Kurt Furgler

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Kurt Furgler
Photo officielle de Kurt Furgler
Photo officielle de Kurt Furgler
Fonctions
83 e conseiller fédéral
1er janvier 197231 décembre 1986
Élection 8 décembre 1971
Président 1977, 1981
Vice-président 1976, 1980
Prédécesseur Ludwig von Moos
Successeur Arnold Koller
Chef du Département fédéral de l'Économie publique
1er janvier 198331 décembre 1986
Prédécesseur Fritz Honegger
Successeur Jean-Pascal Delamuraz
Chef du Département de Justice et Police
1er janvier 197231 décembre 1982
Prédécesseur Ludwig von Moos
Successeur Rudolf Friedrich
Conseiller national
14 mars 195531 décembre 1971
Biographie
Date de naissance 24 juin 1924
Lieu de naissance Saint-Gall
Origine Canton de Saint-Gall
Date de décès 23 juillet 2008 (à 84 ans)
Lieu de décès Saint-Gall
Parti politique Parti démocrate-chrétien (PDC)
Diplômé de Université de Fribourg
Liste des conseillers fédéraux de Suisse

Kurt Furgler, né le 24 juin 1924 à Saint-Gall[1] et mort le 23 juillet 2008 à Saint-Gall[2], est un homme politique suisse membre du Parti démocrate-chrétien (PDC). Il a été membre du Conseil fédéral pendant quinze ans et a occupé à trois reprises la fonction de président de la Confédération suisse, détenant ainsi la deuxième place de la longévité gouvernementale de l'après-guerre après celle de Max Petitpierre (1945-1961)[3].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Deuxième d'une famille de cinq enfants, il est le fils d'un père patron d'une manufacture de broderie qu'il doit fermer pour fonder ensuite l'assurance-vie des syndicats chrétiens-sociaux suisses[1]. À 18 ans, il fonde le club de handball du TSV St. Otmar St. Gallen dont il devient entraîneur et capitaine et qui obtient plusieurs fois la victoire en championnat et en coupe de Suisse[2]. Au niveau scolaire, il obtient sa maturité au gymnase cantonal de sa ville natale puis étudie à l'université de Fribourg où il obtient son doctorat en droit en 1948 après quelques semestres passés à l'université de Zurich et à l'Institut de hautes études internationales de Genève où il rédige une grande partie de sa thèse intitulée Problèmes fondamentaux de la responsabilité des États en matière de droit des gens[1].

Une année plus tard, il obtient sa patente d'avocat et de notaire puis ouvre sa propre étude et pratique le barreau à Saint-Gall à partir de 1950[1]. Il devient secrétaire du Parti chrétien-social saint-gallois, l'aile progressiste du PDC[2],[1].

Parlementaire[modifier | modifier le code]

Élu au Conseil national après l'élection de son collègue Thomas Holenstein au Conseil fédéral en 1954, il sera réélu cinq fois à son poste tout en siégeant également au Grand Conseil saint-gallois de 1957 à 1960[1]. Au parlement fédéral, il s'intéresse notamment à la jurisprudence et à la politique extérieure. Président du groupe parlementaire conservateur chrétien-social (actuel PDC) de 1963 à 1971, il s'illustre en présidant la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire des Mirages à l'été 1964[4] qui aboutit à la réorganisation du Département militaire ainsi qu'au renforcement du contrôle parlementaire.

À la suite de certaines de ses propositions, le droit fédéral est réuni en un recueil systématique et le Corps suisse d'aide en cas de catastrophe créé[4]. Sentant l'importance de la construction européenne pour la Suisse, il prêche pour une politique de rapprochement dans un discours prononcé le 9 décembre 1968, où il critique sévèrement l'absence de vision du Conseil fédéral, tout en faisant partie de la délégation suisse à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe entre 1967 et 1971[4].

Conseiller fédéral[modifier | modifier le code]

Justice et Police[modifier | modifier le code]

À l'occasion de la démission du conseiller fédéral Ludwig von Moos, Kurt Furgler est désigné par le groupe parlementaire du PDC comme son candidat le 13 septembre 1971[4]. Il est élu conseiller fédéral le 8 décembre, par 125 voix reçues dès le premier tour, et prend la tête du département de Justice et Police le 1er janvier 1972, devenant le cinquième Saint-Gallois à entrer au gouvernement[4].

Rapidement, il assouplit l'interdiction de prendre la parole pour des étrangers et fait appliquer avec moins de rigueur la saisie des écrits politiques et érotiques aux frontières[5]. Durant son mandat de onze ans, son activité législative vise à adapter le système fédéral aux exigences de rationalisation et de transparence, en redéfinissant les tâches de la Confédération et des cantons, mais se heurte à l'opposition des libéraux fédéralistes. Ainsi, son projet de loi sur l'aménagement du territoire est repoussé par le peuple en 1976 tout comme un projet de police fédérale de sécurité combattu également par la gauche en 1978. Président d'une commission d'experts, celle-ci propose une révision totale de la constitution à la fin 1977[5] mais se heurte à nouveau aux fédéralistes. Au nombre de ses succès figurent la révision du droit de la famille, l'article constitutionnel sur l'égalité entre hommes et femmes approuvée par le peuple le 14 juin 1981 ainsi que le nouveau droit matrimonial, le 22 décembre 1985, faisant des deux époux des partenaires égaux[5].

