Koursk K-141

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K-141
Image illustrative de l'article Koursk K-141
L’Omsk, un sous-marin de classe Oscar II semblable au Koursk

Autres noms Koursk
Histoire
A servi dans Pavillon de la marine russe Marine russe
Quille posée 1992
Lancement 1994
Armé Décembre 1994
Statut A coulé en août 2000
Caractéristiques techniques
Type Sous-marin nucléaire
Longueur 154,0 m
Maître-bau 18,2 m
Tirant d'eau 9,0 m
Déplacement 13 400 à 16 400 t
Propulsion 2 réacteurs OK-650b, 2 turbines
Puissance 73 MW
Vitesse 16 nœuds (en surface)
32 nœuds (en plongée)
Profondeur 300 à 500 m
Caractéristiques militaires
Armement 24 missiles P-700 Granit
6 tubes lance-torpilles (4 × 533 mm, 2 × 650 mm)
Autres caractéristiques
Équipage 44 officiers, 68 hommes d'équipage
Chantier naval Severodvinsk
Coordonnées 69° 40′ N 37° 35′ E / 69.66666668, 37.58333334 ()69° 40′ Nord 37° 35′ Est / 69.66666668, 37.58333334 ()  

Le K-141 « Koursk » (en russe : Курск) est un sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière (code OTAN : SSGN) russe de classe Oscar II projet 941. Mis en service en 1994, il a sombré avec 118 hommes d'équipage lors d'un naufrage le 12 août 2000.

Description[modifier | modifier le code]

Commandé par la marine soviétique avant sa dissolution, mis en chantier à Severodvinsk en 1992, mis en service fin 1994, le Koursk fait alors partie des sous-marins les plus perfectionnés de la marine russe. Il est baptisée en souvenir de la bataille de Koursk, dans la province du même nom, qui opposa l'Armée Rouge à la Wehrmacht durant l'été 1943, et constitua une étape marquante dans la retraite allemande.

D'une longueur de 154 mètres, et haut de quatre étages, il a un déplacement de 13 500 tonnes. C'est un sous-marin à propulsion nucléaire, équipé de deux réacteurs à eau pressurisée de type ОК-650. Le bâtiment dispose d'une double coque : la coque externe, faite d'acier enrichi en nickel et en chrome, hautement inoxydable et de signature magnétique très faible ; la coque interne, de 5 cm d'épaisseur. Il est divisé en neuf compartiments, le dernier étant un « compartiment-refuge ». Ses deux réacteurs nucléaires lui assurent une vitesse de pointe de 32 nœuds en plongée, et il peut évoluer jusqu'à 300 m de profondeur.

Les sous-marins de la classe Oscar II sont équipés de deux rangées de 12 tubes de lancement inclinés à 40° capables de tirer en plongée 24 missiles antinavires P-700 Granit (en) (code OTAN : SS-N-19). La refonte actuelle va permettre à la classe Antey d'avoir son cycle opérationnel porté jusqu'en 2026 grâce à de nouveaux missiles P-800 Oniks, de nombreuses améliorations et un nouveau compartiment servant de tampon entre les compartiments de commandement et le compartiment des torpilles. Ces sous-marins, conçus lors de la Guerre froide, avaient pour mission de contrer les porte-avions de l'OTAN et leur escorte.

Redevenu le fer de lance de la Flotte russe du Nord après une décennie de coupes budgétaires, le Koursk se distingue lors d'une mission de surveillance de la Sixième flotte américaine de l’US Navy menée avec succès en mer Méditerranée durant l'été 1999 pendant la guerre du Kosovo.

Le naufrage[modifier | modifier le code]

Localisation du naufrage

Le samedi 12 août 2000, le Koursk est en exercice en mer de Barents, dans le cadre de grandes manœuvres visant à montrer au peuple russe que la flotte est de nouveau opérationnelle comme l'avait promis Vladimir Poutine lors de son élection. Selon la thèse officielle, il devait lancer deux torpilles d'exercice, de type 65-76 (plus familièrement Tolstouchka, « grosse fille »)[1] sur un croiseur de classe Kirov.

