l'emplacement de l'ancienne ferme de Curwen à Pawtuxet. Les deux hommes se ressemblant comme deux gouttes d'eau, Curwen utilisa des postiches et se fit connaître sous le nom de docteur Allen. Bien vite, Charles commença à prendre peur et écrivit au docteur Willet. Curwen se débarrassa de son encombrant descendant et assuma les deux rôles de Charles et de Allen.

Cauchemar et cataclysme[modifier | modifier le code]

Le docteur Willet et le père de Charles tombèrent d'accord sur le fait qu'il fallait agir vite. Ils s'infiltrèrent dans la maison de Pawtuxet. Là, Willet découvrit un réseau de galeries souterraines. Lors de son exploration du labyrinthe, Willet invoque accidentellement un esprit ancien, ennemi de Curwen ainsi que de tout des procédé de magie noire allant à l'encontre de la nature, et dont l'identité n'est pas clairement définie (il est cependant dit qu'il ne s'agit pas de Yog-Sothoth, comme le croyait Curwen, puisque toutes les fioles, dont celle qui contenait les "sels" de l'esprit invoqué, avaient été réétiquetées). Charles Ward (Curwen en réalité) fut finalement arrêté par la police et interné en maison de santé. Willet lui rendit visite et lui fit comprendre qu'il était au courant de la vérité. Curwen tenta de convoquer l'esprit à l'aide d'un incantation mais Willet parvint à la contrer à l'aide de l'incantation descendante et Curwen fut réduit en cendres.

Critiques[modifier | modifier le code]

Éléments du Mythe de Cthulhu[modifier | modifier le code]

L'Affaire Charles Dexter Ward contient la première mention de Yog-Sothoth dans l'œuvre de Lovecraft[7], entité qui sera reprise dans de nombreuses autres œuvres de Lovecraft ou de ses continuateurs. Joseph Curwen possède aussi un exemplaire du Necronomicon qu'il dissimule en le faisant passer pour le Qanoon-e-Islam[8].

Le roman contient également des références à d'autres œuvres de Lovecraft : Le docteur Willet remarque le signe de Koth gravé au-dessus d'une porte et se remémore ce qu'en avait dit son ami Randolph Carter[N 1],[9], référence à La Quête onirique de Kadath l'inconnue. Il ést également fait mention de rites innommables survenus dans le petit village de pécheurs de Kingsport dans le Massachusetts[8], référence à la nouvelle Le Festival.

Publication[modifier | modifier le code]

Lovecraft n'était pas satisfait par ce roman qu'il qualifiait d'embarrassant[10] et il a fait peu d'efforts pour le faire publier de son vivant. C'est à titre posthume qu'il fut publié par August Derleth et Donald Wandrei dans la revue Weird Tales.

En version originale[modifier | modifier le code]

  • Weird Tales, vol 35, N°9 (Mai 1941) et n°10 (Juillet 1941)[11] ;
  • The Case of Charles Dexter Ward, (1971)[11] ;
  • At the Mountains of Madness and Other Novels, (1985)[11] ;
  • The Dream Cycle of H.P. Lovecraft: Dreams of Terror and Death, (1995)[11] ;
  • The Thing on the Doorstep and Other Weird Stories, (2001)[11] ;
  • Waking Up Screaming, (2003)[11] ;
  • H.P. Lovecraft: Tales, (2005)[11] ;
  • Necronomicon: The Best Weird Tales of H. P. Lovecraft, (2008)[11] ;
  • H.P. Lovecraft: The Fiction, (2008)[11] ;
  • The Call of Cthulhu and Other Dark Tales, (2009)[11] ;
  • The Weird Writings of HP Lovecraft, (2010)[11] ;
  • The Case of Charles Dexter Ward, (2010)[11] ;
  • H.P. Lovecraft: The Complete Fiction, (2011)[11].

En version française[modifier | modifier le code]

  • Par-delà le Mur du Sommeil, (1956)[3] ;
  • L'Affaire Charles Dexter Ward, (1972)[3] ;
  • Lovecraft : Œuvres complètes Tome 1, (1991)[3].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

  • La Malédiction d'Arkham (Edgar Allan Poe's "The Haunted Palace"), adaptation cinématographique de Roger Corman en 1963. Il s'agissait à la base de l'adaptation du poème d'Edgar Poe The Haunted Palace, mais Corman s'inspira en fait de la nouvelle de Lovecraft L'Affaire Charles Dexter Ward. La mention Edgar Allan Poe fut conservée car à l'époque Lovecraft était peu connu et la mention de Poe était plus vendeuse[12] ;
  • The Resurrected, adaptation de Dan O'Bannon en 1991[13].

Jeu vidéo[modifier | modifier le code]

  • Necronomicon: The Dawning of Darkness est un jeu vidéo édité par DreamCatcher Interactive Inc. en 2000. Il s'agit d'un adaptation assez libre de la nouvelle, les noms de personnages et la fin ayant été totalement modifiés[14].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La traduction française ne mentionne pas Randolph Carter, l'ami de Willet étant, pour une raison inconnue, anonyme dans la version française

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Weird Tales 1941 », sur wikisource.org
  2. H. P. Lovecraft, L'Affaire Charles Dexter Ward, J'ai Lu,‎ 2004, 128 p., p. 3
  3. a, b, c et d « L'Affaire Charles Dexter Ward », sur noosfere.com
  4. a et b (en) S. T. Joshi et David Schultz, An H. P. Lovecraft Encyclopedia, Hippocampus Press,‎ 2004, p. 33
  5. (en) H. P. Lovecraft, The Annotated Supernatural Horror in Literature : with Introduction and Commentary, by S.T. Joshi, Hippocampus Press,‎ 2000 (lire en ligne)
  6. (en) S. T. Joshi et David Schultz, An H. P. Lovecraft Encyclopedia, Hippocampus Press,‎ 2004, p. 107
  7. H. P. Lovecraft, L'Affaire Charles Dexter Ward, J'ai Lu,‎ 2004, 128 p., p. 101
  8. a et b H. P. Lovecraft, L'Affaire Charles Dexter Ward, J'ai Lu,‎ 2004, 128 p., p. 21
  9. H. P. Lovecraft, L'Affaire Charles Dexter Ward, J'ai Lu,‎ 2004, 128 p., p. 108
  10. Lettre de H. P. Lovecraft pour R. H. Barlow, 19 mars 1934, cité dans (en) S. T. Joshi et David Schultz, An H. P. Lovecraft Encyclopedia, Hippocampus Press,‎ 2004, p. 34
  11. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m « H.P. Lovecraft’s The Case of Charles Dexter Ward », sur hplovecraft.com
  12. « La malédiction d'Arkham », sur IMDb.com
  13. « The Resurrected », sur IMDb.com
  14. « Necronomicon: The Dawning of Darkness », sur jeuxvideo.com