Kouros

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Kouros (parfum).

Un kouros (pluriel kouroï[1]) est la statue d'un jeune homme, datant de la période archaïque de la sculpture grecque (de -650 à -500).

Le pendant féminin de ce type de sculpture est la coré.

Généralités[modifier | modifier le code]

Les premiers kouroï étaient en bois et n'ont pas survécu jusqu'à nos jours, mais vers le VIIe siècle av. J.-C. les Grecs apprirent à sculpter la pierre avec des outils en fer et commencèrent à fabriquer des kouroï en pierre, surtout en marbre en provenance des îles de Paros et Samos.

Le mot grec ancien κοuρος / koũros signifie « jeune homme » et fut utilisé par Homère pour parler des jeunes soldats. À partir du Ve siècle av. J.-C., le mot fait référence à un adolescent, un homme sans barbe, mais pas un enfant. À partir de 1890, les historiens modernes ont utilisé ce mot pour faire référence à des statues d'hommes nus. Les kouroï étaient également appelés des Apollons, puisqu'on pensait que toutes ces statues représentaient le dieu Apollon.

Les kouroï furent créés à une époque où la Grèce était sous l'influence culturelle de l'Ancienne Égypte, comme on peut le voir par leur pose rigide caractéristique, qui rappelle les statues des anciens rois égyptiens. Les Grecs auraient vu ces statues en visitant l'Égypte en tant que commerçant ou de mercenaires engagés par les égyptiens. Les kouroï sont pratiquement toujours debout avec les bras sur le côté et les poings serrés, bien que quelques-uns aient un bras tendu pour tenir une offrande. Ils ont toujours la jambe gauche légèrement en avant. Cette pose était également répandue dans la statuaire égyptienne[2]. Cependant la plupart des historiens voit dans les kouroï archaïques une invention proprement grecque se différenciant des statues égyptiennes, par exemple la statuaire égyptienne possède un pilier gravé de hiéroglyphes dans le dos jusqu'à la nuque, élément totalement absent de la grecque. On peut noter aussi que les statues égyptiennes sont toujours dotées d'un pagne alors que les kouroï sont la plupart du temps nus.

Cléobis et Biton, musée archéologique de Delphes

Les kouroï sont toujours nus, portant tout au plus une ceinture et parfois des bottes. Leurs visages montrent l'influence culturelle de la Crète : ils portent des cheveux longs tressés ou ornés de perles à la mode crétoise et leurs yeux ont parfois l'aspect égyptien typique, qu'a copié l'art crétois. Les kouroï moins anciens montrent des poses plus naturelles et leur coiffure devient plus typique de la Grèce. Les kouroï représentaient toujours des jeunes hommes, de l'adolescence au début de l'âge adulte. Dans les cimetières, ils montraient le défunt comme le type idéal de la masculinité.

Dans les premiers temps, les kouroï étaient supposés avoir des pouvoirs magiques et d'être des représentations de dieux. Vers le VIIe siècle av. J.-C., les plus anciennes sources connues, les kouroï avaient deux utilisations. Ils étaient donnés aux temples comme offrandes par de riches citoyens grecs, comme on peut le voir sur les inscriptions qui apparaissent sur leur piédestal. Ils étaient également placés dans les cimetières pour marquer la tombe de citoyens importants.

Cependant, les kouroï n'ont jamais été supposés être des représentations de personnes réelles. Un des kouroï les plus connus était sur la tombe de Kroisos, un soldat athénien. L'inscription sur la statue indique : « Arrête-toi et aie pitié devant la marque de Kroisos, mort, que le violent Ares fit périr au premier rang du combat.» Le mot marque nous montre qu'il s'agit d'une représentation symbolique de Kroisos et non d'un portrait.

Une autre œuvre très connue est celle des doubles kouros connus sous le nom de Cléobis et Biton trouvés à Delphes. Ces statues datent d'environ -580 et sont la représentation de deux héros semi-mythiques d'Argos dans le Péloponnèse. Ce sont des kouroï typiques représentant la piété filiale et la force physique.

