Juste parmi les nations

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Le diplôme et la médaille de Juste parmi les nations remis par l’Institut Yad Vashem à la famille d’Auguste et Jeanne Bieber en 2012.

« Juste parmi les nations » (en hébreu : חסיד אומות העולם, Hasid Ummot Ha-'Olam, littéralement « généreux des nations du monde ») est une expression du judaïsme tirée du Talmud (traité Baba Batra, 15 b).

En 1953, l’assemblée législative de l’État d’Israël (la Knesset), en même temps qu’elle créait le Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem consacré aux victimes de la Shoah, décida d’honorer « les Justes parmi les nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs ». Le titre de Juste est décerné au nom de l’État d’Israël par le Mémorial de Yad Vashem. Au , 24 355 Justes parmi les nations de 46 pays ont été honorés. En tout, les Justes ont sauvé des centaines de milliers de personnes.

Il s’agit actuellement de la plus haute distinction honorifique délivrée par l’État d’Israël à des civils.

Monument aux Justes parmi les nations de Shelomo Selinger au Yad Vashem à Jérusalem.
Mur des Justes, Mémorial de la Shoah à Paris.

La notion de « Juste parmi les nations » dans la tradition juive[modifier | modifier le code]

Dans la tradition du judaïsme, la plupart des préceptes et obligations contenus dans la Torah ou dans ses commentaires s’imposent seulement aux Juifs, étant hérités de leurs ancêtres qui furent volontaires pour cette charge. Ces obligations sont détaillées dans les 613 commandements (mitzvot) du judaïsme orthodoxe.

Les non-Juifs ont à suivre des principes éthiques moins détaillés. Au sens large, tout non-Juif qui observe les « Sept commandements » est reconnu en tant que « juste » (en hébreu Tsaddik) et est assuré d’une récompense divine. Par exemple, dans les écritures juives, Job représente parfaitement ce type de personne tout comme Melchisédech, tous deux des Gentils.

D’après la Halakha[1], les sept catégories d’obligations divines incombant aux non-Juifs sont :

  1. Reconnaître un seul Dieu, créateur du monde ;
  2. Ne pas blasphémer contre Lui ;
  3. Instaurer des cours de Justice dans la société qui garantissent la moralité publique ;
  4. Ne pas commettre de meurtre ;
  5. Ne pas commettre de vol ;
  6. Ne pas commettre d’adultère ;
  7. Ne pas consommer le membre d’un animal vivant (et d’une manière plus large ne pas faire souffrir les animaux).

D’autres normes sont considérées par les rabbins comme importantes mais seules ces Sept Lois, supposées avoir été édictées au temps de Noé par Dieu pour toute l’Humanité, sont impératives.

D’après l’enseignement rabbinique, les sociétés qui s’écartent délibérément de ces prescriptions ne survivront pas comme le montre l’épisode biblique de Sodome et Gomorrhe. Chaque société n’est ainsi maintenue par Dieu que pour le Bien des « Justes » vivant en son sein. Le terme désigne strictement à l’origine les non-Juifs craignant Dieu comme dans le Midrash[réf. nécessaire] où il est fait référence à de rares « Justes » qui prient l’Éternel. L’usage du terme devient d’un emploi plus fréquent dans la littérature médiévale où sont désignés ainsi tous ceux qui font preuve de bienveillance à l’égard des Juifs. Le Zohar qualifie ainsi tout non-Juif qui se comporte avec justice[2].

La création du titre de Juste parmi les nations[modifier | modifier le code]

Stèle trilingue au Mémorial de la Shoah à Yad Vashem à Jérusalem.

Le processus de création dans l'ordre juridique israélien[modifier | modifier le code]

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1950, prend corps en Israël la volonté de commémorer les martyrs de la Shoah. En , le gouvernement israélien dépose à la Knesset un « projet de loi sur la commémoration des martyrs et des héros - Yad Vashem ». C’est lors de débats par un amendement au projet qu’est ajouté une référence aux « Justes parmi les nations », non-Juifs qui ont risqué leur vie pour venir en aide à des Juifs. La notion de Juste entre dans le champ légal et politique par la loi du , au dernier alinéa de l’article I fixant les thèmes d’action du mémorial.

