Kenilworth (roman)

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Kenilworth
Image illustrative de l'article Kenilworth (roman)
Première édition

Auteur « the Author of Waverley » (Walter Scott)
Genre roman historique
Version originale
Titre original Kenilworth; A Romance
Éditeur original Archibald Constable and Co.; and John Ballantyne (Édimbourg)
• Hurst, Robinson, and Co. (Londres)
Langue originale anglais
Pays d'origine Écosse Écosse
Lieu de parution original Édimbourg
Date de parution originale 15 janvier 1821
Version française
Traducteur « le traducteur des romans historiques de Walter Scott » (Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret)
Lieu de parution Paris
Éditeur Gabriel-Henri Nicolle
Date de parution 1821
Type de média 4 vol. in-12
Série Waverley Novels
Chronologie
Précédent Ivanhoé Le Pirate Suivant

Kenilworth (en anglais, Kenilworth; A Romance) est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott, paru le 15 janvier 1821. Il s'inspire de la mort suspecte d'Amy Robsart, épouse de Robert Dudley, favori d'Élisabeth Ire.

Le titre du roman fait référence au château de Robert Dudley, à Kenilworth, dans le Warwickshire.

Intrigue sommaire[modifier | modifier le code]

Château en ruines se reflétant dans une mare
Le château de Kenilworth.

L'intrigue de Kenilworth est centrée sur le mariage secret de Robert Dudley, comte de Leicester, et d'Amy Robsart, fille de sir Hugh Robsart. La tragédie commence quand Amy, trahissant les espérances de son père — qui la destine au fils d'un vieil ami, Tressilian —, se laisse séduire par le comte et accepte de s'enfuir avec lui pour l'épouser. Amy aime passionnément son époux, qui éprouve les mêmes sentiments, mais est dominé par une ambition dévorante. Favori de la reine Élisabeth Ire, il fait un mariage contrecarrant ses projets, qui sont d'obtenir la main d'Élisabeth pour partager le trône avec elle. À la fin du roman, le comte finit par avouer la vérité à la reine. Mais cette révélation arrive trop tard pour Amy qui, victime des intrigues de l'écuyer du comte, Varney, un homme aussi ambitieux que son maître et présenté comme un être démoniaque, périt assassinée à Cumnor Place, où elle demeurait cachée.

Intrigue détaillée[modifier | modifier le code]

Homme et femme dans des coussins
Robert Dudley et Amy Robsart dans le salon de Cumnor Place.

Le jeune Tressilian aime la belle Amy Robsart, qui l'estime, mais ne l'aime pas. Amy est enlevée à son père par Richard Varney. Tressilian part à leur recherche. Il ignore que Varney n'a enlevé Amy que pour lui permettre d'épouser secrètement Robert Dudley, favori de la reine Elizabeth. Craignant le déplaisir de la reine, Dudley est contraint de cacher son épouse à Cumnor Place, vieux manoir où il ne la voit que de temps à autre. Supportant mal cette réclusion, Amy s'impatiente, aimerait parader à la cour. Dudley, estimant avoir obtenu tout ce qu'il pouvait espérer en matière de rang et de fortune, envisage parfois de quitter la vie publique pour se consacrer à son épouse. Mais bien vite il revient à ses projets ambitieux.

Informée de l'enlèvement d'Amy, la reine fait comparaître Varney. Celui-ci prétend avoir enlevé Amy pour son propre compte, à l'insu de son maître, et l'avoir épousée. Dudley semble tiré d'affaire. Non seulement il n'a pas été soupçonné un seul instant, mais sa faveur semble plus établie que jamais. Chacun voit en lui le futur roi d'Angleterre.

Cependant, la curiosité d'Elizabeth est piquée. Elle annonce à Dudley qu'elle lui rendra visite bientôt dans son château de Kenilworth. Tressilian et Varney devront s'y trouver. Amy devra venir également, et se disposer à paraître devant la reine.

Varney fait appel à l'empoisonneur Alasco. Il lui demande d'administrer à la jeune épouse de la « manne de saint Nicolas » en doses juste suffisantes pour provoquer un état de langueur, qui lui interdira tout déplacement.

Maquette d'un château
Maquette du château de Kenilworth en 1575. La reine arrive au château en traversant le parc (au premier plan), puis en franchissant le pont qui mène à la basse-cour.

