Koun Ejō

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Koun Ejō sur un emaki

Koun Ejō (孤雲懐奘?) est le deuxième patriarche de l'école sōtō du bouddhisme zen, contemporain de l'époque de Kamakura. Il est d'abord disciple de l'éphémère secte Darumashū du zen japonais fondée par Nōnin mais plus tard étudie et reçoit la transmission dharma de Dōgen, fondateur des écoles sōtō. Aujourd'hui Ejō est considéré comme le successeur spirituel de Dōgen par toutes les branches existantes de l'école sōtō. On se souvient aujourd'hui principalement de lui comme l'auteur du Shōbōgenzō Zuimonki, collection d'entretiens informels avec Dōgen qu'Ejo a notés tout au long de sa période en tant que disciple. Il figure également en bonne place dans le Denkōroku, première pièce majeure écrite produite dans l'école sōtō après Dōgen, avec son histoire de transmission servant de dernier koan. Après la mort de Dōgen, Ejō s'efforce de maintenir la direction du nouveau monastère Eihei-ji, en partie à cause de son manque de formation en Chine qui l'empêche de terminer le temple comme une salle de méditation de style chinois, ainsi que par la méconnaissance des pratiques monastiques de style chinois. Il donne la transmission du dharma à Jakuen, Gikai, Gien et Giin, qui tous sont à l'origine des étudiants de Dōgen, mais son incapacité à désigner un héritier évident conduit à une lutte de pouvoir connue sous le nom sandai sōron qui divise temporairement la communauté[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Koun Ejō naît au sein du puissant clan Fujiwara en 1198 dans une famille aristocratique. Sa première éducation se fait à Kyoto, après quoi il se rend, encore jeune, au mont Hiei pour étudier le bouddhisme de l'école tendai. En 1215, il est ordonné moine et en 1218, prononce les vœux bodhisattva au Enryaku-ji sous son professeur Ennō. Il étudie le tendai et le shingon en profondeur mais son insatisfaction l'amène à se rapprocher du bouddhisme de la Terre Pure. En 1219, il quitte le mont Hiei pour aller étudier à l'école Jōdo auprès de Zennebō Shōku, un disciple de Hōnen[2] au Ōjō-in (maintenant appelé Giō-ji). Apparemment insatisfait de l'école, il l'a quitte en 1222 ou 1223 pour étudier à l'école Daruma, fondée par Dainichibō Nōnin environ une dizaine d'années avant sa naissance. Son professeur, Kakuan, disciple de Nōnin[2] a sa communauté de moines à Tōnomine, en dehors de Nara, apparemment après avoir fui du mont Hiei, où ils ont été persécutés par les membres de l'école Tendai. Ejō aurait été un étudiant de premier plan auprès de Kakuan, mais son séjour s'interrompt brusquement en 1228 lorsque les représentants du temple tendai Kōfuku-ji à Nara incendient les bâtiments dans le complexe de temple de l'école Daruma, apparemment en réponse à la menace perçue par ses nouveaux enseignements. Les étudiants sont donc contraints de se disperser[1].

Premières rencontres avec Dōgen[modifier | modifier le code]

Après la destruction du groupe de Kakuan à Tōnomine, Koun Ejō retourne à Kyoto. C'est au cours de cette visite en 1228 ou 1229 qu'il rencontre Dōgen au Kennin-ji où celui-ci a étudié auprès de Eisai après son retour de Chine. Ejō peut avoir été incité à lui rendre visite à la suite de l'impact de la première œuvre de Dōgen, le Fukanzazengi. Selon le Denkōroku, les deux hommes discutent longuement de leurs expériences respectives avec le zen. Bien qu'ils partagent d'abord leurs idées, à un moment donné les deux commencent à être en désaccord. En fin de compte, Ejō est convaincu que les récits de Dōgen de ses expériences sont supérieurs aux siens. Il demande donc à Dōgen de devenir son maître, mais Dōgen refuse invoquant un manque d'espace pour la pratique. D'autres voix affirment que Koun Ejō n'est pas convaincu par la philosophie de Dōgen lors de cette première rencontre et le quitte plutôt frustré. Selon ces récits, ce n'est qu'après une réunion ultérieures qu'Ejō demande à devenir son élève. Ejō retourne probablement à Tōnomine vivre avec son maître Kakuan après cet épisode de Kyoto. Cependant, Kakuan tombe bientôt malade et meurt aux environs de 1234. Après la mort de son maître, Ejō part rejoindre le Kannon-dōri-in (plus tard appelé Kōshōhōrin-ji), le temple nouvellement créé de Dōgen à Uji, où il devient enfin son élève[1].