Le système de propulsion des torpilles 65-76 est basé sur une réaction chimique entre le peroxyde d'hydrogène concentré et l’eau. La réaction chimique pousse les gaz résultants vers la turbine. Le peroxyde d’hydrogène est contenu dans un réservoir en métal à l’intérieur de la torpille. Très corrosif, il impose un entretien très régulier des torpilles, avec le changement du réservoir de peroxyde si nécessaire. Si un feu lèche l’enveloppe de la torpille, le peroxyde d’hydrogène se met à bouillir puis explose. Les mémos de sécurité des arsenaux de la marine donnent un délai maximum de deux minutes d’exposition au feu avant explosion de la torpille.

Selon une autre thèse[2], le peroxyde d'hydrogène ne serait plus utilisé depuis des années en raison des risques qu'il présente ; en revanche, le Koursk devait lancer la dernière version d'un autre type de torpille, une Chkval, qui se caractérise par une propulsion à la vitesse exceptionnelle de 500 km/h (au lieu de 70 km/h pour les torpilles classiques). La Chine en ayant déjà acheté ; la présence de deux officiels chinois accrédite l'hypothèse que ces manœuvres étaient l'occasion de faire une démonstration de la nouvelle version.

Deux explosions font sombrer le Koursk à approximativement 135 km de la ville de Severomorsk, à 69° 40′ N 37° 35′ E / 69.67, 37.583 (). Il s'immobilise sur une zone peu profonde de la mer de Barents, à 108 m de profondeur ; une profondeur si faible que, comme le souligne Jean-Michel Carré, si l'on avait fait basculer le Koursk verticalement, les 50 m de l'arrière (il mesure 154 m de long) auraient été hors de l'eau et les marins qui s'y étaient réfugiés auraient pu en sortir.

Première explosion[modifier | modifier le code]

À 11 h 28 heure locale (h 28 GMT), peu avant le lancement des torpilles, une première explosion d'une puissance équivalente à 100 kg de TNT et d'une magnitude sismique de 1,5 se produit dans le compartiment avant du sous-marin. Selon la version officielle, ce serait une fuite de peroxyde d'hydrogène (employé pour amorcer la propulsion des torpilles) qui aurait réagi avec le cuivre et le laiton des compartiments torpille, conduisant à une réaction en chaîne.

La cloison étanche qui sépare la salle des torpilles du reste du bâtiment étant ouverte, peut-être pour éviter une surcompression d'air lors du lancement des torpilles mais selon toute vraisemblance plutôt à cause d'une erreur humaine, l'onde de choc se propage aux deux premiers compartiments, tuant probablement sur le coup les sept marins du premier et blessant grièvement les trente-six présents dans le second, où se trouve le poste de commandement.

Au cours des deux minutes qui suivent, le commandant du navire, qui officie dans le troisième compartiment, ne lance pas de signal de détresse. Aucune balise de détresse n'est larguée, alors qu'un dispositif automatique réagit normalement à tout feu ou explosion dans le sous-marin. Mais un incident survenu l'été précédent dans la Méditerranée, lors duquel un lancement de balise mal évalué avait risqué de dévoiler la position du sous-marin à la flotte américaine, avait amené l'équipage à désarmer ce dispositif. Jean-Michel Carré relève que le moteur du Koursk est mis à pleine puissance, procédure normale pour faire surface d'urgence, en cas de problème.