Chargé par Tressilian de surveiller Cumnor Place, le maréchal-ferrant et médecin Wayland fournit un antidote à Amy, puis l'aide à s'enfuir. Tous deux se mêlent à une troupe de comédiens qui se rendent à Kenilworth. Amy compte bien mettre les choses au point avec son mari. Mais, à mesure qu'elle approche du gigantesque château, noyée dans l'effervescence populaire, dans les chariots et le bétail qui convergent vers des fêtes fastueuses dont elle est soigneusement exclue, elle prend conscience avec une horreur croissante de la réalité de sa situation.

Wayland et Amy réussissent non sans mal à pénétrer dans le château. Ne sachant trop où la mettre en sûreté, Wayland cache sa protégée dans la chambre attribuée à Tressilian. Amy charge son compagnon de voyage d'une lettre destinée à Dudley.

Tressilian découvre Amy dans sa chambre. Comme elle attend les effets de sa lettre, la jeune femme lui fait jurer de ne rien dire à personne pendant 24 heures. Mais un garnement, Flibbertigibbet, a chapardé la lettre à Wayland. Et ce dernier ne peut rien faire de plus pour Amy, car il est l'objet de menaces — tant de la part de l'ingrat Tressilian que de celle d'un dangereux sbire de Varney —, puis chassé de Kenilworth.

plan d'un château
Plan du château de Kenilworth, établi au XVIIe siècle.

La reine arrive au château. L'absence d'Amy lui est expliquée par une maladie qui la retient à Cumnor. Tressilian ne peut démentir, en raison de son serment.

La reine rencontre par hasard Amy, qu'elle croit folle, mais qu'elle croit toujours l'épouse de Varney. Amy peut enfin parler à son mari. Le sachant très attaché à Varney, elle ne lui révèle pas les manigances crapuleuses de celui-ci. Mais Varney sait qu'il ne perd rien pour attendre, et que l'un des deux doit périr : lui ou la jeune femme. Il dépeint donc à Dudley une Amy complice et maîtresse de Tressilian. Il peut produire des témoins, qui ont vu Amy dans la chambre de Tressilian. Dans la fureur de cette découverte, Dudley en vient à exiger la mort d'Amy[1]. Varney emmène aussitôt celle-ci à Cumnor, pour exécuter l'ordre au plus vite, avant que le versatile Dudley ne change d'avis.

lFemme étendue au pied d'un escalier
Mort d'Amy Robsart.

Déchiré par le remords, Dudley charge un messager de rattraper Varney, et de lui remettre l'ordre de surseoir à l'exécution. Varney tue le messager.

Interprétant mal tout ce que peut lui dire Tressilian, Dudley provoque celui-ci en duel. Il arrive à le désarmer. Il va le tuer, quand son bras est arrêté par le jeune Flibbertigibbet, qui lui remet la lettre dérobée à Wayland : Amy, dans cette lettre, disait tout sur Varney, qui avait tenté odieusement de la séduire ; elle expliquait aussi la tentative d'empoisonnement dont elle avait été l'objet à Cumnor Place. Wayland arrive à son tour, qui confirme, et Tressilian peut enfin se justifier.

Dudley veut rendre justice à son épouse. Il avoue tout à la reine, à un détail près : l'ordre qu'il a donné de tuer Amy. Il est du reste convaincu que son contre-ordre est bien arrivé. Elizabeth lui interdit de se rendre lui-même à Cumnor Place. C'est Tressilian qui doit y aller. Mais il arrive trop tard. Amy est morte.

Personnages[modifier | modifier le code]

