L'Épée de Shannara

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L'Épée de Shannara
Image illustrative de l'article L'Épée de Shannara
Logo de la trilogie

Auteur Terry Brooks
Genre Fantasy
Version originale
Titre original First King of Shannara
Éditeur original Del Rey Books
Langue originale Anglais américain
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Date de parution originale 1977
Version française
Traducteur Rosalie Guillaume
Éditeur Bragelonne
Date de parution 2002
Série Shannara
Chronologie
Précédent Le Premier Roi de Shannara Les Pierres elfiques de Shannara Suivant

L'Épée de Shannara (The Sword of Shannara) est un roman de médiéval-fantastique écrit par Terry Brooks et paru en 1977. Il s'agit du premier volume de la trilogie Shannara, suivi par Les Pierres elfiques de Shannara (1982) et L'Enchantement de Shannara (1985). Brooks, influencé par J. R. R. Tolkien et les romans d'aventure historiques, débute la rédaction du livre en 1967, et l'achève sept ans plus tard. Il est publié par Ballantine Books, inaugurant la collection Del Rey Books, et rencontre un grand succès : il est le premier livre de poche de fantasy à apparaître dans la liste des best-sellers du New York Times. Cette réussite entraîne une explosion commerciale du médiéval-fantastique en tant que genre.

L'Épée de Shannara se déroule dans l'univers des Quatre Terres, et se compose de deux intrigues principales. L'une suit les aventures du héros Shea Ohmsford, dans sa quête de l'Épée de Shannara, avec laquelle il doit affronter le Roi Sorcier, tandis que l'autre retrace les efforts du prince Balinor Buckhannah pour chasser du trône de Callahorn son frère fou Palance, alors même que Callahorn et sa capitale Tyrsis sont attaquées par les armées du Roi Sorcier. Les thèmes de l'héroïsme ordinaire et de l'holocauste nucléaire sous-tendent le récit.

De nombreux critiques ont raillé le roman pour les fortes ressemblances qu'il présente avec Le Seigneur des anneaux. Certains ont accusé Brooks d'avoir repris la totalité de l'intrigue et bon nombre des personnages du roman de Tolkien, tandis que d'autres, plus indulgents, affirment que tous les jeunes écrivains se placent nécessairement dans son sillage.

Conception, rédaction et publication[modifier | modifier le code]

Terry Brooks débute la rédaction de L'Épée de Shannara en 1967, alors qu'il est âgé de vingt-trois ans[1]. Il s'agit alors pour lui de combattre ce qu'il appelle une « descente de plus en plus rapide dans l'ennui fatal » né de son entrée à la faculté de droit, alors qu'il est pris dans « la tradition de Tolkien ». Brooks écrit depuis le lycée, mais n'a pas encore trouvé son genre de prédilection : « Je me suis essayé à la science-fiction, au western, au récit de guerre, entre autres. Toutes ces tentatives […] n'étaient pas très bonnes[2] ». C'est lorsqu'il lit Le Seigneur des anneaux pour la première fois, à son entrée à l'université, qu'il découvre son « foyer » : la fantasy. Il commence aussitôt à travailler sur L'Épée de Shannara. Il lui faut sept années pour achever[3].

Brooks soumet son manuscrit à Daw Books, mais l'éditeur Donald A. Wollheim le refuse et lui suggère de le proposer à Judy-Lynn del Rey, chez Ballantine Books. Ballantine accepte de publier L'Épée de Shannara en novembre 1974, et l'éditeur de Brooks, Lester del Rey, utilise son livre pour lancer la nouvelle collection de Ballantine, Del Rey Books, dédiée à la fantasy et la science-fiction[4]. Del Rey choisit ce livre pour le lancement de sa collection parce qu'il estime qu'il s'agit de « la première aventure d'high fantasy susceptible de satisfaire la demande des lecteurs de Tolkien pour des plaisirs semblables[5] ».

L'Épée de Shannara paraît simultanément en livre de poche chez Ballantine et en grand format chez Random House[6],[7]. Les deux versions sont illustrées par les frères Hildebrandt. Le roman rencontre dès sa parution un grand succès, et devient le premier livre de fantasy à apparaître dans la liste des best-sellers du New York Times[8].

