Kh-28

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Kh-28
(OTAN : AS-9 « Kyle »)
Image illustrative de l'article Kh-28
Un spécialiste du déminage désamorce un Kh-28 présumé (Iraq, 1991).
Présentation
Fonction missile anti-radar aéroporté
à longue portée
Constructeur Drapeau de l'URSS MKB Raduga
Déploiement 1973 - auj.
Caractéristiques
Moteur Moteur fusée à ergols liquides[1]
à deux étages
Masse au lancement 720 kg[1]
Longueur 5,87 m[1]
Diamètre 43,0 cm[1]
Envergure 1,93 m[1]
Vitesse Mach 3[1]
Portée 110 km[2]
Charge 160 kg Hautement Explosive (HE)[1]
souffle + fragmentation[3]
Guidage inertiel + radar passif[3]
Détonation impact
Plateforme de lancement MiG-25BM, MiG-27, Su-17M/20/22M, Su-24M, Tu-16, Tu-22M
Un Kh-28 présumé émettant des fumées d'ergol IRFNA (Irak, avril 1991).

Le Kh-28 (en russe : « Х-28 »), nom de code OTAN : AS-9 « Kyle », fut le premier missile anti-radar soviétique pour avions tactiques[3].

Il entra en production en 1973 et est toujours actuellement emporté par quelques Su-22 de pays en voie de développement, alors qu'il n'opère plus au-sein des forces armées de la Russie[3]. L'utilisation du Kh-28 était limitée par son poids, ses autodirecteurs et ses exigences en carburant, et il fut remplacé par le plus petit Kh-58, équipé d'un propulseur à combustible solide, au début des années '80.

Développement[modifier | modifier le code]

La doctrine offensive soviétique du début des années '60 reposait sur la pensée que l'emploi massif d'armes nucléaires suffirait amplement à annihiler tous les systèmes de défense aérienne à radar de l'Occident, à travers les effets de l'impulsion électromagnétique (IEM) produite par une bombe nucléaire explosant en altitude[2]. En conséquence, ils n'accordaient que peu d'attention au développement d'un missile anti-radar[2].

Pourtant, en janvier 1963, le bureau d'études Berezniak (plus tard devenu MKB Raduga, en 1967) fut assigné au développement d'un tel missile, constituant partie d'un système complexe d'armement « K-28P », basé sur l'emploi d'une version « Wild Weasel » du bombardier Yak-28 Brewer. Le K vient de « Kompleks » et le P de « protiv radiolokatsionnoy » (en russe : « против радиолокационной », anti-radiolocalisation)[2].

La principale difficulté vint de la conception du système de guidage APR-28, entreprise par le bureau CKB-111 (plus tard NPO Avtomatika)[2], qui empêcha le missile d'être prêt avant les années '70[2].

Les essais-en-vol furent assurés par un Yak-228N, mais sa production fut ensuite stoppée et il fut considéré comme obsolète. Le K-28P fut également abandonné[2]. En contre-partie, le Kh-28 fut adapté pour pouvoir être emporté par des chasseurs d'attaque standard, en particulier les Su-24 Fencer-A et Su-17M Fitter-C[2]

Conception et caractéristiques[modifier | modifier le code]

La conception du Kh-28 était similaire - bien qu'étant plus petit - à celle des missiles anti-navires Kh-22 (AS-4 « Kitchen »)[4] et KSR-5 (AS-6 « Kingfish ») de la firme Raduga[1].

Le Su-24 pouvait en emporter un sous chaque aile, et utilisait le système de bord Filin (Duc) pour le guidage[2]. Le Su-17M ne pouvait en emporter qu'un seul, placé sous le fuselage, et utilisait un système en pod Myetyel/Metel (Blizzard) placé sous l'aile droite, avant qu'il ne soit remplacé plus tard par un système Vyuga (Tempête de neige[2]).

La tête chercheuse APR-28 du Kh-28 original ne pouvait cibler que les systèmes sol-air MIM-14 Nike-Hercules et English Electric Thunderbird, alors que le Filin pouvait détecter d'autres fréquences[2]. Le Kh-58M possédait, lui, un autodirecteur amélioré travaillant en bande-X qui pouvait reconnaître les radars d'illumination de cibles AN/MPQ-33 puis AN/MPQ-39 du système MIM-23 Hawk, et le radar d'acquisition à basse-altitude AN/MPQ-34[3]. D'autres autodirecteurs pourraient avoir été produits[3].

Le système de propulsion consiste en un réservoir de carburant liquide et un autre, séparé, contenant l'oxydant IRFNA (à-base d'acides, donc dangereux). Le gros problème venait du fait que le missile devait « faire le plein d'essence » juste avant de prendre l'air, et peu de bases possédaient réellement l'aire de ravitaillement adéquate[1]. La portée du missile se situe approximativement entre 80 et 95 km, ou 120 km[1].

Histoire opérationnelle[modifier | modifier le code]

Le Kh-28 entra en service avec la force aérienne soviétique en 1973 et a été largement exporté. Il fut certifié opérationnel sur les avions MiG-25BM, MiG-27, Su-17M/20/22M, Su-24M, Tu-16 et Tu-22M[4]. Il fut également essayé sur un Antonov An-12BL, une variante anti-radar du tranporteur An-12, qui pouvait emporter 4 missiles[4].

Un missile assimilé comme étant bel et bien un Kh-28 fut capturé en Irak par les forces américaines, en avril 1991, lors de la première guerre du Golfe. Un homme fut gravement brûlé par des émanations acides provenant du réservoir d'oxydant (l'IRFNA), alors qu'il était entrain de sécuriser le missile[5].

Versions[modifier | modifier le code]

  • Kh-28 (Izdeliye 93, D-8) : Version originale, ciblant les systèmes sol-air « Nike-Hercules » et « Thunderbird ».
  • Kh-28M : Version améliorée, capable de cibler également d'autres radars, tels que celui du « Hawk ».
  • Kh-28E : Version d'exportation
  • Nisan-28 ou Nissan-28 : Version irakienne du Kh-28E, présentée à Bagdad en 1989. Elle serait dotée de trois autodirecteurs différents pour scanner trois types de bandes de fréquences radar différentes[1].

Utilisateurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Norman Friedman, The naval institute's guide to World naval weapons systems, 1997-1998, Naval institute press,‎ 1997 (ISBN 978-1-55750-268-1, lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k (en) Michal Fiszer et Jerzy Gruszczynski, Crimson SEAD: An insider's view of supression-of-enemy-air-defense weapons and doctrine, soviet-style, Journal of electronic defense (http://www.jedonline.com),‎ janvier 2003
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) « International electronic countermeasures handbook », Staff of "Journal of electronic defense", Artech House,‎ 2004 (ISBN 978-1-58053-898-5)
  4. a, b et c (en) « Kh-28 (AS-9 'Kyle') », Jane's air-launched weapons,‎ 1er août 2008
  5. (en) Bernard Rostker, « Information paper - Inhibited Red Fuming Nitric Acid », Office of the special assistant for Gulf War illnesses,‎ 3 août 1999

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • AGM-78 Standard ARM : Missile anti-radar américain d'une portée similaire, mais dont la vitesse n'excède pas Mach 2.
  • AS-37 Martel : Missile anti-radar franco-anglais de première génération, subsonique et d'une portée de 60 km.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) Yefim Gordon, Soviet/Russian aircraft weapons since World War Two, Midland Publishing (Hinckley, England),‎ 2004 (ISBN 1-85780-188-1)