Ordination au Kōshōhōrin-ji[modifier | modifier le code]

Après environ un an de vie au nouveau temple de Dōgen, Koun Ejō est accepté comme étudiant et ordonné dans la lignée le 15 août 1235. Peu de temps après cet événement, Ejō participe à la planification du sōdō (僧堂; salle de méditation) qui doit y être construit et supervise également sa consécration en octobre 1236. Selon les documents qui nous sont parvenus, c'est à cette époque qu'Ejō a une expérience d'illumination. Dōgen est en train de lire un kōan à ses étudiants dans lequel un moine demande à Shishuang Chuyuan, « Comment se fait-il qu'un cheveu creuse de nombreux fossés? ». Cette interrogation aurait suscité son expérience, considéré comme ayant eu lieu en novembre 1236. Selon Dairyō Gumon, qui écrit beaucoup plus tard au XVIIe siècle, Ejō reçoit la transmission dharma de Dōgen juste après cet événement, avec la présentation des documents de certification. Le mois suivant, Ejō est fait shuso (首座; moine en chef). À la suite de ces événements, quelle que soit la véracité des allégations de Gumon, les sources historiques contemporaines telles que le Denkōroku conviennent qu'Ejō est traité comme l'héritier de Dōgen, le servant comme son serviteur le plus proche. Le Denkōroku indique : « Tout au long de la journée, il est inséparable du maître, comme une ombre de fuite »[1].

Au cours de ses premières années au Kōshōhōrin-ji, il commence à noter l'enseignement de Dōgen dans ce qui est appelé le Shōbōgenzō zuimonki[1],[2]. Il écrit l'ouvrage en japonais de tous les jours plutôt qu'en chinois, la langue intellectuelle de l'époque. À ce jour, ce texte est considéré comme l'un des plus faciles à comprendre des travaux de Dōgen, bien que les sujets abordés semblent être le reflet des intérêts d'Ejō[2]. Sa mère tombe malade pendant cette période et décède peu après. Ejō lui rend semble-t-il visite pendant sa maladie durant une période de vacances impartie de six jours après l'hiver (sesshin), mais peu de temps après son retour, il est informé que l'état de sa mère s'est détériorée et que l'échéance est proche. Cependant, parce qu'il a déjà utilisé son temps libre autorisé, il décide de ne pas retourner au côté de sa mère et choisit à la place d'observer strictement les règlements monastiques[1].

Transition vers Echizen[modifier | modifier le code]

Au cours de l'été 1243, Ejō quitte le Kōshōhōrin-ji pour se rendre à Echizen en compagnie de Dōgen et de ses autres élèves après que Hatano Yoshishige, un magistrat de cette région, a offert des terres et sa protection pour un nouveau monastère[1],[2]. Dōgen et ses disciples ont accepté l'offre principalement en raison de tensions continues avec la communauté tendai à Kyoto qui menace la stabilité à long terme de leur pratique[2]. Avant que la construction du nouveau temple ne soit achevée, les moines séjournent dans les temples Kippō-ji et Yamashibu. Durant cette période, Ejō sert Dōgen comme auparavant, poursuit un projet de gestion des textes pour ce qui va devenir le magnum opus de Dōgen, le Shōbōgenzō (à ne pas confondre avec le Shōbōgenzō zuimonki mentionné ci-dessus), et aussi aide à la planification du nouveau temple en construction. À l'été 1244, le hattō (法堂; salle dharma) du nouveau temple, appelé à l'origine Daibutsu-ji, est achevé. En juin 1246, le nom de temple est changé pour celui sous lequel il est encore connu à ce jour : Eihei-ji. Pour ces premières années au nouveau temple, Ejō se trouve pris par un grand nombre de responsabilités relatives au fonctionnement au jour le jour du nouveau temple. Il commence en même temps le travail sur l'Eihei kōroku (Grand document du Eihei) et l'Eihei shingi (Purs critères du Eihei) avec l'aide des autres élèves Gien et Sene[1].