Mais ce n’est qu’à partir de 1963, comme une des conséquences du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem qui entend faire la lumière sur les comportements pendant la guerre et distingue entre les attitudes des différents pays, institutions et communautés ceux qui ont agi pour sauver des Juifs, que Yad Vashem enclenche une politique active d’identification de ces « Justes »[3].

La signification politique de cet hommage[modifier | modifier le code]

Yad Vashem estime que l’hommage rendu aux Justes parmi les nations revêt une signification éducative et morale[4] :

  • Israël a l’obligation éthique de reconnaître, d’honorer et de saluer, au nom du peuple juif, les non-Juifs qui, malgré les grands risques encourus pour eux-mêmes et pour leurs proches, ont aidé des Juifs à un moment où ils en avaient le plus besoin.
  • Les actes des Justes prouvent qu’il était possible d’apporter une aide. L’argument selon lequel l’appareil terroriste nazi paralysait les initiatives contraires à la politique officielle est démenti par l’action de milliers de personnes de tous les milieux qui ont aidé les Juifs à échapper à la Solution finale.

Octroi de la distinction[modifier | modifier le code]

Critères de choix[modifier | modifier le code]

Depuis 1963, une « commission d'hommage » présidée par un Juge de la Cour suprême d’Israël a été créée pour décerner le titre de « Juste parmi les nations ».

La commission respecte des critères précis et s’appuie sur une documentation méthodique reposant principalement sur les témoignages directs. Les dossiers permettant d’établir la reconnaissance d’un Juste doivent établir, avec plusieurs témoignages concordants, des faits probants tels que :

  • le fait d’avoir apporté une aide dans des situations où les Juifs étaient impuissants et menacés de mort ou de déportation vers les camps de concentration.
  • le fait d’avoir été conscient qu’en apportant cette aide, le sauveteur risquait sa vie, sa sécurité ou sa liberté personnelle, les nazis considérant l’assistance aux Juifs comme un crime.
  • le fait de n’avoir recherché aucune récompense ou compensation matérielle en contrepartie de l’aide apportée[5].

Conséquences de ce choix[modifier | modifier le code]

Une personne reconnue comme un « Juste » se voit octroyer une médaille à son nom, un certificat officiel et son nom est gravé sur le Mur d’Honneur dans le Jardin des Justes à Yad Vashem. Cette inscription remplace la plantation d’un arbre faute de place dans le mémorial. Ces symboles sont remis au « Juste » ou à ses représentants lors de cérémonies publiques. Un Juste reçoit un versement mensuel au niveau du salaire moyen d’Israël. Diverses aides sanitaires et sociales lui sont accordées ainsi qu’à son époux(se). Le « Juste » qui est en difficulté - où qu’il réside - sera aidé par La « Fondation juive pour les Justes », établie à New York (États-Unis) créée à cet effet. Le Fonds Anne Frank, établi à Bâle (Suisse) prend en charge les frais médicaux. Les « Justes » établis en Israël (57 personnes et leurs familles) reçoivent une pension d’État[5].

Les lois de Yad Vashem autorisent :

« à conférer la citoyenneté honoraire aux Justes parmi les nations et s’ils ont disparu, la citoyenneté commémorative de l’État d’Israël en reconnaissance de leurs actions ».

Au , 22 765 personnes[6], incluant les membres de la famille qui ont partagé les risques du sauvetage des Juifs, ont été reconnues Justes, représentant plus de 8 000 actions de secours authentifiées.

La politique de Yad Vashem est de poursuivre ce programme tant que des demandes de reconnaissance étayées par des preuves lui seront transmises.

L’octroi de cette distinction doit honorer des actions incontestables, prouvées, largement individuelles à quelques exceptions comme le village français du Chambon-sur-Lignon, le village néerlandais de Nieuwlande, le réseau polonais Żegota ou la Résistance danoise. La difficulté de trouver des témoignages directs ou le caractère diffus de certaines actions réduisent le nombre des « Justes » identifiables[7].

Comme le précise le site de la section française de Yad Vashem, le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages. De plus, de nombreuses actions ont été effectuées par des réseaux très variés, des actions successives de faible portée menées par de nombreuses personnes, assistées par une très large « complicité passive ».

Les Justes en France[modifier | modifier le code]

Inscription au Panthéon.

Comme dans d’autres pays européens, la France a connu des actions visant à aider les Juifs, certaines actives, d’autres traduisant une capacité diffuse et assez répandue de « désobéissance civile » chez les Français.