À l'origine de L'Épée de Shannara se trouve le désir de Brooks de placer « la magie de Tolkien et les créatures féériques [dans] les mondes de Walter Scott et Dumas ». Outre l’Ivanhoé de Walter Scott et Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, d'autres inspirations viennent par la suite s'ajouter au récit, comme L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson ou La Compagnie blanche d'Arthur Conan Doyle[1],[9]. Brooks choisit cependant de ne pas utiliser un décor historique pour son livre, préférant suivre la tendance initiée par Tolkien de l'usage d'un monde imaginaire :

« Je mettrais en scène mon histoire dans un monde imaginaire, un monde immense, tentaculaire, fabuleux, comme celui de Tolkien, plein d'une magie qui a remplacé la science et de races qui ont évolué à partir de l'homme. Mais je n'étais pas Tolkien et je ne partageais pas sa formation universitaire ou son intérêt pour l'étude culturelle. Ainsi supprimerais-je la poésie et les chansons, les digressions sur les us et coutumes des types de personnages, et les appendices sur les langues et les événements précédant l'époque du récit, qui caractérisent et imprègnent l'œuvre de Tolkien. J'écrirais le genre d'histoire d'aventures simple et directe qui démarre en trombe, prend de la vitesse au fur et à mesure, et vous pousse à tourner les pages jusqu'à la dernière[9]. »

Brooks décide également que dans ce monde, la magie « ne peut être fiable, ou simplement bonne ou mauvaise » ; il désire brouiller la limite entre le bien et le mal, « parce que la vie ne marche pas comme ça ». Il veut également que les lecteurs s'identifient au personnage principal, Shea, dont il fait « un individu qui tente simplement de se tirer de là »[1].

Le récit[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

L'Épée de Shannara se déroule en l'an 4100. Deux mille ans plus tôt, une holocauste nucléaire a balayé la surface de la Terre. L'humanité a depuis muté en plusieurs races distinctes : les humains, les nains, les gnomes et les trolls, tous nommés d'après des créatures issues de mythes ancestraux. Les elfes commencent également à émerger, après être restés cachés pendant des siècles. Dans le roman, les conflits à l'origine de l'apocalypse nucléaire sont appelés « les Grandes Guerres ». Ces guerres ont anéanti la plupart des formes de vie et bouleversé la géographie du globe : la région des Quatre Terres, où se déroule la série Shannara, correspond à l'ancienne Amérique du Nord. La magie a été redécouverte pour pallier la disparition de la plupart des découvertes technologiques.

En l'an 3100, mille ans avant les événements de L'Épée de Shannara, un elfe nommé Galaphile souhaite que toutes les races vivent en paix et en harmonie. C'est pourquoi il réunit tous les individus possédant encore des connaissances de l'ancien monde à Paranor. Ils prennent le nom de Conseil des Druides. Un druide renégat nommé Brona quitte Paranor avec quelques fidèles et l'Ildatch, un livre magique qui a pris le contrôle de leurs esprits. Deux cent cinquante ans plus tard, Brona convainc les hommes d'attaquer les autres races, déclenchant ainsi la Première Guerre des races. Brona parvient presque à s'emparer de la totalité des Quatre Terres, mais il est finalement vaincu et disparaît. Pour atténuer les tensions raciales, les Druides divisent les Quatre Terres entre les quatre races avant de se retirer à Paranor, honteux de la trahison perpétrée par un de leurs membres.

Deux cent cinquante ans après la Première Guerre des races, en 3600, Brona réapparaît sous le nom de Roi Sorcier avec de nouveaux serviteurs, les Porteurs du Crâne. La Deuxième Guerre des races, relatée dans la préquelle Le Premier Roi de Shannara, débute par la destruction de l'Ordre des Druides. Un druide isolé, Bremen, forge alors une épée magique destinée à détruire le Roi Sorcier, qu'il offre au roi elfe Jerle Shannara. Ce talisman magique est appelé « Épée de Shannara ». Le Roi Sorcier est banni par l'épée, mais sans être tué. Ses armées sont ensuite vaincues par les forces unies des Elfes et des Nains. Cette guerre a des conséquences néfastes : la tension raciale resurgit, tandis que les Druides semblent avoir complètement disparu.

