Justice (allégorie)

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Allégorie de la Justice avec le bandeau, le glaive et la balance

Justice ou Justitia (écrit en latin Iustitia), est dans la mythologie romaine la déesse de la Justice. C'est une personnification allégorique de la force morale qui sous tend le système légal. La symbolique judiciaire utilise également depuis le XIIIe siècle une figure de la mythologie grecque, Thémis, sous les traits d'une femme aux yeux bandés, symbolisant l'impartialité.

Description[modifier | modifier le code]

Depuis la Renaissance, Justice a souvent été dépeinte comme une matrone portant un glaive et une balance, ayant parfois un bandeau sur les yeux. D'autres interprétations plus modernes ont fait de Justice une femme enceinte dans son deuxième trimestre de grossesse, car elle n'est pas une jeune fille sans expérience.

Divinités de la mythologie greco-romaine liées à la justice[modifier | modifier le code]

La Justitia latine est une divinité dont les attributs se retrouvent chez plusieurs divinités de la mythologie grecque et romaine qui ne lui sont pas exactement équivalentes.

Thémis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Thémis.

Fille de Gaïa, la terre, et d’Ouranos, le ciel, Thémis était l'incarnation de l'ordre divin, de la loi et de la coutume : elle personnifiait la justesse divine de la loi. Elle est une rescapée du combat cosmogonique entre les titans et les dieux dont Zeus fut le vainqueur. Première épouse du père des dieux, elle demeure à ses côtés lors des prises de décisions relevant de la justice divine. Thémis évoque ainsi la force de la permanence et de l'impartialité, par contraste avec la future femme de Zeus, possédée par une jalousie dévorante, Héra. Elle est représentée armée d’un glaive et tenant une balance (cette posture peut varier, de manière plus ou moins ostentatoire). Ses couleurs vestimentaires sont dominées par le blanc, symbole de pureté et de candeur (« candide » en latin signifie « blanc »), le noir et le pourpre.

Eunomie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Eunomie.

Fille de Zeus et Thémis, Eunomie était l'une des trois Heures mentionnées par Hésiode. Elle personnifiait la Loi et l'Ordre, et par extension la justice humaine dans son aspect légal.

Diké[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dicé.

Sœur d'Eunomie, Diké personnifiait la justice humaine en général et notamment dans son aspect répressif, celui du châtiment et de l'application des peines. On imaginait cette divinité tenant une balance comme le rappelle ce vers extrait d'un fragment ayant survécu d'un poème de Bacchylide : « Si quelque dieu avait tenu en équilibre la balance de Diké ».

Tyché[modifier | modifier le code]

Dans la mythologie grecque, Tyché (en grec ancien Τύχη / Túchê, « chance ») est la divinité tutélaire de la fortune, de la prospérité et de la destinée d'une cité ou d'un État. Son équivalent romain est Fortuna et son équivalent germanique est Heil, le Salut de l'âme.

Article détaillé : Tyché.

Némésis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Némésis.

Dans la mythologie grecque, Némésis (en grec ancien Νέμεσις / Némesis) est la déesse de la juste colère des dieux, parfois assimilée à la vengeance. Le nom de Némésis dérive du terme grec νείμειν (neïmenn), signifiant « le don de ce qui est dû ». La mythologie romaine en reprend un aspect sous la forme d'Invidia, soit « l'indignation devant un avantage injuste1 ». Elle est aussi interprétée comme étant un messager de mort envoyé par les dieux comme punition.

Fortuna[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fortuna (mythologie).

Fortuna est une divinité italique allégorique du hasard, de la chance. Son nom dérive du latin fors qui signifie « sort ». Elle est identifiée à la Tyché grecque.

Les attributs de Justice[modifier | modifier le code]

Les attributs de Justice sont empruntés à Thémis, Dicé, Tyché et Némésis.

Le bandeau[modifier | modifier le code]

Le bandeau qui couvre les yeux de Justice est un symbole d'impartialité [1]. Il indique que la justice est (ou devrait être) rendue objectivement, sans crainte ni faveur, indépendamment de l'identité, de la puissance ou de la faiblesse des accusés : la justice comme l'impartialité est aveugle.

Les yeux bandés furent initialement un attribut de la déesse grecque hellénistique Tyché (le destin) et se retrouvent chez son équivalent, la déesse romaine Fortune (la chance). Le bandeau ne fut attribué à la Justice latine que secondairement : les premières pièces de monnaie romaines montraient Justitia tenant le glaive dans une main et la balance dans l'autre, mais avec les yeux non couverts[2].

Le glaive[modifier | modifier le code]

L'épée est celle de Némésis (la vengeance) et symbolise l'aspect répressif de la justice, l'application des peines. Chez la Justitia romaine, le glaive romain a remplacé l'épée. Tenu dans la main droite, il symbolise aussi le pouvoir de la justice qui tranche les problèmes et litiges. Mais il est à double tranchant car les puissances de la raison et de la justice peuvent s'exercer aussi bien en faveur qu'au détriment de chacune des parties.