Au VIe siècle av. J.-C., les kouroï devinrent plus grand car les Grecs étaient plus riches et avaient plus d'expérience dans la sculpture du marbre. Certains firent trois ou quatre fois la taille humaine. Les plus grands furent produits pour le grand sanctuaire de la déesse Héra de Samos, qui fut fondé par le tyran Polycrate. Un de ces kouroï géant de cinq mètres de haut est le plus grand jamais retrouvé : il fut découvert en 1981 et se trouve actuellement au musée archéologique de Samos, qui a dû être aménagé pour l'accueillir. Une inscription sur sa droite nous laisse penser que la statue était dédiée à Héra par un noble ionien nommé Isches.

La plupart des kouroï furent commandés par des aristocrates pour être offerts aux temples, ou par des familles d'aristocrates pour placer sur leur tombe. La sculpture en marbre était très chère et seuls les plus riches pouvaient se permettre de payer des sculpteurs pour créer de telles œuvres. Les kouroï sont ainsi des représentations de la santé et du pouvoir de la classe aristocratique grecque, et quand cette classe perdit son pouvoir au VIe siècle av. J.-C., les kouroï passèrent de mode, à la fois politiquement et artistiquement.

À la fin du VIe siècle av. J.-C., les kouroï ont cédé leur place à des sculptures plus réalistes de personnes réelles. Parmi les premières représentations de personnes réelles, on trouve les statues des tyrannoctones, érigées à Athènes vers -500 (voir l'illustration de l'article sur les tyrannoctones). Ces sculptures montrent encore le caractère formel des kouroï, mais sont plus réalistes. Il est significatif que ces statues marquèrent l'avènement de la démocratie athénienne. Elles montrent le remplacement de la culture des kouroï et du système aristocratique qui l'accompagnait.

Évolution des styles de kouroï[modifier | modifier le code]

Un classement stylistique chronologique a été proposé par Gisela Richter, une grande spécialiste de l'époque archaique[3],[4].
Si on s'accorde sur ce classement, qui veut qu'on soit parti de premiers kouroï graphiques vers des kouroï de plus en plus fidèles, il faut bien garder à l'esprit qu'il ne s'agit pas d'une "amélioration" mais du passage d'un goût à un autre.

On obtient ainsi la chronologie suivante.

  • 615-590 : Sounion
  • 590-570 : Orchomenos Thera
  • 575-550 : Tenea-Volomandra
  • 540-520 : Anavyssos-Ptoon
  • 520-485 : Ptoon 20

Sounion[modifier | modifier le code]

Richter[5] déduits les dates, approximatives, de cette période de la durée de développement nécessaire pour les générations précédentes de Tenea-Volomandra. De plus on peut noter une similitude de la sculpture kouroï avec la poterie Athénienne contemporaine en particulier l'amphore de Nessus[6]

Ce premier groupe est un groupe colossal. Il est caractérisé par des muscles très graphiques et divisés de manière arbitraire. Les lignes de l'ossature sont très nettes, et contrebalancées par très peu de volume pour les chairs et les muscles. Le visage est traité en trois plans (de face et des deux côtés) et encadré par une chevelure en mèches perlées.