Résumé[modifier | modifier le code]

De Valombre à Culhaven[modifier | modifier le code]

Le roman débute cinq cents ans après la Deuxième Guerre des races à Valombre, dans les Terres du Sud, lorsqu'un mystérieux individu arrive à l'auberge de la famille Ohmsford. Il s'agit d'Allanon, le dernier des druides, et il est venu prévenir Shea, un demi-elfe adopté enfant par les Ohmsford, que le Roi Sorcier est revenu dans son Royaume du Crâne, dans les Terres du Nord, et qu'il est à sa recherche. En effet, Shea est le dernier descendant de Jerle Shannara, et donc le seul à pouvoir manier l'Épée de Shannara contre lui.

Allanon quitte l'auberge en laissant trois pierres bleues à Shea pour le protéger. Il le presse de fuir devant le signe du Crâne. Quelques semaines plus tard, une créature portant le symbole du crâne se présente : c'est un Porteur du Crâne, l'un des serviteurs ailés du Roi Sorcier. Shea s'enfuit avec son frère adoptif Flick jusqu'à la ville voisine de Leah, où ils retrouvent un ami de Shea : Menion, le fils du seigneur de la cité. Celui-ci décide de les accompagner, et tous trois se rendent à Culhaven pour retrouver Allanon.

De Culhaven à Paranor[modifier | modifier le code]

À Culhaven, Allanon réunit un conseil pour étudier la menace posée par le Roi Sorcier. Ce conseil décide d'envoyer un petit groupe à Paranor afin d'y récupérer l'Épée de Shannara, la seule arme pouvant tuer le Roi Sorcier. Ce groupe est composé d'Allanon, Shea, Flick et Menion, ainsi que des frères elfes Dayel et Durin, du nain Hendel et de l'humain Balinor Buckhannah, prince de Callahorn.

La compagnie traverse les monts Wolfsktaag et la Vallée de Schiste, puis franchit les Dents du Dragon par le passage souterrain de la Salle des Rois. En route, Shea s'égare après être tombé d'une falaise dans une rivière. Ses compagnons atteignent Paranor, mais trop tard : l'Épée a disparu. Le groupe se sépare alors : certains vont aider Callahorn dans la guerre qui s'annonce, tandis que d'autres partent à la recherche de Shea.

Dans le Sud[modifier | modifier le code]

Déguisé par Allanon, Flick s'infiltre dans le camp ennemi et sauve le roi des Elfes, Eventine Elessedil. Au même moment, à Kern, Menion sauve une femme nommée Shirl Ravenlock et tombe amoureux d'elle. Ils organisent ensemble l'évacuation de Kern avant que l'armée du Nord n'atteigne la ville.

Balinor rentre à Tyrsis pour rassembler la Légion des Frontaliers, mais elle a été démantelée. Il est fait prisonnier par son frère fou, Palance Buckhannah, qui a pris le contrôle de Callahorn. Son conseiller, le traître Stenmin, a provoqué sa folie en empoisonnant sa nourriture, faisant de lui sa marionnette. Avec l'aide de Menion, Balinor s'échappe et affronte Palance et Stenmin. Encerclé, Stenmin poignarde Palance pour faire diversion et s'enfuit.

Désormais commandée par Balinor, la nouvelle Légion des Frontaliers de Callahorn part de Tyrsis et affronte les troupes du Nord sur la Mermiddon ; elle leur inflige de lourdes pertes avant d'être obligée de battre en retraite dans Tyrsis, qui est assiégée par l'armée du Nord. Après trois jours de siège, le mur extérieur de Tyrsis tombe par trahison ; les défenseurs se préparent à un baroud d'honneur sur le Pont de Sendic, mais les soldats du Nord s'enfuient subitement en désordre.

Dans le Nord[modifier | modifier le code]

Sitôt sorti de la rivière où il est tombé, Shea est capturé par des gnomes. Il est sauvé par le voleur manchot Panamon Creel et son compagnon, un troll muet du nom de Keltset Mallicos. Ils se rendent ensemble au Royaume du Crâne, où un soldat gnome fou nommé Orl Fane a emporté l'Épée de Shannara.

Shea s'infiltre dans la forteresse du Roi Sorcier, dans la Montagne du Crâne. Il trouve l'Épée et la dégaine, et apprend son vrai pouvoir : ceux qu'elle touche sont confrontés à la vérité sur leurs vies. Le Roi Sorcier apparaît et tente de détruire Shea, qui l'affronte avec l'Épée. S'il est immunisé contre les armes physiques, le Roi Sorcier subit le pouvoir de l'Épée, et se voit forcé d'affronter la vérité : il s'est menti à lui-même pendant des siècles en croyant qu'il était immortel, mais cela est impossible. Confronté à ce paradoxe, il est anéanti.