lPortrait d'homme en buste
Robert Dudley, vers 1575.
  • Giles Gosling, aubergiste à l'enseigne de L'Ours noir, constable du bourg de Cumnor. Une cinquantaine d'années, bonne mine, ventre arrondi. Honnête homme, « modéré dans ses écots, exact dans ses paiements, prompt à la répartie », zélé partisan de la reine Elizabeth et de la religion protestante.
  • Michael Lambourne, neveu de Giles Gosling. Fanfaron, menteur, peu courageux — si ce n'est pour faire le mal. Coquin déterminé, avide, cruel de sang-froid, « professeur des sept sciences damnables ». Il a voyagé à l'étranger pendant dix-huit ans, sur terre et sur mer, comme soldat et comme pirate. Il vit du jeu. Simple et grossier, mais susceptible. Affichant de grandes prétentions aux égards et prévenances, il n'obtient aucun respect. Une « conscience intrépide », de son propre aveu. Incapable de se montrer hypocrite en matière de religion. Ivrogne. Quand il a bu, il parle avec plus d'emphase et de facilité, ne pouvant s'empêcher d'attirer bruyamment l'attention sur les lourds secrets qu'on lui a confiés[2].
  • Lawrence Goldthred, un des premiers merciers d'Abingdon, ami d'enfance de Michael Lambourne. Gaillard bien bâti, aux manières de boutiquier, à face de pouding souriant sans trop savoir pourquoi, du « sourire d'un singe qui convoite une châtaigne », toujours empressé de briller aux yeux des dames dans l'espoir de leur vendre ses marchandises. Se laisserait chasser par un hanneton. Prétentieux, pimpant. Se considère comme un des plus jolis garçons du comté de Berk.
  • Edmund Tressilian, gentilhomme cornouaillais, 25 à 30 ans. Il aime Amy Robsart, qui l'estime et qui ne l'aime pas. Ni faux, ni bas, ni égoïste, selon Amy, mais franc, vrai, loyal, généreux, incapable de rendre le mal pour le mal. Tranquille et réfléchi, il aime la solitude et la rêverie. Savant, il vit dans les livres. Grave, lugubre, un regard mélancolique. Toujours triste et pensif, même quand il a bu. Traîne sans répit la misère d'une passion malheureuse, poursuit sans cesse une ombre, remâche un « éternel retour vers un rêve cruellement interrompu ». Se donne beaucoup de peine, selon Giles Gosling, « pour une femme qui ne se soucie pas de lui ». Dans un monde de roués et de canailles, ses vertus aristocratiques font de lui un inadapté. Objet de commisération ou de dérision, il est exclu de jeu social. « Jeune d'années, mais vieux de chagrins, il mourut d'une mort prématurée sur une terre étrangère. »
  • Tony (Anthony) Foster, dit Tony Allume-fagots. « Gros sourcils, tête de bœuf et jambes cagneuses. » D'abord papiste de Marie Stuart, il est impliqué dans l'exécution des protestants Latimer et Ridley. Puis, ayant épousé une pure précisienne très rigoriste, il est « appelé dans les rangs des élus ». Richard Varney lui laisse la jouissance du manoir et du domaine de Cumnor Place, et lui fait miroiter de transformer ce bail en titre de propriété. D'humeur sombre, un air renfrogné, sournois. Un esprit lourd, mais une profonde sagacité, une ténacité infatigable, une malignité naturelle bien exercée. Hypocrite coquin, égoïste et superstitieux. Une « foi absurde » et une « pratique criminelle », selon Richard Varney[3].
  • Cicely, fille de Giles Gosling, jolie, aussi fraîche qu'aucune fille d'Angleterre, « beauté brûlée par le soleil, en état de résister à la pluie et au vent ».
  • Amy (Amelia) Robsart, pas plus de dix-huit ans, belle comme un ange, épouse secrète de Robert Dudley. Esprit léger, ennemi de l'étude. Enfant gâtée, elle n'a de goût pour aucune occupation. Fière, vaniteuse, ambitieuse, capricieuse, méprisante, égoïste, futile, frivole, aime le luxe et la parure, fait l'emplette de colifichets. Aimerait paraître à la cour. Habituée à n'avoir que des désirs à former, en laissant aux autres le soin de les satisfaire. Aussi est-elle irrésolue, entièrement dépourvue de présence d'esprit, incapable d'analyser, incapable de se tracer un plan de conduite prudent et raisonnable, incapable d'agir par elle-même. Pourtant, elle a une âme courageuse et un tempérament fort. Portée, par son éducation, à la franchise et à la naïveté. Sa douceur naturelle la préserve de l'aigreur et de l'orgueil. Elle paraît docile. Mais, croit-elle son honneur intéressé, elle s'enflamme et éclate. Une confiance aveugle dans son mari. Personnage historique.
  • Richard Varney. Premier écuyer et favori de Robert Dudley, qui lui a donné tous les biens de l'abbaye d'Abingdon. Ne croit ni à Dieu ni à diable. Ayant réussi à étouffer le remords dans son âme, il est passé de l'athéisme à une complète insensibilité morale. Plutôt actif et intelligent qu'ami des plaisirs. Des facultés peu communes, dont il ne consacre l'énergie qu'à l'accomplissement des plus noirs desseins. Scélérat endurci, rancunier, caustique. Faux, venimeux, rapace et cruel, selon Mumblazen. « Démon plus méchant que je l'ai été moi-même », selon l'empoisonneur Alasco. « Un cœur plus noir que l'abîme le plus ténébreux de l'enfer », selon Amy. A le don de l'hypnose, technique employée pour soumettre les déments, à l'hôpital Saint-Luc[4]. Habile à dissimuler ses sentiments sous le voile de la politesse, pour découvrir ceux des autres. Plein d'aisance et d'effronterie. Peu scrupuleux, adroit, imaginatif, fécond en expédients. Pilote habile dans le danger. Manque de grâce, mais une sorte de tact et une habitude du monde y suppléent jusqu'à un certain point. Le diable lui a donné « cette sorte d'éloquence qui plaide le mieux dans une mauvaise cause. » Un attachement intéressé à son protecteur : il tient plus que tout à devenir le favori d'un roi. Aussi est-il farouchement attentif à ce que Dudley ne sacrifie pas son ambition à l'amour. Mais lui-même a commis une faute qui peut lui coûter cher : il a tenté de séduire Amy.