Seconde explosion[modifier | modifier le code]

Deux minutes et quinze secondes après le premier choc, une explosion bien plus importante ébranle le Koursk. Les stations de mesure sismique d'Europe du Nord montrent que cette explosion intervient au niveau du fond marin, ce qui tendrait à prouver que le sous-marin a alors heurté le fond ; ce choc additionné à la hausse de température engendrée par la première explosion a déclenché l'explosion d'autres torpilles. Cette seconde explosion développe une puissance équivalente à 3-7 tonnes de TNT, ou une demi-douzaine de têtes de torpilles ; les mesures montrent une magnitude sismique de 3,5.

La coque, prévue pour résister à des pressions de 1 000 m de profondeur, est éventrée sur une surface de 2 m2 ; l'explosion ouvre également des voies d'eau vers les troisième et quatrième compartiments. L'eau s'y engouffre à 90 000 litres par seconde, tuant tous les occupants de ces compartiments, dont cinq officiers. Le cinquième compartiment contient les deux réacteurs nucléaires du sous-marin, et il est protégé par une paroi de 13 cm d'alliage de titane ; les cloisons résistent. Les barres commandant les réacteurs restent donc en place.

L'agonie de l'équipage[modifier | modifier le code]

Les neuf compartiments du Koursk

Dans les compartiments 6 à 9, 23 hommes survivent aux deux explosions. Ils se rassemblent dans le 9e compartiment, qui contient le second sas de secours (le premier sas, situé dans le 2e compartiment, est détruit et hors d'atteinte). Le capitaine-lieutenant (en français lieutenant de vaisseau) Dmitri Kolesnikov (un des trois officiers de ce grade ayant survécu) prend le commandement. Après le renflouage du Koursk, on retrouvera sur lui un dernier écrit où il avait dressé une liste des survivants. Dans la partie rendue publique, il relate ainsi les dernières heures de l'équipage :

« Il fait trop sombre ici pour écrire, mais je vais essayer au toucher. Il semble qu'il n'y ait pratiquement aucune chance, 10 - 20 %. J'espère qu'au moins quelqu'un lira ceci. Voici la liste de membres d'équipage des autres sections qui sont maintenant dans la neuvième et qui vont essayer de sortir. Salut à tous, pas besoin d'être désespéré. Kolesnikov. »

« Здесь темно писать, но наощупь попробую. Шансов похоже нет % - 10-20. Будем надеяться, что хоть кто-нибудь прочитает. Здесь список л/с отсеков, которые находятся в 9-м и будут пытаться выйти. Всем привет, отчаиваться не надо. Колесников. »

Note de Koleshnikov

La pression dans la coque est la même qu'en surface ; il est donc théoriquement possible pour les rescapés d'utiliser un sas de secours pour sortir dans la mer Arctique et remonter en surface dans une combinaison de sauvetage spéciale, à condition que des secours attendent au-dessus. La raison pour laquelle cette possibilité n'est pas exploitée n'est pas connue : il est présumé que les survivants préfèrent attendre qu'un submersible vienne s'y arrimer ou que l'écoutille externe du sas est peut-être hors d'usage. Jean-Michel Carré montre que l'équipe de renflouement ne mettra que quelques minutes pour ouvrir l'écoutille, ce qui invalide cette dernière hypothèse.

Monument commémoratif des victimes du Koursk devant l'entrée du Musée central des forces armées à Moscou

On ne sait pas avec exactitude combien de temps les rescapés survivent. Les réacteurs à eau pressurisée s'étant automatiquement éteints, l'alimentation électrique de secours décline rapidement en puissance et l'équipage est plongé dans une obscurité totale et une température proche de zéro degré Celsius.

