Léovigild

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Statue de Léovigild à Madrid (J. Bustos, 1750-53).

Léovigild (en gotique Liubagilds, en latin [Flavius] Liuvigildus ou Leovigildus, en espagnol [Flavio] Leovigildo ; né c. 530 - mort en 586) est roi des Wisigoths d'Espagne de 568 à 586.

Son règne marque un tournant pour l'histoire de l'Espagne comme pour celle des Wisigoths.

Biographie[modifier | modifier le code]

Liuva et Léovigild, manuscrit daté de 1095, Bibliothèque nationale de Madrid.

Léovigild est le frère de Liuva dux wisigoth de Septimanie élu roi des Wisigoths en 567 ou 568. Selon Jean de Biclar, ce dernier associe Léovigild au pouvoir un an après son élection, se réservant la Septimanie (la partie gothique de la Gaule avec Narbonne pour capitale) et laissant l'Hispanie (avec Tolède pour capitale) à son frère.

À une date inconnue (avant 560), Léovigild avait épousé une aristocrate, Theodosia. De ce mariage naissent deux fils, Hermenegild et Récarède.

Il règne seul à partir de 571/572, après la mort de Liuva, et associe au pouvoir ses deux fils. Vers la même époque, il épouse Goswinthe, la veuve du roi Athanagild (prédécesseur de Liuva).

Souhaitant unifier toute la péninsule Ibérique sous son autorité, il entame une série de campagnes militaires, notamment dans le sud, contre les Byzantins de la Bétique, et s'empare de Cordoue et de Malaga. Au nord, il combat les Cantabres, les Astures, les Vascons et les Francs, fait renforcer les fortifications de Narbonne et de Carcassonne, et jette les fondations de l'actuelle ville basque de Vitoria (581). Dans le nord-ouest de la péninsule, il lutte à partir de 575 contre les Suèves, redevenus catholiques, et plusieurs campagnes sont nécessaires pour les soumettre ; par sa victoire à la bataille de Braga en 585[1], il détruit leur royaume de Galice et les reconvertit à l'arianisme. Ses victoires militaires lui permettent de réaliser en partie l'unification de la péninsule, mais il reste un obstacle majeur, son attachement à l'arianisme, véritable foi gothique (fides gothica).

Ayant conduit le royaume wisigoth au sommet de sa puissance, il croit alors possible d'établir l'unité religieuse autour de la foi arienne et commence par persécuter les catholiques avant d'essayer de composer avec ses sujets catholiques en évitant les persécutions et en tentant d'établir l'unité de la foi sur la base d'un arianisme expurgé. Il fait des concessions sur l'entrée dans l'arianisme, rendue plus facile, et sur les questions dogmatiques (admettant l'égalité du Père et du Fils). Il semble alors qu'un certain nombre de conversions à l'arianisme aient lieu. Cependant ces concessions jettent aussi le trouble chez les ariens, car il est de plus en plus difficile de voir les différences entre les deux confessions.

L'Espagne wisigothe à la mort de Léovigild (586), avec les dates de ses campagnes (en rose le domaine byzantin).

Vers la même époque, son fils aîné, le prince Herménégild, marié à une catholique, Ingonde, une princesse franque mérovingienne, prend la tête du parti catholique dans le sud du royaume et se révolte contre son père, n'hésitant pas à s'allier aux Suèves du roi Ariamir et aux Byzantins. Depuis Séville, Herménégild soulève l'actuelle Andalousie en 579 et 580. La réaction de Léovigild est impitoyable : il combat son fils (abandonné par les Suèves et les Byzantins), le fait prisonnier (584) et l'envoie à Tarragone où il est exécuté en 585. Ce meurtre fait d'Herménégilde un martyr aux yeux des catholiques.

La même année, son autre fils Récarède repousse en Septimanie une attaque franque du roi franc de Burgondie Gontran qui voit ses forces anéanties par les troupes wisigothes.

Monnaie wisigothe de Léovigild.

Politiquement, Léovigild, se considérant « empereur en son royaume », cherche à se détacher de l'Empire byzantin en faisant frapper sa propre monnaie. Il est aussi le premier roi wisigoth à rejeter l'habit traditionnel des guerriers goths contre le manteau de pourpre, digne des empereurs romains ou byzantins, à siéger sur un trône, et à s'inspirer du cérémonial byzantin. Son activité législative est importante. Il promulgue, ou recueille de ses prédécesseurs, 324 lois. Cette importante œuvre judiciaire est d'ailleurs poursuivie par certains de ses successeurs (Chindaswinth et Recceswinth qui regroupent l'ensemble de ces lois dans le Liber judiciorum en 654). Sous son règne, le domaine public, dont le souverain à l'entière disposition, ne cesse de s'accroître grâce aux amendes infligées ou aux confiscations de biens de ses adversaires politiques.

Léovigild, considéré par les espagnols comme le premier « Unificador Nacional », meurt dans le palais royal de Tolède entre le 13 avril et le 8 mai 586[2] de causes naturelles. Son fils Récarède lui succède.

Selon Isidore de Séville (Historia Gothorum) et la chronique des rois wisigoths (Chronica Regum Wisigotthorum), Liuvigildus régna 18 ans.

Il est à l'origine de la ville de « Recaredopolis »[3], connu aujourd'hui sous le nom de « Recopolis », et fondée à partir de 578 au nord-est de Tolède en l'honneur de son fils Récarède[4]. C'est l'une des trois ou quatre villes construites par les Wisigoths dans la péninsule Ibérique (avec Vitoria, Olite et peut-être Toro) et l'une des rares fondées par les « Barbares » dans l'ancien Empire romain d'Occident.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Abbé P. C. Nicolle, Mnémonique de l'histoire ou précis d'histoire universelle en tableaux séculaires, à la l'usage de la jeunesse, Paris, 1852.
  2. Luis Agustín García Moreno, Leovigildo Unidad y diversidad de un reinado, Real Academia de la Historia,‎ 2008 (ISBN 8496849406, lire en ligne)
  3. La « Ville de Recared » en grec.
  4. Qui n'est pas censé lui succéder à cette date car Herménégilde était encore en vie et ne s'était pas encore révolté contre son père.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Margaret Deanesly, Histoire de l'Europe du Haut Moyen Âge, 476 à 911, Bibliothèque historique, Payot, 1958.
  • Roger Collins, Visigothic Spain, 409–711. Blackwell Publishing, 2004.
  • Edward Arthur Thompson, The Goths in Spain. Oxford: Clarendon Press, 1969.

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