L'Âge d'or (film, 1930)

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L'Âge d'or

Réalisation Luis Buñuel
Scénario Luis Buñuel
Salvador Dalí
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Sortie 1930
Durée 63 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

L'Âge d'or est un film français réalisé par Luis Buñuel, avec lequel Salvador Dalí collabora pour l'écriture du scénario, sorti le 28 novembre 1930 après une avant-première le 22 octobre.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Histoire de la communion totale mais éphémère de deux amants que séparent les conventions familiales et sociales et les interdits sexuels et religieux, le film est une succession d'épisodes allégoriques teintés d'humour noir, commençant par un documentaire sur les scorpions et s'achevant sur une transposition des Cent Vingt Journées de Sodome de Sade.

Le scénario est le prétexte à des scènes blasphématoires dénonçant l'ordre bourgeois qui a provoqué la guerre : un aveugle maltraité, un chien écrasé, une vieille dame giflée au lieu d'être servie, un enfant tué par son père à coup de fusil dans l'indifférence générale, un évêque défenestré, un encensoir déposé sur le trottoir et frôlé par des chevilles féminines qui « font le trottoir », un violon dont on joue à coup de pieds, le Christ sortant vêtu d'une robe immaculée d'une orgie.

L'image sert, à la manière de l'écriture automatique, à des associations de mots à prendre au pied de la lettre comme « encensoir » « caniveau ». S'il propose diverses recherches formelles comme le collage, le film n'a pas la même ambition plastique qu'Un chien andalou.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Réception[modifier | modifier le code]

« (...) film injurieux pour la patrie, la famille et la religion. »

— Le secrétaire adjoint au Conseil de Vigilance de Son Éminence le Cardinal Jean Verdier, archevêque de Paris, à la sortie du film[2].

L'Âge d'or est censuré dès sa sortie pour la violence du propos antipatriotique, antihumaniste et, surtout, antichrétien[3]. Son ton pessimiste et lyrique en fait « peut-être l'unique film intentionnellement surréaliste »[4].

Il est classé en 1949 par la Cinémathèque française parmi les cent chefs d’œuvre du cinématographe[5].

Chaque année depuis 1958, la Cinémathèque royale de Belgique et le Musée du cinéma de Bruxelles décernent le prix de l’Âge d’Or à l’auteur d’un film qui « par l’originalité, la singularité de son propos et de son écriture, s’écarte délibérément des conformismes cinématographiques. »

« Luis Buñuel a jeté avec L'Âge d'or le seul vrai cri, le plus inimitable hurlement en faveur de la liberté humaine de toute l'histoire du cinéma. Ce film brille d'un éclat incomparable au ciel du septième art : c'est l'étoile sur laquelle tous les cinéastes, épris d'indépendance à l'égard des idées reçues ou à l'égard des bons sentiments routiniers peuvent et pourront toujours orienter leur difficile navigation[6]. »

— Freddy Buache.

Histoire d'un scandale[modifier | modifier le code]

Le film est une commande de Charles de Noailles, dont la femme Marie-Laure de Noailles, d'ascendance juive, est une des plus importantes fortunes de France. Soutenue par celle-ci qui se veut une amie des surréalistes, il y consacre plus d'un million de francs. La première a lieu à la mi juillet 1930 dans leur hôtel particulier 11 place des États-Unis devant une trentaine d'invités choisis, intellectuels et amis qui, déroutés, font un accueil poli. La diffusion du film provocateur est en soi un acte artistique qui suscite une curiosité mondaine et que le producteur veut rendre public. La censure est achetée et la première séance publique a lieu le 22 octobre à onze heures trente au Panthéon Rive Gauche[5]. Au buffet qui suit chez les Noailles, André Thirion, passablement agacé par ces aristocrates qui se piquent de révolution, fracasse dans un flot d'injures les verres contre les miroirs du salon[7] sous le regard flegmatique que porte le fils de feu le prince de Poix sur la performance.

