Julius Malema

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Julius Malema, le 14 septembre 2011.

Julius Sello Malema né le à Seshego, dans l'ancien bantoustan du Lebowa (situé dans l'actuel province du Limpopo) est un homme politique sud-africain. Membre des pionniers du Congrès national africain (ANC) dès 1990, il devient président de la ligue de jeunesse du parti (ANCYL) en 2008. Connu pour ses propos et ses discours controversés[1],[2],[3], il finit par s'aliéner les instances de l'ANC dont il est exclu en 2012 [4].

Origines[modifier | modifier le code]

Fils d'une mère célibataire Pedi, domestique vivant dans le township de Seshego au nord ouest de Pietersburg, Malema adhère à l'âge de 9 ans aux Masupatsela, le mouvement des pionniers du congrès national africain. Selon Malema, sa principale activité est alors de retirer les affiches électorales du Parti national.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

À l'âge de 14 ans, il entre à la ligue de jeunesse du congrès national africain (ANCYL) et reçoit une formation militaire. Parallèlement, ses résultats scolaires sont très mauvais[5] et deviendront un sujet de polémiques quelques années plus tard.

En 1995, Malema est élu chef de la branche régionale de la ligue à Seshego et président régional. En 1997, il devient président provincial du Congress of South African Students (Cosas) avant d'en devenir en 2001 le président national.

Président de l'ANCYL depuis avril 2008, comme le fut autrefois Nelson Mandela, il se fait rapidement remarquer durant la guerre de succession à la tête de l'ANC menée entre Thabo Mbeki, le président sud-africain et chef de l'ANC en titre, et son adversaire, Jacob Zuma, ancien vice-président sud-africain. Soutien inconditionnel de Jacob Zuma, Julius Malema affirme alors être « prêt à prendre les armes et à tuer » pour Zuma tandis que ses partisans traitaient Thabo Mbeki de « chien qu'il fallait tuer »[6],[7]. Prenant la défense Zuma quand celui-ci avait été inculpé pour viol, Malema avait notamment affirmé que la victime avait « passé du bon temps » ce qui lui vaudra d'être condamné à présenter des excuses publiques et à payer 50 000 rands (environ 5 000 euros) à un centre d'aide aux femmes battues[8].

Il multiplie les provocations, ne respectant ni la loi ni ses aînés (Desmond Tutu qu'il envoie à la retraite), ni ses adversaires politiques. Malema multiplie aussi les déclarations à connotations raciales. Ainsi il qualifie Helen Zille, chef de l'opposition libérale, de « raciste » et d'avoir une « tête d’espionne de l’apartheid » et les chefs du Congrès du Peuple (Cope) d'être des « traîtres » à la solde des impérialistes[7].

Après avoir été mis en cause indirectement dans l'assassinat d'Eugène Terre'Blanche en avril 2010 pour avoir de nombreuses fois repris le chant anti-apartheid « Dubula ibhunu », il vante au Zimbabwe la politique de réforme agraire du président Robert Mugabe dont il partage la rhétorique du complot néocolonialiste. Durant une conférence de presse, il estime ainsi la politique agraire menée au Zimbabwe de « courageuse, correcte et réussie » et critique les leaders du Mouvement pour le changement démocratique, le parti d'opposition zimbabwéen, notamment pour le fait que plusieurs d'entre eux travaillent à Sandton, le quartier d'affaires huppé de Johannesburg. Lorsque Jonah Fisher, un journaliste blanc de la BBC, lui ait fait remarquer qu'il avait sa résidence à Sandton, Julius Malema s'en pris au journaliste le qualifiant de « bâtard » doté d’une « tendance de Blanc (…) à attaquer les Noirs » avant de l’expulser sous les injures tels « Salaud, dehors, putain d'agent »[8],[9].

À la suite de ces derniers évènements et estimant que les déclarations incendiaires de Malema participent à l'entretien des tensions raciales dans le pays, Jacob Zuma désavoue son jeune protégé déclarant que l’Ancyl avait adopté « un comportement et des propos complètement étrangers à la culture de l'ANC[8] ». Prenant connaissance du discours de Zuma, Julius Malema se dit alors choqué par les commentaires publics du président à son égard, affirmant que Thabo Mbeki ne l'avait jamais traité de cette façon en public[10].

