Klaus Croissant

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Klaus Croissant, né le 24 mai 1931 à Kirchheim unter Teck et mort le 28 mars 2002 à Berlin, était un avocat allemand, un sympathisant de la Fraction armée rouge et, après sa libération de prison, un collaborateur de la Stasi (le ministère de la Sécurité de l'État de la RDA). Il fut candidat sans succès sur la liste alternative comme maire de Kreuzberg et entra au PDS en 1990.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le journal Freitag le décrit comme un avocat pour qui la justice n'était en quelque sorte qu'une branche de la politique et qui n'avait jamais distingué nettement les limites entre la défense de ses clients et son engagement idéologique[1].

De 1931 à 1975[modifier | modifier le code]

Avocat en affaires courantes, il commence à prendre la défense de militants politiques en 1968 suite aux procédures judiciaires impliquant le mouvement étudiant en RFA. En 1971, il est appelé à défendre des membres de la RAF ou « Groupe Baader-Meinhof »[2].

De 1975 à 1980[modifier | modifier le code]

Il défendit entre autres Ulrike Meinhof et Andreas Baader dans leurs procès[3] et fut l'exécuteur testamentaire de la première. Comme le firent aussi d'autres avocats de la Fraction armée rouge, il aida les détenus à maintenir leurs communications internes en transmettant leurs instructions depuis leurs cellules. Pour cette raison, il fut accusé par le procureur Rebmann d'avoir « organisé dans son cabinet la réserve opérationnelle du terrorisme ouest-allemand » et la police l'arrêta le 23 juin 1975. Il fut cependant mis en liberté sous caution et en profita le 11 juillet 1977 pour s'enfuir en France où il demanda l'asile politique. Il n'y fut pas moins arrêté le 30 septembre 1977. Se développa alors une campagne contre son emprisonnement, à laquelle participèrent notamment Jean-Paul Sartre et Michel Foucault. Dans une tribune publiée dans Le Monde le 2 novembre 1977, Gilles Deleuze et Félix Guattari écrivirent :

« Trois choses nous inquiètent immédiatement : la possibilité que beaucoup d'hommes de gauche allemands dans un système organisé de délation, voient leur vie devenir intolérable en Allemagne, et soient forcés de quitter leur pays. Inversement, la possibilité que Me Croissant soit livré, renvoyé en Allemagne où il risque le pire[4], ou bien, simplement expulsé dans un pays de son « choix » qui ne l'accepterait pas davantage. Enfin, la perspective que l'Europe entière passe sous ce type de contrôle réclamé par l'Allemagne. » [5]

Il n'en fut pas moins remis le 17 novembre 1977 aux autorités judiciaires de la République fédérale et, finalement, condamné pour soutien à une association terroriste à deux ans de prison, ce que le journal belge Le Soir qualifiait de « peine légère pour une affaire de terrorisme » [6].

Le romancier et dramaturge Pierre Bourgeade écrivit :

« Je crois que la livraison de Klaus Croissant aux autorités allemandes est l'acte le plus indigne qui ait été commis par la France depuis l'Occupation, où on livrait juifs et communistes à ces mêmes autorités sous le gouvernement de Vichy. Le délectable avilissement devant la dure Allemagne est une constante de la bourgeoisie française, dont la fine fleur, dans son expression la plus féminine se trouve actuellement à l'Élysée »[7].

Le Conseil d’État entérina l'extradition dans l'arrêt Croissant du 7 juillet 1978, devenu l'un des « Grands arrêts ».

De 1980 à 2002[modifier | modifier le code]

Après sa libération, il commença à travailler pour la Stasi, qui en 1981 l'embaucha comme le collaborateur non officiel « IM Thaler » (Reg. numéro XV / 5231/81). Il recruta lui-même pour la Stasi sa compagne Brigitte Heinrich, rédactrice au tageszeitung et future députée européenne du parti des Verts, et il la dirigea jusqu'à sa mort en 1987.

En 1992, après la réunification (1989), son activité à la Stasi fut rendue publique. On découvrit qu'il avait perçu au moins 71 000 marks pour son activité[8]. Pour cette raison il passa de nouveau devant les tribunaux et, le 4 mars 1993, se vit condamné à un an et neuf mois de prison avec sursis par la chambre criminelle du tribunal de Berlin, peine très inférieure à ce que réclamait par le ministère public ; sans doute l'Allemagne voulait-elle tourner la page[6].

La plus grande partie de ses relations et des amis jugèrent alors plus prudent de rompre avec lui, mais lui-même n'arriva jamais à comprendre en quoi le fait d'avoir collaboré avec les services secrets de la meilleure des Allemagnes[9] était condamnable.

Il déclarait entre autres : « Ich halte die DDR auch heute noch, rückblickend, für den besseren deutschen Staat, und ich meine, es ist kein Zufall, daß Leute wie Bert Brecht, Helene Weigel, John Heartfield und viele andere dort eine neue Heimat gefunden haben » (« en revoyant le passé je considère encore aujourd’hui la RDA comme le meilleur État allemand et je pense que ce n’est pas un hasard si des gens comme Bertolt Brecht, Helene Weigel, John Heartfield et tant d’autres s’y sont trouvé une nouvelle patrie »). Il n'arrivait donc pas à comprendre comment une telle attitude pouvait lui valoir l'ostracisme chez des gens qui étaient pourtant à gauche.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dans « Erinnerung an einen Freund oder Die Amsterdamer Gewissenserforschung » Gaspard Dünkelsbühler l'ami d'enfance de Croissant raconte les années d'études qu'ils ont vécues ensemble à Heidelberg et les moments de choix décisifs dans la vie de « Klaus Cr ». Le texte constitue la partie principale du livre paru en 2003 Fern und nah, Gesichter, Stimmen 1950 - 70.
  • Peter O. Chotjewitz: Mein Freund Klaus, Berlin 2007, Verbrecher Verlag, (ISBN 978-3-935843-89-8)

Arrêt Croissant du Conseil d’État français[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Arrêt Croissant du 7 juillet 1978.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. der Freitag, « Beharren », 19 avril 2002, où on lit : « Klaus Croissant war ein Rechtsanwalt, der Justiz als etwas politisches begriffen hat und für den deswegen die Grenze zwischen Verteidigung seiner Mandanten und politischem Engagement nie scharf gezogen war. »
  2. Mouvement d'action judiciaire, L'affaire Croissant, F. Maspero, 1977.
  3. Vgl. Christopher Tenfelde, Die Rote Armee Fraktion und die Strafjustiz. Anti-Terror-Gesetze und ihre Umsetzung am Beispiel des Stammheim-Prozesses; Osnabrück: Jonscher Verlag, 2009; ISBN 978-3-9811399-3-8; S. 163; 204
  4. Andreas Baader et ses camarades avaient été retrouvés morts dans leur cellule dans des circonstances non élucidées le 18 octobre 1977
  5. Gilles Deleuze et Félix Guattari, Le pire moyen de faire l'Europe, in Le Monde, 2 novembre 1977, p. 6. Repris dans Deux régimes de fous (Minuit, 2003, p. 134-137)
  6. a et b « KLAUS CROISSANT CONDAMNE AVEC SURSIS » par Élisabeth Auvillain, dans Le Soir du 5 mars 1993
  7. L'Écho des savanes no 37, 4e trimestre 1977, p. 10.
  8. Archives du journal Le Soir.
  9. Spiegel du 19 octobre 1992, interview de Klaus Croissant après son arrestation comme espion, membre de la Stasi et terroriste.

Sources[modifier | modifier le code]