L’épée ou glaive, instrument de pouvoir, elle a rapidement symbolisé celui-ci et, partant, l’exercice de la justice. Actuellement, l’armée, par référence à l’élite militaire que constituait la première chevalerie, utilise aussi le symbole de l’épée. Mais nul mieux que Edmond Giscard, lors de la réception de son épée d’Académicien, n’a pu en définir la symbolique : « Elle a servi jadis au combat, mais aujourd’hui elle sert surtout à incarner ce qui est irréfutable, ce avec quoi on ne transige pas. Elle est ce qui est droit, simple, direct, sans détours. Elle est la représentation de toutes les qualités qui nous obligent à penser juste…. » *. Qui ne pourrait être fier de l’avoir dans ses attributs professionnels, alors qu’il semblerait que ce soit la balance, symbole des comptables et des merciers, qui l’ait supplantée au sein du monde judiciaire.

  • extrait de l’allocution prononcée par M. Jean Cazeneuve, vice-président de l’Académie des sciences morales et politiques de France, lors de la séance du 18 octobre 1982, à l’occasion du décès de Edmond Giscard d’Estaing, page 727/728, Revue des sciences morales et politiques, 137e année, 1982, n° 4, ISBN n° 0751-5804.

voir aussi : - la balance (instrument) - Les symboles et attributs du « Secteur comptabilité », par Claude JANSSENS, Le Parchemin, Bulletin bimestriel édité par l’Association royale office généalogique et héraldique de Belgique, 2004

La balance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Balance de Thémis.

Justice est le plus souvent représentée tenant, dans la main gauche, une balance sur laquelle elle soupèse les forces de soutien et d'opposition dans une affaire (principe de contradiction juridique).

Le monde juridique fait usage d’une balance, mais c’est à tort que de nombreuses personnes lui en accordent la primauté. A moins de verser dans une tendance quelque peu fâcheuse de la modernité, qui stylise en simplifiant, il semble que le monde judiciaire ne puisse considérer comme sien le symbole de l’égalité que constitue la balance, sans la combiner au glaive, symbole de la justice (à l’instar des attributs de la déesse Thémis), la balance seule ne pouvant être historiquement attribuée qu’à la corporation des métiers des merciers et aux professions comptables, voire dans sa forme à plateau plat et carré aux marchands de fromage.

En effet, l’étude des sceaux, blasons et jetons des corporations de métiers, révèle que les merciers avaient choisi la balance, instrument de mesure, comme symbole de leur corporation. C’est ainsi qu’on la retrouve seule dans les armes de la corporation des merciers de Bruxelles et combinée dans celle de Liège. La balance figure également dans les sceaux des merciers des Villes de Hasselt et de Saint-Trond, le premier montre saint-Nicolas, patron de la confrérie, tenant d’une main une fourche et de l’autre une balance, tandis que le second qui montre un saint patron tenant la balance. Elle figure également en outre dans les armes et les jetons de la corporation des marchands de fromage de la Ville de Gand.

Du reste, dans la profession de comptable, la balance fut un véritable outil de travail, comme nous l’avons expliqué ci-avant, représenté sur de nombreux méreaux à compte pour souligner la fonction de comptable. L’usage réel de la balance dans l’histoire de la profession comptable, renforcé par la symbolique de l’égalité entre le débit et le crédit, l’actif et le passif, explique que de nombreuses organisations professionnelles l’ont adopté comme symbole à travers le monde. Universellement attribuée aux professions comptables elle apparaît même dans les armes du Département du Trésor des États-Unis d’Amérique.

voir aussi : - la balance (instrument) - Les symboles et attributs du « Secteur comptabilité », par Claude JANSSENS, Le Parchemin, Bulletin bimestriel édité par l’Association royale office généalogique et héraldique de Belgique, 2004

Représentations sculpturales de Justice[modifier | modifier le code]

Une statuette moderne produite en masse et largement diffusée de La Justice la représente avec les yeux bandés brandissant sa balance dans une main, avec sa puissante épée au repos pointe en bas mais prête à l'action, la poignée appuyée derrière sa hanche. Elle se tient debout sur un sol rocailleux et écrase sous son pied le cou d'un serpent qui s'enroule sur le Livre de la Loi. (Voir l'illustration ci-dessous : Justice par Mayer).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thémis sur le site ledroitcriminel.fr.
  2. (en) "The Scales of Justice as Represented in Engravings, Emblems, Reliefs and Sculptures of Early Modern Europe" in G. Lamoine, ed., Images et representations de la justice du XVie au XIXe siecle (Toulouse: University of Toulouse-Le Mirail, 1983)" at page 8.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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