Kanga Moussa

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Manssa Moussa
Représentation de Kanga Moussa dans l'Atlas catalan
Représentation de Kanga Moussa dans l'Atlas catalan
Titre
10e kourouk de l'Empire du Mali
1312 – 1337
Prédécesseur Aboubakri II
Successeur Maghan
Biographie
Titre complet Mansa de l'Empire du Mali, El Hajj
Date de naissance 1280[réf. nécessaire]
Date de décès 1337
Père Faga leye
Mère Kankou
Enfant(s) Magent

Mansa Moussa ou Kankou Moussa est le dixième « mansa » (roi des gugu) de l'empire du Mali de 1312 à 1332[1] ou 1337[2].

Lors de son ascension sur le trône, l'empire du Mali est constitué de territoires ayant appartenu à l'empire du Ghana et à Melle (Mali) ainsi que les zones environnantes. Moussa porte de nombreux titres, émir de Melle, seigneur des mines de Wangara, ou conquérant de Ghanata, Fouta-Djalon et, d'au moins une douzaine d'autres régions[3].
Il porte l’Empire du Mali à son apogée, du Fouta-Djalon à Agadez et sur les anciens empires du Ghana et des Songhaï. Il établit des relations diplomatiques suivies avec le Portugal, le Maroc, la Tunisie et l’Égypte. Son règne correspond à l'âge d'or de l'empire malien.

Il est considéré comme l'un des hommes les plus riches de l'Histoire[4], voir le plus riche[5], sa fortune étant estimée à 400 milliards de dollars[6] ou 310 milliards d'euros actuels[4].

Noms[modifier | modifier le code]

Kanga Moussa signifie « Moussa, fils de Kankou hamidou » en référence à sa mère les mandingues était a cette époque une société matriarcale, d'autres variantes de ce nom sont Kankou Moussa et Kankan Moussa. Il est la plupart du temps désigné sous le nom de Mansa Moussa dans les textes historiques européens et dans la littérature. D'autres variantes de son nom telles que Mali-koy Kankan Moussa, Gonga Moussa et le « lion du Mali » existent[7],[8].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et ascension au pouvoir[modifier | modifier le code]

Faute de sources écrites locales, les éléments historiques dont nous disposons sur l'empire du Mali proviennent des écrits des savants arabes ayant voyagé et séjourné dans le Sahel, Al-Umari, Abu-sa'id Uthman ad-Dukkali, Ibn Khaldoun, et Ibn Battuta. Selon l'histoire des dynasties maliennes que trace Ibn-Khaldoun, le grand-père de Kanga Moussa est Abou-Bakr (soit probablement Bakari ou Bogari au Mali), un frère de Soundiata Keïta, le fondateur de l'empire du Mali selon les traditions orales. Abou-Bakr ne montera pas sur le trône, et son fils, Faga leye, le père de Kanga Moussa n'a aucune espèce d'importance dans l'histoire du Mali[9] .

Kanga Moussa parvient au pouvoir grâce à la pratique voulant que le roi nomme un représentant lors de son pèlerinage à la Mecque puis en fasse son dauphin. Ainsi Moussa est choisi en tant que représentant, puis prend le pouvoir. Son fils, Mansa Magha deviendra aussi roi du Mali grâce à cette tradition[10].

Pèlerinage à la Mecque[modifier | modifier le code]

Le pèlerinage à la Mecque de Kanga Moussa le rendit célèbre en Afrique du Nord et dans le Proche-Orient. Il part pour l'Arabie en 1324, sa suite comprend 60 000 hommes, 12 000 esclaves, des hérauts vêtus de soie et porteurs de bâtons d'or s'occupent des chevaux et des sacs. Moussa fournit tout ce dont a besoin la procession, fournissant nourriture aux hommes et aux animaux[11]. Au sein de la caravane se trouvent aussi, selon certains récits, 80 dromadaires portant entre 50 et 300 livres d'or en poudre chacun (le Mali ignorait la monnaie). Dans chaque ville qu'il traverse, Moussa offre ses richesses. Il est aussi indiqué qu'il construit une nouvelle mosquée chaque vendredi, quelle que soit la localité où il s'arrête ce jour-là.

