Kindertransport

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Arrivée des enfants juifs réfugiés, le port de Londres, février 1939
Kindertransport Memorial par Flor Kent, dévoilée par Sir Nicholas Winton 2003 en dehors de la gare de Liverpool Street, à Londres.
Le mémorial de Frank Meisler se trouve devant la gare de Liverpool Street, à Londres.
Le mémorial de Frank Meisler se trouve devant la gare Gdańsk Główny, à Gdańsk, Pologne.

Kindertransport est une opération humanitaire menée par la Grande-Bretagne neuf mois avant la Seconde Guerre mondiale, et au cours de laquelle elle accueillit près de 10 000 enfants principalement juifs d'Allemagne, d'Autriche, de Tchécoslovaquie et de la ville de Dantzig. Les enfants furent placés dans des familles d'accueils anglaises, des pensions et des fermes.

Circonstances[modifier | modifier le code]

Le 15 novembre 1938, soit quelques jours après les pogroms des 9 et 10 novembre 1938 (événements connus sous le nom de « Nuit de Cristal »), une délégation de leaders juifs britanniques se présenta au premier ministre britannique Neville Chamberlain. Ils demandèrent entre autres que le gouvernement britannique permît temporairement l'admission d'enfants et d'adolescents qui ré-émigreraient plus tard. La communauté juive promit de payer des garanties pour ces enfants réfugiés.

Le cabinet britannique débattit du problème le lendemain et décida que la nation accepterait les enfants non accompagnés, depuis ceux qui étaient en bas âge jusqu'aux adolescents de moins de 17 ans. Aucune limite quant au nombre de réfugiés ne fut annoncée publiquement.

À la veille d'un débat majeur sur les réfugiés qui se tint le 21 novembre, le secrétaire général Sir Samuel Hoare rencontra une large délégation représentant plusieurs groupes juifs et non juifs qui travaillaient au nom des réfugiés. Les groupes étaient associés au sein d'une organisation non confessionnelle appelée le Mouvement pour la Protection des Enfants allemands. Le secrétaire général accepta d'accélérer le processus d'immigration, des documents de voyage seraient publiés sur la base d'une liste de groupe au lieu des applications individuelles. Cependant, des conditions strictes furent émises par rapport à l'entrée des enfants dans le pays. Les agences promirent de financer les opérations et de s'assurer qu'aucun réfugié ne devînt un fardeau financier pour le public. Pour chaque enfant on offrirait une garantie de 50 £ (environ 4000 US$ au cours d'aujourd'hui) pour financer son éventuelle ré-émigration, puisqu'il était convenu que les enfants ne resteraient dans le pays que temporairement. (Une campagne comparable débuta aux États-Unis pour accueillir plus de 10 000 enfants réfugiés à la faveur d'un relâchement des statuts d'immigration, mais elle n'alla pas plus loin que le comité du congrès chargé de débattre du problème).

Organisation[modifier | modifier le code]

Rapidement, le Mouvement pour la Protection des Enfants Allemands, connu plus tard sous le nom de Mouvement pour les Enfants Réfugiés (MER), envoya des délégués en Allemagne et en Autriche pour étudier comment choisir, organiser et transporter les enfants. Le 25 novembre, les citoyens britanniques entendirent un appel à des familles d'accueil sur le canal radio BBC Home Service. Bientôt, quelque 500 offres furent reçues, et des volontaires, membres du MER, commencèrent à visiter les familles d'accueil possibles. Ils n'insistèrent pas pour qu'elles fussent elles-mêmes juives. Ils n'examinèrent pas non plus trop attentivement les motivations des familles ni ce qu'elles étaient vraiment : il suffisait que la maison eût l'air propre et que les familles semblassent respectables.

