Just a Gigolo

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La chanson Just a Gigolo mondialement connue est à l'origine un tango, Gigolo (ou Schöner Gigolo, armer Gigolo), composé à Vienne en 1929 dont la musique est de Leonello Casucci (en)[1], un musicien italien et les paroles du librettiste autrichien Julius Brammer (en)[2].

Un succès international[modifier | modifier le code]

Gigolo est publié par Wiener Bohème Verlag en 1929, et la même année en Italie.

En Allemagne le premier enregistrement a lieu le 22 août 1929 par la firme Odeon par l'orchestre de Dajos Béla et le chanteur Kurt Mühlardt[3].

Gigolo, paroles d'Enrico Frati est interprétée pour la première fois en Italie par Daniele Serra en 1930 sur disque La voce del Padrone (La Voix de son maître).

Le morceau, devenu rapidement un succès international, est traduit dans de nombreuses langues. La chanteuse française Irène Bordoni, l'une des premières interprètes du texte français d'André Mauprey C'est mon gigolo, chanson réaliste[4] l'introduit aux États-Unis. Les paroles anglaises sont d’Irving Caesar.

La version interprétée par Bing Crosby est le premier grand succès du crooner. C’est Louis Prima qui en fait un succès international en 1956 lorsqu’il ajoute à la suite I Ain't Got Nobody (en), morceau composé en 1915 par Spencer Williams avec les paroles de Roger Graham[5], donnant ainsi un nouveau rythme à l’ensemble souvent considéré comme un morceau unique.

Paroles[modifier | modifier le code]

Les paroles adaptées suivant les pays racontent l'histoire, soit d'un officier de hussard après la défaite de l'Autriche en 1918, soit d'un officier orgueilleux du Tsar immigré après la Révolution russe, qui survit en faisant le taxi-boy ou le gigolo. Julius Brammer, l'auteur du texte original, avait écrit les livrets de nombreuses opérettes. Le texte allemand rapporte le triste sort d'un officier autrichien contraint de faire le gigolo, lui qui fièrement avait parcouru tous les champs de bataille de la Grande Guerre. C'en est bien fini du prestige de l'armée et de l'uniforme. L'ironie, c'est que l'avènement du Troisième Reich en 1933 a bouleversé la vie du parolier et de l'interprète le plus connu de la chanson, le ténor autrichien Richard Tauber, tous deux représentant cette symbiose judéo-allemande qui était particulièrement constatable aussi dans la culture "populaire", annonçant l'émergence d'une Allemagne en train de se défaire d'une rigidité militariste et monarchique dont on faisait mine, mais sans y croire, de regretter un certain côté esthétique. Non seulement la chanson avait un peu vite constaté la déchéance de l'officier dans l'Autriche et l'Allemagne d'après 1918, mais l'auteur et le principal interprète de ce texte étaient chassés de leur pays par un régime qui renforça le goût de l'uniforme tout en préparant une guerre plus terrible encore que celle du 1914-1918.

Dans le film Kuhle Wampe oder Wem gehört die Welt (1932) qu'il coréalisa avec le Bulgare Slatan Dudow, Bertolt Brecht met en scène une triste fête de fiançailles dans un camp pour sans abris près de Berlin. Les prolétaires, plutôt que de prendre conscience de leur propre malheur, chantent celui, imaginaire, d'un officier déchu, alors que l'Allemagne s'apprête à se remilitariser.

Les textes français renoncent à traiter du sort de l'officier, préférant le thème alors en vogue de la femme déchue, dépendante sexuellement d'un homme qui manifestement ne vaut pas grand-chose.

Le texte américain reprend le thème de l'officier déchu, mais, pour attirer la sympathie du public, il s'agit ici d'un officier français.

La version de Louis Prima n'est plus que la vague plainte d'un homme qui cherche un(e) partenaire, dans une boîte, un dancing ou une fête quelconque. Tout le contexte historique initial a disparu, l'industrie culturelle triomphe, et l'on passe rapidement à un autre texte, tiré d'un standard du jazz: I ain't got nobody[6].

Interprètes français[modifier | modifier le code]

Interprètes étrangers[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. pianiste dans un orchestre de tango né le 23 décembre 1885 à Pistoia, mort le 9 septembre 1975 Desenzano del Garda
  2. né le 9 mars 1877 à Sehradice ( Moravie) et mort le 18 avril 1943 à Juan-les-Pins
  3. Adriano Mazzoletti, Il jazz in Italia : dalle origini alle grandi orchestre, 2004
  4. Paroles françaises de I'm Just A Gigolo écrites par André Mauprey :
    C’est mon gigolo
    Ce petit gars falot
    C’est mon seul gigolo avec ses yeux plein de flammes
    Même si j’en sais rien
    Mais il me prend si bien
    Qu’à lui je suis corps et âme
    Il n’est pas costaud
    Mais il est si beau qu’il plait à toutes les femmes
    Et je m’dis bien des fois
    est il vraiment seul à moi
    Je l’aime trop mon gigolo
  5. Roger Graham (1885-1938), compositeur, auteur, éditeur ; chansons : Peggy from Panama, I Believe in You, You'll Want Me Back Some Day,I Ain't Got Nobody.
  6. Voir le texte de François Genton cité dans la bibliographie, p. 198-203.
  7. Daniele Serra chante Just a Gigolo sur archive.org
  8. (it)Il Discobolo.net

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) François Genton, « Lieder, die um die Welt gingen: deutsche Schlager und Kulturtransfer im 20. Jahrhundert » , dans Olivier Agard, Christian Helmreich, Hélène Vinckel-Roisin (dir.), Das Populäre. Untersuchungen zu Interaktionen und Differenzierungsstrategien in Literatur, Kultur und Sprache, Göttingen, V&R unipress, 2011, p. 189-203. (ISBN 9783899715446) .

Liens externes[modifier | modifier le code]