La diversité des actions de sauvetage, en zone libre comme en zone occupée, la propension des laïcs et des religieux à ne pas exécuter les lois du Régime de Vichy et les exigences des autorités allemandes, la relativité de l’application des décisions gouvernementales sont révélatrices de cette attitude qui a débuté dès 1940, soit avant les rafles de l’été 1942. Désobéir, c’était, à certains moments, prendre des risques pour ne pas collaborer et pour tenter de sauver autrui.

En France, 3 550 personnes ont été formellement identifiées[8] par Yad Vashem. Mais probablement plus de personnes ont dû agir pour sauver les trois quarts des Juifs qui résidaient en France de la déportation. En , il y avait en France environ 300 000 Juifs se répartissant ainsi : 110 000 Français depuis plusieurs générations, 70 000 naturalisés Français et 120 000 étrangers et apatrides. À ceux-ci s’ajoutèrent en près de 40 000 réfugiés Juifs de Belgique, Pays-Bas et Luxembourg qui avaient fui sous le choc de l’invasion allemande. Sans oublier les Juifs allemands, expulsés d’Allemagne en France par les Nazis après l’Armistice de 1940, dont par exemple 6 538 Juifs du Pays de Bade, du Palatinat et de Sarre ; nombre d’entre eux furent internés au Camp de Gurs[9]. 75 721 Juifs[10] furent déportés et 2 560 reviendront des camps[11].

Les « Justes de France »[modifier | modifier le code]

La notion de « Justes de France » apparaît dans une proposition de loi de Jean Le Garrec (groupe socialiste), déposée le et qui n’a pas abouti. Elle prévoyait la création d’un titre de « Juste de France » témoignant d’actions accomplies durant la période du Régime de Vichy pour recueillir, protéger ou défendre des personnes menacées de l’un des crimes définis par les articles 211-1 à 213-5 du code pénal français (génocide, crime contre l’humanité).

Le titre de « Juste de France » aurait été décerné par une commission nationale créée à cet effet et qui aurait vérifié que les personnes concernées répondaient aux conditions fixées par le texte (avoir procuré, au risque conscient de sa vie ou de son intégrité corporelle, spontanément et sans espoir de contrepartie, une aide véritable à une personne se trouvant en situation de danger ou de péril immédiat).

En 2000, une nouvelle proposition de loi, adoptée à l’unanimité par les députés, instaure une journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux « Justes de France » mais abandonne la création d’un titre de « Juste de France » décerné par la République française. Sont donc désignées ainsi les personnes ayant reçu le titre de « Juste parmi les nations », délivré par la commission israélienne de Yad Vashem aux protecteurs des seuls Juifs (et non à ceux des autres victimes de persécutions raciales, comme les Tsiganes)[12] et qui ont agi en France.

Hommage aux « Justes parmi les nations » de France[modifier | modifier le code]

La cérémonie au Panthéon de Paris le 18 janvier 2007.

Un monument des Justes parmi les nations de France a été inauguré par le Président de la République française, Jacques Chirac le dans la clairière de la forêt domaniale du Château de Ripaille, sur la commune de Thonon-les-Bains en Haute-Savoie.

Le , Jacques Chirac et Simone Veil, présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et ancienne déportée, ont inauguré une inscription dans la crypte du Panthéon de Paris en présence de nombreuses personnalités dont le prix Nobel de la paix Elie Wiesel. Il s’agit de rendre hommage aux « Justes de France » et aux héros anonymes qui ont sauvé des milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce titre a été décerné à cette date à 2 725 Français dont 240 sont encore en vie. Plusieurs dossiers sont en cours d’instruction. À cette occasion, le Président de la République prononce un discours rappelant le refus de l’indifférence et de l’aveuglement face à l’attitude haineuse et revancharde du Régime de Vichy[13].

La date du 18 janvier correspond à l’anniversaire de l’entrée des troupes soviétiques dans le camp d’Auschwitz.

On peut lire sur la plaque le texte suivant  :

« Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés « Justes parmi les nations » ou restés anonymes, des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité. »

Cette cérémonie fait suite à la déclaration du au Vélodrome d’Hiver dans laquelle le Président Chirac disait : « La folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français »[14], reconnaissant ainsi le rôle de l’administration française dans la déportation des Juifs en France. La cérémonie suivait aussi l’instauration en 2000 de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France le 16 juillet de chaque année[15].

