Kliment Voroshilov (char)

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KV-1e modèle 1940
Caractéristiques générales
Équipage 5
Longueur 6,68 m
Largeur 3,32 m
Hauteur 2,71 m
Masse au combat 47,5 tonnes
Blindage et armement
Blindage 100 mm tout comme le Panzerkampfwagen VI Tiger
Armement principal canon F-32 de 76,2 mm (114 obus)
Armement secondaire 4 mitrailleuses DT de 7,62 mm (3024 coups)
Mobilité
Moteur V12 diesel V2K
Puissance 600 ch (448 kW)
Suspension barres de torsion
Vitesse sur route 35 km/h (16 en tout terrain)
Puissance massique 12,6 ch/tonne
Autonomie 150 km

Le char Kliment Voroshilov (KV) est un char de rupture soviétique. Il fut une désagréable surprise pour la Wehrmacht lors de l’opération Barbarossa : il était à l'époque quasiment invulnérable à toutes ses armes excepté le canon antiaérien Flak de 88 mm et des tirs directs d’artillerie.

Genèse[modifier | modifier le code]

Sa genèse commença lors d'une visite par des étudiants ingénieurs au bureau SKB-2 de l’usine de chars Kirov à Léningrad, en octobre 1938. Le prototype du char lourd bi-tourelle SMK (pour Sergeï Mironovich Kirov) y était dessiné et, à leur sortie, on leur demanda d’étudier une variante mono-tourelle. Ils y travaillèrent, résolvant par exemple les problèmes de boîte de vitesse par l'étude du char tchèque S-2a en test à Koubinka, près de Moscou.

Le projet semblant prometteur, le ministre de la guerre autorisa son développement en parallèle du SMK, le , sous la désignation kV (Kliment Vorochilov, ministre de la guerre de l’époque) et le 1er septembre, le prototype était en test, armé de deux canons coaxiaux, un de 76,2 mm et un de 45 mm. Il séjourna à Moscou, du 5 septembre au 8 octobre pour des tests gouvernementaux.

La guerre d'Hiver contre la Finlande ayant éclaté, les essais opérationnels furent menés directement sur le front, le SMK, le kV et le T-100, un autre dérivé bi-tourelle, furent intégrés dans le 91e bataillon blindé de la 20e brigade de chars lourds. Le kV, qu’on avait modifié pour le remplacement du canon de 45 mm par deux mitrailleuses, une coaxiale et une à l’arrière de la tourelle, s’y révéla nettement supérieur et le 19 décembre, il était accepté dans l’Armée rouge. Un plan de production de 50 puis 200 exemplaires fut lancé, pendant qu’on éliminait les défauts de jeunesse, au niveau de la transmission et des trains de roulement, révélés par un galop d’essai de 2648 km en mai.

À la fin de l'année on substitua au canon L-11, un F-32 bénéficiant d’une plus grande vitesse à la bouche, et au V-2, un V-2k de 600 chevaux, donnant naissance au modèle 1940. En même temps, une version, dite à grande tourelle, armée d’un obusier de 152 mm raccourci fut étudiée puis mise en production comme kV-2. Peu de temps après le début de l’invasion allemande, on ajouta des plaques de blindage supplémentaires boulonnées sur l'existant donnant ainsi, le kV-1e (e, pour « ekranirovaniy » avec boucliers).

En juillet, apparut le modèle 1941, avec son canon ZIS-5 encore plus long, monté dans une nouvelle tourelle soudée mieux blindée. À l’automne, la perte de Kharkov contraignit à adopter le moteur à essence M17T sur une centaine d'exemplaires.

Version « rapide »[modifier | modifier le code]

En 1942, le développement s’axa sur un modèle plus léger, car l’augmentation du blindage avait sérieusement diminué la mobilité. Ce modèle fut nommé kV-1s (s pour « skorostnoy », rapide). Il reçoit une nouvelle transmission, des chenilles élargies à 608 mm, un blindage revenu à 75 mm et une nouvelle tourelle avec une coupole pour le commandant de char pouvant embarquer soit le ZIS-5 soit le F-34. La production est lancée le . Un premier essai avec un canon de 85 mm est tenté avec l'Objet 220 pesant 63 tonnes, suivi de l'Objet 223 de 75 tonnes avec un 107 mm F-42. Un modèle lance-flamme suit : le kV-8 où le 76,2 mm cédait la place à 45 mm 20K, qui eut sa variante « rapide », le kV-8s et donna lieu à une production en série.