  • Janet, fille de Tony Foster. Jeune, jolie, austère et intelligente suivante d'Amy. Non informée des entreprises de son père. Des yeux noirs qui pétillent de vivacité « en dépit de tous ses efforts pour paraître grave ».
  • Sir Hugh Robsart de Lidcote, père d'Amy.
lPortrait d'homme en buste
Thomas Radclyffe (Ratcliffe, dans le livre), troisième comte de Sussex.
  • Robert Dudley, comte de Leicester, grand écuyer de la reine, champion de la foi protestante, seigneur le plus puissant d'Angleterre. Autrefois prétendant à la main de Marie Stuart, aujourd'hui à celle d'Élisabeth Ire. Époux d'Amy Robsart. Personnage historique. Scott choisit de le présenter comme la dupe d'un scélérat et rongé par le remords, plutôt que comme le misérable endurci que certains de ses contemporains décrivent : « d'une perversité trop répugnante, dit Scott, pour être placé dans une fiction[5] ». Orgueilleux, ambitieux, dissimulé. Du tact et du discernement. Discret et prudent. Un esprit subtil et inventif. Politique profond. Courtisan accompli. Il cherche à s'appuyer sur la rigide et scrupuleuse secte des puritains. On lui accorde des principes d'honneur et de noblesse, mais sa suite est composée de vrais brigands. Bien fait, plein de grâce. D'une adroite galanterie. Paraît mieux établi que Thomas Ratcliffe dans les bonnes grâces de la reine. Mais, en raison de la politique d'équilibre instaurée par Elizabeth, il n'est pas assuré de triompher des prétentions de son rival. N'est pas superstitieux, sauf en ce qui concerne l'astrologie. Lâche et souple casuiste. Donne souvent le change à sa conscience par l'excuse d'une prétendue nécessité politique. Pour évoquer son intérêt personnel, parle volontiers d'« amour de la patrie » et de « ce qu'exige le bien public ». Sa cruauté envers sa femme prend à ses yeux « une couleur de justice, de générosité même et de modération[6] ».
lPortrait de femme en buste
Élisabeth Ire, vers 1575.
  • Thomas Ratcliffe, comte de Sussex. Un extérieur défavorable, des traits fortement prononcés. Parent de Tressilian. Rival de Dudley dans la faveur d'Elizabeth. D'une famille plus ancienne et plus honorable que celle de son rival. Pair de plus ancienne création que lui. Homme de guerre habile, d'une loyauté reconnue, il a rendu à la reine plus de services que Dudley, mais il est moins agréable aux yeux de la femme. On est en temps de paix, l'heure est aux habits de satin. Personnage historique.
  • Elizabeth, reine d'Angleterre. Noble et digne. Le sentiment des convenances, de l'esprit, de la sagesse, beaucoup de délicatesse. Impétueuse, elle a quelque chose du caractère de son père Henry. Son regard est capable d'intimider un lion. En sa présence, toutes les paroles doivent être « sucrées et miellées comme si elles sortaient de la boutique d'un confiseur ». Son juron favori : « Par la mort de Dieu[7] ! » Mêle à ses caprices du bon sens et une adroite politique, ce qui fait d'elle une très grande reine. Ses vertus l'emportent de beaucoup sur ses défauts, et ses sujets en profitent. Mais ses proches sont souvent exposés « à ses caprices et aux violences d'un esprit naturellement jaloux et despotique » : sa mobilité de caractère est redoutable à ceux auxquels elle est attachée par le cœur — épargnant les grands et sages ministres. Peu disposée à permettre à un courtisan de lui préférer une autre femme. Aime à gouverner au moyen des factions, se réservant le pouvoir d'accorder la prépondérance à l'une ou l'autre, suivant que l'exige la raison d'État ou son caprice : assez faible pour avoir un favori, elle prévient ainsi les fâcheux effets de cette faiblesse. Accepte les gages d'amour, et en donne. Reçoit des sonnets et y répond. Pousse la galanterie jusqu'au terme où elle va devenir échange de tendresse, mais pas plus loin. Personnage historique. Élisabeth avait 27 ans à la mort d'Amy Robsart. Dans le roman, elle est dans la dix-huitième année de son règne, elle a donc 42 ans.
  • Dick (Richard) Sludge, dit Flibbertigibbet, environ 14 ans, laid. D'esprit vif et hardi. Espiègle, malicieux, mais fidèle envers ceux à qui il s'attache. Observe tout, s'informe de tout. Espionne les autres, puis se mêle de leurs affaires. S'il ne livre jamais un secret, il travaille toujours à faire échouer les projets qu'on lui cache.
