Karabair

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Karabair
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Un Karabair sur un timbre d'Azerbaïdjan émis en 1997
Un Karabair sur un timbre d'Azerbaïdjan émis en 1997

Espèce Cheval (Equus caballus)
Région d’origine
Région Drapeau de l'Ouzbékistan Ouzbékistan
Caractéristiques
Morphologie Cheval de selle léger
Taille 1,47 à 1,57 m environ
Robe Généralement grisee, baie, noire ou alezane.
Tête Petite, profil rectiligne
Caractère Nerveux, tenace et endurant
Autre
Utilisation Essentiellement le kokpar

Le Karabair (en ouzbek), Qarabair (en tadjik) ou Karabairskaya (en russe) est une race chevaline à deux fins d'origine très ancienne, dont le berceau d'élevage est l'Ouzbékistan et le Nord du Tadjikistan. Probable inspirateur du fameux cheval au galop volant chinois, connu par des sources antiques, il est croisé ensuite au gré des voyages de ses éleveurs nomades ouzbeks. Il est influencé par le cheval mongol, l'arabe, et diverses races orientales.

Mince et nerveux, de taille moyenne, le Karabair est réputé pour son endurance et sa ténacité. Il est l'un des principaux acteurs du jeu équestre traditionnel d’Asie centrale, le kokpar (ou bouzkachi), qui forme au début du XXIe siècle sa raison d'existence majeure, entraînant la recherche d'un modèle de cheval de selle assez fin. De moins en moins employé à la traction, il est toujours élevé pour sa viande et son lait. Son élevage s'étend à tout l'Ouzbékistan et la race compte dans les années 1980 plus de 25 000 représentants.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le berceau originel de la race est localisé en Ouzbékistan et dans le Nord du Tadjikistan[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Cette race est l'une des plus anciennes d'Asie centrale[2] puisque des documents évoquent sa présence antérieurement à l'ère chrétienne, mais il est difficile de connaître son origine exacte[3]. D'après le paléontologue américain Deb Bennet, le squelette du Karabair est proche de celui des bêtes utilisées par les Hittites, il postule qu'à la dissolution de l'empire hittite, leurs chevaux se sont dispersés dans diverses régions asiatiques et forment la souche de nombreuses races, dont le Karabair[4]. Il est vraisemblablement le résultat de croisements entre chevaux arabes, chevaux mongols, cheptel local (l'Argamak, une race disparue[5]) et influence, plus tard, de races du désert venues de pays voisins, comme le Turkoman[6]. Ses origines peuvent aussi être retracées jusqu'aux anciens chevaux des steppes que les Mongols ont amenés depuis la Chine[7].

Antiquité[modifier | modifier le code]

Article connexe : Cheval de Ferghana.
Cheval au galop volant de la dynastie Han, bronze du IIe siècle, probablement inspiré par le Karabair.

Il est décrit comme une race unique dans les textes chinois, qui se réfèrent à lui comme au fameux « cheval volant »[6], ce qui atteste déjà de la qualité de l'élevage dans la vallée de Ferghana, dont la réputation est connue depuis 2 000[8] à 2 500 ans[2]. La position de la vallée de Ferghana, au croisement de plusieurs routes commerciales antiques traversées sans doute depuis l'époque perse, fait que des chevaux sont mentionnés très tôt dans les chroniques parlant de la région[9]. À l'époque des Parthes, la région d'Amou-Daria est réputée pour son élevage influencé par des croisements entre chevaux des steppes, Karabairs et Akhal-Tekes[10].

Jusqu'à nos jours[modifier | modifier le code]

Heinrich Vogeler, Nuit de pleine lune dans le désert ouzbek.

Le Karabair se modifie considérablement au fil du temps[11] et connaît un important brassage génétique[12]. Au VIIIe siècle, les Arabes capturent de nombreux représentants de la race pour les élever dans la péninsule Arabique[2]. En Ouzbékistan, le développement du Karabair est servi par une agriculture produisant de la nourriture en abondance[2]. Les nomades ouzbeks en sont les principaux éleveurs, et leurs grands voyages sont à l'origine de rencontres avec de nombreuses autres races de chevaux qui ont influencé le développement de leur cheptel. Durant des siècles, cet animal assure leurs déplacements[7]. La race en influence elle-même d'autres, comme le Kazakh[13]. En Turquie, certains chevaux de cirit (ou jereed) sont issus de croisements entre l'Arabe et le Karabair[14].

Description[modifier | modifier le code]

La race existe historiquement en trois types différents, tous de taille similaire. Le type trait léger est employé pour le bât, le type trait lourd comme cheval de trait et le cheval de selle léger pour l'équitation[6]. La distinction entre ces types tend toutefois à s'estomper, le type trait ayant quasiment disparu, les deux autres ayant fusionné[15]. L'apparence est celle du « cheval à deux fins », la race montre l'influence de l'Arabe, des chevaux turkmènes (Akhal-Teke et Turkoman), des chevaux perses et des races des steppes[1].

