Kang Kek Ieu

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Kaing Guek Eav durant son procès en novembre 2009

Kang Kek Ieu (ou Kaing Kek Iev ou Kaing Guek Eav), plus connu sous le pseudonyme de Douch (également retranscrit Duch ou Deuch), en khmer កាំង ហ្គេកអ៊ាវ est né le 17 novembre 1942[1]. Il est surtout connu pour avoir été, entre 1975 et 1978, alors que le régime khmers rouges présidait aux destinées du Cambodge, le directeur de la prison de Tuol Sleng et l'un des responsables du Santebal, la police politique.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Kang Kek Ieu naît en 1942 dans le village de Poevveuy (province de Kampong Thum), au sein d'un foyer de paysans modestes et d'origine chinoise. Aîné et seul garçon d'une famille de cinq enfants, il fut, dans ses premières années un garçon souffreteux. Bien qu'entré tardivement (à 9 ans) dans le système scolaire, il fut un bon élève, qui décrocha, en 1964, son baccalauréat au Lycée Sisowath de Phnom Penh. En 1965, il est affecté comme professeur de mathématiques au collège de Skoun, près de son village natal. Les témoignages de ses anciens élèves évoquent un enseignant consciencieux et toujours prêt à venir en aide aux plus nécessiteux[2].

C'est à cette époque qu'il aurait épousé des idées révolutionnaires, prenant notamment conscience de la situation précaire de ses parents. Les choses s'accélérèrent en 1967, après l'arrestation de trois de ses élèves. Kang Kek Ieu choisit alors de prendre le maquis. Il sera arrêté le 5 janvier 1968 et condamné à 20 ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l'État en relation avec l'étranger ». Il sera libéré après la déposition de Norodom Sihanouk, en mars 1970 et reprendra ses activités clandestines[3].

Implication dans le mouvement khmer rouge[modifier | modifier le code]

Entre 1971 et 1973, il a tenu un camp de rééducation dans la jungle, dénommé M-13. Il y a détenu l'anthropologue français François Bizot, qui relate dans son livre Le Portail de longs dialogues entre l'auteur et Douch, très éclairants sur le parcours idéologique du futur bourreau, qui n'était alors encore qu'un jeune fonctionnaire angoissé de bien remplir ses missions. Il raconte comment Douch aurait tout fait pour lui laisser la vie sauve, alors qu'aucun des autres détenus de ce camp n'aurait survécu.

Il est connu pour avoir dirigé sous la dictature de Pol Pot (1975-1979) la prison Tuol Sleng, aussi connue sous le nom de S-21, située dans le centre-ville de Phnom Penh. Le bâtiment, qui abritait un lycée à l'origine, a servi de centre de torture. Plus de quinze mille « opposants » au régime (hommes, femmes et enfants) y ont été torturés et exécutés dans des « Killing Fields » voisins, aboutissement de vastes purges organisées par la garde rapprochée de Pol Pot.

Justice internationale[modifier | modifier le code]

Démasqué par le photographe irlandais Nic Dunlop alors qu'il vivait paisiblement dans un village cambodgien, Douch est détenu depuis 1999. Il a été écroué et inculpé le 31 juillet 2007 de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et meurtres avec préméditation par le tribunal du génocide cambodgien, un tribunal à la fois cambodgien et international parrainé par les Nations unies. Douch est le premier responsable khmer rouge dont le cas est instruit par cette instance judiciaire et le seul dont le procès soit arrivé à son terme. D'autres acteurs de ces événements sont également mis en cause par ce tribunal, dont en particulier les quatre plus hauts dirigeants encore en vie au début des années 2000 (Nuon Chea, Khieu Samphân, Ieng Sary et Ieng Thirith).