Avant Noël 1938, Nicholas Winton, 29 ans, agent de change britannique d'origine juive allemande[1], s'apprêtait à se rendre en Suisse pour des vacances de ski mais, à la suite d'une conversation téléphonique, décida de se rendre à Prague afin d'aider un ami, Martin Blake, qui aidait des réfugiés juifs[1]. Il créa une organisation d'aide aux enfants juifs de Tchécoslovaquie séparés de leur famille par les nazis, et mit en place un bureau sur une table de salle à manger de son hôtel place Venceslas[2]. En novembre 1938, peu après la Nuit de Cristal, la Chambre des communes britannique approuva une mesure qui permettrait l'entrée des réfugiés de moins de 17 ans en Angleterre, à condition d'avoir un endroit pour y demeurer et une garantie de 50 livres sterling pour un billet de retour éventuel dans leur pays d'origine[3]. Winton trouva des foyers pour les 669 enfants, dont beaucoup de parents devaient périr à Auschwitz[4]. Tout au long de l'été, il fit paraître des annonces pour trouver des familles d’accueil. Le dernier groupe, qui quitta Prague le 3 septembre 1939, fut renvoyé parce que les nazis avaient envahi la Pologne, marquant le début de la Seconde Guerre mondiale[4].

En Allemagne, un réseau d'organisateurs fut mis en place et des volontaires y travaillèrent jour et nuit pour établir des listes de priorité de jeunes les plus menacés : adolescents enfermés dans des camps de concentration ou en danger d'arrestation, enfants polonais ou adolescents menacés de déportation, enfants dans des orphelinats juifs, enfants dont les parents étaient trop pauvres pour les garder, ou enfants avec un parent en camp de concentration. Dès que les enfants eurent été identifiés et groupés par listes, on donna à leurs tuteurs ou à leurs parents une date pour le voyage et des détails pour le départ.

À leur arrivée dans un port de Grande-Bretagne, les Kinder pour lesquels des familles adoptives n'avaient pas encore été prévues furent abrités dans des centres d'hébergement temporaires, par exemple des camps de vacances d'été comme Dover Court et Pakefield. Trouver des familles adoptives n'était pas toujours facile et le fait d'être choisi pour l'une d'elles ne signifiait pas nécessairement qu'ils trouveraient enfin du réconfort et une vie normale. Même si beaucoup d'enfants furent bien traités et purent tisser des liens d'affection avec leurs hôtes britanniques, certains furent maltraités ou exploités. Certaines familles virent dans les adolescentes qu'ils prenaient une façon de se procurer une femme de ménage à peu de frais. On montra peu de sensibilité pour les besoins culturels et religieux des enfants et, dans le cas de certains, leurs traditions se trouvèrent presque effacées.

Für Das Kind
Vienne, en remerciement au peuple britannique pour avoir sauvé des milliers d'enfants juifs de la terreur nazie.

Transports[modifier | modifier le code]

Le Premier Kindertransport partit de Berlin le 1er décembre 1938 et le premier départ de Vienne eu lieu le 10 décembre. Pendant les trois premiers mois, les enfants vinrent surtout d'Allemagne, ensuite principalement d'Autriche. En mars de 1939, après l'entrée de l'armée allemande en Tchécoslovaquie, des transports au départ de Prague furent mis en place en toute hâte. Des trains d'enfants juifs polonais furent aussi organisés en février et août 1939.

Comme le gouvernement allemand avait ordonné que les évacuations ne gênassent pas le trafic des ports en Allemagne, les trains traversaient le territoire allemand et entraient aux Pays-Bas où ils arrivaient au port de Hoek van Holland. De là, les enfants se rendaient par ferry dans les ports britanniques de Harwich ou de Southampton.

Le dernier groupe d'enfants partit d'Allemagne le 1er septembre 1939, jour où l'armée allemande envahit la Pologne, ce qui amena la Grande-Bretagne, la France et d'autres pays à lui déclarer la guerre. Le dernier transport connu de Kinder en provenance des Pays-Bas partit le 14 mai 1940, jour où l'armée néerlandaise se rendit aux Allemands. De façon tragique, des centaines de Kinder furent arrêtés en Belgique et aux Pays-Bas pendant l'invasion allemande, ce qui les livrait une fois de plus au régime nazi et à ses collaborateurs.