  • Docteur Doboobie, dit Démétrius, dit Alasco. « Vieux vendeur de mort-aux-rats, petit vieillard aussi sec et ridé que les copeaux dont le diable se sert pour faire chauffer sa soupe. » Des yeux noirs, vifs et perçants, d'une expression maligne et farouche, des yeux de rat. Professant les sciences mystiques, il est à la fois empoisonneur, médecin charlatan, alchimiste et astrologue. Pratique la magie blanche. Millénariste. A su berner toute la confrérie de la Rose-Croix. Étudie la théologie du diable et recherche la pierre philosophale. « Dupe de sa propre imagination et infatué de son savoir en chimie, il dépensa en se trompant lui-même l'argent qu'il avait gagné en trompant les autres. » En pratiquant les sciences occultes, il recueille les secrets de clients puissants, et finit par recevoir des menaces. Un jour, selon une rumeur, le diable est venu réclamer son bien, et l'a emporté.
  • Lancelot Wayland, ou le maréchal du diable. Une trentaine d'années. Gaillard alerte, éveillé, hardi jusqu'à l'effronterie. Loin d'être beau, mais adroit, plein d'esprit, une intelligence pénétrante et du génie inventif. Courageux, mais pas au-delà du raisonnable. Craint les chasseurs de sorciers et les hommes en armes. Change d'air, de costume et de profession quand le danger se fait trop pressant. Un genre de vie irrégulier et vagabond. Apprend d'abord l'art du maréchal-ferrant. Lassé, il se fait jongleur pendant six ans, colporteur de temps à autre, puis comédien, puis le domestique du docteur Doboobie. S'étant approprié les secrets de médecine de ce dernier, il devient meilleur praticien que lui, et s'attire sa jalousie. Utilise des remèdes pour chevaux lorsqu'il s'agit de soigner les humains. Il guérit, mais il a peu de patients, car il est soupçonné lui aussi d'être ligué à Satan. Il redevient maréchal-ferrant, vivant comme une bête dans une cachette souterraine, se disant gardien du château de cristal de la Lumière, seigneur du Lion vert et maître du Dragon rouge. Recherché pour sorcellerie. Se met alors au service de Tressilian.
  • Alison La Grue, maîtresse de l'auberge de Marlborough, « diable incarné que l'on trouve sans cesse et partout, à la table et au lit », selon son mari.
  • Goodman La Grue, propriétaire de l'auberge de Marlborough. Alison daigne « l'honorer du titre d'époux ». Personnage insignifiant, pacifique. Une taille de travers, la démarche boiteuse, long cou et visage niais. Poule mouillée qui se cache la tête sous le tablier de sa femme.
  • Gaffer Pinniewinks, vieux tortionnaire de sorcières, armé de pinces et de poinçons.
  • Simpkins de Rimombrun. Sa femme était consolée par le curé, du temps des papistes[8].
  • La dame Crank, vieille blanchisseuse papiste. N'est plus bonne à être consolée, si elle l'a jamais été[9].
  • Michael Mumblazen, vieillard maigre et ridé, dont les joues ressemblent à deux pommes sur lesquelles l'hiver a passé. Célibataire de bonne famille, mais peu riche, parent éloigné des Robsart. « Honore de sa présence », depuis vingt ans, le château de sir Hugh. Une science profonde de l'héraldique, des généalogies et des dates historiques s'y rapportant. Entremêle ses propos courants de termes de blasonnement. Très sentencieux. Sagace, taciturne. Donne avec précision et brièveté des avis dignes d'attention : comme dit le piqueur, il lève le gibier quand les autres battent les buissons. Sacrifie spontanément vingt ans d'économies pour venir en aide à son hôte.
  • Nicholas Blount, premier écuyer de Ratcliffe. Prudent et circonspect, simple, honnête, mais gauche. Du bon sens, mais pas la moindre dose d'imagination ou de vivacité. Une maladroite vanité. Aime les harengs d'Yarmouth et l'ale.
  • Walter Raleigh, dit « le chevalier du manteau », officier de la maison de Ratcliffe. À peine vingt ans, cadet d'une honorable famille du Devon. A servi vaillamment en Irlande. Bien fait, cultivé, valeureux, galant. Esprit délié. Ferme, entreprenant, réfléchi, prompt à décider. De la discrétion. Du jugement. Imaginatif. Beau diseur. Possédant d'instinct l'art du courtisan, il sait parfaitement doser l'humilité et la flatterie. Dès son premier jour à la cour, il y semble dans son élément naturel. Personnage historique.
  • Tracy, gentilhomme de la suite de Ratcliffe. Aime les boudins noirs arrosés de vin du Rhin.
  • Docteur Masters, médecin de la reine. Il éveillerait les sept dormants si leur sommeil n'était prescrit par une ordonnance en bonne forme.
  • Lord Hunsdon, cousin de la reine. Vieillard à l'esprit épais et à l'humeur brusque, ami de la bouteille. Des « jurements superstitieux qui sentent à la fois le païen et le papiste[10] », selon le doyen de Saint-Asaph. La langue quelquefois un peu libre, mais discret.
  • Thomas Ap Rice et Evan Evans, gentilshommes gallois de la suite de Ratcliffe. Aiment tous deux la soupe aux poireaux et le fromage fondu.
  • Maître Bowyer, huissier de la reine.
  • Robert Laneham, clerc de la porte de la chambre du conseil : armé d'une verge noire, il fustige les curieux qui voudraient écouter à la porte ou regarder par le trou de la serrure. Une cervelle d'oison. Infatué de sa dignité officielle. Vain, suffisant, présomptueux sans esprit. Personnage historique.
  • Le doyen de Saint-Asaph, puritain forcené.
  • Le concierge de Kenilworth, géant lourd et farouche, armé d'une massue aux pointes d'acier. Aucune mémoire, et chargé d'un compliment pour la reine.
  • Lawrence Staples, plus de six pieds de haut, gaillard mal bâti, aux yeux louches. Grand geôlier de Kenilworth. Craint les revenants. Combat cette crainte à l'eau-de-vie.