Article détaillé : Rafle du Vélodrome d’Hiver.

Le Mémorial de la Shoah à Paris[modifier | modifier le code]

Le Mémorial de la Shoah a ouvert ses portes le , en plein cœur du quartier du Marais à Paris, sur le site du Mémorial du martyr Juif inconnu. Cette institution prend la suite du CDJC (Centre de documentation juive contemporaine, créé dans la clandestinité à Grenoble par Isaac Schneersohn en ) et du Mémorial du martyr juif inconnu (inauguré le ), à la suite de la fusion de ces deux institutions décidée en 1997. Le Mémorial est situé au 17 rue Geoffroy-l’Asnier, à Paris dans le IVe arrondissement.

Le Mémorial de la Shoah, auquel la Fondation pour la Mémoire de la Shoah apporte un soutien financier permanent, a réalisé une « allée des Justes » avec les noms des 2 693 Justes de France, à proximité du Mur des Noms où sont gravés les noms des 76 000 Juifs déportés de France. Ce « Mur des Justes », ainsi que l’exposition réalisée à cette occasion, ont été inaugurés le .

Quelques noms connus[modifier | modifier le code]

Parmi les 2 700 Justes honorés en France, différents groupes sont mis en exergue. Un dictionnaire des Justes de France, comportant plus de 2 000 noms, a été publié en 2003[16],[17]. L’analyse de ces noms montre une très grande diversité des conditions sociales et des métiers mais avec une prédominance notable de femmes (60 % des occurrences)[7].

Le mémorial des Justes parmi les nations, dans le parc Raoul Wallenberg (Budapest), sur lequel sont inscrits les noms de Justes.
Le mémorial des Justes parmi les nations, dans le parc de la Navale à La Seyne-sur-Mer.

À travers l’Europe, quelques-uns des « Justes » plus connus montrent également qu’ils relèvent d’origine et de condition très diverses :

Communautés ou réseaux 
  • aux Pays-Bas, trois groupements ont reçu l'honneur de Yad Vashem : le village de Nieuwlande (117 personnes), l'ensemble des participants de la grève de février (25-26 février 1941), environ 40 à 50 000 personnes (ce fut la première grève contre la déportation des Juives en Europe occupée), et le groupe clandestin des résistants connu comme 'NV' (signifiant "société anonyme") qui se spécialisait dans le sauvetage des enfants Juives, environs 200, qui ont toutes survécu à la guerre;
  • le village de Justes : Le Chambon-sur-Lignon dont la population de 3 000 habitants a été honorée collectivement pour avoir sauvé entre trois et cinq mille Juifs ;
  • Żegota était le nom de code de la Commission d’Aide aux Juifs (Rada Pomocy Żydom), une organisation clandestine en Pologne entre 1942 et 1945. Żegota sauva environ 75 000 Juifs polonais et délivra plus de 60 000 fausses identités et documents pour dissimuler les Juifs dans la population. Elle opérait dans la Résistance intérieure sous la tutelle du gouvernement polonais en exil ;
  • la résistance danoise qui, en 1943, met à l’abri en Suède l’ensemble de la communauté présente au Danemark ;
  • le Comité de Défense des Juifs qui en Belgique organisa la protection de 4 000 enfants entre 1942 et 1944. Andrée Geulen en est la figure la plus connue.
Diplomates 
Personnalités politiques 
Religieux[18] 
Fausse carte d’identité de la juive polonaise Esther Gorinsztejn[19] délivrée par des policiers français résistants, et qu’elle utilisait à Lyon pour échapper aux persécutions antisémites et nazies.
Militaires et policiers 
Enseignants 
Chefs d’entreprise et personnalités diverses 
  • Gino Bartali, cycliste italien notamment vainqueur des Tours de France 1938 et 1948 ;
  • Hélène Duc, comédienne, qui sauva avec sa mère plusieurs dizaines de personnes ; officier de la Légion d’honneur ;
  • Hermann Friedrich Graebe ingénieur allemand en poste en Ukraine est le témoin d’un massacre de masse perpétré contre des Juifs à Doubno. Il devient un farouche défenseur et sauve de très nombreux Juifs. Il émigre aux États-Unis après la guerre et soutiendra la cause des Juifs jusqu’à sa mort ;
  • Gitta Mallasz, qui a sauvé une centaine de Juives à Budapest en 1944[29].
  • Tadeusz Pankiewicz, pharmacien polonais qui a activement aidé les Juifs du ghetto de Cracovie. Sa pharmacie s’était retrouvée en plein milieu du ghetto, il a été le seul non-Juif à rester dans le ghetto et à tenir ouverte sa pharmacie jusqu’au jour de la liquidation[30] ;
  • Giorgio Perlasca, homme d’affaires italien bloqué à Budapest, qui sauva 5 000 personnes en se faisant passer pour le consul d’Espagne ;
  • Germaine Ribière, militante catholique française, membre de la Résistance, qui sauva de nombreux Juifs ;
  • Dora Rivière, médecin[31] ;
  • Oskar Schindler, chef d’entreprise allemand, et son épouse Emilie qui ont sauvé plus de 1 200 personnes en les faisant travailler dans sa fabrique d’émail et de munitions située en Pologne ;
  • Irena Sendlerowa qui a contribué à sauver 2 500 enfants du ghetto de Varsovie ;
  • la comtesse Erszébet Szapary, née le 2 juin 1902 à Budapest et décédée le 26 mai 1980 à Lausanne). Le certificat d’honneur de Yad Vashem lui a été décerné à titre posthume le 12 novembre 1998[32] pour avoir sauvé des Juifs avec la Commission hungaro-polonaise des réfugiés fondée en 1940. Elle était l’amie intime de Katalin Andrássy, femme de l’ancien président de la République de Hongrie le comte Mihály Károlyi.