L'affaire de la chanson shoot the Boers[modifier | modifier le code]

En 2009, Malema réactive « Dubula ibhunu », un chant traditionnel de l'époque où l'ANC luttait contre l'apartheid et qui appelait à « tuer les Boers parce que ce sont des violeurs »[8]. Les Boers désignent en Afrique du Sud les fermiers blancs afrikaners. La réactivation de cette chanson, plus communément désigné comme le chant shoot the boers, intervient dans un contexte où, selon Agri SA la plus importante union d'exploitants agricoles, deux fermiers sont tués chaque semaine en Afrique du sud, un pays où 50 personnes sont assassinées chaque jour et qui totalise 11 785 attaques et 4 044 meurtres de fermiers depuis 1991[11],[12],[13]. Selon les partisans de Malema, parmi lesquels il peut compter sur le soutien de Winnie Madikizela-Mandela, ce chant est inoffensif, appartient à l'histoire du pays et ne vise personne en particulier mis à part le système de l'apartheid[14]. Perçue comme une chanson raciste et appelant à la haine, la chanson « Dubula ibhunu » sera déclarée contraire à la Constitution par la justice sud-africaine en mars 2010[15] sans pour autant que Malema accepte le jugement[16]. L'ANC annonce alors qu'elle fera appel de ce jugement[17].
Poursuivi devant un tribunal de Johannesburg par des organisations civiles afrikaners comme Afriforum et le syndicat des fermiers du Transvaal (TAU), Julius Malema est reconnu coupable d'incitation à la haine pour avoir repris dans ses meetings cette chanson de la lutte anti-apartheid et est condamné à payer une partie des frais de justice[14]. Il accuse alors la Cour de racisme à son égard[18]. Le , le Congrès national africain annonce qu'il fait appel contre ce jugement interdisant le chant contesté[19].

Procédure disciplinaire au sein de l'ANC[modifier | modifier le code]

Le , la secrétaire générale de l’ANC, Thandi Modise, annonce que Malema va faire l’objet d’une procédure disciplinaire. Il risque au pire l'exclusion du parti mais il est peu probable que cette sanction soit prononcée[8]. En , la commission disciplinaire de l'ANC condamne Malema à verser une amende et à s'excuser pour avoir notamment apporté son soutien à la politique de Robert Mugabe au Zimbabwe, sapant alors les efforts de médiation politique de Jacob Zuma[20].

Malema continue néanmoins à faire des déclarations polémiques, déclarant que les Blancs ont « volé nos terres », que ce « sont des criminels… il faut les traiter comme tels » ou remettant en cause la politique de Jacob Zuma et l'autorité de celui-ci sur le parti. Ainsi, après avoir défendu la politique d'expropriation des terres des Blancs du Zimbabwe, il propose de nationaliser les mines sud-africaines et exproprier sans indemnisation les fermiers blancs sud-africains[21]. Il déclare qu'il faut « renverser le régime impérialiste » du Botswana, attribuant au président Ian Khama le qualificatif de « marionnette de l'Ouest »[22] pour le fait d'abriter Africom, le commandement militaire américain opérationnel en Afrique et pour avoir affirmé que Julius Malema était un « garçon indiscipliné »[23]. Contestant l’intervention de l’Otan en Libye, il qualifie les Américains d'« impérialistes assoiffés de sang »[21]. Ces déclarations prennent alors place au sein d'un ensemble de discours des chefs de la Ligue des jeunes de l’ANC qui remettent en cause l'autorité de la direction de l'ANC et du gouvernement sud-africain ou qui prennent à partie des journalistes appartenant aux minorités visibles blanches et indiennes[23]. Selon une journaliste sud-africaine, Malema détient un fonds familial, le Ratanang Family Trust, enregistré au nom de son fils de cinq ans, et financé par des fonds secret provenant de commissions touchées illégalement sur des marchés publics octroyés par la province du Limpopo[23].

Il comparait pour insubordination devant la commission disciplinaire de l'ANC en août et septembre 2011, notamment pour « avoir porté atteinte à la réputation de l'ANC » et pour « avoir semé la division », il risque d'être suspendu, voire exclu du parti[22]. Lors de son audition devant la commission disciplinaire, ses partisans s'en prennent à la police, blessent des journalistes et brûlent un drapeau de l’ANC et des t-shirts et portraits à l'effigie du président Jacob Zuma[22],[21]. Le , la commission rejette tous les arguments de Julius Malema visant à obtenir l'abandon des charges retenues contre lui.