Keltset se sacrifie pour permettre à ses compagnons d'échapper à la destruction du Royaume du Crâne. Dans le Sud, la chute du Roi Sorcier entraîne le retrait de ses troupes. Allanon sauve la vie de Shea et révèle qu'il est le fils de Bremen, et qu'il est âgé de plusieurs siècles. La paix revient dans les Quatre Terres. Balinor gouverne son royaume, Dayel et Durin retournent dans l'Ouest, et Menion rentre à Leah avec Shirl. Réunis, Shea et Flick rentrent à Valombre.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Shea Ohmsford : Dernier descendant du roi Jerle Shannara.
  • Flick Ohmsford: Frère adoptif et fidèle compagnon de Shea.
  • Menion Leah: Prince héritier de la principauté de Leah et ami de Shea.
  • Balinor Buckhannah : Fils cadet du roi de Callahorn.
  • Allanon : Dernier des druides de Paranor, fils adoptif du druide Bremen.
  • Hendel : Nain de Culhaven.
  • Durin et Dayel : Frère elfes, cousins du roi des elfes.

Analyse[modifier | modifier le code]

Thèmes principaux[modifier | modifier le code]

Un thème majeur de L'Épée de Shannara consiste en « des hommes ordinaires placés dans des circonstances extraordinaires ». Brooks attribue à Tolkien l'introduction de ce thème de l'héroïsme trivial dans la fantasy littéraire, et reconnaît l'influence que cela a eu sur son propre récit : « Les habits de mes personnages sont taillés dans le même tissu que Bilbo et Frodon Sacquet. Le génie de Tolkien fut de réinventer la Fantasy épique traditionnelle en faisant du personnage central non pas un dieu ou un héros, mais un simple homme à la recherche d'un moyen de faire ce qui est juste. […] Je fus suffisamment impressionné par la façon dont le visage de la Fantasy épique en fut changé pour l'utiliser en tant que pierre angulaire de ma propre production sans la moindre hésitation[10] ».

L'Épée de Shannara prend place dans un univers post-apocalyptique, dont les terres ont été dévastées par un holocauste nucléaire et chimique dans un lointain passé[11],[12]. Les nombreuses références que fait le roman à cette catastrophe ont incité un lecteur à demander à Brooks s'il pensait que cette « prédiction » a des chances de se réaliser.

« Je ne me vois pas comme quelqu'un de pessimiste, aussi je ne crois pas avoir jamais pensé que nous nous détruirions nous-mêmes. Mais cela m'inquiète bel et bien que nous en soyons non seulement capables, mais que nous jouions périodiquement avec cette idée. Une erreur suffirait. Quoi qu'il en soit, son usage en toile de fond de L'Épée de Shannara relève plus de l'avertissement que de la prophétie. Il était également nécessaire de détruire la civilisation afin d'étudier ce que cela voudrait dire d'avoir à la reconstruire en utilisant la magie. Une civilisation détruite par un mauvais usage du pouvoir est quelque peu circonspecte ensuite quant à ce que peut faire un nouveau pouvoir[13]. »

L'environnement joue un rôle certain dans tous les romans de Shannara. Un lecteur de Seattle, où vit également Brooks, a posé cette question à l'auteur : « Au fil des ans, j'ai remarqué la façon dont l'environnement joue un grand rôle dans vos histoires ; pas seulement un "décor", mais presque un personnage en soi. [...] Est-ce que le climat et l'environnement d'ici, à Seattle, ont influencé ceux du monde de Shannara ? […] Maintenant que j'ai vu cet endroit, j'ai l'impression de l'avoir connu toute ma vie dans vos livres ; en me promenant ici, j'ai presque l'impression d'être dans une forêt d'un de vos romans[2] ». Brooks a répondu ceci : « L'environnement est un personnage de mon histoire et joue presque toujours un rôle majeur sur le dénouement de l'histoire. J'ai toujours cru que la fantasy doit faire en sorte que le lecteur se sente chez lui dans son cadre ; la fantasy en particulier, parce qu'elle prend place dans un monde imaginaire, avec au moins quelques personnages imaginaires. Cela implique qu'il faut donner vie au cadre pour le lecteur, et c'est vraiment tout ce qu'il faut pour que l'environnement devienne un personnage. [Mes histoires] abordent de façon directe le problème de ce qui se produit lorsque l'environnement est chassé trop loin des plans de la nature[2] ».

