Kala pani (tabou)

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Le Kala Pani désigne un tabou de l'hindouisme de ne pas franchir les eaux sombres ou noires de l'océan, nommément, l'océan Indien et de ne pas entreprendre de longs voyages, car cela signifierait une rupture du cycle de la réincarnation, et une condamnation à l'errance perpétuelle. Cette désignation n'est pas sans rappeler les eaux abyssales de l'océan Atlantique que l'on redoutait et qui a aussi évoqué des peurs pour des générations des marins.

Engagisme et eaux noires[modifier | modifier le code]

Pendant la période de l'engagisme ou engagement, les autorités coloniales anglaises connaissaient cet obstacle du Kala Pani. Aussi ont-ils eu recours aux Hill coolies ou Dhangars, qui étaient une tribu nomadique en rupture avec le système de caste traditionnel, car ils louaient leurs bras en tant que coolies ou engagés dans les grandes plantations d'indigotiers aux alentours du plateau de Chota Nagpur.

Ruse des recruteurs[modifier | modifier le code]

Aussi, très tôt, face la demande croissante des planteurs nécessitant la main-d'œuvre des coolies, des recruteurs peu scrupuleux trouvèrent une astuce pour décider les engagés les plus récalcitrants à franchir le Kala Pani : ils plaçaient de grands chaudrons contenant de l'eau du Gange, garantissant la pérennisation du cycle de la réincarnation, à bord de navires, souvent des négriers reconvertis, pour convaincre les coolies qu'ils n'étaient pas en infraction avec leurs croyances religieuses.

Esthétique du Kala Pani[modifier | modifier le code]

Ce n'est qu'en 1992 qu'un texte poétique de l'écrivain Khal Torabully mit le Kala Pani au centre de son dispositif esthétique dans sa poétique de la coolitude. Pour la première fois, l'océan tant craint devenait un espace de la création et de la déconstruction des identités, dans une perspective de l'imaginaire corallien, pluriel de l'auteur. Le poète Torabully chante aussi les beautés océanes, comme pour conjurer cette "malédiction" (ou plutôt ce traumatisme historique) liée aux grands espaces marins. La romancière Natacha Appanah a aussi mis en scène le voyage océanique des coolies, mais surtout pour en montrer l'inhumanité, tandis de le roman d'Amitav Ghosh, A Sea of Poppies donne au Kala Pani la densité d'un personnage romanesque.