Jules Pascin

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Portrait de Jules Pascin.

Julius Mordecai Pincas dit Jules Pascin (prononcé [pas.kin][1],[2],[3] ou incorrectement [pas.kɛ̃]), né le à Vidin, en Bulgarie et mort le à Paris est un peintre d'origine bulgare.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille aisée de négociants et de financiers, fils d'un juif espagnol et d'une Italienne, sa famille désapprouve ses activités artistiques. Il vécut et reçut sa formation à Vienne, Budapest, Berlin, et Munich, avant de venir s'installer à Paris, où il prend le nom de Pascin, anagramme de Pincas. Celui qui fut appelé le « prince de Montparnasse » et le « prince des trois monts[4] », fait partie des peintres de l'école de Paris.

Vivant chichement à Munich en dépit de sa collaboration comme illustrateur au journal satirique allemand Simplicissimus, il arrive à Paris le , année où les « Fauves » triomphent au Salon d'automne. La colonie artistique allemande du Dôme et de la Rotonde accueillent à bras ouverts « l'inquiétant Pascin[5] ».

Influencé d'abord par le fauvisme, puis par le cubisme dont il se détourne très vite, il s'affirme comme le dessinateur insatiable des nuits parisiennes dont les mensualités toujours versées par la revue Simplicissimus lui permettent d'être un animateur sans compter. Son ami et compagnon de débauche, le dessinateur Henri Bing le décrit comme « un anarchiste déguisé en dandy ». Il s'affirme n'être que l'admirateur de Boucher et de Fragonard. « Pourquoi une femme est-elle considérée comme moins obscène de dos que de face, pourquoi une paire de seins, un nombril, un pubis sont-ils de nos jours encore considérés comme impudiques, d’où vient cette censure, cette hypocrisie ? De la religion ? »[6]

Au cours de l'automne 1907, il se lie avec Hermine-Lionette Cartan dite Hermine David, femme peintre de talent. Il occupe un atelier à Montmartre près de celui occupé par Kees van Dongen. De 1908 à 1912, il participe au Salon d'automne avec des dessins ou des aquarelles. En 1909, il rencontre Cécile Vidil dite « Lucy », modèle de Marquet et de l'atelier Matisse, qui devient sa seconde maîtresse.

Avant la guerre de 1914-1918, il doit quitter la France en raison de sa nationalité, la Bulgarie étant une nation hostile à la France, et se rend début octobre 1914 aux États-Unis où il bénéficie d'une certaine notoriété depuis l'Exposition internationale d'art moderne de New York (1912). En compagnie du graveur américain George Overbury Hart dit « Pop Hart » (1868-1933), il part, début février 1915, pour le carnaval de La Nouvelle-Orléans.

Le Pascin épouse Hermine David, qui l'a rejoint au printemps 1915. Il obtient la nationalité américaine le . Fixé à New York, se liant d'amitié avec Alfred Stieglitz, il voyage beaucoup, rapportant des dessins et des aquarelles de Cuba, du Texas, de la Floride et de Caroline du Sud.

En octobre 1920, Pascin revient à Paris et s'initie à la gravure avec Jean-Gabriel Daragnès. Il expose chez Berthe Weill, au Salon des indépendants et, retrouve Lucy dans son ancien logement, rue Joseph-Bara, qu'elle habite avec son mari le peintre norvégien Per Krohg, filleul d'Edvard Munch.Parmi ses autres modèles : Henriette Gomès qui deviendra une galeriste internationale.


Lucy Krohg, circa 1925, par Jules Pascin

En août 1921, il se rend en Algérie et en Tunisie où il reviendra en 1924 et en 1926. À partir de 1922, Pascin envoie régulièrement des œuvres au Salon de l'Araignée fondé en 1920 par Gus Bofa et effectue des séjours dans le Midi (Cassis, Marseille...). En 1923, il vend plusieurs de ses œuvres à Albert Barnes. Il livre une aquarelle Famille tunisienne pour illustrer le n° 8 du Crapouillot ; jusqu'en 1930, il fournira huit autres livraisons à cette revue où écrit son ami le critique et romancier Pierre Mac Orlan et qui édite également des œuvres d'Hermine David.