Étude de caractères[modifier | modifier le code]

L'un des aspects les plus remarquables du roman est peut-être son étude de caractères. Le comte est décrit comme un homme dominé par une ambition qui le porte au mensonge et même au meurtre pour atteindre ses visées. Toutefois, son amour pour Amy contrebalance cette ambition, l'amenant finalement à abdiquer toute fierté pour avouer son mariage. De son côté, Amy Robsart apparaît comme une belle jeune femme, un enfant gâté qui se laisse griser par sa position nouvelle, mais qui gagne en maturité et en détermination face à l'évolution tragique des événements, même si cela ne lui permet pas d'échapper à une fin funeste. Amant transi d'Amy, Tressilian se distingue, pour sa part, par la constance et la noblesse de ses sentiments, qui ne cesse, tout le long du roman, de tenter de la sauver. Le cœur brisé par sa mort, il part avec sir Walter Raleigh en Amérique, où il meurt bientôt. Varney, enfin, représente la part sombre du roman. Mû par une avidité et une ambition sans limite, c'est lui qui pousse le comte dans la voie de l'ambition et finit par assassiner Amy.

Thèmes principaux[modifier | modifier le code]

Kenilworth est un roman sur l'égoïsme opposé au désintéressement, et l'ambition à l'amour. Amy et le comte éprouvent en eux les luttes de ces divers sentiments, tandis que Varney et Tressilian incarnent ces deux pôles opposés. Dans Kenilworth, Walter Scott a créé un roman sur l'étude de caractères, dans lequel les personnages sont dominés par leurs conflits intérieurs et leurs passions.