Version anti-Tigre[modifier | modifier le code]

En 1943, l’idée de réarmer le kV avec un 85 mm, se concrétisa enfin, rendue urgente par l’apparition des chars Tigre allemands beaucoup plus difficiles à détruire. L’objet 237 armé avec un S-18 puis des kV réarmés avec des S-31 et des D-5T, furent testés, et finalement à la fin de l’année apparut le kV-85 qui partageait sa tourelle avec l'IS-85. Il fut produit parallèlement au kV-1s.

Une autre piste fut explorée, en produisant une variante sans tourelle armée d'un obusier ML-20 de 152 mm, capable de perforer 110 mm de blindage à 2000 mètres. Ce véhicule rapidement mis au point fut accepté au service sous la désignation de SU-152, le . L’été suivant, engagé à Koursk, il y gagne un surnom : « Tueur d'animaux » en référence des nombreux Tigre et Panther, qu’il mit hors de combat. Cependant le châssis du IS (Joseph Stalin) présentait un potentiel supérieur et l’apparition du IS-2 en 1944, armé par un 122 mm, marqua la fin du développement du char kV.

Engagements[modifier | modifier le code]

Char lourd KV-1 soviétique détruit près de Kaunas en juin 1941.

Le prototype et quelques exemplaires engagés en Finlande en 1940 se comportèrent brillamment, et furent l’une des armes qui permirent aux Soviétiques de percer enfin la ligne Mannerheim, leur permettant de mettre un terme à la guerre d'hiver à leur avantage. Le char fut ensuite déployé en grand nombre dans l’Armée rouge, pendant l’année, si bien qu'au moment de l’attaque allemande en juin 1941, 639 étaient en service. Mais comme le T-34, l’inexpérience des équipages et l’organisation de l’Armée rouge à cette époque, combinées à ses petits défauts de jeunesse (en particulier la boîte de vitesses), furent désastreuses. Les kV-1 engagés en ordre dispersé et après de longues marches d’approche, furent souvent abandonnés ou capturés suite à une panne mécanique. En revanche lorsqu’ils arrivaient opérationnels au combat, ils posaient, du fait de leur relative invulnérabilité, de nombreux soucis aux Allemands. À plusieurs reprises, un seul kV-1 bloqua l’avance allemande, le temps que l'aviation ou l’épuisement du carburant et des munitions permît de le neutraliser.

Leur seul emploi à peu près groupés eut lieu lors de la contre-offensive contre le PanzerGruppe 1 du général Von Kleist, aux alentours de Rovno en Ukraine : cette bataille faillit tourner à l'avantage des Soviétiques, malgré le manque de coordination et d’appui. Deux des divisions blindées engagées dans cette opération, la 8e et la 10e avaient respectivement 43 et 63 kV, dans leur effectifs. Elles en perdirent 13 et 11 au combat, 28 (ainsi que 2 coulés dans un marais) et 34 sur panne mécanique. Les pertes en matériel étaient de plus toutes définitives du fait de l'avance de l'ennemi et de l'absence de moyens de dépannage adaptés.

Les pertes de l’été et les retards de production dus aux déplacements des industries vers l’est, firent qu’à la fin 1941, très peu de chars kV-1 restaient en service. Il fallut attendre 1942 pour retrouver d’importants effectifs de chars lourds. Ces chars étaient dans un premier temps encore intégrés dans les brigades blindées qui avaient succédé aux corps mécanisés, mélangés avec les autres modèles de chars alors en service, comme le T-34 ou le T-60.

Par la suite, de nouvelles unités spécifiques furent créées : les régiments de chars lourds de percée, équipées uniquement de 21 kV-1, puis JS-2. Ces unités étaient mises à la disposition des commandants d’armée ou de front, qui les employaient comme renforts sur les points décisifs des opérations. Les chars lourds soviétiques, contrairement à l’emploi que faisaient les Allemands des leurs, n'avaient pas pour mission première le combat contre les blindés ennemis, rôle attribué aux chasseurs de chars de type SU et à l'artillerie antichar, mais la percée des lignes défensives adverses et donc le combat contre l'infanterie. Cette doctrine favorisait l’usage de canons tirant des obus à explosif brisant et donc antipersonnel, et une dotation en munitions privilégiant ce type d'objectif, les munitions anti-char n’étant embarquées qu’en cas de mauvaise rencontre. Les chars de type kV continuèrent à être utilisés aux côtés de leurs successeurs JS-1 et JS-2 jusqu’à la fin de la guerre en Europe et ne disparurent de l’inventaire de l'Armée rouge qu’après celle-ci.

