Khôl

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Femme aux yeux fardés (Louvre)

Le khôl, kohol ou kohl (en arabe: كحل, kuḥl) est une poudre minérale autrefois composée principalement d'un mélange de plomb sous forme de galène (ou de malachite), de soufre et de gras animal, voire de bois brûlé ou de bitume[1], utilisée pour maquiller et/ou soigner les yeux.

Le khôl peut être noir ou gris selon les mélanges qu'il contient.

Si le khôl est aujourd'hui théoriquement utilisé sans plomb toxique en tant que cosmétique pour souligner le tour de l'œil, des intoxications graves par le plomb sont encore constatées suite à l'usage de khôl contenant du sulfure de plomb[2],[3],[4],[5]. Le Khôl semble d'ailleurs avoir autrefois surtout eu un objectif médicinal, sa toxicité ayant une fonction biocide. Il a même peut-être été le premier antibiotique composé de molécules chimiques synthétisées par l'Homme, il y environ 4 000 ans[6].

Fonctions[modifier | modifier le code]

Dans l'antiquité le plomb semble avoir été utilisé sous plusieurs formes non présentes dans la nature, comme composé de cosmétique, comme protection contre les mauvais esprits et pour ses vertus biocides (sa toxicité vaut aussi pour de nombreux microbes).

Les manuscrits gréco-romains (cent ans avant notre ère) signalaient déjà deux sels de plomb non naturels, synthétisés il y a 4 000 ans pour le maquillage ou pour soigner les yeux ou le visage. Ces compositions ont pu être confirmées par l'analyse de restes de fards trouvés dans les tombes[7], égyptiennes notamment ; ces fards étaient le plus souvent à base de plomb (mélange noir de sulfure de plomb obtenu en broyant de la galène naturelle et de substances blanches, naturelles ou synthétisées à partir notamment de sels de plomb (laurionite notamment, qui est un chlorure de plomb que les premiers « chimistes » de l'Égypte antique savaient déjà synthétiser en brassant dans de l'eau tiède de la litharge et du chlorure de sodium). En soutirant l'eau et donc la soude, ils pratiquaient un déplacement d'équilibre favorisant la laurionite qui précipitait au fond du bassin de brassage.

Synthèse de la laurionite : PbO  +  NaCl +  H2O  → Pb(OH)Cl +  NaOH
litharge      sel       eau        laurionite     soude

Les textes de médecins grecs (comme Dioscoride) et romains (Pline l’Ancien) insistent sur le rôle capital de ces substances pour le soin aux yeux. Une étude en 2010 a montré[6] que de très faibles doses de plomb appliquées sous forme de laurionite aux cellule de la peau ne les tuait pas, mais induisait en réaction la production par une enzyme cellulaire de monoxyde d'azote, molécule connue pour activer le système immunitaire (bactéricide naturel).

Les fards à base de plomb libéraient lentement des ions Pb2+ (acétate de plomb) dans la peau. Une partie de ces ions migraient vers l'œil, via le liquide lacrymal principalement. Même à faible dose, l'acétate de plomb est toxique, mais à « très faible dose », c'est-à-dire à des concentrations infinitésimales (sub-micromolaires ; 0,2 µmol suffit), les ions acétate de plomb se montrent in vitro capable de renforcer la défense immunitaire des cellules sans les tuer, ce qui était probablement utilement en cas d'infection bactérienne oculaire.

Le monoxyde d'azote (NO°) semble ici jouer un double rôle :

  • C'est un médiateur du système immunitaire, qui attire des macrophages dans une zone infectée ;
  • C'est aussi un régulateur de la pression sanguine, et il favorise le passage des macrophages au travers des parois des capillaires et vaisseaux sanguins.

On ignore toujours comment les Égyptiens ont découvert cette propriété des très faibles doses de laurionite, et comment ils ont appris à synthétiser la laurionite (qu'on peut aussi trouver dans les scories de plomb argentifère, mais qu'il faut épurer).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Égyptiens l'utilisaient en tant que collyre pour prévenir et soulager des infections oculaires, et peut-être aussi pour protéger les yeux des fortes réfractions de la lumière du désert.

Le pharaon et ses sujets semblent avoir été également conquis par l'effet esthétique que conférait le khôl à leur regard, et femmes et hommes l'utilisaient pour se maquiller. On en trouve de nombreux exemples dans l'iconographie égyptienne antique.

Au fil des siècles, le khôl a continué à être utilisé par les Arabes et les Berbères.

Composition[modifier | modifier le code]

Les recettes traditionnelles de cette poudre varie de l'Irak au Maroc, chaque région et chaque famille ayant ses propres recettes et variations.

L'une des recettes classique consistait à mélanger en proportions égales du sulfate de cuivre, de l'alun calciné, du Zenjar et quelques clous de girofle, puis de réduire les différents ingrédients dans un mortier. Au Maroc, on y ajoutait de l'huile d'olive pour le rendre plus doux à l'application.

Traditionnellement, on l'applique sur le bord interne de la paupière en utilisant un bâtonnet en bois appelé mirwed. Après l'avoir enduit de khôl, on glisse le bâtonnet entre les deux paupières jointes et, par un mouvement de va et vient, le khôl souligne harmonieusement l'œil ou la paupière.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les artifices de toilette : les fards
  2. M. Bruyneel, J.-P. de Caluwe, J.-M. des Grottes, F. Collart. « Use of kohl and severe lead poisoning in Brussels » Rev Med Brux 2002 ; 23(6):519-522 (résumé)
  3. J.-P. de Caluwé, Lead poisoning caused by prolonged use of kohl, an underestimated cause in French-speaking countries ; J Fr Ophtalmol. 2009 Sep; 32(7):459-63. Epub 2009 Aug 5 (résumé).
  4. C. Parry, J. Eaton, Kohl: a lead-hazardous eye makeup from the Third World to the First World. Environ Health Perspect. 1991 Aug; 94:121-3.
  5. Z.-A. Mahmood, S.-M. Zoha, K. Usmanghani, M.-M. Hasan, O. Ali, S. Jahan, A. Saeed, R. Zaihd, M. Zubair, Kohl (surma): retrospect and prospect : Pak J Pharm Sci. 2009 Jan; 22(1):107-22 (résumé)
  6. a et b Issa Tapsoda, Stéphane Arbault, Philippe Walter, Christian Amatore ; Finding out Egyptian Gods' secret using analytical chemistry: biomedical properties of Egyptian black makeup revealed by amperometry at single cells. ; Analytical Chemistry ; 2010/01/15 ; étude conjointement publiée par des chimistes du CNRS, de l'UPMC et de l'ENS Paris, en collaboration avec le C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France)
  7. Des formulations de fards égyptiens anciens ont été décrites in : Ph. Walter et al., Making make-up in Ancient Egypt. Nature, 397, 483-484 (1999)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]