Ressemblances avec Le Seigneur des anneaux[modifier | modifier le code]

De nombreux critiques estiment que Brooks s'est fortement inspiré du Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien. En 1978, Lin Carter décrit L'Épée de Shannara comme « le plagiat le plus éhonté et total d'un autre livre que j'aie jamais lu[14] ». Il affirme que « Terry Brooks n'essayait pas d'imiter la prose de Tolkien, seulement de lui dérober son intrigue et l'intégralité de ses personnages, et il le fit si maladroitement et lourdement que c'est presque comme s'il vous mettait le nez dedans[14] ». Roger C. Schlobin est moins virulent, mais il explique avoir été déçu par L'Épée de Shannara à cause de ses ressemblances avec Le Seigneur des anneaux[15]. Brian Attebery accuse L'Épée de Shannara d'être « du Tolkien mal assimilé », « particulièrement criant dans ses correspondances point par point[16] » avec Le Seigneur des anneaux. Dans un article pédagogique sur l'écriture, l'auteur Orson Scott Card cite L'Épée de Shannara comme un exemple à ne pas suivre en termes d'écriture par trop dérivative, le trouvant « déplaisant artistiquement » pour cette raison précise[17].

Revenant sur L'Épée de Shannara trente ans après sa parution, le spécialiste de l'œuvre de Tolkien Tom Shippey s'accorde avec Atterby, trouvant le roman notable pour « son obstination à suivre Tolkien point par point[18] ». Shippey pointe, dans le roman de Brooks, des équivalents de Sauron (Brona), Gandalf (Allanon), les hobbits (Shea et Flick), Aragorn (Menion), Boromir (Balinor), Gimli (Hendel), Legolas (Durin et Dayel), Gollum (Orl Fane), l'Être des Galgals (L'esprit du druide Bremen), le roi Théoden (Palance), Gríma (Stenmin) et les Nazgûl (Porteurs du Crâne), entre autres. Il note également les similarités dans l'intrigue : la formation et les aventures de la Communauté de l'Anneau, les voyages vers Fondcombe (Culhaven) et la Lothlórien (Storlock), la chute de Gandalf dans la Moria suivie de son retour, et l'arrivée des Rohirrim à la bataille des Champs du Pelennor, entre autres. Évitant tout commentaire direct sur la qualité du livre, Shippey attribue son succès à l'explosion de la fantasy qui suivit Tolkien : « Ce que semble montrer L'Épée de Shannara est que de nombreux lecteurs avaient développé un goût […] pour l'heroic fantasy si fort que s'ils étaient incapables d'obtenir de l'authentique, ils se rabattaient sur n'importe quel succédané, aussi dilué fut-il[18] ».

Terry Brooks a reconnu l'influence majeure de Tolkien sur son écriture, mais il a également affirmé qu'il ne s'agissait pas de sa seule source d'inspiration, comme son éditeur, Lester del Rey, ou ses connaissances sur les anciennes civilisations et mythologies[2].

En 2001, l'auteur Gene Wolfe a défendu Brooks, dans le magazine Interzone : « Terry Brooks a souvent été décrié pour avoir imité Tolkien, notamment par les critiques qui trouvent ses livres inférieurs à ceux de Tolkien. Tout ce que je peux dire, c'est que j'aimerais qu'il y ait plus d'imitateurs (nous avons besoin d'eux) et que toutes les imitations d'un original aussi grandiose ne peuvent être qu'inférieures[19] ». Dans The New York Times Book Review, l'auteur Frank Herbert a également pris la défense de Brooks :

« Ne blâmez pas Brooks pour être entré dans le monde des lettres à travers la porte de Tolkien. Chaque écrivain a une dette semblable envers ses prédécesseurs. Certains l'admettront. La dette de Tolkien était tout aussi évidente. La structure mythologique classique est profondément implantée dans la société occidentale.