Inexactitudes historiques[modifier | modifier le code]

Si la plus grande partie du roman offre un récit exact des événements à la cour de l'époque élisabéthaine, la description de la chute mortelle d'Amy Robsart, ainsi que de nombreux autres événements, sont le produit de l'imagination de Scott.

La réception de la reine à Kenilworth, qui constitue la toile de fond du roman, a eu lieu en 1575, ce qui correspond bien aux nombreuses références concernant le nombre d'années passés depuis l'accession au trône de la reine ou la déposition de Marie Stuart. Toutefois, c'est en 1560 qu'est morte Amy Robsart.

Contrairement à ce qu'affirme le roman, le mariage de Leicester n'avait rien de secret.

William Shakespeare, qui n'est pas né avant 1564, est décrit dans le roman comme un adulte bien connu de la cour. L'une de ses pièces, La Tempête, est citée par les personnages, alors qu'elle n'a été écrite que vers 1611.

Accueil[modifier | modifier le code]

Le succès est immédiat, tant auprès des lecteurs que des critiques (les seules réserves proviennent de deux commentateurs trouvant la fin trop tragique, et surtout du British Review qui juge le livre ennuyeux et mercantile)[11].

Depuis, le succès public ne s'est pas démenti. Mais les critiques, dit Henri Suhamy, sont maintenant partagés : certains trouvent le livre brillant, d'autres faible[12]. Suhamy fait partie de ces derniers. Il reproche à Scott d'avoir déformé la situation dramatique proposée par l'Histoire, de l'avoir compliquée pour la rendre fertile en rebondissements, d'en avoir fait un mélodrame, c'est-à-dire d'avoir utilisé à des fins pathétiques les ressources de la comédie (enchevêtrement de situations absurdes : « malentendus, quiproquos, méprises, déguisements, fausses identités, mensonges en chaîne », et surtout décalage systématique entre l'aveuglement du personnage et la connaissance qu'a le lecteur de sa situation)[13]. Suhamy reproche aussi au livre sa tristesse et sa misanthropie : le lecteur ne rencontre pas un personnage pour lequel il puisse éprouver de la sympathie[14].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Anecdote[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreuses références à Walter Scott, Rose Street, à Édimbourg a un bar baptisé le « Kenilworth ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Walter Scott, Kenilworth, Phébus, 2009, p. 439-446.
  2. La verve de Michael Lambourne quand il est ivre, les secrets qu'il dévoile à cette occasion offrent de tonitruants morceaux de bravoure. Kenilworth, éd. cit., p. 266-268, 281 et 282.
  3. Kenilworth, éd. cit., p. 69.
  4. Kenilworth, éd. cit., p. 308.
  5. Walter Scott, « Dr Julio », op. cit., p. 516 et 517.
  6. Kenilworth, éd. cit., p. 465.
  7. Kenilworth, éd. cit., p. 214.
  8. Kenilworth, éd. cit., p. 156.
  9. Kenilworth, éd. cit., p. 156 et 157.
  10. Kenilworth, éd. cit., p. 424.
  11. (en) « Kenilworth », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011.
  12. Henri Suhamy, Sir Walter Scott, Fallois, 1993, p.  319.
  13. Henri Suhamy, op. cit., p.  322.
  14. Henri Suhamy, op. cit., p.  323.
  15. a et b Marie-Pierre, Rootering, « Amy Robsart, la bâtarde de Victor Hugo », sur victorhugo.asso.fr.
  16. (en) « Daniel François Esprit Auber », sur opera.stanford.edu.
  17. « Amy Robsart », sur groupugo.div.jussieu.fr.

Lien externe[modifier | modifier le code]

Kenilworth, disponible dans le Projet Gutenberg.