Le film est projeté de nouveau le 28 novembre 1930 au Studio 28[8]. Le 3 décembre, une cinquantaine de militants d'extrême droite de la Ligue antisémitique et de la Ligue des patriotes investissent le cinéma aux cris de « Mort aux juifs! » et de « On va voir s'il y a encore des chrétiens en France! », jettent de l'encre violette sur l'écran, lancent des fumigènes et des boules puantes, chassent les spectateurs à coups de canne[5]. Les tableaux de Salvador Dalí, Max Ernst, Miró et Yves Tanguy, les photographies de Man Ray accrochés dans le hall sont lacérés à coups de couteau..

Le 10 décembre 1930, la Commission de censure interdit la diffusion du film. Le 11, le préfet Jean Chiappe prend un arrêté interdisant la projection à Paris. Le 12, le film est saisi. Il ne s'agit que de la copie de projection amputée des coupes imposées. Le négatif original a été caché et conservé par le vicomte de Noailles. Le 26 décembre une nouvelle réunion de la Commission de censure met hors de cause le producteur et recommande de n'incriminer que le propriétaire de la salle, Jean Mauclaire, qui ne sera pas inquiété[9]. Le 2 janvier, les surréalistes diffusent un tract de quatre pages dénonçant la « police d'Hitler »[10]. Une campagne « anti boches », « anti juifs » et « anti protestants » est ourdie contre le vicomte, sans effets sur sa personne[9]. Des centaines d'articles passionnés, favorables ou haineux, paraissent dans la presse de Valparaíso à Moscou en passant par New York.

En 1937, une copie tronquée circule sous le titre Dans les eaux glacées du calcul égoïste[11]. Le film figure en 1949 dans une sélection présentée au public par la Cinémathèque française des Cent chefs d'oeuvre du cinéma. Gaumont n'obtient la levée de l'interdiction de projeter qu'en 1981 à, l'occasion de l'élection de François Mitterrand.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le découpage complet du film est publié par L'Avant-scène, no 27-28, 1963.
  • Adam Biro & René Passeron, Le Dictionnaire général du surréalisme et de ses environs, Office du livre & Presses universitaires de France, Fribourg, Suisse, 1982, p. 12.
  • Jean-Paul Clébert, Dictionnaire du Surréalisme, Éditions du Seuil & A.T.P., Chamalières, 1996, p. 14.
  • André Breton, L'Amour fou, Gallimard (Folio), 1937, p. 113-114.
  • David Duez, « Pour en finir avec une rumeur : du nouveau sur le scandale de l'Âge d'or », in 1895. Revue de l'association française de recherche sur l'histoire du cinéma, no 32, p. 149-158, 2000, [lire en ligne].
  • Laurence Benaïm, Marie-Laure de Noailles, la vicomtesse du bizarre, Grasset, Paris, 2001 (ISBN 9782246529811).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Il semblerait que Salvador Dalí ne fût pas coscénariste, en dépit d'allégations en ce sens : Le Monde du 18 août 2006, Article « L'Âge d'or interdit ».
  2. E. Charles, Lettre à Charles de Noailles, Paris, 30 décembre 1930, cité in D. Duez, Pour en finir avec une rumeur : du nouveau sur le scandale de l'Âge d'or, op. cité.
  3. Clébert
  4. José Pierre
  5. a, b et c Rubrique Lire, Marie-Laure de Noailles, in L'Express, Paris, 1er avril 2001.
  6. F. Buache, Luis Buñuel, Éditions L'Âge d'Homme, 1990.
  7. A. Thirion, Révolutionnaire sans révolution, Robert Laffont, Paris, 1972, cité in Emmanuel Decaux, L’âge d’or des mécènes, in La revue Cinématographe, n° 100, p. 117-121, Paris, mai 1984.
  8. Rue Montmartre, à Paris (9e). L'indication du Studio des Ursulines (Paris, 5e) par Gérard Legrand, à deux reprises : chronologie d'André Breton dans le Magazine littéraire (1990) et dans Biro & Passeron, est erronée.
  9. a et b D. Duez, Pour en finir avec une rumeur : du nouveau sur le scandale de l'Âge d'or, op. cité.
  10. A. Elléouët, Archives Breton, ref. 216000, Archigny, texte sur Mélusine.
  11. Biro