Variantes[modifier | modifier le code]

modèle 1939
KV-2 modèle 1940


produites[modifier | modifier le code]

  • kV-1 Prototype au départ armé avec un 76,2 mm L-11 et un 45 mm 20K, moteur V-2 de 500 chevaux.
  • kV-1 modèle 1939 1re version de série construite d’après le prototype débarrassé de son 45 mm.
  • kV-2 dérivé armé d'un obusier M-10 raccourci pour l’attaque des fortifications.
  • kV-1 modèle 1940 2e version de série avec moteur V-2k et canon F-32
  • kV-1e modification consistant à surblinder le char en boulonnant des plaques de 15 mm.
  • kV-1 modèle 1941 3e version de série, canon ZIS-5 et tourelle soudée plus solide.
  • kV-8 version lance-flammes dérivé du modèle 1941, canon de 45 mm 20K (92 coups) pour des raisons de place et lance-flammes ATO-41 (960 litres) à la place de la mitrailleuse coaxiale et 3 mitrailleuses avec 3400 coups.
  • kV-1s version allégée à 42,5 tonnes, canon F-34 ou ZIS-5, nouvelle tourelle.
  • kV-8s semblable au kV-8, mais basé sur le kV-1s.
  • kV-85 version combinant le châssis kV-1s avec la tourelle du IS-1 (ou IS-85).
  • SU-152 canon automoteur de 152 mm, produite à partir de février 1943.

expérimentales ayant combattu[modifier | modifier le code]

  • Objet 220 prototype armée avec un 85 mm, 63 tonnes.
  • Objet 222 prototype armée avec un 76,2 mm, 51 tonnes.
  • Objet 223 prototype armée avec un 107 mm F-42 puis un ZIS-6 de même calibre, 75 tonnes.

expérimentales[modifier | modifier le code]

  • Objet 224 projet de char de rupture de 85 à 110 tonnes.
  • Objet 225 projet de char de rupture de 100 tonnes, armé avec un ZIS-6.
  • Objet 226 projet de char lance-flammes lourd.
  • Objet 227 deux variantes sans tourelles armées avec deux 76,2 mm, ou un 76,2 mm et deux 45 mm.
  • Objet 228 prototype du kV-8
  • Objet 229 variante rapide, armée avec un obusier de 122 mm U-11, blindage réduit.
  • Objet 230 char lance-roquettes (?).
  • Objet 231 (?)
  • Objet 232 char lourd pour la création d’écrans fumigènes.
  • Objet 233 projet d’un char polyvalent kV-13, précurseur du MBT moderne.
  • Objet 236 prototype du SU-152
  • Objet 238 prototype d’un kV-1s armé d’un S-31 de 85 mm, tourelle non modifiée.
  • Objet 239 prototype du kV-85 équipé de la même tourelle que le JS-85.

Renseignements techniques[modifier | modifier le code]

Caractéristiques générales kV-1s
Longueur : 6,9 m
Largeur : 3,35 m
Hauteur : 2,64 m
Poids : 42,5 t
Vitesse : 43 km/h (route)
18 km/h (tout-terrain)
Rayon d'action : 160 km
Armement principal : 1 canon F-34 ou ZIS-5 de 76,2 mm (114 obus)
Armement secondaire : 3 mitrailleuses DT de 7,62 mm Degtyarev (3000 coups)
Motorisation : V12 V-2K diesel de 600 cv
Blindage caisse: 60 mm
tourelle: 75 mm
Équipage : 5
Caractéristiques générales SU-152
Longueur : 8,95 m
Largeur : 3,25 m
Hauteur : 2,45 m
Poids : 45,5 t
Vitesse : 43 km/h (route)
14 km/h (tout-terrain)
Rayon d'action : 165 km
Armement principal : 1 obusier ML-20S de 152,4 mm (20 obus)
Motorisation : V12 V-2K diesel de 600 cv
Blindage 60 mm
masque du canon : 75 mm
Équipage : 5

Production[modifier | modifier le code]

Usine no 100 «Kirovski» de Léningrad (LKZ), transférée par la suite, dans l'Oural à Tcheliabinsk (ChKZ) surnommée «Tankograd».

1940 1941 1942 1943
141 1121 1753(*) ?(*)

(*)dont 1370 kV-1s et 130 kV-85.
fin de la production en avril 1943.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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