Kanikōsen

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Kanikōsen (蟹工船?) (publié en anglais sous le titre The Crab Canning Ship ou The Crab Ship et en français sous le titre de Le Bateau-usine) est une nouvelle de Takiji Kobayashi, écrite en 1929.

Synopsis[modifier | modifier le code]

On est en 1925/30, en Mer d’Okhotsk, près du Kamtchatka, sur un bateau-usine japonais pêcheur de crabes. Les conditions de travail sont effroyables, mais rendues vraiment inhumaines à cause d’Asakawa, l’intendant qui représente les intérêts commerciaux de la compagnie. Il frappe les hommes, leur inflige des punitions corporelles, et empêche même le capitaine de se porter au secours des navires en difficulté dans leur secteur. Quand les russes les save du bateau perdu, on sait que les étrangers sont aussi d'être humaine comme ils-même. Un ouvrier étudient dit que la situation du bateau-usine est pire que la prison dans le Souvenirs de la maison des morts par Dostoievski. Petit à petit une idée germe dans les cerveaux des marins et des ouvriers, poussés dans leurs derniers retranchements : grève, la rébellion ouverte.

Il faut ajouter que tout cela se situe dans le contexte de la rivalité russo-japonaise toujours d'actualité dans cette région du monde, auquel prétexte les ouvriers sont censés se tuer littéralement au travail, pour la plus grande gloire de l’Empire du Soleil Levant… La révolution Russe de 1917 n’est pas loin et enfièvre les jeunes esprits, dont l’auteur qui périra à la suite d’un interrogatoire policier en 1933, à cause de ses activités politiques supposées.

Renaissance d'intérêt[modifier | modifier le code]

À la suite de la crise financière de 2008, ce dernier est élu livre de l'année au Japon. Un film est tourné par Tanaka Hiroyuki en 2009, remake du film Kanikōsen de Sō Yamamura, datant de 1953.

Ce livre est en effet emblématique du malaise créé par les crises économiques qui ont touché le Japon à partir des années 1990, et en particulier celle de 2008. Dans la société japonaise se rappelant la période de plein emploi et d'emploi à vie, le travailleur pauvre ou celui qui a perdu son emploi se juge et sera jugé comme responsable de sa situation d'échec. Or la dégradation des conditions de travail et la crise financière de 2008 ont pour origine la finance et la dérèglementation, des causes clairement autres que l'incompétence de l'individu, et de plus en plus de personnes ont commencé à penser que leur disgrâce n'était pas méritée.

Parmi les jeunes générations, la phrase « On se croirait dans une scène du Bateau-usine » fut fréquemment prononcée, pour mentionner la pénibilité des tâches à accomplir par les employés « non-réguliers » (freeters, CDD, intérim[1]) : ceux-ci se sentent traités comme des esclaves, insultés et raillés par les travailleurs « réguliers », comme dans le livre de Kobayashi.

Plus de la moitié des personnes ayant acheté ce livre en 2008 avaient entre 20 et 30 ans, soit faisant partie de la génération la plus touchée par les licenciements et les emplois « non-réguliers ». Ce livre a donc probablement joué un rôle de phare dans les manifestations spontanées qui ont suivi le premier mai 2008, car il dénonce ce phénomène de dévalorisation des travailleurs pauvres et incite à la révolte plutôt qu'à l'autodestruction[2].

Références[modifier | modifier le code]

Takiji Kobayashi (traduit et présenté par Evelyne Lesigne-Audoly), Le Bateau-usine, Éditions Yago, Paris, 2009 (ISBN 978-2-916209-64-7)

Adaptation[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir l'article Emploi au Japon : les emplois « non-réguliers » représentaient en 2007 un tiers des emplois (17,6 % en 1987)
  2. D'après Hori Jasuo, (eo) Raportoj el Japanio 12, 2009, (ISBN 9784939088098)[à vérifier : La somme de contrôle devrait être 4 et non 8, demandé le 29 décembre 2014]

Liens externes[modifier | modifier le code]