C'est pourquoi il ne faudrait pas s'étonner de retrouver ces éléments dans L'Épée de Shannara. Oui, vous y trouverez le jeune prince en quête de son graal ; les pouvoirs secrets (et pas toujours bienveillants) de la nature ; le magicien ; le vieux sage ; la mère sorcière ; le sorcier malveillant et menaçant ; le talisman sacré ; la reine vierge ; le fou (au sens de celui qui pose les questions qui dérangent) ; et tous les autres attributs arthuriens[20]. »

Affirmant que « Brooks retrouve son propre style […] quelque part au niveau du chapitre 20 », Herbert pointe ce que Brooks n'a pas repris chez Tolkien :

« Dans les derniers chapitres arrivent les innovations brooksiennes : le Troll de Pierre [Keltset], profond et muet, dont les actions sont donc bien plus importantes que n'importe quelle parole ; le Druide Sinistre, qui change vraiment de caractère dans la deuxième moitié du livre, devenant bien plus complexe et sournois (le nom Allanon devrait vous mettre sur la piste) ; Balinor, le prince de Callahorn, dont le rôle s'écarte de la tradition ; le Roi Sorcier, qui remplit assez bien le rôle traditionnel du méchant — mais on pouvait s'y attendre et cela ne gâche pas une bonne histoire[20]. »

Herbert loue également les personnages maléfiques : « Ah, les monstres de ce livre. Brooks distille l'horreur d'une façon qui renvoie aux ombres de l'enfance, à l'époque où la caractéristique essentielle d'une créature terrifiante est qu'on ne connaît pas sa forme ni ses intentions. On sait seulement que c'est nous qu'elle veut. Le porteur du crâne aux ailes noires, par exemple, est plus qu'un simple euphémisme de la mort ». En 2001, David Massengill qualifie les personnages principaux de Brooks d'« aventuriers uniques » dans un article pour le Seattle Weekly[21].

Postérité[modifier | modifier le code]

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Les critiques de L'Épée de Shannara à sa sortie sont diverses. Choice trouve le roman « exceptionnellement bien écrit, une très lisible […] introduction au genre […] qui sera acceptée par la plupart des adolescents[22] ». Marshall Tymn trouve le livre « problématique » en raison de sa « forte imitation de Tolkien », mais note quand même qu'il est « basiquement bien écrit ». Tymn cite quelques différences avec Tolkien, comme l'usage d'un cadre post-apocalyptique, le personnage de Panamon Creel et la fin « inattendue »[12].

Réception et impact[modifier | modifier le code]

L'Épée de Shannara s'est vendu à environ 125 000 exemplaires en un mois[23]. Il s'agit du premier ouvrage de fantasy à être jamais apparu dans la liste des meilleures ventes de paperbacks établie par le New York Times, où il resta pendant plus de cinq mois. Ce succès entraîna une explosion du genre[24], un fait noté par de nombreux critiques. Louise J. Winters remarque que « avant Shannara, aucun auteur de fantasy hormis J. R. R. Tolkien n'avait eu autant d'effet sur le public moyen[25]. Le critique David Pringle accorde à Brooks le mérite d'avoir « démontré en 1977 que le succès commercial du Seigneur des anneaux de Tolkien n'était pas un coup de veine, et que la fantasy avait bel et bien le potentiel d'un genre grand public[26] ». Avec Les Chroniques de Thomas Covenant de Stephen R. Donaldson, L'Épée de Shannara lança « l'ère de la grosse fantasy commerciale », et aida à faire de l'heroic fantasy le sous-genre dominant de la fantasy[27]. L'Épée de Shannara et ses suites furent encore l'une des sources d'inspirations des versions ultérieures du jeu de rôle Donjons et Dragons[28].