Les Justes par pays[modifier | modifier le code]

Au , les Justes parmi les nations sont 24 335[33]. Ces chiffres tiennent compte des États actuels et non des États existant au moment des faits (Tchécoslovaquie : 606, Roumanie : 139, Yougoslavie : 288, URSS : 3 060) ; par ailleurs, dans les pays où la démocratie et la liberté de l’information manquent ou ne sont apparus que récemment, les rescapés ont eu du mal à retrouver leurs sauveteurs, ceux-ci n’ont pas souvent osé rechercher les personnes qu’ils avaient aidé, et l’existence de Yad Vashem n’a été que tardivement connue, et plutôt en milieu urbain que rural.

Pays d’origine Nombre de Justes Notes
Drapeau de l'Albanie Albanie 69
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 510 Oskar Schindler
Drapeau de l'Arménie Arménie 21
Drapeau de l'Autriche Autriche 90
Drapeau de la Belgique Belgique 1 612
Drapeau de la Biélorussie Biélorussie 569
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine Bosnie-Herzégovine 40
Drapeau du Brésil Brésil 2 Aracy Guimarães Rosa, Luís Martins de Sousa Dantas
Drapeau de la Bulgarie Bulgarie 19
Drapeau du Chili Chili 1
Drapeau de la République populaire de Chine Chine 1
Drapeau de la Croatie Croatie 107
Drapeau du Danemark Danemark 22
Drapeau de l'Espagne Espagne 6
Drapeau de l'Estonie Estonie 3
Drapeau des États-Unis États-Unis 3
Drapeau de la France France 3 513
Drapeau de la Géorgie Géorgie 1
Drapeau de la Grèce Grèce 313
Drapeau de la Hongrie Hongrie 791
Drapeau de l’Irlande Irlande 1
Drapeau de l'Italie Italie 524
Drapeau du Japon Japon 1
Drapeau de la Lettonie Lettonie 132
Lituanie Lituanie 831
Drapeau du Luxembourg Luxembourg 1
Drapeau de la Moldavie Moldavie 79
Monténégro Monténégro 1
Drapeau de la Norvège Norvège 47
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas 5 204
Drapeau de la Pologne Pologne 6 394 Irena Sendlerowa
Drapeau du Portugal Portugal 2 Aristides de Sousa Mendes
Drapeau de la République tchèque République tchèque 118
Roumanie Roumanie 60
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni 19
Drapeau de la Russie Russie 179
Drapeau du Salvador Salvador 1
Serbie Serbie 131
Drapeau de la Slovaquie Slovaquie 525
Drapeau de la Slovénie Slovénie 6
Drapeau de la Suède Suède 10
Drapeau de la Suisse Suisse 64
Drapeau de la République de Chine Taïwan 2
Drapeau de la Turquie Turquie 1
Ukraine Ukraine 2 402
Drapeau de la République socialiste du Viêt Nam Viêt Nam 1
Total 24,355

Controverses[modifier | modifier le code]

La notion de Juste parmi les nations entraîne quelques critiques : ainsi les Juifs qui sauvèrent des Juifs, comme les frères Bielski, ne sont pas considérés comme des Justes, leur action étant jugée « normale ». Certains débats ont eu lieu sur le fait de savoir si sauver des Juifs convertis au christianisme pouvait être considéré comme l’action de Justes. Les avis divergent sur cette question[34].

La délivrance du titre de Juste est basée uniquement sur des témoignages de Juifs en faveur de leurs anciens sauveteurs, et donc des personnalités dont le rôle dans le sauvetage de Juifs est avéré, ne peuvent y prétendre si ce témoignage manque. Même des personnalités unanimement réputées pour leur action ne peuvent être reconnues : c'est le cas de Mgr Bruno de Solages, recteur de l'Université catholique de Toulouse dont le dossier n'a pu aboutir faute de témoignages de Juifs[35].

Par ailleurs, il existe des discussions sur l’ambiguïté de Justes comme Oskar Schindler et Traian Popovici, qui, dans leurs relations avec les nazis ou leur équivalent local, ont mis en avant des raisons économiques pour préserver « leurs » Juifs : les commentateurs modernes débattent pour savoir si ces arguments avaient une motivation humaniste (prétexte pour sauver des Juifs) ou bien étaient « sincèrement cyniques » (raison réellement économique)[36]. Par ailleurs, dans N’oublie pas le petit Jésus !, L’Église catholique et les enfants juifs (1940-1945), Maurice Rajsfus publie des témoignages sur les motivations prosélytes des démarches de certains sauveteurs d’enfants[37]. Robert Satloff (en) rappelle quant à lui que de nombreux Arabes d’Afrique du Nord aidèrent à sauver des Juifs et auraient pu mériter le titre de Juste sans que ni eux-mêmes, ni personne n’ait songé à le demander ou à le leur décerner[38].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaires des Justes de France, Lucien Lazare,  éd. Fayard, 2003, 500 pages, (ISBN 2213614350).
  • René Nodot Mémoires d'un Juste" [1] Éditions Ampelos
  • Jacques Semelin, Claire Andrieu, Sarah Gensburger (éd.), La résistance aux génocides. De la pluralité des actes de sauvetage, Presses de Sciences Po, Paris, 2008.
  • Sarah Gensburger, La création du Titre de Juste parmi les nations 1953-1963, Bulletin du centre de recherche français de Jérusalem, no 15, 2004,  éd. du CNRS
  • Sarah Gensburger, Les figures du juste et du résistant et l’évolution de la mémoire historique française de l’occupation, article de 2002 dans la Revue française de science politique
  • Martin Gilbert, Les Justes, Les Héros méconnus de la Shoah, Calmann-Lévy, 2004, 530 pages, (ISBN 2-7021-3508-0).
  • Philippe Boegner, « Ici, on a aimé les Juifs », J.-C. Lattès, 1982, sur Le Chambon-sur-Lignon.
  • Peter Duffy, Les Frères Bielski  éd. Belfond, 2004, (ISBN 2-714-43849-0) : Biographie de ces frères qui sauvèrent 1 200 Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, mais qui, Juifs eux-mêmes, ne sont pas considérés comme des Justes.
  • Limore Yagil, Chrétiens et juifs sous Vichy (1940-1944). Sauvetage et désobéissance civile Cerf-Histoire 2005, 765 p. (ISBN 2-204-07585-X).
  • Les Justes de France, 2006, publié par le Mémorial de la Shoah.
  • (en) David P. Gushee, Righteous Gentiles of the Holocaust: Genocide and Moral Obligation, Paragon House Publishers, (ISBN 1557788219)
  • (en) Ellen Land-Weber, To Save a Life: Stories of Holocaust Rescue, University of Illinois Press, (ISBN 0252025156)
  • (en) Mordecai Paldiel, The Path of the Righteous: Gentile Rescuers of Jews During the Holocaust, KTAV Publishing House, Inc., (ISBN 0881253766)
  • (en) Nechama Tec, When Light Pierced the Darkness: Christian Rescue of Jews in Nazi-Occupied Poland, Oxford University Press, (ISBN 0195051947)
  • (en) Irene Tomaszewski et Tecia Werblowski , Zegota : The Council to Aid Jews in Occupied Poland 1942-1945, Price-Patterson, (ISBN 1896881157)
  • Connus ou inconnus, mais Justes, Hellen Kaufmann [2], publié par le Conseil représentatif des institutions juives de France Sud-Ouest Aquitaine, 2007, 64 p.
