Léon Sgouros

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Léon Sgouros (en grec : Λέων Σγουρός) fut seigneur de Nauplie et d’Argolide (nord-est du Péloponnèse) au début du XIIIe siècle. Héritier de la riche famille Sgouros, il succéda à son père vers 1198 comme seigneur héréditaire de la région de Nauplie. À la faveur des bouleversements occasionnés par la quatrième croisade, il proclama son indépendance à l’instar de nombreux seigneurs locaux qui firent sécession pendant les dernières années pendant lesquelles la dynastie des Ange régna sur l’Empire byzantin[1]. Progressivement, il étendit son territoire jusqu’en Grèce centrale et en Thessalie. Il s’allia à la famille impériale en épousant la fille de l’empereur déposé Alexis III l’Ange (emp. 1195-1203). Ses conquêtes se révélèrent toutefois éphémères et les croisés le forcèrent à se replier dans le Péloponnèse. Assiégé dans la forteresse de l’Acrocorinthe, il se suicida en 1208.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le Péloponnèse au Moyen Âge
Le Péloponnèse au Moyen Âge.

Il succéda à son père, Théodore Sgouros, vers 1198 comme gouverneur de la région de Nauplie et d’Argolide, un des districts connus sous le nom d’oria où on collectait les taxes et construisait des bateaux pour la marine byzantine[2]. Aux environs de 1201/1202 éclata en Thessalie et en Macédoine une rébellion conduite par Manuel Kamytzès (en) et Dobromir Chrysos (en) qui isola la Grèce méridionale de Constantinople. Léon en profita pour faire sécession et s’empara des citadelles d’Argos et de Corinthe[3],[4]. Il manifesta une hostilité virulente à l’égard de l’Église qui représentait à l’époque l’ordre établi : l’évêque de Nauplie fut emprisonné alors que celui de Corinthe fut aveuglé et précipité en bas de l’Acrocorinthe[5],[6],[7]. Sgouros avait la réputation d’être violent. C’est ainsi que Michel Choniatès, évêque d’Athènes, rapporte dans une lettre comment Sgouros battit à mort un de ses jeunes parents alors retenu comme otage chez lui, simplement parce que celui-ci avait laissé échapper un verre alors qu’il servait à sa table[8].

Le gouvernement impérial envoya le megas doux Michel Stryphnos pour le contrer ; celui-ci passa l'hiver 1201–1202 à Athènes, mais fut apparemment incapable d'arrêter Sgouros[7]. Peu après, alors que le gouvernement byzantin était absorbé par la quatrième croisade, Sgouros attaqua Athènes avec l’aide des habitants des îles d’Égine et de Salamine, connus pour se livrer à la piraterie[9]. En dépit de la résistance des Athéniens réfugiés sur l’Acropole sous la direction de Choniatès, il réussit à prendre la ville que ses hommes pillèrent et incendièrent[3],[6]. Laissant la conduite du siège à ses officiers, il marcha sur la Béotie, où Thèbes capitula, et sur la Thessalie. Près de Larissa, il joignit ses forces à celles d’Alexis III l’Ange qui avait fui Constantinople après l’attaque des croisés. Il accorda sa protection au monarque déchu en échange de quoi il reçut la main de sa troisième fille, Eudokia Angelina (en), déjà mariée à Alexis V, et le titre de despote[3],[10],[11].

La forteresse de l'Acrocorinthe
La forteresse de l'Acrocorinthe où Léon Sgouros vécut ses dernières années

Mais avant que les plans de Léon Sgouros et d’Alexis III aient pu prendre forme, Boniface de Montferrat s’enfonça en Thessalie à l’automne 1204 ; Sgouros dut se replier alors qu’Alexis III était capturé[12]. Il pensait sans doute arrêter ses opposants dans le défilé des Thermopyles[13], mais il finit par se retirer dans le Péloponnèse où il établit son quartier général dans l’isthme de Corinthe[10]. L’armée de Montferrat s’empara de la Béotie et de l’Attique sans résistance et obligea à lever le siège d’Athènes où Choniatès lui remit les clés de la ville[10]. Le premier assaut de Montferrat sur les défenses de Sgouros échoua, mais un deuxième permit de faire une percée, si bien qu’au printemps 1205, il contrôlait toute la campagne du nord-est du Péloponnèse même si les villes fortifiées continuaient leur résistance[10].

Sgouros lui-même dut se replier et se retrouva assiégé dans son château-fort, la citadelle puissamment fortifiée de l’Acrocorinthe où il dut faire face à un siège qui dura cinq ans[10],[13]. Il y conduisit une défense énergique et ses nombreuses sorties harassèrent les assiégeants. Pour renforcer le siège, les Latins construisirent deux forts, l’un sur la colline de Pendeskouphi et l’autre sur les approches orientales[13]. Selon la légende, cédant au désespoir, Sgouros se serait précipité sur son cheval du haut des rochers. La résistance se poursuivit, conduite par un certain Théodore, mais la citadelle finit par céder en 1210[14], écartant ainsi l’un des principaux centres de résistance à l’établissement de la principauté latine d’Achaïe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Magdalino 2002, p. 491.
  2. Magdalino 2002, p. 257-258.
  3. a, b et c Kazhdan 1991, vol. 3, « Sgouros Leo », p. 1886.
  4. Brand 1968, p. 133, 152–153.
  5. Angold 2000, p. 206.
  6. a et b Fine 1994, p. 37.
  7. a et b Brand 1968, p. 153.
  8. Magdalino 2002, p. 411.
  9. Brand 1968, p. 153, 244.
  10. a, b, c, d et e Fine 1994, p. 64.
  11. Macrides 2007, p. 67, 81.
  12. Treadgold 1997, p. 712.
  13. a, b et c Andrews et Bugh 2006, p. 136.
  14. Fine 1994, p. 64, 67.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Kevin Andrews et Glenn R. Bugh, Castles of the Morea, Princeton, American School of Classical Studies at Athens,‎ (ISBN 978-0-87661-406-8).
  • (en) Michael Angold, Church and Society in Byzantium under the Comneni, 1081-1261, Cambridge, Cambridge University Press,‎ (ISBN 0-521-26986-5).
  • (en) Charles M. Brand, Byzantium Confronts the West, 1180–1204, Cambridge, Harvard University Press,‎ .
  • (en) John Van Antwerp Fine, The Late Medieval Balkans: A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Ann Arbor, University of Michigan Press,‎ (ISBN 0-472-08260-4).
  • (en) Alexander Petrovich Kazhdan, Oxford Dictionary of Byzantium, New York et Oxford, Oxford University Press,‎ (ISBN 978-0-19-504652-6).
  • (en) Ruth Macrides, George Akropolites: The History – Introduction, Translation and Commentary, Oxford University Press,‎ (ISBN 978-0-19-921067-1).
  • (en) Paul Magdalino, The Empire of Manuel I Komnenos, 1143–1180, Cambridge, Cambridge University Press,‎ (1re éd. 1993) (ISBN 0-521-52653-1).
  • (en) Warren Treadgold, A History of the Byzantine State and Society, Stanford, Stanford University Press,‎ (ISBN 0-8047-2630-2).