Krymchaks

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Krymchaks

Populations significatives par région
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Langues

krymchak

Religions

judaïsme

Les Krymchaks (ou qrymchakh, ou qrymchakhlar) sont une communauté juive vivant en Crimée (sud de l'Ukraine) depuis des siècles, voire deux millénaires, qui parle une langue turque, le krymchak.

La communauté[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

La péninsule de Crimée, au sud de l'Ukraine actuelle.
La péninsule de Crimée au sein de la région.

Les Juifs de Crimée ont une origine inconnue. Des fouilles récentes ont mis au jour des inscriptions qui indiquent une présence juive au moins dès le premier siècle avant l'ère chrétienne.

Les Khazars du haut Moyen Âge, une population turque ayant dominé la Crimée, s'étant semble-t-il partiellement convertis au judaïsme, il est d'ailleurs possible que les Krymchaks actuels en descendent au moins partiellement. Une telle origine est également possible pour les Karaïtes de Crimée, une communauté juive hétérodoxe donc la culture turcophone est assez proche de celle des Krymchaks.

Culture turque[modifier | modifier le code]

La Crimée est passée sous divers dominations (Cimmériens, Grecs, byzantins, Goths, Mongols, Génois, mais est essentiellement restée sous dominations de peuples turcophones depuis les IVe-Ve siècles (Huns en 376, puis proto-Bulgares), Tatares criméens, puis Ottomans) jusqu'au XVIIIe siècle, date à laquelle la région passe sous le contrôle russe. La culture des Juifs locaux a donc été très fortement marquée par la culture turque, et est restée très différente de la culture des juifs ashkénazes d'Europe orientale.

Au début, le terme krymchak était d'ailleurs un terme utilisé par les Russes pour différencier les Juifs de Crimée de leurs coreligionnaires ashkénazes, Juhuro du Caucase ou Géorgiens, mais dans la deuxième moitié du XIXe siècle ce nom a été adopté par le Krymchaks eux-mêmes. Auparavant, ils s'auto-désignaient sous le nom de Срель балалары (Srel balalary), littéralement les « enfants d'Israël ». Les Tatars de Crimée les désignaient sous le nom de zuluflı çufutlar (« juifs avec papillotes ») pour les distinguer des Karaïtes, appelés zulufsız çufutlar (« juifs sans papillotes »). Les papillotes (peyot ou payot, en hébreu פאות) sont les mèches de cheveux (une de chaque côté du visage) portées sur les tempes par les hommes Juifs orthodoxes.

Histoire ancienne[modifier | modifier le code]

Selon les périodes, les Juifs ont bénéficié d'une très large tolérance, ou d'un statut plus restrictif. À l'époque du khanat Khazars, leur statut, à peu près inconnu, devait être en toute logique dominant, eu égard à la conversion au judaïsme de cette population.

Les Mongols de la Horde d'or pratiquaient une très large tolérance.

Il en allait de même à l'époque de la domination de Gênes sur le sud de la péninsule (1315-1475).

Sous le Khanat de Crimée, de 1430 à 1783, la loi musulmane imposait un statut de Dhimmi, impliquant à la fois une protection de la liberté religieuse, une certaine autonomie juridique et un statut d'infériorité légale (paiement d'une taxe spécifique).

Histoire contemporaine[modifier | modifier le code]

La situation des Krymchaks s'est très fortement dégradée après le rattachement de la Crimée à l'empire des Tsars en 1783. Celui-ci mit en effet en place une série de mesures discriminatoires visant les populations juives : double taxation en 1794, service militaire de 25 ans en 1827, inégalité juridique.

À compter de la conquête russe, de nombreux Juifs ashkénazes sont venus s'installer en Crimée, et ont progressivement assimilé les populations juives locales. Cette assimilation s'explique par plusieurs raisons : un nombre plus élevé d'ashkénazes, et un niveau d'éducation beaucoup plus important : le taux d'illettrisme chez les Krymchaks semble avoir été assez fort, et les auteurs de l'époque signalent de nombreuses superstitions. En 1900, les Krymchaks n’étaient plus que 6 000 en Crimée, pour 60 000 ashkénazes.

Pendant la révolution bolchevique, la Crimée fut victime de combats particulièrement violents entre l'Armée rouge, les nationalistes ukrainiens de Petlioura et l'Armée blanche de Dénikine et Wrangel. De nombreux massacres de civils, en particulier Juifs, sont alors survenus.

Après la guerre, et conformément à la politique générale antireligieuse du régime soviétique, la culture religieuse a été sévèrement touchée, les synagogues et les institutions communautaires (écoles, séminaires religieux) étant rapidement fermées.

Le Holodomor, la grande famine ukrainienne de 1932-1933 (4 à 10 millions de morts selon les estimations), a également touché la Crimée.

En réaction à la période trouble des années 1910-1920-1930, l'émigration des Juifs en général et des Krymchaks en particulier augmenta, vers la Palestine ou les États-Unis.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la population krymchak de Crimée, d'environ 8 000 personnes, aurait été exterminée à 75 % (6 000 morts).

Après les larges destructions de la guerre, des Krymchaks ont également été touchés par les actions anti-Tatars du régime communiste (déportation des Tatars de Crimée), dont ils étaient culturellement très proches.

En 2000, quelque 2 500 Krymchaks vivaient encore dans l'ancienne URSS, dont à peine la moitié en Crimée même, les autres s'étant dispersés sur le territoire. Quelques centaines d'autres vivent en Israël ou aux États-Unis.

En dehors de ces personnes clairement identifiées d'un point de vue communautaire, de nombreuses familles juives vivant aux États-Unis, dans l'ancienne URSS et en Israël ont des origines totalement ou partiellement krymchak, mais sans plus de liens communautaires ou culturels avec cette ancienne communauté.

La langue[modifier | modifier le code]

Les Krymchaks parlent une forme modifiée de la langue tatar de Crimée, elle-même une variante du tatar.

La forme dialectale du tatar de Crimée parlé par les Krymchaks et appelée la langue krymchak. Elle contient de nombreux mots hébreux et araméens.

Elle était traditionnellement écrite en caractères hébreux. Elle l'est désormais en alphabet cyrillique. Ce passage à l'alphabet cyrillique fut imposé à l'époque soviétique dans un but d'unification culturelle au bénéfice de la culture russe.

Liens externes[modifier | modifier le code]