L'Abbé

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L’Abbé
suite du
Monastère
Image illustrative de l'article L'Abbé
Le loch Leven avec, au fond, le château.

Auteur Walter Scott
Genre roman historique
Version originale
Titre original The Abbot; Being the Sequel of The Monastery
Éditeur original • Longman, Hurst, Rees, Orme, and Brown (éditeur)
Archibald Constable and Co., and John Ballantyne (coéditeur)
Langue originale anglais, scots des Lowlands
Pays d'origine Écosse Écosse
Lieu de parution original Édimbourg
Date de parution originale 2 septembre 1820
Version française
Traducteur « le traducteur des romans historiques de Sir Walter Scott » (Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret)
Lieu de parution Paris
Éditeur H. Nicolle
Date de parution 1821
Type de média 4 vol. in-12
Série Récits de sources bénédictines
Chronologie
Précédent Le Monastère

L'Abbé (The Abbot), parfois adapté sous le titre Le Page de Marie Stuart, est un roman de l’auteur écossais Walter Scott, paru le 2 septembre 1820[1].

C'est l’un des deux Récits de sources bénédictines. L’Abbé est en effet présenté comme une suite du Monastère, paru en mars de la même année. Mais les deux récits peuvent se lire indépendamment. Présente dans Le Monastère, la surnaturelle dame blanche d’Avenel n’apparaît pas dans L’Abbé. Elle est à peine mentionnée, à la dernière page.

Cadre historique[modifier | modifier le code]

tableau, buste d’un homme en costume du XVIe siècle
James Stuart, comte de Moray (Murray, dans le roman), régent.

En 1560, en Écosse, est créée l'Église nationale presbytérienne. La foi protestante gagne du terrain. Les édifices consacrés au culte de l’Église romaine sont détruits. Dans certains cantons, il est dangereux d’être suspect de catholicisme.

En mai 1567, le troisième mariage de la reine Marie Stuart (avec l’aventurier Bothwell) divise le pays en deux camps. Marie est arrêtée par une confédération de nobles écossais. Elle est emprisonnée au château de Loch Leven (Lochleven, dans le roman), en juin. Le 24 juillet, elle est contrainte d’abdiquer le trône d’Écosse en faveur de son fils Jacques, âgé d'un an. Son demi-frère, James Stuart, comte de Moray (Murray, dans le roman), devient régent.

Marie Stuart est catholique. Le régent est protestant. L’Écosse est déchirée. La plupart des chefs du sud sont partisans de Marie Stuart, et très opposés au régent. Bien des gens désirent « voir du nouveau » et portent leurs espoirs sur un retour au pouvoir de Marie Stuart et sur le retour du catholicisme[2].

Le 2 mai 1568, Marie s'évade. Elle lève une petite armée, qui est défaite le 13 mai à Langside. Le 16, Marie s’enfuit en Angleterre.

Résumé[modifier | modifier le code]

Souffrant des interminables absences de son mari et n’ayant pas d’enfant, la calviniste lady Marie Avenel recueille Roland Græme, un enfant pauvre dont elle fait son page. Celui-ci prend soin de dissimuler qu’il est catholique. Gâté par sa protectrice, il fait preuve d’un caractère odieux et violent.

Trop longtemps aveuglée par l’affection qu’elle lui porte, lady Marie se décide enfin à le chasser. Il retrouve sa grand-mère, Magdeleine, une catholique fanatique, et fait la connaissance de la vive et gaie Catherine Seyton, dont il s’éprend sur-le-champ. Magdeleine tient à précipiter les deux jeunes gens dans une conspiration visant au retour de Marie Stuart, retenue prisonnière au château de Lochleven.

Sir Halbert, l’époux de lady Marie Avenel, envoie le garçon à Holyrood, muni d’une lettre pour le régent.

photo d’un château en ruines
Le château de Loch Leven (Lochleven, dans le roman).
plan d’un château
Plan du château de Loch Leven.