Mort de Dōgen et Ejō deuxième abbé du Eihei-ji[modifier | modifier le code]

En 1247, Ejō accompagne Dōgen à Kamakura, alors capitale du Japon, pour une visite de six mois durant laquelle il enseigne à Hōjō Tokiyori, shikken (régent) du shōgun. Ils reviennent en 1248, période durant laquelle Ejō poursuit ses enregistrements des sermons de Dōgen, qui augmentent en fréquence au cours de ces années. À l'automne 1252, Dōgen tombe malade. Dans l'attente de sa mort prochaine, il transmet au cours de l'été 1253 les responsabilités de Ejō à Tettsū Gikai et installe Ejō comme deuxième abbé du Eihei-ji. Dōgen part pour Kyoto afin de demander une assistance médicale mais il meurt quelques jours après son arrivée, le 28 août, laissant Ejō seul chef du Eihei-ji. Le premier acte de Ejo est de faire construire une pagode en l'honneur de Dōgen[1].

En tant qu'abbé, Koun Ejō tente de garder les choses telles qu'elles sont au Eihei-ji. Malheureusement, il n'est pas doué des capacités de gouvernance de Dōgen et il rencontre les plus grandes difficultés avec ses anciens condisciples du Darumashū qui le considèrent comme un égal et non une figure d'autorité. Des problèmes surgissent également relativement à la question d'un successeur. Dōgen a clairement considéré Tettsū Gikai comme un disciple éminent, ce que sait bien Ejō. Cependant, il n'aime pas le désir de Gikai de réintroduire des aspects de la pratique Darumashū que Dōgen a rejeté, et Dōgen lui-même a commenté son manque de compassion dans ses interactions avec les autres moines. Néanmoins, Ejō intronise formellement Gikai comme son héritier en janvier 1256 après avoir obtenu son accord pour respecter les enseignements de Dōgen par dessus tout. Après cela, Ejō envoie Gikai en pèlerinage aux temples zen du Japon, pèlerinage que Gikai élargit volontairement pour inclure une visite en Chine, d'où il revient en 1262[1].

Début du sandai sōron et décès[modifier | modifier le code]

Le retour de Gikai marque le début de ce qui est connu comme le sandai sōron, un schisme qui va diviser la communauté de Dōgen en plusieurs factions rivales. Parce que Gikai s'intéresse à l'architecture et a noté des constructions de temples pendant son séjour en Chine, Ejō lui permet de prendre le contrôle des projets de construction en cours au Eihei-ji. En 1267, Ejō tombe malade et décide de prendre sa retraite comme abbé. Il quitte l'Eihei-ji pour un endroit peu éloigné mais continue d'être considéré comme le tōdōi, un rang pour abbés retraités. Deux moines, Busso et Doson, sont même dit avoir atteint l'illumination auprès de lui pendant son séjour à l'extérieur du temple. En tout cas, sa santé s'améliore dans un bref délai après qu'il a quitté l'Eihei-ji[1].

Pendant ce temps, Gikai est profondément impopulaire au Eihei-ji. En dépit de ses assurances du contraire à Ejō, il tente de réformer les pratiques de temple, ce qui est généralement considéré par les moines comme un affront aux enseignements de Dōgen. Il se concentre sur les projets de construction et l'expansion des aspects matériels de l'école tout en ignorant apparemment la préférence de Dōgen pour la pauvreté. Est particulièrement impopulaire sa tentative d'introduire les rituels de l'école shingon que Dōgen a expressément condamnés. Plutôt que de faire face à un soulèvement populaire, il décide de démissionner de son poste d'abbé en 1272 et il est demandé à Ejō de reprendre cette fonction. Ejō travaille à la réconciliation des factions rivales de la communauté. En 1280, il tombe de nouveau malade et commence à se préparer à la mort. Il demande que ne soit pas construite de pagode pour lui mais plutôt qu'il soit enterré à côté de la pagode de Dōgen. Après sa mort, la confusion qui entoure la question de la succession à la tête de la communauté aboutit à l'apogée du sandai sōron, avec plusieurs des élèves de Dōgen, notamment Gikai et Gien, revendiquant le droit à l'abbatiat[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Heinrich Dumoulin, Zen Buddhism : a History: Japan, World Wisdom,‎ 2005, 124–128 p. (ISBN 978-0-941532-90-7)
  2. a, b, c, d, e et f William M. Bodiford, Sōtō Zen in Medieval Japan, University of Hawaii Press,‎ 1993 (ISBN 978-0-8248-1482-3), p. 24,30