Œuvres majeures de cette époque :

  • Kouroï de Sounion (musée national d'Athènes): légèrement de biais sur leur base, ce qui est très rare. Les clavicules sont horizontales et très nettement notées, de même que la ligne pectorale, l'aine et la rotule. Des lignes obliques dans le dos marquent les omoplates, les côtes, et la ligne arrière du bassin. Le bourrelet des hanches est prolongé arbitrairement sur les fesses.
  • Tête du Dipylon (musée nationale d'Athènes): l'oeil, à fleur de paupière et sans détails, est immense et occupe la moitié du visage. Les oreilles sont très stylisées, en double-volutes décoratives, très conventionnelles. La chevelure en mèches perlées est traitée en arrondi qui répond très harmonieusement à l'harmonie du visage.
  • Kouros du Metropolitan Museum de New-York (met.32.11.1)
  • Dermy et kityllos (nama 56)
  • Kouros de Delphes
  • Kouros de Delos

Orchomenos Thera[modifier | modifier le code]

Ce groupe est caractérisé par un retour à la taille naturelle. L'angle interne de l’œil est traité. Le sourire archaïque, qui relève les commissures des lèvres, apparaît et anime le visage. Les avant-bras commencent à se rabattre vers l'intérieur. Les pectoraux, moins bas, sont modelés, mais l'aine est toujours étroite et conventionnelle.

Œuvres majeures de cette époque :

  • Kouros corinthien de Ténéa (Glyptothèque de Munich): ses épaules sont tombantes, et on distingue une dissymétrie des cuisses.

Tenea-Volomandra[modifier | modifier le code]

Anavyssos-Ptoon[modifier | modifier le code]

Avec ce troisième groupe, la musculature est plus modelée et semble bien comprise, ce qui donnent des subdivisions plus fluides pour les abdominaux, la coiffure est toujours décorative et est traitée en mèches coquillées (ce qui est très fréquent à l'époque), et le sourire est moins figé. Mais on garde cependant encore des aspects conventionnels. Les clavicules sont artificielles, l'aine est droite, la jambe gauche est avancée sans conséquence sur l'anatomie, et l'arrête du tibia est nette.

Œuvres majeures de cette époque :

  • Kouros de Kroisos (musée national d'Athènes): plus grand que nature, sa musculature est beaucoup plus modelée. L'arc thoracique et les hanches sont plus larges.
  • Kouros d'Aristodikos (musée national d'Athènes): abandon de la chevelure longue et du visage souriant. Toute la musculature est en place et bien comprise, mais n'est toujours pas affecté par l'avancement de la jambe gauche.

Ptoon 20[modifier | modifier le code]

Caractéristiques régionales[modifier | modifier le code]

La théorie d'une évolution linéaire ne prend ce pendant pas en compte les particularismes régionaux.

  • Kouroi argiens: très massifs, robustes, graphiques ; tête carrée ; épaules larges et épaisses

Œuvre majeure: "jumeaux de Delphes"

  • Kouroi pariens: plus ronds et souriants (pommettes saillantes) ; structure globale en T ; épaules légèrement rejetées en arrière

Œuvre majeure: kouros de Paros du Louvre-Lens

  • Kouroi ioniens: vêtus ; en chairs ; yeux fins et étirés ; nez large

Œuvre majeure: kouros dédié par Dionysermos (Louvre)

  • Kouroi béotiens: mèche en fourchette sur le front ; arcade sourcilière très étendue et haute ; sourire aux commissures très nettes ; yeux larges

Oeuvre majeure:

Évolution stylistique en image : du Kouros archaïque à l'Apollon classique[modifier | modifier le code]

Parfum[modifier | modifier le code]

En 1981, Yves Saint Laurent sort un parfum, Kouros, imaginé à partir des statues grecques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.louvre.fr/llv/glossaire/detail_glossaire.jsp?CONTENT%3C%3Ecnt_id=10134198673483865&FOLDER%3C%3Efolder_id=9852723696500935
  2. Iversen MittKairo 15, 1957, 134-147, et Canon et proportion dans l'Art égyptien, 1955. Levin AJA 68, 1964, 13-28. Levin AJA 68, 1964, 13-28.
  3. The Sculpture and Sculptors of the Greeks, Yale University Press, 1929, 4th revised edition, 1970.
  4. Archaic Greek Art against Its Historical Background, Oxford University Press, 1949.
  5. Richter, Kouroi, p.38
  6. NAMA 1002

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :