L'Âge de la Terre

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L'Âge de la Terre (A Idade da Terra) est un film brésilien réalisé par Glauber Rocha, sorti en 1980.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Une projection symbolique et personnelle du Brésil contemporain. Le personnage principal, John Brahms, sorte d'Antéchrist annonce l'Apocalypse : « Ma mission est de détruire la Terre, cette planète petite et pauvre », clame-t-il. Face à lui, on retrouve quatre cavaliers aux allures de Christ, représentatifs de la diversité des races et des cultures : l'Indien, le Militaire, le Guérillero et le Nègre, ce dernier missionnaire d'une nouvelle espérance pour le Tiers-Monde

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : L'Âge de la Terre
  • Titre original : A Idade da Terra
  • Réalisation et scénario : Glauber Rocha
  • Assistants réalisateur : Carlos Alberto Caetano et Tizuka Yamasaki
  • Photographie : Roberto Pires et Pedro de Morães
  • Format : Eastmancolor - 2,35:1 - Mono - 35 mm
  • Son : Sylvia Maria Amorim de Alencar
  • Montage : Carlos Cox, Raul Soares et Ricardo Miranda
  • Décors et costumes : Paula Gaitan et Raul William Amaral Barbosa
  • Musique : Heitor Villa-Lobos, Jorge Ben, Jamelão, Nana, folklore brésilien
  • Production : Embrafilme, CPC (Centro de Produçao e Comunicaçao), Glauber Rocha
  • Pays d'origine : Drapeau du Brésil Brésil
  • Genre : Drame
  • Durée : 160 minutes
  • Date de sortie : 1980

Distribution[modifier | modifier le code]

Commentaires[modifier | modifier le code]

« Forces de vie, régénération, nouvelle étape historique. Forces de mort, de l'ordre décadent, de l'impérialisme. Tel est le conflit récurrent dont fait la synthèse la fresque à la Rocha de A Idade da Terra », affirme Ismail Xavier[1]. Plus encore en cette œuvre ultime, le chef de file du Cinema Novo détruit « rigoureusement [...] toute forme de narrativité. »[2]

Glauber Rocha ne se préoccupe pas non plus « d'approfondir la discussion du processus politique brésilien » contemporain, utilisant prioritairement la métaphore lorsqu'il « oppose, à nouveau, faute palatine et innocence populaire, mettant pour la dernière fois en mouvement le grand théâtre baroque de ses allégories pour répéter l'affrontement décadence-dignité qui sépare l'oppresseur de l'opprimé. »[3]

Il faut aussi constater, au passage, la contradiction, volontairement assumé, par le réalisateur entre un discours (dans ses textes) critique des institutions religieuses et le recours continuel (dans ses films) au sacré. On peut établir ici une similitude avec la démarche d'un Pasolini. Personnages et situations semblent offrir, par ailleurs, d'autres parentés d'ordre mythologique : « le Christ guérillero (Gerardo del Rey) est le propre fils de Brahms (Maurício do Valle). Il trame contre son père des guérillas œdipiennes », écrit Sylvie Georges. À la différence fondamentale qu'il s'avère tout « aussi impuissant à le cocufier qu'à l'assassiner, rêvant seulement d'un monde meilleur où mourraient tous les tyrans. »[4]

En somme, « fidèle à sa vision totalisante et à son désir d'histoire, Rocha représente, dans son dernier film, un évangile de l'énergie populaire des nations exploitées qui apporte, de la périphérie au centre (tout comme dans l'Antiquité) la bonne nouvelle de la régénération de l'humanité au moment de la crise de l'empire. [...] Comme sa logique le veut, A Idade da Terra projette l'espoir dans la figure du Christ », note Ismail Xavier[5]. Toutefois, il ne s'agit pas ici d'un Christ romain, voire ecclésiastique, mais d'une figure plurielle, multiculturelle et multiraciale : noire, indienne, blanche, métisse. Et, d'autre part, concrète et populaire, enracinée dans la mythologie des humbles, « dans ce monde sensuel et visuellement exubérant de la fête de rue, du carnaval, de la procession, de tout ce qui, par la force du rite, réunit la population et marque sa résistance à la référence technique, instrument du progrès bourgeois. »[6]

Et, c'est, sans doute, pourquoi de « tous ces Christ - et c'est même ce qu'ils ont en commun - aucun ne sera crucifié : la croix d'empoisonnements congénitaux qu'ils traînent depuis leur naissance, suffit à leur calvaire de l'âge adulte. »[7]

Le réalisateur brésilien situe, pour sa part, L'Âge de la Terre comme un moment de rupture « avec le cinéma théâtral et fictionnel » accompli depuis Barravento jusqu'à Claro (1975). Ce film « est la désintégration de la séquence narrative, sans perdre le discours d'infrastructure qui matérialise les signes les plus représentatifs du Tiers-Monde, c'est-à-dire : l'impérialisme, les forces nègres, les indiens massacrés, le catholicisme populaire, le militarisme révolutionnaire, le terrorisme urbain, la prostitution de la haute bourgeoisie, la rébellion des femmes, les prostituées qui se transforment en saintes, les saintes en révolutionnaires... Les critiques veulent que je fasse une peinture académique, et j'en suis déjà à la peinture du futur », déclare-t-il à cette époque[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. I. Xavier : Glauber Rocha : le désir de l'histoire in Le cinéma brésilien, cinéma/pluriel, Éditions du Centre Georges-Pompidou, Paris, 1987.
  2. Sylvie Pierre in : Glauber Rocha, Cahiers du cinéma, Collection "Auteurs", Paris, 1987.
  3. I. Xavier : op. cité.
  4. S. Georges in : op; cité.
  5. I. Xavier in : op. cité.
  6. I. Xavier in : op. cité.
  7. Sylvie Georges in : op. cité.
  8. G. Rocha : Entretien au quotidien Estado de São Paulo, reproduit par Sylvie Georges, op. cité.

Lien externe[modifier | modifier le code]