Les opinions divergent sur la durée de l'agonie des rescapés. Certains commentateurs, notamment du côté russe, se prononcent pour une mort rapide. Sur un sous-marin de classe Oscar II (celle du Koursk) immobile, des fuites apparaissent sur l'arbre porte-hélice. À une profondeur de plus de 100 m, il aurait été impossible de les reboucher (il est douteux que les presse-étoupes fuient autant sur un sous-marin capable de plonger à plus de 300 m. Ses fuites sont probablement une conséquence des explosions et chocs). D'autres pointent que de nombreuses cartouches d'absorbeur de dioxyde de carbone, qui servent à maintenir une composition chimique viable dans l'air du caisson de sauvegarde, ont été retrouvées utilisées après le remorquage, ce qui tendrait à prouver que les rescapés auraient survécu pendant plusieurs jours. Ces cartouches semblent d'ailleurs avoir été la cause de la mort des derniers survivants : au contact de l'eau de mer, elles prennent feu. L'enquête officielle démontre qu'un tel incendie a probablement eu lieu, et que quelques membres d'équipage y auraient survécu en plongeant sous l'eau — les marques de carbonisation sur les murs indiquent qu'à ce moment, l'eau devait arriver au niveau du buste de ceux qui étaient dans le compartiment inférieur. Mais l'incendie consomma rapidement l'oxygène résiduel, tuant les derniers survivants par asphyxie.

La tentative de sauvetage[modifier | modifier le code]

Ce n'est qu'en fin de soirée que la Marine russe s'inquiète de ne plus recevoir de nouvelles du Koursk. Elle minimise l'incident et les premiers communiqués de presse mentionnent seulement des « difficultés techniques mineures » du Koursk. Vladimir Poutine, élu président de la Fédération de Russie trois mois auparavant, n'interrompt pas ses vacances pour si peu ; les médias le montrent 24 h après l'accident en bras de chemise à l'occasion d'un barbecue avec des amis dans sa villa de la mer Noire.

Le navire de sauvetage Roudnitsky, arrivé sur les lieux du drame le lendemain, vers h 40, contient deux petits submersibles d'assistance en grande profondeur l’AS-32 (projet 18392) et le Priz (projet 1855). Cependant, les batteries du premier ont une capacité insuffisante (il est plus probable que ces batteries n'aient pas été suffisamment chargées, le délai de rechargement étant de 14 à 16 h) et le mauvais temps va empêcher le second d'atteindre l'épave. Lorsqu'il y arrive, quatre jours plus tard, il ne parvient pas à s'y arrimer.

D'après Jean-Michel Carré, quelques heures à peine après le naufrage, un petit submersible de type AS-15 (projet 1910) et des nageurs d'élite de la marine russe plongent, examinent en secret le Koursk, puis remontent.

La Russie accepte l'aide britannique et norvégienne, mais seulement le 16 août. Les navires de sauvetage partis de Norvège arrivent sur le lieu du sinistre le 19 août. Plusieurs tentatives de sauvetage sont lancées, à l'aide d'un mini-submersible britannique, le 20 août. En raison de l'inclinaison du sous-marin, le mini-submersible ne peut se fixer sur les issues de secours du Koursk. Les secours peuvent uniquement constater que le neuvième compartiment du sous-marin, censé servir de compartiment de secours, est complètement inondé. Les chances de trouver des survivants sont donc nulles, et la mission de sauvetage est interrompue.

À l'époque de l'accident, les causes sont encore inconnues et trois hypothèses sont évoquées : une explosion de torpille, une collision avec un sous-marin étranger ou l'explosion d'une mine marine de la Seconde Guerre mondiale.

Le renflouage du Koursk[modifier | modifier le code]

Le renflouage du Koursk est un véritable exploit, puisqu'il s'agit de remonter un sous-marin de 13 500 tonnes du fond marin. Vladimir Poutine prend l'initiative de l'opération afin de récupérer les corps des victimes et de déterminer les causes du naufrage. C'est la société néerlandaise Mammoet — la seule à avoir accepté l'exigence des Russes de découper l'avant et de ne remonter que l'arrière — qui décroche le contrat de 65 millions de dollars. Elle envoie sur place un bateau spécialisé dans ce genre d'opérations, le Giant 4.

Le compartiment avant du sous-marin est d'abord découpé par un filin-scie géant actionné par des robots disposés sur le fond marin de part et d'autre du bâtiment. Ce compartiment — dont l'examen aurait permis de révéler les causes des explosions — est laissé au fond, sous prétexte qu'il contiendrait probablement des torpilles non explosées. Les périscopes et les mâts télescopiques sont sciés et retirés du kiosque pour ne pas gêner le remorquage.

26 câbles sont ensuite fixés sur la partie principale du sous-marin par un système analogue à celui des chevilles expansives (type « Molly »). Chaque câble est constitué de 54 filins de près de 2 cm de diamètre, eux-mêmes tressés à partir de 7 fils d'acier. La remontée, effectuée depuis le Giant 4 par 26 vérins de levage géants, dure 11 heures.

Le sous-marin amputé, qui contient encore 115 corps, deux réacteurs nucléaires et un nombre indéterminé de torpilles, est ensuite remorqué au port de Rosliakovo dans le golfe de Mourmansk pour être mis en cale sèche. L'opération se termine le 8 octobre 2001, soit plus d'un an après le naufrage.

Le renflouage du Koursk permet d'identifier les corps (sauf trois) et de procéder aux obsèques, attendues par les familles. L'équipage est décoré par le gouvernement russe de l'ordre du Courage, et son commandant, Guennadi Liachine, est nommé Héros de la Fédération de Russie. Le témoignage manuscrit retrouvé sur le corps de Kolesnikov aide les enquêteurs à déterminer les circonstances de l'accident mais, selon Jean-Michel Carré, une partie de ce document est gardée secrète.

Les causes du naufrage[modifier | modifier le code]

Vladimir Poutine confie l'enquête au procureur Vladimir Oustinov. Ses conclusions rendues en 2002, basées notamment sur une inspection de quatre mois de l'épave renflouée, avalisent l'hypothèse de l'explosion accidentelle d'une torpille due à une fuite de liquide propulseur. En effet, la torpille mise en cause utilise un comburant liquide qui mis en contact avec l'eau de mer va produire une énorme quantité de gaz pour entrainer une turbine, et les hélices. De multiples négligences ont conduit à ce désastre et des fuites sur ce type de torpille ont été relevées sur d'autres bateaux[3].

Les Américains, les Norvégiens et les Britanniques ont confirmé cette thèse.

La controverse[modifier | modifier le code]

Dimensions comparées d'un Oscar II et d'un Los Angeles.

Presque immédiatement après l'accident, l'agence de presse tchétchène indépendante Kavkaz-Center annonce que l'explosion serait due à un attentat-suicide d'un islamiste du Daghestan embarqué dans le sous-marin. Cette hypothèse est cependant vite écartée par les autorités russes.

D'autre part, des indices sérieux semblent accréditer la présence de bâtiments étrangers (notamment américains) sur zone, dont un sous-marin de classe Los Angeles qui aurait été surpris accidenté dans un port norvégien quelques jours après le drame.

Jean-Michel Carré, journaliste, mène une contre-enquête sur cette catastrophe en étudiant des faits qui contredisent la thèse officielle. Sa thèse fait l'objet d'un documentaire (« Koursk », un sous-marin en eaux troubles) diffusé sur France 2 le vendredi 7 janvier 2005 au soir et d'un article dans le journal Libération, dans la même semaine[4].

Les faits[modifier | modifier le code]

Cette thèse s'appuie sur les faits suivants :

  • la présence sur le site de deux sous-marins nucléaires américains USS Memphis et Toledo ;
  • l'accélération du Koursk après la première explosion, comme s'il était l'objet d'une attaque ;
  • le largage, après la première explosion de grenades sous-marines par les navires russes aux abords du Koursk, comme pour donner la chasse à un sous-marin ;
  • le refus de la Russie d'une aide étrangère pour remonter le Koursk dans les heures qui suivirent son naufrage ;
  • les allégations fallacieuses sur l'état de la mer pour justifier le retard des secours ;
  • les premières déclarations des responsables militaires russes, mettant en cause les États-Unis ;
  • l'allégation [Qui ?]de la présence de fragments d'une torpille américaine Mk48 trouvés à proximité du Koursk ;
  • un trou circulaire dans l'épave du Koursk, soit disant caractéristique d'un trou de torpille (provoqué par l'entrée d'un objet extérieur) ;
  • l'apparition, trois jours après le drame, du Toledo dans le port de Håkonsvern en Norvège, l'éjecteur de bouée de détresse, couvert d'une bâche ;
  • le refus des autorités américaines de le laisser inspecter par des non-Américains ;
  • la visite d'urgence à Moscou le 17 août 2000 du directeur de la CIA George Tenet ;
  • la décision de laisser au fond de la mer le compartiment des torpilles, puis de le détruire, sans que l'enquête ne l'examine ;
  • la censure des messages issus des cadavres de sous-mariniers (la partie secrète du manuscrit du sous-marinier Kolesnikov) ;
  • la destruction des restes du Koursk après son renflouage et l'inspection, et le torpillage, ensuite, de l'avant resté sous l'eau ;
  • l'annulation d'une dette russe de dix milliards de dollars à l'égard des États-Unis peu après l'accident et l'autorisation donnée à la Russie de contracter un nouveau prêt[5] ;
  • la rumeur concernant la récupération d'une bouée de détresse venant d'un sous-marin américain, cette information n'a pas été confirmée.

La thèse de la collision avec un sous-marin américain[modifier | modifier le code]

La catastrophe a lieu pendant des manœuvres navales et aériennes russes dans la mer de Barents, où aurait été présentée la dernière version de la torpille Chkval. Cette torpille de deux tonnes de conception initiale relativement ancienne (années 1970) pourrait filer à 500 km/h, alors que les torpilles traditionnelles ont une vitesse d'environ 70 km/h. Une explication alternative serait qu'il aurait été question de faire la démonstration d'une torpille à propulsion MHD encore plus rapide, surnommée « la Grosse » par les services de renseignement militaires occidentaux.

L'armée américaine s'intéresse donc de près à cette opération, d'autant plus que des gradés de l'Armée populaire de libération chinoise auraient été invités pour la démonstration. Les deux sous-marins américains de classe Los Angeles USS Memphis et Toledo, présents dans la mer de Barents au contact de la marine russe, auraient eu pour rôle d'espionner ces manœuvres. Le HMS Splendid (en), un sous-marin d'attaque britannique aurait également été dans les parages.

Il est à noter que la veille de cette tragédie Edmond Pope, un Américain, avait été condamné par un tribunal russe à vingt ans de prison pour avoir tenté d'acheter des informations sur les torpilles utilisées par la marine russe. Il sera gracié à la mi-décembre 2000 par Vladimir Poutine pour des raisons humanitaires médicales.

Pendant les manœuvres, à la suite d'une collision accidentelle entre le Toledo et le Koursk, le Memphis aurait lancé une torpille contre le Koursk pour protéger la fuite du Toledo endommagé. Le Toledo aurait ensuite gagné la Norvège à faible vitesse pour être réparé, tandis que le Memphis rentrait aux États-Unis.

Les États-Unis pourraient donc être à l'origine du naufrage du Koursk. Au nom de la raison d'État, Vladimir Poutine aurait volontairement laissé mourir les survivants, car révéler ce qui s'était réellement passé aurait rendu impossible tout rapprochement avec les États-Unis, avec possibilité d'un conflit armé. L'enquête officielle aurait ensuite laissé filtrer des explications en rapport avec une alternative plausible acceptable par les opinions publiques, que les médias institutionnels ont relayé.