Le régent fait de Roland un page de Marie Stuart, en le chargeant d’espionner cette dernière dans sa prison. Roland se rend donc dans ce château, situé sur une île du loch Leven, au nord du Firth of Forth. Il y retrouve Catherine Seyton, devenue suivante de la reine. Le jour même, 24 juillet 1567, des lords contraignent Marie Stuart à l’abdication.

L’hiver se passe dans l’ennui de cette retraite. Contraint de jouer son rôle de protestant, Roland se rend à la prière du soir. Il est catholique par obéissance à sa grand-mère, mais serait bien incapable de dire en quoi consiste la différence d’opinion séparant l’Église réformée de l’Église romaine. Il devient de plus en plus attentif aux instructions du chapelain de l’Église chrétienne évangélique. Ce zèle religieux le rend suspect aux yeux de la reine et de ses deux suivantes, qui le tiennent désormais à l’écart de leurs conciliabules. Roland souffre d’autant plus de cette situation qu’il aperçoit souvent Catherine en compagnie du jeune George Douglas, fils du maître des lieux.

Roland se trouve bientôt dans une situation embarrassante : d’un côté, Catherine exige des gages de sa fidélité à l’Église et à la reine ; de l’autre, le chapelain et lady Lochleven, rassurés par son zèle à s’instruire dans la religion réformée, lui confient des missions au bourg de Kinross, sur la rive ouest du loch. À Kinross, Roland retrouve Magdeleine, sa fanatique grand-mère, et le père Ambroise qui, après Catherine, s’emploient à raffermir sa foi catholique chancelante, et lui rappellent qu’il doit être du seul parti de la reine catholique.

tableau représentant deux hommes entraînant une femme
L’évasion de Marie Stuart.

Une première tentative d’évasion échoue.

On croit Marie Stuart empoisonnée par l’intendant. Pour la soigner, lady Lochleven fait appel à une sorcière de Kinross qui n’est autre que Magdeleine, la grand-mère de Roland. Laquelle fait une apparition exaltée dans le château.

Roland ayant pu subtiliser les clés, une deuxième tentative d’évasion a lieu. Elle réussit. La reine est conduite en sécurité dans un château appartenant au père de Catherine. Roland se heurte au jeune et méprisant frère de celle-ci, qui ne veut pas entendre parler de mariage entre Catherine et un descendant de paysans.

Les partisans de Marie réunissent une armée, qui est défaite à Langside. Marie se réfugie en Angleterre.

Roland obtient la preuve qu’il est d’une illustre famille, le cousin de lady Marie Avenel, et son héritier. Devenu protestant, pardonné par le régent, il peut épouser Catherine Seyton, malgré la différence de religion. C’est une fin que l’on trouve dans bien des romans de Scott : l’Anglais ou demi-Anglais protestant épouse une Écossaise catholique, ce mariage symbolisant la réconciliation entre les deux peuples — réconciliation à laquelle Scott œuvre avec zèle, s’efforçant de refermer les plaies qu’ont laissées les révoltes jacobites du XVIIIe siècle et les féroces répressions qui ont suivi.

Personnages[modifier | modifier le code]

On retrouve dans L’Abbé des personnages du Monastère, quelques années plus tard : Halbert Glendinning, à présent marié à lady Marie Avenel ; Édouard Glendinning, devenu le père Ambroise ; le comte de Murray, devenu régent ; lord Morton ; le père Boniface, devenu jardinier...

  • Sir Halbert Glendinning, chevalier d’Avenel. Fils d’un vassal du monastère. Puritain au service du régent, auprès duquel il est très en faveur. De naissance obscure, il est très préoccupé de faire valoir son mérite, ce qui occasionne d’interminables absences. Il néglige donc sa femme. Autant par principe que par politique, il désire propager la foi protestante. Négocie des alliances avec les bourgeois protestants d’Allemagne et des Pays-Bas. Du sang-froid, politique habile. Brave, expérimenté, intègre. Une fermeté réfléchie, mais bon, indulgent, bienfaisant. Froid, voire hostile envers Roland, le protégé de sa femme.
  • Lady Marie Avenel, héritière d’une illustre maison, épouse de sir Halbert. Sage, vertueuse, bienfaisante. Huguenote « aussi stricte que Calvin lui-même[3] ». Souffrant des absences de son époux et n’ayant pas d’enfant, elle adopte le jeune Roland envers qui elle fait preuve d’une indulgence excessive. Partiale, totalement aveuglée par l’affection trouble qu’elle porte à son protégé[4].
  • James Stuart, comte de Murray (ou Moray). Digne, ferme, décidé. Personnage historique, demi-frère de Marie Stuart. L'un des chefs du parti protestant en Écosse. Lorsque Marie abdique en août 1567, il est nommé régent pour le compte du jeune roi Jacques.
  • Sir Henry Warden, puritain, chapelain de sir Halbert. Un air grave, sévère et contemplatif. Prend peu d’intérêt à tout ce qui est étranger à ses convictions religieuses. Simple et bienveillant, il est cependant plus zélé que charitable, et se fait une haute idée du respect qui lui est dû en tant que ministre de l’Évangile. Prédicateur singulier. Ses remontrances hardies le font quelquefois percevoir comme excessif et indiscret : il a offensé personnellement plusieurs nobles et chefs de premier rang.
  • Lilias Bradbourne, femme de chambre « entre deux âges » de lady Marie. Suivante gâtée et, en cela, rivale de Roland Græme. Commère impertinente.
  • Magdeleine Græme, ci-devant lady d’Heathergill, grand-mère de Roland et sa seule parente. Anglaise du territoire contesté, district des frontières qui est objet de fréquentes querelles entre l’Écosse et l’Angleterre. Son mari et son fils ont été tués par les Écossais. Une âme fière, élevée, intrépide. Elle refuse de s’astreindre aux règles ordinaires dans les projets extraordinaires que lui suggèrent une imagination exaltée et capricieuse. Un ton sévère, un langage mystérieux, des façons abruptes. Se faisant passer pour puritaine, elle est en réalité une catholique fanatique, qui pratique le jeûne et la mortification des sens. Semble la proie d’une force invincible qui règle toutes ses actions. Elle a des visions. Le Ciel lui a déclaré ses desseins. Son zèle à la cause de l’Église et de la reine n’est pas toujours « éclairé », selon le mot cruel du père Ambroise[5]. Sa volubilité et sa véhémence semblent annoncer quelque dérangement de l’esprit[6]. Se faisant passer pour sorcière, sous le nom de mère Nicneven, elle guérit par les herbes et par le toucher de reliques.
