Léonce Vieljeux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Léonce Vieljeux
Tableau de Léonce Vieljeux, à la fin de la Première Guerre mondiale, cabinet Jean Guiton à l'Hôtel de ville de La Rochelle.
Tableau de Léonce Vieljeux, à la fin de la Première Guerre mondiale, cabinet Jean Guiton à l'Hôtel de ville de La Rochelle.
Fonctions
Maire de La Rochelle
Prédécesseur Édgard Jodet Angibaud
Successeur René Godard
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Drapeau de la France France Les Vans (Ardèche)
Date de décès (à 79 ans)
Lieu de décès au camp de Struthof (Alsace)
Nationalité Français

Léonce Vieljeux, né le aux Vans (Ardèche, France) et mort le , est colonel de réserve, armateur et maire de La Rochelle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père était ingénieur des Ponts et Chaussées; il fait ses études secondaires au lycée de Tournon et entre en 1886 à Saint-Cyr[GAC 1].

Diplômé de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1888, il est affecté au 123e régiment d’infanterie à La Rochelle, où il épouse, en 1891, Hélène Delmas, fille du célèbre armateur rochelais, Frank Delmas. Il quitte l'armée pour entrer dans la maison d’armement « Delmas Frères » dont il devient le président, la compagnie prend le nom de Compagnie Delmas-Vieljeux, une des plus importantes compagnies françaises de navigation.

Il siège au conseil municipal de La Rochelle, de 1912 à 1925. À La Rochelle, c'est l'une des principales figures des milieux colonialistes. À la suite d'une crise municipale, il devient maire en 1930. De son expérience à la tête de la Ville de La Rochelle, il tire un court essai Le Maire.

Il est mobilisé en 1914, où il est blessé en Argonne et cité à l'ordre de la brigade, de la division, de l'armée. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur[GAC 1]. Il finit la guerre avec le grade de lieutenant-colonel[RB 1].

Stèle à la mémoire de Léonce Vieljeux sur le mur d'enceinte de l'Hôtel de ville de La Rochelle.

Avec la Seconde Guerre mondiale, Léonce Vieljeux s’emploie à résister aux exigences des Allemands présents dans sa ville. Ainsi, le dimanche , un lieutenant allemand se présente à lui afin de hisser un drapeau hitlérien sur l’hôtel de ville. Le maire de La Rochelle lui répond alors : « Colonel (de réserve) dans l'armée française, maire d'une grande ville, mon honneur d'officier et ma dignité m'interdisent de discuter avec un officier subalterne, même s'il appartient à une armée victorieuse. Je n'exécuterai des ordres que s'ils émanent d'un officier allemand ayant un grade au moins égal au mien »[RB 1].

Ce premier acte de résistance fut suivi par une opposition systématique à l’affichage de la propagande nazie. Parallèlement, il aida les ingénieurs et ouvriers de son usine appartenant au réseau de résistance Alliance à trouver des filières d’évasion. Il organise avec ses cousins et amis ce réseau de résistance « Alliance » qui fournit à Londres des informations sur le trafic portuaire rochelais, et des faux-emplois aux requis du STO.

Le , il est destitué de ses fonctions de maire puis expulsé de sa ville du 17 juin au 2 novembre 1941.

Revenu à La Rochelle, il est arrêté par la Gestapo le 14 mars 1944, pour avoir protégé la fuite de deux de ses ouvriers; en même temps que d'autres résistants dont son petit fils Yann Roullet, pasteur à Mougon (79), ses neveux Frank Delmas et Jacques Chaperon ainsi que M. Joseph Camaret, ingénieur en chef des chantiers Delmas-Vieljeux. Tous appartiennent au réseau ou ont protégé des membres du réseau Alliance. Depuis l'asile de Lafond, ils sont transférés à Poitiers, à Fresnes et arriveront au camp de concentration de Schirmeck dans le Bas-Rhin, près de Strasbourg, le 29 avril 1944.

Dans la nuit du 1er au , une camionnette amène par petit groupe de 12 les107 détenus du réseau Alliance depuis Schirmeck jusqu'au camp de Struthof-Natzwiller (Alsace); ils sont aussitôt abattus d'une balle dans la nuque et les cadavres sont brûlés ensuite dans le four crématoire attenant en même temps que 300 hommes et 92 femmes; Léonce Vieljeux avait 79 ans.

L'effroyable nouvelle ne parvint à La Rochelle que vers la fin du mois de janvier 1945, plongeant la ville dans un état de sidération totale. Deux services religieux distincts sont alors célébrés le l'un après l'autre, au temple protestant et en la cathédrale Saint-Louis de La Rochelle, autour desquels se sont massés 3 000 Rochelais de toutes obédiences et catégories sociales; bien que la ville soit encore occupée et que tout rassemblement y est prohibé, les Allemands n'interviendront pas[GAC 2].

Vers la fin de la guerre, les résistants réalisèrent quatre véhicules blindés. On nomma l'un deux "Léonce VIELJEUX". Ce camion, transformé en blindé, était équipé de deux mitrailleuses, deux fusils mitrailleurs et d'un lance-flamme[1],[PC 1],[N 1]. Les blindés ont été réalisés avec l'aide des chantiers navals Delmas-Vieljeux[GAC 3].