Dans son roman A Moveable Feast[7], Ernest Hemingway a écrit un chapitre intitulé « Avec Pascin au Dôme », racontant sa rencontre, au printemps 1924, avec le « prince de Montparnasse » accompagné de deux modèles. La description de cet épisode par Hemingway est considéré comme l'une des images typiques du Montparnasse de l'époque. On le voit partout, dans les cabarets de Montmartre et de Montparnasse, il est de tous les bals, déguisements, fêtes et banquets.

En 1925, il va en Italie. Pour ne pas perdre la nationalité américaine, Pascin retourne, en août 1927, aux États-Unis. Il réside un an à New York où Lucy le rejoint en janvier 1928.

En 1929 il part pour l'Espagne et le Portugal avec Lucy.

Il est l'ami de critiques artistiques - André Warnod (auquel il fera découvrir les ateliers « les plus désespérément russes »), André Salmon, Georges Charensol, Florent Fels ...

Il prit pour modèle, entre autres, sa femme Hermine David et sa maîtresse Lucy Krogh ainsi que les pensionnaires des maisons closes et des lieux mal famés de la faune montmartroise, et couvrit ses carnets de dessins voluptueux et nostalgiques, parfois érotiques et toujours nimbés d'une indicible tristesse.

Rongé par l'alcool, doutant de son art resté figuratif, partagé dans ses affections, il en vient à perdre son équilibre et, le 2 juin 1930, le jour même du vernissage de son exposition à la galerie Georges Petit qui devait lui amener de nouveaux succès, il se suicide à 45 ans à Paris dans son atelier du 36 boulevard de Clichy, dans des conditions atroces. S'ouvrant les veines des deux bras il écrit avec son sang « Adieu Lucy » sur les murs de l'atelier puis, comme la mort ne venait pas, il se pend avec une ficelle et se brise la nuque. Lucy Krogh découvre le corps trois jours plus tard. Le Paris des arts est consterné et le jour de ses funérailles un grand nombre de galeries ferment.

Il est inhumé au cimetière du Montparnasse à Paris le 7 juin. Sur la tombe est gravé un poème d’André Salmon :

« Homme libre héros du songe et du désir de ses mains qui saignaient poussant les portes d’or esprit et chair Pascin dédaigna de choisir et maître de la vie il ordonna la mort[8]. »

Œuvre[modifier | modifier le code]

Son expérience de dessinateur satirique, sa connaissance de l'expressionnisme allemand sont évidentes dans ses premières œuvres où certains portraits rappellent Otto Dix ou Grosz avec un trait moins incisif et moins cruel. Il évoluera rapidement vers des couleurs pastellisées, presque irréelles qu'il accorde avec justesse au thème du corps féminin, centre de sa production.

Parmi les peintres de l'école de Paris, Pascin occupe une place à part, son art s'impose par sa vérité expressive et sa douceur mélancolique, il décrit avec indulgence le monde interlope « des filles », à l'aide d'une touche nacrée, légère aux couleurs irisées, dans les tons de gris, de rose, d'ocre, de bleu-violacé, les corps alanguis aux formes estompées qui dégagent un lourd parfum d'érotisme. Ces femmes saisies dans leur intimité sont en fait le miroir du mal de vivre de Pascin.

Son graphisme vibrant, le trait ne dessinant que vaguement les contours du corps, lui permet de rendre ses modèles baignés dans une lumière qui reflète plus un état d'âme que la réalité d'un corps. À ce titre il peut apparaître comme un continuateur sans complaisance des maîtres du XVIIIe siècle et de leur goût de la liberté et du libertinage.

Ses œuvres sont conservées dans tous les principaux musées du monde, et nombreuses sont les galeries qui présentent régulièrement son travail.

Pascin a illustré également de nombreux livres, de Mac Orlan, Paul Morand entre autres.

Quelques œuvres[modifier | modifier le code]

Liste non-exhaustive

Dessins, aquarelles[modifier | modifier le code]

Peintures[modifier | modifier le code]

  • Femme au corset (1905)
  • Au café (1906)
  • Hermine au lit
  • Le Déjeuner (1923)
  • Portrait de Jean Oberlé (1924)
  • Mère et enfant
  • Modèle couché (1925)
  • Portrait de Mimi Laurent (1927-28)
  • Nu de dos sur canapé (1929)

Gravures, lithographies[modifier | modifier le code]

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Illustrations[modifier | modifier le code]

  • Aus den Memoiren des Herrn von Schnabelewopski, Henri Heine, Berlin, Paul Cassirer, 1919. Rédité par le Club français du livre en 1948 (texte français mais illustrations de Pascin).