Morphologie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Morphologie du cheval.

De taille moyenne[7], le Karabair mesure de 1,47 m à 1,53 m selon l'étude de l'université d'Oklahoma[16],[2], celle de la FAO réalisée en 1980 donnant une moyenne de 1,56 m pour les étalons et 1,51 m pour les juments stationnés dans les haras, avec un tour de poitrine de 1,75 m à 1,78 m, et un tour de canon de 19 à 20 cm[17].

Bien qu'il manque de raffinement, la morphologie est du type cheval oriental, avec quelques traits bien distincts. La tête tend à être bien découpée, avec un profil rectiligne ou légèrement convexe[2]. La mâchoire est large. L'encolure est bien relevée et d'une longueur moyenne, mais certains sujets (en particulier destinés à la traction) l'ont plus courte et plus musclée. Ils possèdent une poitrine parfois un peu étroite, mais profonde, et la capacité pulmonaire est bonne. Le garrot est moyennement long et sorti. Les épaules sont musclées et plus ou moins inclinées. Le corps est d'apparence mince et nerveux, sans parties charnues, avec une peau mince et fine. Ils ont un dos court, large et compact, les reins larges et bien musclés, et la croupe très inclinée. Souvent, ils semblent être plus développés de l'avant-main que de l'arrière-main. Les jambes sont très bonnes, solides avec des sabots durs[6],[1],[2]. Parfois, le manque d'alimentation se traduit par des articulations des genoux sous-développées et des membres postérieurs avec des « jarrets de vache »[17]. Les crins sont clairsemés[18].

Robes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Robe du cheval.

Les robes sont classiques puisque ces chevaux sont le plus souvent gris, bais, alezans[16] ou noirs[17], toutefois, une photographie dans l'étude de l'université d'Oklahoma montre que les robes tachetées existent chez la race[2]. Les marques blanches, bien qu'admises, sont plutôt rares.

Tempérament et entretien[modifier | modifier le code]

Ce cheval est intelligent, docile, sensé et courageux[16]. Étant de type oriental, il est très proche de l'Arabe par sa ténacité et son endurance, sa vitesse et son agilité, bien qu'il soit un peu plus grand. Il est capable de voyager sur de très longues distances avec un abreuvement et une nourriture limités, le record de la race est de 75 kilomètres parcourus en h 32[7]. Il s'avère d'ailleurs plus endurant sur longue distance que véloce sur courte distance. C'est une race à la santé solide, sa longévité et sa fertilité étant dans la moyenne[17]. Il est adapté aux climats chauds et aux environnements montagneux[19].

Sélection[modifier | modifier le code]

On distingue 8 lignées paternelles et 5 lignées maternelles, l'élevage s'effectue en race pure[17]. À l'époque de la révolution bolchevique, le type de la vallée de Ferghana, réputé être l'un des meilleurs, était influencé par des croisements entre juments kirghizes et étalons arabes[20]. La sélection actuelle porte sur la recherche de chevaux légers de type selle, doués à la course, malgré une ossature considérée comme assez faible[21].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le cheval est un élément central de la vie des habitants de l'Ouzbékistan, qui l'emploient dans un grand nombre d'activités, c'est pourquoi le Karabair est polyvalent[2]. Cheval à deux fins[22], il est utilisé aussi bien pour l'équitation qu'à l'attelage (type attelage araba)[1], ainsi que dans le jeu dit kokpar (ou bouzkachi), dont le but est de s'emparer d'une carcasse de chèvre morte, avec peu de règles et de nombreuses blessures. Le Karabair est, en raison de sa bravoure et de sa vitesse, utilisé presque exclusivement pour ce jeu au début du XXIe siècle[15]. Du fait de cette sélection, il est présumé performant dans la plupart des sports équestres[23],[24] et pour les loisirs, grâce à sa grande endurance. Les croisements Karabair et Pur Sang sont toutefois davantage appréciés en sport[18]. Les chevaux les plus massifs, dont le corps est aussi plus long, sont prisés dans les régions où se pratique la culture du coton, mais ces dernières années leur nombre va en diminuant[21]. Le Karabair est également élevé pour sa viande avec une bonne productivité (l'Ouzbékistan étant un pays hippophage) et son lait relativement riche, consommés par les nomades[19].

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Poulain sur un plateau d'Ouzbékistan (race non précisée).

La race est essentiellement élevée dans son pays d'origine, l'Ouzbékistan, où elle forme la principale race présente dans le pays[19]. Elle se trouve dans le haras d'État de Galyaaral[7], et surtout la province de Djizak et le haras d'État homonyme de la province de Navoï[17], bien qu'elle soit présente dans le pays tout entier[1]. Quelques-uns sont élevés dans le Nord du Tadjikistan[12]. À l'époque soviétique, la Chine a importé des Karabair[25].

