Kannagi

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la femme légendaire de l'épopée tamoule Silapathikaram. Pour le manga japonais, voir Kannagi : Crazy Shrine Maidens. Pour les autres significations, voir Kannagi (homonymie).
Statue de Kannagi à Chennai

Kannagi ou Kaṇṇaki (tamoul : கண்ணகி) est une femme légendaire tamoule, héroïne de l'épopée d'Inde du Sud appelée Silapathikaram.

Selon la légende, Kannagi se vengea du roi de Madurai, à la suite de l'exécution sommaire de son mari Kovalan, en jetant une malédiction sur la cité. Son mari avait de fait été décapité, car les gardes du roi avaient cru à tort que le bracelet d'or qu'il voulait vendre était celui qui venait d'être volé à la reine.

Kannagi est vénérée aujourd'hui comme déesse de la chasteté. Sa dévotion à son mari, malgré sa liaison avec une danseuse, et l'énergie farouche avec laquelle elle réclama justice lorsqu'il fut exécuté à tort, en font une figure légendaire très connue en Inde du Sud, et l'incarnation idéale de la femme tamoule. L'intérêt qu'on lui porte est tel que lorsque, en décembre 2001, sa statue à Chennai fut enlevée, cela donna lieu à un petit scandale politique et médiatique jusqu'à ce qu'elle soit remise en place, en juin 2006.

L'histoire[modifier | modifier le code]

Article principal : Silappatikaram.

Kovalan et Kannagi[modifier | modifier le code]

Kovalan, le fils d'un riche marchand de Kaveripattinam, avait épousé Kannagi, une jeune femme d'une légendaire beauté. Ils vivaient tous deux heureux dans la ville de Kaveripattinam, jusqu'à ce que Kovalan rencontre la danseuse Madhavi et tombe amoureux d'elle[1]. Éperdu d'amour, il oublie Kannagi, et dépense peu à peu sa fortune pour la danseuse. Au bout du compte, ruiné, Kovalan se rend compte de sa faute, et retourne auprès de Kannagi.

Les bracelets de cheville[modifier | modifier le code]

Tout ce qu'il leur reste est une paire de précieux bracelets de cheville cilambu (d'où le nom de l'épopée), emplis de pierres précieuses. Elle lui donne volontiers ces bracelets, et, avec ce capital, ils se rendent alors à la grande cité de Madurai, où Kovalan espère refaire sa fortune par le commerce.

La ville de Madurai est alors gouvernée par le roi Pandya Nedun Cheliyan Ier. L'objectif de Kovalan était de vendre les bracelets dans ce royaume de manière que lui et sa femme puissent recommencer une vie nouvelle. Malheureusement, à peu près au moment où il s'apprête à vendre les bijoux, un bracelet de cheville est dérobé de la paire que possédait la reine, par un membre de la Cour avide de richesse[1]. Or, ce bracelet de cheville ressemblait fort à ceux de Kannagi. La seule différence était que ceux de Kannagi étaient emplis de rubis[N 1], alors que ceux de la reine étaient emplis de perles[2], mais ce point n'était pas visible sans briser les bracelets. Lorsque Kovalan se rendit au marché, il est accusé d'avoir volé le bracelet, et décapité sur le champ par les gardes du roi, avec l'accord de celui-ci, mais sans jugement[1]. Lorsque Kannagi l'apprend, elle se rend chez le roi, toute pleine d'indignation et de fureur, pour lui prouver l'innocence de son mari.

Kannagi demande justice et se venge[modifier | modifier le code]

Kannagi parvient à la cour du roi, et brise le bracelet saisi sur Kovalan, révélant qu'il contient des rubis, et non des perles[1]. Se rendant compte de l'ampleur de son injustice, le roi meurt de chagrin, promptement suivi dans la mort par la reine. Insatisfaite, Kannagi s'arrache alors un sein[3] et le jette sur la ville en la maudissant[1] et la condamnant à la destruction par les flammes. Sa totale chasteté transforme la malédiction en réalité[1].