Cette thèse de l'implication américaine est, entre autres, défendue dans un film documentaire de Jean-Michel Carré : « Koursk » : un sous-marin en eaux troubles.[6]

Contre-arguments[modifier | modifier le code]

Cette thèse est contredite par d'autres observations, parmi lesquelles :

  • concernant le trou dans la coque : il s’agirait du point d’entrée initial du pod de fixation du câble qui a sectionné la partie avant pendant le renflouage du bateau, pod qui est resté à sa place tout au long du voyage de la barge de transport [réf. nécessaire] ;
  • si une torpille Mk48 a été tirée par un sous-marin de classe Los Angeles, il n'y aurait pas de trou d'entrée car c'est une torpille à explosion de proximité [réf. nécessaire]. Les sous-marins de classe Los Angeles n'embarquent pas de torpille à charge perforante (comme les Mk50) ;
  • la présence d'une quinzaine de bâtiments de surface et d'au moins trois autres sous-marins russes dans la zone de l'exercice auraient rendu toute approche de sous-marins étrangers très difficile dans ces eaux peu profondes, encore plus une fuite après l'accident ;
  • le tonnage d'un sous-marin de type Oscar II est deux fois plus important que celui d'un sous-marin de classe Los Angeles (cas du Toledo) ; il est donc fort improbable qu'en cas de choc, ce soit le Koursk qui ait subi le plus de dommages ;
  • les « règles d'engagement » (rules of engagement ou ROE) américaines sont formelles : il n'est pas envisageable qu'un sous-marin américain ouvre le feu sur un sous-marin russe sans avoir été attaqué auparavant ;
  • si la collision avait eu lieu, il est fort improbable que le Memphis ait lancé une torpille acoustique de classe Mk48 sur le Koursk, le risque de dégât collatéral sur le Toledo, encore proche, aurait été trop grand ;

Une explication simple et possible des circonstances de l'opération de sauvetage et du manque de réaction des autorités russes réside dans l'état de décrépitude dans lequel se trouvait la marine russe à ce moment. Elle montre aussi le décalage entre une hiérarchie militaire formée à la soviétique et très encline au secret, et une société russe plus avide d'ouverture. Au temps de la marine soviétique, pas moins de vingt sous-marins dont sept sous-marins nucléaires ont été perdus en temps de paix entre 1945 et 1991 et d'autres accidents ont eu lieu depuis.

Conséquences du naufrage[modifier | modifier le code]

  • Cet accident a tué les cent dix-huit membres de l'équipage.
  • Les torpilles Tolstouchka type 65-76, utilisées par la marine russe depuis 1976, ont été stockées à terre après cet accident. L'inflammabilité du liquide propulseur est jugée trop dangereuse. De plus, ce liquide est hautement corrosif. Il convient donc de changer régulièrement tous les réservoirs le contenant, ainsi que tous les circuits par lesquels il peut passer. C'est ce qui n'avait probablement pas été fait dans les délais normaux dans le cas de la torpille embarquée sur le Koursk.

Le Koursk dans la fiction[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

Marc Dugain le rebaptise Oskar dans son roman Une exécution ordinaire, 2007, Gallimard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Torpille 65-76 : (65 cm de diamètre, 11 m de long), date de conception, 1976 (amélioration d’un dessin de 1953)
  2. Thèse défendue par le journaliste Jean-Michel Carré au terme d'une longue contre-enquête présentée dans un documentaire intitulé (« Koursk », un sous-marin en eaux troubles), diffusé sur France 2 dans l'émission InfraRouge du vendredi 7 janvier 2005 au soir
  3. (fr) « Le sous-marin Koursk, victime de négligences multiples », Le Monde, 4 septembre 2002
  4. «Koursk», la thèse officielle torpillée
  5. http://fr.rian.ru/discussion/20100812/187227507.html RIA Novosti Le naufrage du Koursk: causes, théories, conséquences
  6. http://www.youtube.com/watch?v=ygVdy8xF7ho « Koursk » : un sous-marin en eaux troubles Documentaire de 70 min

Liens externes[modifier | modifier le code]

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