  • Roland Græme, dix-sept ans, garçon pauvre. A perdu ses parents lorsque le territoire contesté fut dévasté. Sa grand-mère l’a élevé en secret dans le catholicisme, et lui a laissé obscurément entendre qu’il était de sang noble et que sir Halbert tenait son héritage. Recueilli par lady Avenel, qui l’élève d’une façon déplorable. Il devient un enfant gâté, suscitant la jalousie de tous. Peu de goût pour l’étude, insensible aux reproches. Des éclairs de bon sens et d’intelligence, mais manque d’application. Orgueilleux, impétueux, violent, aussi peu habitué à être contrarié qu’à obéir, le personnage est particulièrement antipathique dans les dix premiers chapitres. Il s’humanise à partir de sa rencontre avec Catherine Seyton, préfigurant même le personnage de d’Artagnan, vif, susceptible, querelleur, notamment dans le chapitre XVII (l’arrivée à Édimbourg). Écervelé, esprit inconstant : comme le fait bien souvent le personnage central de Scott, il forme étourdiment des liaisons contradictoires avec les deux factions ennemies, sans être attaché à l’une ou à l’autre. On le voit évoluer peu à peu, et se convertir au protestantisme. En fin de livre, Sir Halbert s’étonne du « changement prodigieux » qu’un temps si court a opéré dans le jeune homme. L’enfant gâté, présomptueux est devenu « sage, doux, modeste » et n’a aucune peine à obtenir « les égards qu’il exigeait autrefois sans les mériter ». Ce personnage est une création romanesque. Seuls, le vol des clés et l’implication dans l’évasion de Marie Stuart sont inspirés des actes de l’orphelin Willie Douglas, qui faisait partie du personnel de Loch Leven, et qui est resté loyal à Marie jusqu’à la mort de celle-ci[7].
  • Lord Morton, profond et politique, farouche, renfrogné. Il est rare de le voir autrement qu’en colère. Personnage historique : James Douglas, quatrième comte de Morton.
  • Lord Lindesay de Byres. Homme de l’ancien monde, dur mais honnête, sans éducation, « le noble le plus grossier de ce siècle grossier ». Dénué de patience, insolent, un ton sauvage. Ses moustaches grises « retombant sur ses lèvres semblaient placées comme une herse devant la porte d’un château pour empêcher qu’aucun mot n’en sortît sans nécessité absolue ». Figure historique : Patrick Lindsay de Byres, sixième lord Lindsay, féroce baron protestant, un des Lords de la Congrégation. Il prend part au meurtre de David Rizzio. Il est un des trois combattants à relever le défi de Bothwell (James Hepburn) sur le champ de bataille de Carberry Hill[8]. À Loch Leven, le 24 juillet 1567, il force Marie Stuart à l’abdication.
  • Maître Jasper Wingate, grave et sentencieux intendant de sir Halbert. Il se donne le titre de majordome. Intéressé, d’’une prudence excessive, opportuniste. Cultive les bonnes grâces du frère Ambroise, au cas où Marie Stuart reviendrait au pouvoir : sir Halbert se faisant couper la tête dans l’affaire, frère Ambroise pourrait alors devenir le seigneur d’Avenel.
  • Frère, puis père Ambroise (Édouard Glendinning, frère de sir Halbert), nouvel abbé de Sainte-Marie de Kennaquhair. Hardi, prompt, zélé, mais patient, généreux, sage et prudent. Va et vient comme un chat rusé qui attend le moment propice pour mettre son museau dans la crème[9]. « Un songe-creux qui ne pense qu’à son chapelet et à son bréviaire[10] », estime le régent.
  • Adam Woodcock, Anglais du comté d’York, fauconnier de sir Halbert, fidèle à son maître et comptant sur le crédit qu’il a sur lui. Bonne opinion de lui-même, fier et jaloux de sa science. Vigoureux, bagarreur quand l’occasion l’exige. Cordial, franc, loyal, juste, honnête, excellent cœur. Toujours accommodant, toujours de bonne humeur. Bouffon et un peu poète. Bon vivant, aimant l’ale. Prudent et circonspect, il tient auprès de Roland le rôle modérateur et sermonneur d’un Sancho Panza, essayant en vain de contenir la « folie » d’un maître fanfaron et querelleur, en lui apprenant « l’art de la prudence et du mystère » dans la nouvelle carrière où il va entrer. Mais les rôles se trouvent inversés lorsqu’Adam a bu un grand nombre de pintes d’ale, un gallon de vin « soi-disant de France » et un pot de brandevin. Il aime son maître, lui dit-il, pour les mêmes raisons qu’il aimait un petit cheval vicieux nommé Satan.