Plusieurs témoins directs rendent compte de son voyage. Ils sont tous impressionnés par la richesse du souverain et par l'importance de sa suite, dont le souvenir est rapporté dans de multiples sources. Sa rencontre avec le sultan mamelouk An-Nâsir Muhammad ben Qalâ'ûn en Égypte en juillet 1324 est documentée[12].

Cependant, la générosité de Moussa provoque des effets secondaires dévastateurs, ruinant l'économie des régions qu'il traverse. Au Caire, à Médine et à La Mecque, l'afflux soudain d'or provoque une dévaluation de ce métal qui durera pendant dix ans. Le prix des biens de consommation connaît une forte inflation, le marché tentant de s'adapter à l'afflux de richesses accompagnant la venue du roi malien. Afin de rectifier le cours de l'or, Moussa emprunte à haut intérêt tout l'or qu'il peut emporter aux prêteurs du Caire. C'est la seule fois dans l'histoire qu'un homme contrôle directement le prix de l'or du bassin méditerranéen[11].

Retour au Mali[modifier | modifier le code]

Lors de son long voyage de retour depuis la Mecque en 1325, Moussa apprend que son armée avec à sa tête le général Sagamandia a repris Gao, en pays Songhaï. Cette ville avait fait partie de l'empire avant même le règne de Sakoura et constitue à cette époque un important centre commercial bien que ses tendances rebelles soient notoires. Moussa fait un détour par la ville où il reçoit en otages les deux fils du dia songhaï Yasibo, Ali Kolen et Souleyman Nar. Il revient ensuite à Niani avec les deux garçons et les fait éduquer à sa cour[13].

Un roi bâtisseur[modifier | modifier le code]

Moussa fait construire de nombreuses mosquées et madrasas à Tombouctou[14] et à Gao, son œuvre la plus connue restant la médersa de Sankoré. À Niani, il fait construire une salle d'audience, un bâtiment communiquant par une porte intérieure avec le palais royal. L'édifice "construit en pierre de taille est surmonté d'un dôme décoré d'arabesques colorées. Les fenêtres de l'étage supérieur sont ornées d'argent, celles de l'étage inférieur d'or" (il n'en reste aucun vestige). On lui attribue souvent par erreur la construction de l'actuelle mosquée de Djenné, mais celle-ci date de 1907.

Influence à Tombouctou[modifier | modifier le code]

La mosquée Djingareyber datant du règne de Kanga Moussa.

Le souverain malien passe par Tombouctou à son retour de la Mecque et y installe des architectes venus d'Al-Andalus (dont Abou Ishaq es-Sahéli) et du Caire afin d'édifier son palais et la mosquée Djingareyber toujours existante[15].

Tombouctou est située sur un site favorable, à proximité du fleuve Niger, l'axe de transport principal de la région. La ville devient un carrefour religieux, culturel et commercial, ses marchés attirent les commerçants de l'Afrique occidentale comme d'Égypte, une médersa est fondée dans la ville (ainsi qu'à Djenné et Ségou) ce qui contribue à la diffusion de l'islam, Tombouctou devient une ville renommée pour son enseignement islamique[16]. Les informations concernant la prospérité nouvelle de la ville parviennent jusqu'en Europe, les commerçants de Venise, Gênes et Grenade rajoutent la cité à leurs circuits commerciaux, ils y échangent des produits manufacturés contre de l'or[17] .

En 1330, la ville est conquise par le royaume Mossi, après en avoir rapidement repris le contrôle, Moussa y fait construire des remparts, un fort et y cantonne une armée de manière à protéger Tombouctou de futures attaques.

Mort[modifier | modifier le code]

La date de la mort de Kanga Moussa fait l'objet de débats (le royaume du Mali n'ayant pas d'archives écrites), si on prend en compte le règne de son successeur, son fils Maghan (1332-1336) ainsi que le fait qu'il aurait régné 25 ans, la date de sa mort serait 1332[18]. Cependant des sources historiques indiquent que Moussa aurait prévu d'abdiquer en faveur de son fils mais serait mort peu après son retour de la Mecque en 1325[12]. Cependant, d'après les écrits d' Ibn-Khaldoun, il aurait été vivant à la date de la prise de Tlemcen (1337) en Afrique du nord, occasion lors de laquelle il aurait envoyé un représentant en Algérie afin de féliciter les conquérants pour leur victoire[18],[8].