La stèle à sa mémoire[modifier | modifier le code]

Une stèle est inaugurée le 23 juillet 1948 par le général de Gaulle qui rappelle le sacrifice de Léonce Vieljeux[RB 1],[MFD 1].

Sa mémoire est conservée à La Rochelle par l'Association Léonce Vieljeux et par une cérémonie se tenant chaque année à la date anniversaire de son exécution devant ce mémorial érigé sur le rempart de l'hôtel de ville.

Maison familiale des Vieljeux[modifier | modifier le code]

Maison de famille des Vieljeux.

La famille de l'armateur logeait dans un hôtel particulier de style Louis XV construit à l'emplacement d'une ancienne porte de ville 2, rue de la Monnaie à la Rochelle; une plaque dans le vestibule rappelle le souvenir de Vieljeux et de ses petits-neveux. Une partie du décor intérieur d'époque fin XIXème y subsiste (boiseries et jardin d'hiver à vitraux).

Après-guerre la propriété sera acquise par le conseil général de Charente-Maritime qui y installera ses bureaux. Lors de la construction de l'actuelle "Maison du Département" elle sera rachetée par la Préfecture, dont le siège est contigu, afin d'y transférer une partie de ses services[PC 2].

Postérité[modifier | modifier le code]

Vers 1950 son fis l'armateur et collectionneur Pierre Léonce Vieljeux (1892-1987) fit dessiner par l'architecte-paysagiste Jacques de Wailly un jardin "à la Française" sur sept hectares de sa propriété de Nieul-sur-Mer, à cinq kilomètres de La Rochelle qui avait servi ce cantonnemnent pour les troupes (M.C., Demeures et jardins de vacances - Du côté de Nieul-sur-Mer, et Jacques de Wailly, Le jardin dessiné d'un amateur, "Plaisir de France" n°201 / juin 1955, pp 14 à 20, ill.).


Le lycée Léonce-Vieljeux de La Rochelle.
  • Le lycée Léonce-Vieljeux de La Rochelle

Il est implanté sur un espace ouvert de 7 ha, situé à la périphérie urbaine de La Rochelle. Il compte environ 1500 élèves, 160 professeurs et 70 personnels d’administration, techniciens, ouvriers de services et de santé.

  • La rue menant de la Grosse Horloge à l'avenue Jean Guiton a été rebaptisé en son honneur. Avant, elle se nommait rue Verdière.

Un timbre-poste[modifier | modifier le code]

  • Émission, le 28 mars 1960, d'un timbre de 0,30 FRF honorant les héros de la Résistance à l'effigie de Léonce Vieljeux maire de La Rochelle[2].

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liste des auteurs par ordre alphabétique :

  • Anthologie des écrivains morts à la guerre : 1939-1945, Association des écrivains combattants, Michel, 1960, p. 756
  • Rémi Béraud, Petite Encyclopédie Monumentale et Historique de La Rochelle, La Rochelle, Édition RUPELLA,‎ 1987, 193 p., p. 190Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Blanchon et Philippe David, Léonce Vieljeux, La Rochelle, Librairie F. Pijollet,‎ 1948, 101 p.
  • Jean Combes et Gilles Bernard, Histoire du Poitou et des pays charentais : Deux-Sèvres, Vienne, Charente, Charente-Maritime, Clermont-Ferrand, Éditions de Borée,‎ 2001, 447 p. (ISBN 978-2-84494-084-1)
  • Marie-Françoise Deveau, L'Hôtel de ville de La Rochelle, La Rochelle, Être & connaître et Quartier latin,‎ , 40 p. (ISBN 2-911198-00-X), p. 14Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Le Patrimoine des Communes de la Charente-Maritime, t. II, Flohic éditions,‎ , 575 p. (ISBN 2-84234-129-5), p. 678-748Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Christiane GACHIGNARD, La Rochelle : "poche" de l'Atlantique août 1944 - mai 1945, La Rochelle, Gotac Presse,‎ 1994, 127 p. (ISBN 2-903974-09-8)Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le "Léonce VIELJEUX" est exposé au Musée des blindés de Saumur, le "Joseph CARMARET II" est exposé dans la cour du Musée d'Orbigny Bernon.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Photo du blindé "Léonce VIELJEUX" au musée des blindés de Saumur.
  2. Timbre à effigie de Léonce Vieljeux
  • Références issues de l'ouvrage Rémi Béraud, Petite Encyclopédie Monumentale et Historique de La Rochelle,‎ (voir dans la bibliographie) :
  1. a, b et c p. 190
  • Références issues de l'ouvrage Marie-Françoise Deveau, L'Hôtel de Ville de La Rochelle,‎ (voir dans la bibliographie) :
  1. p. 14
  1. p. 746
  2. p. 738
  • Références issues de l'ouvrage Christiane Gachignard, La Rochelle "poche" de l'Atlantique,‎ (voir dans la bibliographie) :
  1. a et b p. 118
  2. p. 82-83
  3. p. 85

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]