  • Mère Bridget, ancienne abbesse du couvent Sainte-Catherine de Sienne, tante de Catherine Seyton. Timide, un air mécontent, un esprit petit. A gardé, dans le malheur, ses prétentions, son orgueil, son tempérament faible et scrupuleux.
  • Catherine Seyton, seize ans, orpheline de mère, anciennement novice à Sainte-Catherine de Sienne. Agent secret catholique, suivante de Marie Stuart. Une « enchanteresse » : aimable, légère, malicieuse, espiègle, enjouée, vive et gaie, un sourire malin, une imagination fertile, peut rarement retenir une plaisanterie. Danse, chante, raconte des histoires pour égayer la prison de Lochleven. Fière et indépendante, volontaire, un peu capricieuse. Du jugement et de la pénétration. Historiquement, Marie Stuart avait quatre compagnes de son âge, toutes prénommées Marie. L’une d’elles s’appelait Marie Seyton.
  • Pierre Garde-Pont. Regrette que les temps soient changés, regrette le temps de sa jeunesse où, avare et cupide, il pouvait soumettre à ses exactions les paisibles pèlerins catholiques se rendant à Sainte-Marie. Devenu bien vieux, il ne voit plus sur son pont que des seigneurs protestants qui se font livrer passage de vive force.
  • Lord George Seyton, père de Catherine, catholique, partisan de Marie Stuart.
  • Michel L’aile-au-vent, vieux fauconnier du régent, ami d’Adam Woodcock.
  • Lord William Ruthven. Un air mélancolique. Selon Marie Stuart, il est un traître d’autant plus à craindre qu’il est plus doucereux. A pris une part active au meurtre de David Rizzio. Personnage historique.
  • Sir Robert Melville, ancien conseiller de Marie Stuart. Fin, intelligent, prudent, une voix douce et insinuante, un caractère conciliant. Personnage historique.
  • Lady Douglas de Lochleven, née Marguerite Erskine. Mère du seigneur de Lochleven. Mélancolique, acariâtre, méchante, orgueilleuse, affectée. Elle hait Marie Stuart. Protestante intolérante, d’une rigidité excessive dans ses sentiments religieux, déteste le catholicisme bien plus que le paganisme. Très à cheval sur l’honneur de sa maison : elle ordonne de tirer sur son fils qui a tenté de faire évader Marie ; et elle tient à faire pendre son vieil intendant fidèle qui a voulu la venger elle-même d’un affront. N’a pas changé de costume depuis la bataille de Pinkie (1547). Personnage historique : maîtresse de Jacques V, dont elle eut le comte de Moray. Ce qui lui vaut, dans le roman, d’être accablée de sarcasmes par Marie Stuart et par Magdeleine Græme. Marie Stuart remercie Dieu que la vieille femme ait commis dans sa jeunesse cette faute qui la rend vulnérable aujourd’hui.
  • Marie Stuart, vingt-quatre ans. De la facilité de parole. Habile à profiter des avantages que lui donnent ses charmes[11]. Armée, selon lady Lochleven de « belles paroles » et de « sourires séducteurs ». Un esprit caustique vis-à-vis de ses adversaires, du tact et de la délicatesse vis-à-vis des autres. Marie enthousiasme ses partisans catholiques par les plus lumineuses qualités, et révulse ses ennemis protestants par les plus noirs défauts. Ceux-ci la présentent comme une séductrice perverse, une traîtresse, une « femme artificieuse » qui inflige les plus cruelles blessures « sous le masque de la courtoisie et de la bonté ». Selon lady Lochleven, ses lèvres ont tour à tour « flatté le faible François, conduit à la mort l’imbécile Darnley, répété les poésies doucereuses du mignon Chastelet et les chansons d’amour du mendiant Rizzio, pressé avec transport celles de l’infâme Bothwell ». Selon lord Ruthven, « le pays ne peut plus se laisser gouverner par une femme incapable de se gouverner elle-même[12] », une femme dont le règne n’a été « qu’une suite tragique de revers, de malheurs, de désastres, de dissensions intestines et de guerres étrangères », une femme préoccupée seulement de mascarades, de parties de plaisir et de messes[13]. L’intendant de Lochleven ne l’appelle pas autrement que « la femme moabite[14] », et l’accuse d’avoir fait du palais de Holyrood un lieu d’abomination[15]. Personnage historique.
  • Marie Fleming, suivante de Marie Stuart l’ayant accompagnée à Lochleven. Pataude, ne s’intéresse qu’aux coiffures et aux vêtements. Historiquement, Marie Stuart a bien eu une suivante de ce nom.
  • George Douglas, le plus jeune des fils du seigneur de Lochleven. En l’absence de son père et de ses frères, il remplit les fonctions de sénéchal du château, sous la direction de sa grand-mère. Autrefois, à Holyrood, il était vif et spirituel. À Lochleven, il a le visage toujours couvert d’un voile de sombre mélancolie. Car il nourrit une passion inconsidérée pour Marie Stuart.
  • Robert Dryfesdale, 70 ans, intendant de Lochleven. Ancien soldat d’un grand courage, converti à l’anabaptisme aux Pays-Bas. Un visage dur et sévère, une démarche lente et un ton de gravité. Méchant, jaloux, impitoyable, dangereux, déterminé. Fanatique aveugle, sombre fataliste qui ne voit ses actes que comme le résultat d’une nécessité inévitable. Se sert de la destinée « comme d’une apologie toute prête » pour tout ce qu’il lui plaît de faire[16]. Pour éviter à son maître George Douglas d’être entraîné par les charmes de la « belle magicienne » Marie Stuart, il va jusqu’à tenter d’empoisonner celle-ci et son entourage. Sa conscience est « à l’aise », il n’en éprouve aucun remords, considérant que c’était écrit. N’attend rien d’autre que de l’ingratitude de la part de ses maîtres, puisque c’est écrit. Mais d’une honnêteté rigide. Bien qu’il haïsse Roland, il produit un témoignage l’innocentant : « Sa mort me ferait plus de plaisir que sa vie ; mais la vérité est la vérité. » Se rend librement et toujours armé dans le cachot qu’on lui assigne. Pousse le sublime jusqu’à prendre librement le chemin d’Édimbourg pour y être pendu.
  • Elie Henderson, chapelain de Lochleven, de l’Église chrétienne évangélique. Un raisonnement clair, méthodique et serré, une éloquence naturelle, une heureuse mémoire.
  • Docteur Luc Ludin, prétendu médecin, chambellan du seigneur de Lochleven à Kinross. Grave, solennel, pédant, fier de lambeaux de science qui rendent ses discours inintelligibles. Profite de sa position de chambellan pour obliger les paysans à le consulter en tant que médecin. Jaloux des succès d’une sorcière qui guérit par les herbes, il compte bien la conduire au bûcher.
  • Blinkhoolie, 80 ans, jardinier. Anciennement père Boniface, abbé de Sainte-Marie de Kennaquhair. Il accepte d’aider le père Ambroise dans ses menées séditieuses, mais à contre-cœur. Nonchalant, insouciant, il n’aspire qu’à vivre en paix. L’âge a affaibli ses facultés.
  • Henry Seyton, frère de Catherine. Hardi, méprisant, brutal. Se querellant avec un vieillard, il n’hésite pas à le tuer.
  • Hildebrand, garde de Lochleven qui boit toujours une pinte d’eau-de-vie avant de prendre sa faction.