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

  • 1992 : Le Glaive de Shannara, éditions J'ai lu, traduction de Bernadette Emerich (format poche).
  • 2002 : L'Épée de Shannara, éditions Bragelonne, traduction de Rosalie Guillaume (format livre).
  • 2005 : L'Épée de Shannara, éditions J'ai lu, traduction de Rosalie Guillaume (format poche).
  • 2006 : L'Épée de Shannara et Le Royaume du Crâne, éditions Le Livre de poche, traduction de Rosalie Guillaume (format poche junior).
  • 2007 : L'Épée de Shannara, éditions Bragelonne, traduction de Rosalie Guillaume (format livre) - Nouvelle couverture.
  • 2009 : L'Épée de Shannara, éditions J'ai lu, traduction de Rosalie Guillaume (format poche) - Nouvelle couverture.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Terry Brooks, « The Sword of Shannara - Author's Note », 1991, 2002.
  2. a, b, c et d Terry Brooks, « Ask Terry Q & A - Writing »
  3. Shawn Speakman, « The Wondrous Worlds of Terry Brooks ».
  4. John Clute, The Encyclopedia of Fantasy, New York, St. Martin's Griffin,‎ 1997, p. 142
  5. The World of Science Fiction, p. 302
  6. The World of Science Fiction, p. 302-303
  7. Comme par Magie, p. 25
  8. Richard Bleiler, Supernatural Fiction Writers: Contemporary Fantasy and Horror, Charles Scribner's Sons,‎ 2003, p. 154
  9. a et b Comme par Magie, 200.
  10. Comme par Magie, p. 201
  11. Young Adult Fantasy Fiction, 81
  12. a et b Fantasy Literature, 55
  13. Terry Brooks, « December 2002 Ask Terry Q&A »,‎ 2002 (consulté le 04/02/2009)
  14. a et b Lin Carter, The Year's Best Fantasy Stories: 4, New York, DAW Books,‎ 1978, p. 207–208
  15. Roger Schlobin, The Literature of Fantasy: A Comprehensive, Annotated Bibliography of Modern Fantasy Fiction, Garland Pub.,‎ 1979 (ISBN 0824097572), p. 31
  16. Brian Attebery, The Fantasy Tradition in American Literature: From Irving to Le Guin, Bloomington, Indiana University Press,‎ 1980, p. 155
  17. Orson Scott Card, « Uncle Orson's Writing Class: On Plagiarism, Borrowing, Resemblance, and Influence »,‎ 1999 (consulté le 2 mai 2009)
  18. a et b Tom Shippey, J.R.R. Tolkien: Author of the Century, Londres, HarperCollins,‎ 2000, p. 319–320
  19. Gene Wolfe, « The Best Introduction to the Mountains », Interzone, vol. 174,‎ décembre 2001
  20. a et b Frank Herbert, « Some Author, Some Tolkien », The New York Times Book Review,‎ 10 avril 1977, p. 15
  21. David Massengill, « 18 Seattle books », Seattle Weekly,‎ 2001
  22. Choice, juillet-août 1977, p. 30, cité dans Young Adult Fantasy Fiction, p. 81
  23. John H. Timmerman, Other Worlds: The Fantasy Genre, Bowling Green, Bowling Green State University Popular Press,‎ 1983, p. 116
  24. Neil Barron, Marshall B. Tymn, Fantasy and Horror: A Critical and Historical Guide to Literature, Illustration, Film, TV, Radio, and the Internet, Scarecrow Press,‎ 1999, p. 360
  25. Louise J. Winters, Twentieth-Century Young Adult Writers, Detroit, St. James Press,‎ 1994, p. 37
  26. David Pringle, The Ultimate Encyclopedia of Fantasy, Londres, Carlton,‎ 1998, 2006, p. 156
  27. David Pringle, op. cit., p. 37
  28. Bill Slavicsek, Richard Baker, Kim Mohan, Dungeons & Dragons For Dummies, For Dummies,‎ 2005 (ISBN 0764584596), p. 376

Sources[modifier | modifier le code]

  • (fr) Terry Brooks, Comme par Magie, Bragelonne, Paris, 2010 (ISBN 978-2-3529-4382-2) traduction de (en) Sometimes The Magic Works: Lessons from a Writing Life, Ballantine, New York, 2003 (ISBN 0-3454-6551-2)
  • (en) Lester del Rey, The World of Science Fiction: 1926-1976 - The History of a Subculture, Garland, New York, 1980 (ISBN 0-8240-1446-4)
  • (en) Cathi Dunn MacRae, Presenting Young Adult Fantasy Fiction, Twayne Publishers, New York, 1998 (ISBN 0-8057-8220-6)
  • (en) Marshall B. Tymn, Kenneth J. Zahorski, Robert H. Boyer, Fantasy Literature: A Core Collection and Reference Guide, R.R. Bowker, New Providence, 1979 (ISBN 0-8352-1431-1)