Le 10 septembre, à l'occasion du 67e anniversaire de la Ligue de jeunesse de l'ANC, Julius Malema s'en prend de nouveau à la minorité blanche lui promettant « la guerre », de « marcher sur la bourse de Johannesburg » et traite les fermiers blancs de « criminels » qui ont volé la terre [celle des populations noires d'Afrique du Sud].

Le , la commission de discipline du parti rend sa décision et suspend Julius Malema pour cinq ans pour avoir semé la division au sein de l'ANC, défié ses dirigeants nationaux et porté atteinte à l'image du parti. La Commission ne retient cependant pas contre lui la charge d'incitation à la haine raciale[24]. Il est exclu du mouvement de jeunesse de l'ANC le [25]. En revanche, il n'a pas été reconnu coupable par la commission de propager « racisme et intolérance politique » et ce malgré ses propos racistes antiblanc répétés[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Afrique du Sud : "tue le Boer" fait débat, Le Figaro, 5 avril 2010.
  2. http://africa.blogs.liberation.fr/diplomatie/2010/04/salaud-dehors-putain-dagent-lance-julius-malema-au-correspondant-de-la-bbc-en-afrique-du-sud.html
  3. http://www.youtube.com/watch?v=Ut9tMpSe9WA&feature=player_embedded
  4. Profile: Julius Malema, BBC News 29 février 2012
  5. Verashni Pillay, One-on-One with Julius Malema. News24, 18 juin 2008.
  6. Afrique du Sud : la fin d'un tabou, Slate, .
  7. a et b Malema l'indomptable, Jeune Afrique.
  8. a, b, c, d et e Julius Malema, l'enfant terrible de l'ANC, Jeune Afrique, 20 avril 2010.
  9. « Salaud, dehors, putain d'agent ! » lance Julius Malema au correspondant de la BBC en Afrique du Sud, Blog de la journaliste de Libération, Sabine Cessou, 9 avril 2010.
  10. Julius Malema : « je suis choqué par ce qui est arrivé… », 12 avril 2010.
  11. [1], 4044 Farmers Murdered.
  12. Af. du Sud : 2 fermiers tués par semaine, AFP, 20 avril 2010.
  13. Selon la police, il y a eu 1 248 meurtres dans des fermes, fermiers et ouvriers confondus entre 1997 et 2007 - Dépêche AFP sur Site Libération.fr, 12 septembre 2011.
  14. a et b Julius Malema reconnu coupable d'incitation à la haine, Libération et AFP, 12 septembre 2011.
  15. (en) 'Shoot the boer' song banned, News24.com, 26 mars 2010.
  16. (en) ANC youth wing defies party's call not to sing 'Shoot the Boer', The Guardian, 7 avril 2010.
  17. (en) ANC shocked at banning of 'shoot the boer', IOL News, 26 mars 2010.
  18. (en) South Africa's Julius Malema denounces 'racist' courts, BBC, 14 septembre 2011.
  19. Le parti au pouvoir en Afrique du Sud conteste en appel l'interdiction d'un chant révolutionnaire, Afriquinfos, 19 septembre 2011.
  20. Sébastien Hervieu, Le turbulent chef de la ligue de la jeunesse de l'ANC défie sa direction, Le Monde, 1er septembre 2011.
  21. a, b et c Fouâd Harit, Julius Malema fait marcher les jeunes de l’ANC, Afrik.com, 31 août 2011.
  22. a, b et c Caroline Dumay Le chef des jeunes de l'ANC divise l'Afrique du Sud, 1er septembre 2011.
  23. a, b et c Sabine Cessou, Les jeunes de l'ANC, plaie sud-africaine ?, Slate, 11 aout 2011.
  24. (en) Julius Malema suspended for 5 years, News24.com, 10 novembre 2011.
  25. Le chef des jeunes de l'ANC exclu, Le Figaro, 29 février 2012.
  26. Le Temps (quotidien suisse), L'ANC sanctionne le trublion Julius Malema, 11 novembre 2011, p. 4, Agence France-Presse.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]