Kaʻahumanu

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La reine Kaahumanu

Elizabeth Kaʻahumanu (née vers 1768 et morte le 5 juin 1832) est une reine régente du Royaume de Hawaï, femme de Kamehameha Ier. Femme préférée du roi et la plus puissante politiquement, elle continue à exercer un pouvoir important en tant que Kuhina Nui (en) pendant le règne de ses deux premiers successeurs, Kamehameha II et Kamehameha III .

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fille de Keʻeaumoku Papaʻiahiahi et de Namahana'i'Kaleleokalani, elle naît dans aux alentours de 1768. Son anniversaire est pourtant célébré le 17 mars[1]. Son père est un fugitif alliʻi de l'île d'Hawaï, et sa mère est la femme de son demi-frère, le roi de Maui, Kamehameha Nui. Par sa mère, Kaʻahumanu a des liens de parenté avec des rois de Maui, et par son père, elle est la troisième cousine de Kamehameha I, avec lequel elle partage un ancêtre commun, la princesse Kalanikauleleiaiwi de l'île d'Hawaï.
Le nom de Kaʻahumanu est issu de celui de son possible père biologique, Kahekilinuiʻahumanu, car ce serait grâce à lui que son père aurait pu fuir de l'île d'Hawaï. Son nom signifie ainsi drape de plumes.

Sa fratrie inclut le gouverneur John Adams Kiiapalaoku Kuakin (1789–1844), la reine Kalākua Kaheiheimālie (vers 1778–1842) et le gouverneur George Keeaumoku II de Maui[2]. Son père devient un conseiller et un proche de Kamehameha I, avec qui il réalise un mariage arrangé avec sa fille quand elle a treize ans. Kamehameha dispose de nombreuses épouses, cependant il préfère Kaʻahumanu qui l'encouragera à unifier les îles d'Hawaï.

Régence[modifier | modifier le code]

À la mort de Kamehameha en 1819, elle annonce que le roi décédé aurait voulu qu'elle partage la gouvernance du royaume avec son fils de 22 ans, Liholiho, qui prend le nom de Kamehameha II. Le statut de Kuhina Nui est alors créé pour elle, équivalent de la fonction de corégence de nos jours. Son pouvoir s'accroît et elle gouverne en tant que reine régente, pendant les règnes de Kamehameha II et de Kauikeaouli (qui exerce son pouvoir sous le nom de Kamehameha III).

D'une certaine manière, Kaʻahumanu est en avance sur son temps et sur les droits accordées aux femmes hawaïennes, même si c'est avant tout afin d'en tirer personnellement avantage. Kaʻahumanu conspire ainsi avec une des femmes de son mari, Keōpūolani, également reine régente durant le règne de Kamehameha II, afin de manger à la même table que le roi, ce qui est contraire à la religion hawaïenne, et aux codes de conduite (kapu) alors en vigueur. Cela deviendra le ʻAi Noa.

Kaumualii de Kauai[modifier | modifier le code]

Les îles de Kauai n'ayant jamais été conquises par Kamehameha, une capitulation est négociée sans effusion de sang. En 1810, le roi de d'île Kauai, Kaumualiʻi, devient ainsi un vassal au sein du Royaume unifié d'Hawaï. À la mort de Kamehameha I, Kamehameha II et Kaʻahumanu craignent que Kaumualiʻi ne s'enfuit. Ils l'enlèvent donc et le marient de force à Kaʻahumanu en 1821. Lorsqu'il meurt en 1824, Kaʻahumanu se marie au fils de Kaumualiʻi, Kealiʻiahonui.

Conversion au christianisme[modifier | modifier le code]

En 1824, Kaʻahumanu se convertit au protestantisme, et encourage ses sujets à se faire baptiser. Elle présente ainsi son premier code juridique, basé sur une éthique chrétienne et les dix commandements. Elle est elle-même baptisée en 1825, à l'église de Kawaiahaʻo, et prend le nom d'Elizabeth[3].

Des missionnaires la persuadent de demander à l'église catholique romaine, établie à la cathédrale Notre Dame de la Paix à Honolulu, de quitter l'île, ce qu'elle fait en 1827. En 1830, une loi interdit l'enseignement catholique, et menace de déportation toute personne qui irait à son encontre.

En 1832, Kaʻahumanu se rend sur l'île de Maui. Elle demande à ce que l'église, désormais nommée « église Kaʻahumanu », soit renommée en son honneur. Cette demande n'est honorée qu'en 1876, quand le révérend Edward Bailey procède à la construction de la quatrième et actuelle église.

Relations avec les États-Unis[modifier | modifier le code]

Kaʻahumanu et Kamehameha III négocient en 1826 le premier traité entre le Royaume d'Hawaï et les États-Unis d'Amérique. Ce traité commercial assume, au nom des hawaïens, la responsabilité des dettes contractées par leurs commerçants santaliers envers les États-Unis pour l'équivalent de 150 000 $ de bois de santal. Kaʻahumanu s'attire ainsi le soutien des chefs santaliers auparavant endettés. Le même traité établit un certain libre échange, grâce auquel les américains peuvent ainsi accoster dans les ports hawaïens pour le commerce, mais aussi être protégés par les lois locales, et intenter des procès au sein des cours hawaïennes de justice.

À partir de 1827, la santé de Kaʻahumanu décline. Pendant ce temps, les missionnaires impriment le premier exemplaire du Nouveau Testament traduit en hawaïen, que Kaʻahumanu conserve jusqu'à sa mort, le 5 juin 1832 dans la vallée de Mānoa, près d'Honolulu. Ses funérailles ont lieu à l'église Kawaiahaʻo. L'office est présidé par Hiram Bingham, un missionnaire qui a introduit le protestantisme dans le royaume. Le corps de Kaʻahumanu repose au palais ʻIolani, puis plus tard au Muséum royal d'Hawaï.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Barbara Bennett Peterson, Notable Women of Hawaii, University of Hawaii Press,‎ 1984, 174 p. (ISBN 0-8248-0820-7, lire en ligne)
  2. Christopher Buyers, « Maui Genealogy », sur royalark.net (consulté le 20 mars 2011)
  3. Hiram Bingham I, A Residence of Twenty-one Years in the Sandwich Islands, H.D. Goodwin,‎ 1848, 3e éd. (1re éd. 1855) (lire en ligne)