Salons[modifier | modifier le code]

Expositions, galeries[modifier | modifier le code]

Posthumes

Prix, récompenses[modifier | modifier le code]

Musées, monuments[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais
  • André Bay, Adieu Lucy. Le roman de Pascin, Albin Michel, 1984, ill., 426 p.
  • Georges Charensol, Les Grands Maîtres de la peinture moderne, Ed. Rencontre
  • Gaston Diehl, Pascin, Flammarion, Coll. Les maîtres de la peinture moderne, 1968, ill., 96 p.
  • Nadine Nieszawer, Peintres juifs à Paris 1905-1939, école de Paris, Denoel, 2000
  • Stéphen Lévy-Kuentz, Pascin et le tourment. Coll. Les essais, La Différence 2001
  • Stéphen Lévy-Kuentz, Pascin libertin, Adam Biro, 2009
  • Stéphen Lévy-Kuentz, Pascin, préface de Pascal Quignard, coll. « Grandes monographies », éd. La Différence, 2009
  • Joann Sfar, Pascin, L'Association, 2005 (biographie imaginaire)
Catalogue raisonné
  • Yves Hemin, Guy Krohg, Klaus Perls, Abel Rambert, Pascin : catalogue raisonné, vol. 1 : Peinture, Aquarelles, Pastels, Dessins, Bibliothèque des Arts,‎ 2001, 456 p., 846 ill. (ISBN 978-2-85047-010-3)
  • Yves Hemin, Guy Krohg, Klaus Perls, Abel Rambert, Pascin : catalogue raisonné, vol. 2 : Peinture, Aquarelles, Pastels, Dessins, Bibliothèque des Arts,‎ 2001, 508 p., 1185 ill. (ISBN 978-2-85047-011-0)
  • Yves Hemin, Guy Krohg, Klaus Perls, Abel Rambert, Pascin : catalogue raisonné, vol. 3 : Simplicissimus, Gravures, Lithographies, Illustrations, Sculptures, Objets, Bibliothèque des Arts,‎ 2001, 264 p., plus de 1000 ill. (ISBN 978-2-906565-02-9)
  • Yves Hemin, Guy Krohg, Klaus Perls, Abel Rambert, Pascin : catalogue raisonné, vol. 4 : Dessins, Aquarelles, Pastels, Peintures, Dessins érotiques, Bibliothèque des Arts,‎ 2001, 432 p., 1420 ill. (ISBN 978-2-906565-05-0)
  • Abel Rambert, Gérard Rambert, Pascin : catalogue raisonné, vol. 5 : Peinture, Aquarelles, Pastels, Dessins, Bibliothèque des Arts,‎ 2010, 640 p., 1167 ill. (ISBN 978-2-88453-158-0)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. « Julius Pincas dit Pascin (prononcez “Pasquine”) est né en 1885 dans l'actuelle Bulgarie. » (« Derniers jours : Pascin, “le magicien du réel” », dans Le Journal du Septième (ISSN 1774-4660), no 12, avril 2007, agenda culturel, p. 15 ; en ligne format PDF)
  2. (en) « [...] Jules Pascin (pronounced Pass-kin, born Pincas, first name unremembered, in Bulgaria of a Spanish-Jewish father and a Serbo-Italian mother) [...] » (« Art : Beauty & the Baker », dans Time, lundi 18 juillet 1932)
  3. (en) « He prononced his name ‘Pass-keen’, and so did his friends. » (John Ulric Nef (en), « Reminiscences of Jules Pascin » (juin 1966), dans Tom L. Freudenheim, Pascin (catalogue d'exposition), University Art Museum, University of California, Berkeley, 1966)
  4. Montparnasse, Montmartre, Mont de Vénus
  5. Pierre Cabanne, L'Épopée du Cubisme, La Table Ronde, 1963, p. 123.
  6. Le monde des arts Jules Pascin
  7. Paris est une fête, Gallimard, 1964, trad. Marc Saporta.
  8. Jules Pascin (1885/1930) à la galerie Roussard, Montmartre

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]