À Vienne, un règlement nazi interdisait aux juifs l'accès aux tramways et aux gares, il leur était donc quasiment impossible de profiter de l'offre du Kindertransport. Cependant des représentants quakers se trouvaient à l'extérieur de la gare et dans les trains, ainsi qu'à la gare de Liverpool Street, pour accueillir les enfants et les assister durant tout le trajet.

Internement et service militaire[modifier | modifier le code]

En 1940, le gouvernement britannique ordonna l'internement des réfugiés de 16 à 70 ans venus des pays ennemis : on les appelait des « étrangers ennemis ». En conséquence, environ 1 000 parmi les Kinder les plus âgés furent placés dans des camps d'internement improvisés et environ 400 furent transportés outre-mer au Canada et en Australie. Aux jeunes hommes, en particulier aux Kinder qui remplissaient les conditions, on offrit la possibilité d'entrer dans l'armée ou dans le Corps des Pionniers Auxiliaires. Environ 1 000 adolescents allemands et autrichiens servirent ainsi dans les forces armées britanniques, y compris les unités de combat. Plusieurs douzaines rejoignirent des formations d'élite comme les Forces Spéciales, où leurs compétences linguistiques se révélèrent précieuses.

Présentations audiovisuelles[modifier | modifier le code]

Le premier film documentaire réalisé sur le Kindertransport fut My Knees Were Jumping; Remembering the Kindertransports, qui a été présenté au Festival du film de Sundance en 1996 et adapté au théâtre en 1998. La réalisatrice, Melissa Hacker, est la fille d'une Kind, la créatrice de costumes Ruth Morley.

Into the Arms of Strangers : Stories of the Kindertransport, raconté par Judi Dench et produit par la Warner Bros. Pictures, a gagné l'Oscar du cinéma en 2001 pour la meilleure production documentaire. Il existe aussi un livret d'accompagnement du même nom. La productrice du film, Deborah Oppenheimer, est la fille d'un survivant du Kindertransport. Le réalisateur Mark Jonathan Harris a été trois fois nommé aux Oscars.

Kindertransport est le nom d'une pièce de théâtre de Diane Samuels, qui nous montre la suite de la vie d'un enfant du Kindertransport. Elle fut jouée pour la première fois par la Soho Theatre Company au Cockpit Theatre de Londres le 13 avril 1993.

Romans[modifier | modifier le code]

Autobiographies[modifier | modifier le code]

  • David, Ruth. Child of our Time: A Young Girl's Flight from the Holocaust, I.B. Tauris.
  • Golabek, Mona and Lee Cohen. The Children of Willesden Lane. Récit d'un jeune pianiste juif qui a échappé aux nazis grâce au Kindertransport.
  • Segal, Lore. Other People's Houses. La vie de l'auteur, fille du Kindertransport partie de Vienne, racontée avec la voix d'une enfant. The New Press, New York 1994.
  • Smith, Lyn. Remembering: Voices of the Holocaust. Ebury Press, Great Britain, 2005, Carroll & Graf Publishers, New York, 2006. (ISBN 0-78671-640-1).
  • Whiteman, Dorit. The Uprooted: A Hitler Legacy: Voices of Those Who Escaped Before the "Final Solution." chez Perseus Books, Cambridge, MA 1993.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Winton Train, « ČD Winton Train - Biography »,‎ 2009
  2. (en) Louis Bülow, « Nicholas Winton, the Schindler of Britain »,‎ 2008
  3. (en) Baruch Tenenbaum, « Nicholas Winton, British savior »
  4. a et b (en) Yehuda Lahav, Nir Hasson, « Jews saved by U.K. stockbroker to reenact 1939 journey to safety », sur Haaretz.com,‎ 2009

Article connexe[modifier | modifier le code]