Kanzelparagraph

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le Kanzelparagraph (paragraphe de la chaire) était une directive en droit allemand, en vigueur de 1871 à 1953, qui interdisait aux religieux de prendre des positions politiques dans le cadre de leur fonction sous peine d'emprisonnement pour une durée allant jusqu'à 2 ans.

Histoire[modifier | modifier le code]

Empire allemand[modifier | modifier le code]

Pendant la période du Kulturkampf, le chancelier allemand Otto von Bismarck décida de réprimer les intellectuels commentant l'actualité politique. Le « mauvais usage de chaire[1] » fut interdit le 10 décembre 1871 dans le paragraphe § 130a du code pénal. Précisément l'article déclare :

« Un ecclésiastique ou un autre religieux, qui dans l'exercice de ses fonctions ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions se trouvant devant à une foule de gens, ou dans une église, ou dans tous autres rassemblements religieux et qui mettrait en péril l'ordre public sous la forme de déclarations ou de discussions au sujet des affaires de l'État, serait mis en détention ou emprisonné pour une durée allant jusqu'à 2 ans[2]. »

Un annexe fut ajouté le 26 février 1876 au sujet des écrits :

« La même sanction porte également sur les ecclésiastiques ou autres religieux qui dans l'exercice de ses fonctions ou à l'occasion de l'exercice de ses fonction sortirait ou diffuserait des écrits dans lesquels l'ordre public serait mis en danger sous la forme de déclarations ou de discussions au sujet des affaires de l'État[3]. »

Ces articles étaient motivés par une volonté politique de sanctionner les ecclésiastiques catholiques et en particulier Mieczysław Halka Ledóchowski, l'archevêque de Posen. Il fut condamné à la peine maximale.

Troisième Reich[modifier | modifier le code]

Durant la période nazi, des prêtres comme Rupert Mayer furent condamnés en vertu de ce paragraphe. Ses critiques vis-à-vis du régime lui valurent d'être interdit de chaire. En juin 1939, Mayer déclara par écrit à la Gestapo:

« Je déclare que dans le cas où je serais remis en liberté et malgré l'interdiction de prêche prononcée contre moi, je continuerais à prêcher comme avant en accord avec mes convictions personnelles. Je continuerais dans la forme et dans le fond à prêcher de la même manière, même si l'administration, la police et les tribunaux devaient déclarer mon prêche comme condamnable et de mauvais usage de la chaire[4],[5]. »

En 1942, le prêtre catholique Bernhard Lichtenberg est condamné à 2 ans de prison pour mauvais usage de chaire et traîtrise[6], pour avoir prié en public en faveur des juifs et des prisonniers des camps de concentration :

« Dans les maisons berlinoises était répandu un tract anonyme haineuxontre les juifs. Il y était écrit que tout allemand, qui par vaine et fausse sentimentalité envers les juifs, leur apporterait son soutien, sous quelle forme que ce soit, ou leur serait amical, serait un traître contre son peuple. Ne vous laissez pas déconcerter par cette mentalité anti-chrétienne, rappeler vous des paroles de Jesus Christ: Aime ton prochain comme toi même[7],[8]! »

République fédérale d'Allemagne[modifier | modifier le code]

Dans la République fédérale d'Allemagne le paragraphe est retiré à la suite de la troisième réforme du code pénal du 4 août 1953.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Stephan Schmidl, Gestapo, Strafjustiz und ‚Kanzelmissbrauch‘ in Südbayern 1933 bis 1939, Munich,‎ 2002 (ISBN 3-8316-6177-4)

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Kanzelmissbrauch »
  2. « Ein Geistlicher oder anderer Religionsdiener, welcher in Ausübung oder in Veranlassung der Ausübung seines Berufes öffentlich vor einer Menschenmenge; oder welcher in einer Kirche oder an einem anderen zu religiösen Versammlungen bestimmten Orte vor Mehreren Angelegenheiten des Staates in einer den öffentlichen Frieden gefährdenden Weise zum Gegenstande einer Verkündigung oder Erörterung macht, wird mit Gefängniß oder Festungshaft bis zu zwei Jahren bestraft. »
  3. « Gleiche Strafe trifft denjenigen Geistlichen oder anderen Religionsdiener, welcher in Ausübung oder in Veranlassung der Ausübung seines Berufes Schriftstücke ausgibt oder verbreitet, in welchen Angelegenheiten des Staats in einer den öffentlichen Frieden gefährdenden Weise zum Gegenstand einer Verkündigung oder Erörterung gemacht sind. »
  4. « Ich erkläre, daß ich im Falle meiner Freilassung trotz des gegen mich verhängten Redeverbotes nach wie vor aus grundsätzlichen Erwägungen heraus predigen werde. Ich werde auch weiterhin in der von mir bisher geübten Art und Weise predigen, selbst dann, wenn die staatlichen Behörden, die Polizei und die Gerichte meine Kanzelreden als strafbare Handlungen und als Kanzelmißbrauch bewerten sollten »
  5. (de) « Sur la résistance de l'Église catholique au nazisme » (consulté le 24 janvier 2011)
  6. contre le § 130a RStGB et la Heimtückegesetz
  7. « In Berliner Häusern wird ein anonymes Hetzblatt gegen die Juden verbreitet. Darin wird behauptet, daß jeder Deutsche, der aus angeblich falscher Sentimentalität die Juden irgendwie unterstützt, und sei es auch durch freundliches Entgegenkommen, Verrat an seinem Volk übt. Laßt euch durch diese unchristliche Gesinnung nicht beirren, sondern handelt vielmehr nach dem strengen Gebot Jesu Christi: Du sollst deinen Nächsten lieben wie dich selbst! »
  8. (de) « Discour de Monika Thiemen en hommage à Bernhard Lichtenberg » (consulté le 24 janvier 2011)