Un recensement des chevaux russes, effectué en 1980, a répertorié 28 223 Karabair, dont 25 499 de pure race, dans toute l'URSS[26]. Toutefois, le stud-book ne comptait que 1 537 étalons et 3 871 juments[1]. Depuis, aucun recensement ne semble avoir été communiqué, ce qui ne permet pas de conclure sur une augmentation ou une diminution du nombre de ces chevaux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Dmitriev et Ėrnst 1989, p. 290 [lire en ligne]
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Hendricks et Dent 2007, p. 246
  3. (en) Eric Flint,The Grantville Gazette, volume 1, Baen Books, 2004, (ISBN 0743488601 et 9780743488600)
  4. (en) Deb Bennett, Conquerors: The Roots of New World Horsemanship, Amigo Publications, Inc.,‎ 1998 (ISBN 0965853306 et 9780965853309)
  5. (en) Aleksandr Mikhaĭlovich Prokhorov, Great Soviet encyclopedia, Volume 11, Macmillan, 1982, p. 410
  6. a, b, c et d Bauer 2011, p. 133
  7. a, b, c, d et e Knowlton 2005, p. 16
  8. (en) David Burn (ill. Cecilia Fitzsimons), Instant Guide to Horses, Random House Value Publishing, 2000 (ISBN 0517208326 et 9780517208328), p. 66
  9. Edwards 1994, p. 84
  10. (en) Antony Karasulas (Ill. Angus McBride), Mounted Archers of the Steppe 600 BC-AD 1300, volume 120 de Elite Series, Osprey Publishing, 2004, (ISBN 184176809X et 9781841768090), p. 44
  11. Higginson et Vesey-FitzGerald 1949, p. 609
  12. a et b Edwards 1980, p. 302
  13. Hendricks et Dent 2007, p. 252
  14. Hendricks et Dent 2007, p. 130
  15. a et b Bauer 2011, p. 134
  16. a, b et c (en) « Kababair », Oklahoma State university (consulté le 24 janvier 2013)
  17. a, b, c, d, e et f Dmitriev et Ėrnst 1989, p. 291 [lire en ligne]
  18. a et b (en) Jane Kidd, International encyclopedia of horse breeds, HPBooks, 1986, (ISBN 0895863936 et 9780895863935), p. 112-113
  19. a, b et c (ru) « Карабаирская порода лошадей » (consulté le 25 janvier 2013)
  20. (en) Paul Nazaroff, Hunted Through Central Asia, Oxford Paperbacks, édition 2, Oxford University Press, 2002, (ISBN 0192803689 et 9780192803689), p. 160
  21. a et b Hendricks et Dent 2007, p. 247
  22. Edwards 1994, p. 85
  23. Dmitriev et Ėrnst 1989, p. 273
  24. (en) David Levinson et Karen Christensen, Encyclopedia of Modern Asia: China-India relations to Hyogo, volume 2 de Encyclopedia of Modern Asia, Charles Scribner's Sons, 2002, (ISBN 0684312433 et 9780684312439), p. 553
  25. Hendricks et Dent 2007, p. 206
  26. Dmitriev et Ėrnst 1989, p. 272

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Elwyn Hartley Edwards, « Karabair », dans A Standard guide to horse & pony breeds, McGraw-Hill,‎ 1980, 352 p.
  • (en) Elwyn Hartley Edwards, The Encyclopedia of the Horse, Dorling Kindersley,‎ 1994, 400 p.
  • (en) Mary Ellen Bauer, « Karabair », dans Which Horse Of Course, Xlibris Corporation,‎ 2011, 440 p. (ISBN 1462866212 et 9781462866212)
  • (en) Bonnie L. Hendricks et Anthony A. Dent, « Karabair », dans International Encyclopedia of Horse Breeds, University of Oklahoma Press,‎ 2007, 486 p. (ISBN 080613884X et 9780806138848)
  • (en) MaryLee Knowlton, Uzbekistan, vol. 24 de Cultures of the World, Marshall Cavendish,‎ 2005, 144 p. (ISBN 0761420169 et 9780761420163)
  • (en) A. Henry Higginson et Brian Seymour Vesey-FitzGerald, The Book of the Horse, Nicholson & Watson,‎ 1949, 3e éd.
  • (en) Nikolaĭ Grigorʹevich Dmitriev et Lev Konstantinovich Ėrnst, FAO Animal Production and Health Paper, Food and Agriculture Organization of the United Nations,‎ 1989 (ISBN 9251025827 et 9789251025826), chap. 65 (« Animal genetic resources of the USSR ») Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

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