Profondément catholique[3], il refuse de défendre devant le parlement un projet de libéralisation du droit pénal en matière d'avortement, en 1974, en invoquant la clause de conscience. Il combat avec succès les troisième et quatrième initiatives « contre l'emprise étrangère » en 1974 et 1977 mais fait toutefois voter en 1973 par le parlement la Lex Furgler visant à limiter voire empêcher la vente de biens immobiliers suisses à des étrangers[6],[3]. Dans le même cadre, il se fait l'artisan de réformes visant à stabiliser le nombre de travailleurs étrangers, à contrôler l'asile[3] tout en facilitant l'acquisition de la nationalité suisse[5].

Il s'investit dans le même temps, en particulier en Suisse alémanique[7], en faveur de la ratification par le peuple suisse de la création du canton du Jura (votation populaire du 24 septembre 1978). En septembre 1982, il contribue à dénouer la prise d'otages à l'ambassade de Pologne en prenant la tête de l'état-major de crise et en se montrant intransigeant à l'égard des ravisseurs[8].

Économie publique[modifier | modifier le code]

Prenant la tête du département de l'Économie publique du 1er janvier 1983 à sa démission du gouvernement survenue le 31 décembre 1986, il y préconise en vain une garantie des risques à l'innovation destinée à encourager la compétitivité de l'économie suisse et relance la Surveillance des prix. Au niveau international, il signe la Déclaration de Luxembourg, dans laquelle l'AELE et la CEE expriment leur volonté d'une collaboration dépassant le simple cadre du libre-échange, et participe aux travaux de l'OCDE, de la CNUCED et du GATT.

Président de la Confédération suisse en 1977, 1981 et 1985, il accueille durant sa dernière présidence Mikhaïl Gorbatchev[9] et Ronald Reagan à Genève lors d'un sommet américano-soviétique sur le désarmement nucléaire tenu en novembre 1985.

Retraite[modifier | modifier le code]

Après sa démission du Conseil fédéral effective le 31 décembre 1986, Kurt Furgler est membre de plusieurs conseils d'administration, président de la Fondation pour l'aide sportive suisse[5] et vice-président du Club de Rome[2] dont il restera membre honoraire jusqu'à sa mort[10]. Docteur honoris causa de l'Université de Boston et de l'École des hautes études de sciences économiques et sociales de Saint-Gall, il reçoit le Prix Robert Schuman en 1989 pour son action en faveur de l'unification de l'Europe[11]. Nommé membre d'honneur du Comité international olympique en 2000, il devient membre de ses commissions d'éthique et des candidatures[12]. Passant pour être doué « d'une vive intelligence, d'une énergie peu commune et d'une éloquence exceptionnelle »[2], il milite en 2002 pour une présence accrue de la Suisse sur la scène internationale. En compagnie de quatre anciens conseillers fédéraux, il assume la coprésidence d'un comité de seniors en faveur de l'adhésion de la Suisse à l'ONU[2].

Marié en 1950 à Ursula Stauffenegger, il aura quatre filles et deux garçons[2],[1]. Décédé le 23 juillet 2008 dans sa ville natale, ses funérailles ont lieu le 29 juillet en la cathédrale de Saint-Gall en présence de nombreux anciens conseillers fédéraux[13].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • José Ribeaud, Kurt Furgler à cœur ouvert, éd. L'Aire, Lausanne, 1986

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Urs Altermatt, Le Conseil fédéral - Dictionnaire biographique des cent premiers conseillers fédéraux, Yens-sur-Morges, Cabedita,‎ 1993 (lire en ligne) [détail des éditions] p.539
  2. a, b, c, d, e, f et g Dossier de la Radio suisse romande sur la mort de l'ancien conseiller fédéral Kurt Furgler
  3. a, b, c et d Bernard Wuthrich, « Kurt Furgler, la disparition d'un homme d'État d'une rare envergure », Le Temps, 25 juillet 2008
  4. a, b, c, d et e José Ribeaud in Urs Altermatt, op. cit., p. 540
  5. a, b, c, d et e José Ribeaud in Urs Altermatt, op. cit., p. 541
  6. (it) « La Lex Furgler », Argomenti-Inserto, Télévision suisse italienne, 17 janvier 1979
  7. José Ribeaud in Urs Altermatt, op. cit., p. 544
  8. « Kurt Furgler et la prise d'otages de l'ambassade de Pologne », Journal du soir, Radio suisse romande, 9 septembre 1982
  9. « L'esprit de Genève », Téléjournal, Télévision suisse romande, 18 novembre 1985
  10. (en) Liste des membres honoraires du Club de Rome
  11. José Ribeaud in Urs Altermatt, op. cit., p. 543
  12. Communiqué officiel du Comité international olympique du 24 juillet 2008
  13. « Dernier hommage à Kurt Furgler à St-Gall », Radio suisse romande, 29 juillet 2008

Liens externes[modifier | modifier le code]