Le procès de Douch s'est ouvert le 17 février 2009. Il est poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité, torture et meurtre avec préméditation[4]. Le 31 mars 2009, il admet sa responsabilité dans des crimes et demande pardon aux victimes de la dictature communiste de Pol Pot : « Je voudrais exprimer mon regret et mon chagrin sincère pour les pertes et tous les crimes » commis sous les Khmers rouges il y a plus de trois décennies. Auparavant, les procureurs avaient fourni des détails horribles sur les actes de torture à Tuol Sleng (S-21), centre qui jouait un rôle central dans la politique d'écrasement des « traîtres » à la Révolution communiste : « La politique était que personne ne pouvait sortir vivant de S-21 [...] Sous les ordres directs de l'accusé et parfois de ses propres mains, des personnes détenues à S-21 ont été soumises de manière intentionnelle à des souffrances physiques et mentales intenses dans le but de leur soutirer des aveux et parfois d'infliger une punition [...] Les victimes étaient battues avec des cannes en rotin et des fouets, électrocutées ou étouffées avec des sacs en plastique attachés autour de leur tête, déshabillées et leurs parties génitales soumises à des décharges électriques [...] l'accusé a admis que les coups de canne étaient le plus souvent utilisés parce que d'autres formes de torture prenaient trop de temps ».

Le 27 novembre 2009, il demande son acquittement au tribunal alors qu'il a plaidé coupable durant toute la procédure. Il reconnaît les crimes qui lui sont imputés mais n'estime pas avoir été un haut dignitaire du régime de Pol Pot. Cette volte-face contredit aussi la plaidoirie qu'avait tenue son avocat français, Me François Roux[5]. Cet avocat est révoqué par l'accusé début juillet 2010, deux semaines avant le verdict[6]. Douch conserve son avocat cambodgien Kar Savuth qui estime qu'il ne doit pas être condamné.

Une peine de quarante années de prison est requise à l'encontre de l'accusé. Le verdict, rendu le 26 juillet 2010, le condamne à trente-cinq ans de réclusion pour crimes contre l'humanité. Cette peine est immédiatement revue à la baisse, à trente ans, en raison du fait que la cour reconnaît qu'il a été détenu illégalement par une cour militaire après son arrestation en 1999[7] ; il ne lui reste donc plus que dix-neuf années de prison à purger. L'accusé comme les parties civiles font appel de cette condamnation.

Un nouveau procès s'ouvre le 28 mars 2011, à l'issue duquel, le 3 février 2012, il est à nouveau condamné, mais cette fois-ci à la prison à perpétuité, pour meurtre, torture, viol et crimes contre l'humanité[8], à sa surprise car il lui avait été proposé de collaborer avec la justice en l'échange d'un allégement de peine[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Analyses[modifier | modifier le code]

Témoignages[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Louis Tremblais, « Khmers rouges : l'heure des comptes », Le Figaro,‎ 7 décembre 2007 (lire en ligne)
  2. Marcel Lemonde et Jean Reynaud, un juge face aux khmers rouges, Seuil,‎ 2 janvier 2013, 250 p. (ISBN 978-2021055740, présentation en ligne), p. 44-45
  3. « Duch, l’enseignant révolutionnaire converti au catholicisme », Cambodge Post,‎ 7 avril 2009 (lire en ligne)
  4. Le Figaro.fr, Ouverture des débats au procès Douch, 30 mars 2009
  5. Le Monde.fr, Douch, tortionnaire des Khmers rouges, demande l'acquittement, le 27 novembre 2009
  6. www.cambodgesoir.info 9 juillet 2010
  7. « 35 ans de prison pour l'ex-chef khmer rouge Douch », L'Humanité,‎ 26 juillet 2010 (lire en ligne)
  8. Cambodge: "Douch" condamné à la prison à vie, Le Nouvel observateur, 3 février 2012
  9. "Le procès des Khmers rouges est une hypocrisie" Prêtre des Missions étrangères de Paris et résidant au Cambodge, François Ponchaud revient sur la condamnation à perpétuité de Douch, chef de la prison S21 à Phnom Penh où plus de 15 000 personnes ont été torturées et exécutées.