  • Des visas pour la vie. Aristides de Sousa Mendes, le Juste de Bordeaux, Eric Lebreton, éditions du Cherche Midi, 2010, préfacé par Simone Veil, (ISBN 978-2749117287)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 56b.
  2. Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme, le Cerf/Robert Laffont, 1996.
  3. La création du Titre de Juste parmi les nations 1953-1963, Sarah Gensburger, Bulletin du centre de recherche français de Jérusalem, no 15, 2004  éd. du CNRS.
  4. Comité Français pour Yad Vashem.
  5. a et b (en) The Righteous Among the Nations.
  6. Répartition des Justes selon l’association Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie, chiffres au .
  7. a et b Philippe Joutard, « Les Justes entrent au Panthéon », L’Histoire, Février 2007.
  8. Les 3550 Justes parmi les nations, de France.
  9. Historique des déportations de et vers le camp de Gurs.
  10. D’après les travaux de Serge Klarsfelds.
  11. Introduction de Lucien Lazare au Dictionnaire des Justes de France.
  12. Proposition de loi relative aux Justes de France, site du Sénat.
  13. Dossier de presse du Ministère de la Culture.
  14. Allocution de Jacques Chirac, le 16 juillet 1995.
  15. Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France, sur le site officiel de l’Élysée.
  16. Lucien Lazare, « Dictionnaire des Justes de France », éditions Fayard, 2003.
  17. Au 1er janvier 2008, pour la France, le chiffre était de 2 833, le troisième plus grand nombre après la Pologne (6 066) et les Pays-Bas (4 863), sur un total de 22 211. Voir, (en)Righteous Among the Nations - per Country & Ethnic Origin January 1, 2008.
  18. (en) Quelques chrétiens justes parmi les nations sur le site de Yad Vashem.
  19. Naturalisée française en 1948, devenue plus tard actrice de cinéma sous le nom d’Esther Gorintin.
  20. Base de données de tous les Justes de France, sur le site yadvashem-france.org, consulté le 7 février 2009.
  21. Base de données de tous les Justes de France, sur le site yadvashem-france.org, consulté le 7 février 2009.
  22. Base de données de tous les Justes de France, sur le site yadvashem-france.org, consulté le 7 février 2009.
  23. Base de données de tous les Justes de France, sur le site yadvashem-france.org, consulté le 7 février 2009.
  24. Base de données de tous les Justes de France, sur le site yadvashem-france.org, consulté le 7 février 2009.
  25. http://www.sfhp.fr/index.php?post/2011/09/14/LISTE-DES-POLICIERS-ET-GENDARMES-FRANCAIS-%22JUSTES-PARMI-LES-NATIONS%22-%28par-ordre-alphab%C3%A9tique%29
  26. Un instituteur de Salles : André Romanet - Article sur le site officiel de Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais [lire en ligne].
  27. Le Juste et ses enfants - Article paru dans L’Humanité du 27 septembre 1997 [lire en ligne].
  28. André et Simone Romanet
  29.  ;yadvashem.org Righteous recognized by June 2011
  30. Tadeusz Pankiewicz.
  31. http://www.yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-12014/
  32. Site de Yad Vashem [PDF].
  33. Source.
  34. Voir la critique de la notion de Justes, qui aborde aussi sa dimension politique dans la revue Imaginaire et inconscient, no 21, 2008, Conjurer le mal : Les Justes, le Bien et le Mal, critiques d’une problématique.
  35. Patrick Cabanel, Histoire des Justes de France, Armand Colin, 2012, p.10.
  36. Carol Iancu : La Shoah en Roumanie,  éd. PM3, 2001, 188 p., (ISBN 2842693566).
  37. Maurice Rajsfus, N’oublie pas le petit Jésus !, L’Église catholique et les enfants juifs (1940-1945), Manya, 1994 (ISBN 2-87896-096-3).
  38. (en)Robert Satloff, Among the Righteous. Lost Stories from the Holocaust’s Long Reach into Arab Lands, Public Affairs, New York, 2006.
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