Accueil critique[modifier | modifier le code]

En 1820, L’Abbé est un franc succès. La critique est très favorable, voire enthousiaste. Les seules réserves concernent :

  • le titre (l’abbé ne joue qu’un rôle discret dans le roman ainsi nommé) ;
  • le personnage de Catherine Seyton, qui ne serait qu’une pâle copie de celui de Diana Vernon, l’héroïne de Rob Roy ;
  • l’inconstance de Marie Stuart et son esprit caustique, non attestés historiquement[7].

La figure de Marie Stuart suscite au contraire l’enthousiasme de Louis Maigron, dans Le Roman historique à l'époque romantique : « Le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre, la merveille des merveilles est encore, chez Walter Scott, le portrait de Marie Stuart, dans L'Abbé[17] ! » Maigron y voit en effet l’apparition d’une grande nouveauté dans l’art littéraire : ce personnage aurait « les qualités que demandaient alors vainement les imaginations à l’épopée ou à la tragédie [...] Vivacité, fraîcheur, grâce riante ou mélancolique, humeur goguenarde ou fine ironie » ; en un mot, la vie ; plus rien d’artificiel ou de conventionnel[18].

Pour Georg Lukács, « un des plus grands exploits descriptifs de la littérature mondiale » est la façon dont Scott parvient à concentrer, dès le début, dans le personnage de Marie Stuart, tous les éléments qui condamnent à l’échec son coup d’État et sa fuite (on pouvait même le pressentir bien avant qu’elle n’entre en scène, par la simple présentation de ses partisans[19]).

Henri Suhamy rappelle que Le Monastère et L’Abbé sont considérés comme des œuvres mineures, et qu’ils donnent le signal du déclin de la popularité de Scott[20]. Pour ce critique, une impression de tristesse domine dans tout ce que Scott a écrit en 1820[21], et la mélancolie est encore plus tenace dans L’Abbé que dans Le Monastère. Le lecteur peut se sentir frustré de n’éprouver aucune sympathie pour le héros et, s’il parvient malgré tout à s’identifier, il peut être déconcerté de voir tous « ses » efforts aboutir à un échec. La contrariété qu’il en éprouve pourrait expliquer la première baisse de popularité de Scott : « En 1820, dit Henri Suhamy, la froideur de Scott à l’égard de son jeune héros provoqua celle du public[22]. »

Référence littéraire[modifier | modifier le code]

L'Abbé est brièvement mentionné dans la nouvelle de James Joyce, Arabie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Abbot paraît le 2 septembre 1820 à Édimbourg et le 4 à Londres. Dans les deux cas, l’éditeur est le londonien Longman. L’Écossais Constable, éditeur habituel de Scott, n’est (temporairement) que coéditeur. (en) « The Abbot », sur walterscott.lib.ed.ac.uk.
  2. Œuvres de Walter Scott, t. XIII : L’Abbé, suite du Monastère, Furne, 1830, p. 73.
  3. L’Abbé, éd. cit., p. 121.
  4. L’intendant Jasper Wingate perçoit que lady Marie Avenel ne souffre pas seulement d’un manque d’enfant, mais d’un manque d’homme. L’Abbé, éd. cit., p. 71 et 72.
  5. L’Abbé, éd. cit., p. 397.
  6. L’Abbé, éd. cit., p. 22.
  7. a et b (en) « The Abbot », sur walterscott.lib.ed.ac.uk.
  8. La bataille oppose, le 15 juin 1567, partisans et adversaires du mariage de Marie Stuart et de Bothwell. Lequel, sur le champ de bataille, lance un défi en combat singulier à tout lord de la Congrégation qui se présentera. Mais il récuse tour à tour William Kirkcaldy, Murray of Tullibardine et lord Lindsay. Ce dernier, dans le roman, rappelle cet épisode à Marie Stuart. L’Abbé, éd. cit., p. 293.
  9. L’Abbé, éd. cit., p. 72.
  10. L’Abbé, éd. cit., p. 221.
  11. L’Abbé, éd. cit., p. 287.
  12. L’Abbé, éd. cit., p. 299.
  13. L’Abbé, éd. cit., p. 301.
  14. Sans doute une allusion au fait que Marie combat son propre fils. Le roi de Moab avait offert son fils en sacrifice pour obtenir une victoire militaire.
  15. L’Abbé, éd. cit., p. 478.
  16. L’Abbé, éd. cit., p. 479.
  17. Louis Maigron, Le Roman historique à l'époque romantique : essai sur l'influence de Walter Scott, H. Champion, 1912, p. 85, pdf de la réédition H. Champion, 1912.
  18. Louis Maigron, op. cit., p. 87.
  19. Georg Lukács, Le Roman historique, Payot & Rivages, 2000, p. 50.
  20. Henri Suhamy, Sir Walter Scott, Fallois, 1993, p. 312.
  21. Henri Suhamy, op. cit., p. 319.
  22. Henri Suhamy, op. cit., p. 318.