Pièce d’or "Mansa Moussa" pour célébrer le cinquantenaire du Mali.

À la fin de son règne, l’empire du Mali s’étend approximativement de l’Atlantique à la rive orientale de la boucle du Niger et de la forêt à Teghazza au milieu du désert.

Commémoration[modifier | modifier le code]

À l'occasion des cinquante ans d’indépendance du Mali, le 22 septembre 2010, Aliou Diallo a lancé la pièce d’or commémorative Mansa Moussa[19].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Kankan Moussa est le dirigeant des Maliens dans le jeu vidéo Civilization IV.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Nawal Morcos Bell, « The age of Mansa Musa of Mali: Problems in succession and chronology », International Journal of African Historical Studies, vol. 5, no 2,‎ 1972, p. 221–234 (lire en ligne).
  • (en) Marq De Villiers et Sheila Hirtle, Timbuktu: Sahara’s Fabled City of Gold, New York, Walker and Company,‎ 2007
  • Sergio Domian, Architecture soudanaise: vitalité d'une tradition urbaine et monumentale : Mali, Côte-d'Ivoire, Burkina Faso, Ghana, Paris, L'Harmattan,‎ 1989, 191 p.
  • (en) A.J.H. Goodwin, « The Medieval Empire of Ghana », South African Archaeological Bulletin, vol. 12,‎ 1957, p. 108-112 (lire en ligne).
  • (en) John O. Hunwick, Timbuktu and the Songhay Empire: Al-Sadi's Tarikh al-Sudan down to 1613 and other contemporary documents, Leiden, Brill,‎ 1999 (ISBN 9004112073).
  • (en) Nehemia Levtzion, « The thirteenth- and fourteenth-century kings of Mali », Journal African History, vol. 4,‎ 1963, p. 341-353 (lire en ligne).
  • (en) Nehemia Levtzion, Ancient Ghana and Mali, Londres, Methuen,‎ 1973, 283 p. (ISBN 0841904316).
  • (en) Nehemia Levtzion et John F.P. Hopkins, Corpus of Early Arabic Sources for West Africa, Marcus Weiner Press,‎ 2000 (ISBN 1-55876-241-8).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice Delafosse Haut-Senegal Niger L'histoire Maisonneuve & Larose
  2. Jacques Giri Le Sahel demain : catastrophe ou renaissance ? KARTHALA Editions, 1983 (ISBN 2865370844 et 9782865370849)
  3. Goodwin 1957, p. 109
  4. a et b "Les 10 personnages les plus riches de l'Histoire", Historia Spécial, n° 12, juillet-août 2013.
  5. Et l'homme le plus riche de tous les temps est... — www.lalibre.be
  6. http://www.celebritynetworth.com/articles/entertainment-articles/25-richest-people-lived-inflation-adjusted/
  7. Hunwick 1999, p. 9
  8. a et b Bell 1972, p. 224-225
  9. Levtzion 1973, p. 341-347
  10. Levtzion 1973, p. 347
  11. a et b Goodwin 1957, p. 110
  12. a et b Bell 1972, p. 224
  13. Selon Maurice Delafosse dans Haut-Senegal Niger. Charles Monteil place la fuite d'Ali Kolen en 1275 plutôt qu'en 1335 (Jean Rouch Les Songhay L'Harmattan, 2007 (ISBN 2747586154 et 9782747586153))
  14. (en) « Mansa Musa », Maafa: African Holocaust (consulté en 27 février 2010)
  15. De Villiers et Hirtle 2007, p. 70
  16. De Villiers et Hirtle 2007, p. 74
  17. De Villiers et Hirtle 2007, p. 87-88
  18. a et b Levtzion 1973, p. 349-350
  19. « Une pièce d’or pour célébrer le cinquantenaire du Mali », Les Afriques, septembre 2010.