La ville devient alors un océan de flammes, qui donne lieu à d'immenses pertes humaines et économiques. Cependant, à la demande de la déesse de la ville, Kannagi retire sa malédiction, pour atteindre plus tard le salut.

L'histoire est contée par le poète Ilango Adigal. Un aspect fascinant, mais quelque peu ironique, est que l'épopée décrit Madhavi, l'amante de Kovalan, comme une femme tout aussi chaste. C'est en son honneur que Manimekalai, une autre épopée tamoule d'autrefois, fut écrite.

Après la vengeance[modifier | modifier le code]

Après l'incendie de la ville de Madurai, Kannagi se rend à Kodungalloor au Kerala, et donne darsan aux habitants d'Attukal à Thiruvananthapuram, qui construisent alors un temple. Le temple Attukal Devi est fameux pour son pongala[N 2], que plus d'un million de femmes chaque année viennent offrir chaque année à la Devi, la déesse[4]. Cet extraordinaire rassemblement annuel de femmes figure au Livre Guinness des records.

Les évènements liés à Kannagi ont une grande influence sur les traditions et la culture du Tamil Nadu et du Kerala[1].

L'idéal féminin incarné par Kannagi[modifier | modifier le code]

Article principal : Kannaki Amman.

Kannagi ou Kannaki Amman est idéalisée comme étant l'archétype de la chasteté[1], dont elle est toujours adorée comme la déesse[1]. Elle est louangée pour son extrême dévotion envers son mari, en dépit du comportement adultère de celui-ci[5].

Elle est adorée sous le nom de Pathini au Sri Lanka par la population cingalaise, sous celui de Kannaki Amman par les Tamouls hindouistes sri lankais et enfin sous le nom de Kodungallur Bhagavathy et de Attukal Bhagavathy au Kerala[6].

Elle est par ailleurs considérée comme une femme courageuse et éprise de justice, qui alla dénoncer l'injustice directement au roi, et osa même le traiter de roi « non éclairé » (Silapathikaram : Vazhakkurai Kathai). Le point qui est ainsi souligné, c'est l'opposition entre son attitude réservée face à ses problèmes domestiques, et l'audace dont elle savait faire preuve face à l'injustice, même devant le roi.

Incident politique lié à Kannagi[modifier | modifier le code]

Une statue de Kannagi en colère et tenant son bracelet de cheville dans une main — la représentant évidemment dans la scène du Silappatikaram où elle demande justice au roi Pandya du fait de la mort de son mari Kovalan aux mains des gardes du roi — est un des hauts lieux de Chennai (anciennement Madras), sur la fameuse Marina Beach depuis environ 1968[2].

Or cette statue a été enlevée pendant le gouvernement de l'ancien premier ministre (chief minister) du Tamil Nadu, O. Paneerselvam, au cours d'une nuit de décembre 2001. Les raisons officielles en étaient qu'on l'avait enlevée pour faciliter la circulation à la suite d'un accident de camion qui, selon la police, aurait percuté le piédestal de la statue[7].

Mais il y eut alors une tempête médiatique fondée sur les avis qui auraient été donnés par un conseiller en astrologie[7] de Jayalalitha Jayaram (une ancienne actrice tamoule qui dirige l'un des partis tamouls, et qui avait donné la place de Chief Minister à O. Paneerselvam), selon lesquels tant que la statue de Kannagi serait là, demandant justice, elle aurait des difficultés à se maintenir à son poste pendant la durée de son mandat.

À la suite de cela, la statue fut remise en place par le Premier ministre actuel, M. Karunanidhi, le 3 juin 2006.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Certaines sources parlent de diamants (Pandian p. 52, ou Devdutt Pattanaik, p. 102)
  2. Le pongala est une sorte de porridge de riz, de sucre de canne non raffiné (appelé jaggery) et de noix de coco.

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jacob Pandian, Caste, nationalism and ethnicity: an interpretation of Tamil cultural history and social order, Popular Prakashan,‎ 1987 (ISBN 9780861321360)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Silappatikaram, l'une des cinq grandes épopées anciennes de l'Inde tamoule.

Liens externes[modifier | modifier le code]