Julius Maggi

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Julius Maggi

Julius Michael Johannes Maggi, né le 9 octobre 1846 à Frauenfeld et mort le 19 octobre 1912 à Küsnacht, est un entrepreneur suisse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un immigrant italien et d'une Suissesse, Julius est le cadet de cinq enfants. En 1863, il entame un apprentissage commercial à Bâle, qu'il interrompt prématurément.

Maggi est ensuite engagé par une entreprise de minoterie de Budapest dont il devient directeur-adjoint au bout de deux ans. À la recherche de nouveaux débouchés, il met au point en 1884, sur les conseils du docteur Fridolin Schuler, un nouvel aliment populaire, la farine de légumineuses. Celle-ci est progressivement remplacée à partir de 1886 par des soupes préparées. En 1887, il lance l'arôme liquide Maggi.

À partir de 1897, Julius Maggi devient de plus en plus actif en France. Ainsi, il fonde en 1899 la « Société anonyme des boissons hygiéniques » [1]. Tout au long de l'Exposition universelle de 1900, il est présent à Paris et réside, avec sa famille, place de l'Opéra. En avril 1901, il s'établit à Paris définitivement et crée, le 24 décembre 1902, la « Société laitière Maggi ». Le lait pasteurisé distribué par cette société sera contrôlé par un Institut du lait [2]. Avant l'introduction du lait pasteurisé « Maggi », 90 000 enfants en France (dont 20 000 à Paris) étaient morts de choléra infantile au début du XXe siècle [3]. Alors que les activités de Julius Maggi sur le marché laitier sont sévèrement attaquées par le Syndicat des crémiers et le journal L'Action française, il reçoit, le 4 août 1907, de la part du gouvernement le titre d' « Officier de la Légion d'honneur » [4]. Son élan philanthropique, déjà visible lors de la création de la farine des légumineuses en Suisse dans sa jeunesse, a poussé cet homme d'affaires à combattre en France d'abord « le péril vert » (l'absinthe) par une « boisson hygiénique », puis le « le péril blanc » (le lait falsifié) par un lait pasteurisé et rigoureusement contrôlé [5]. Le succès des ventes passe de 21 000 litres de lait par semaine en 1903 à plus d'un million de litres par semaine en 1912 [6].

Centre de ramassage de la Société laitière Maggi à Saint-Omer-en-Chaussée pour le lait en provenance de la Normandie et de la Bretagne

Un autre grand succès est, en 1907, la création du cube de bouillon, appelé KUB par suite de l'interdiction du Tribunal de commerce d'utiliser la désignation « Cube ». Dès 1912, six millions de ces cubes sont vendus par mois en France [7]. Cet immense succès est rendu possible grâce à une publicité réussie ainsi qu'à un Bureau de dégustation à Paris [8]. Julius Maggi cherche également le soutien du célèbre chef cuisinier Auguste Escoffier pour l'« anoblissement de ses produits  » [9].

Sept ans après la mort de Julius Maggi, en 1919, son entreprise prend le nom de SISA (Société industrielle des spécialités alimentaires).

Lors d'une séance de travail, il est victime d'un accident vasculaire cérébral ; très gravement malade, il est encore transféré en Suisse où il décède le 19 octobre 1912[10]. Il repose dans le cimetière municipal de Lindau (canton de Zurich) [11].

Au début de la Première Guerre mondiale en août 1914, le laboratoire et presque tous les 850 points de livraison de la Société laitière Maggi à Paris sont attaqués et détruits par une foule en colère. Partout en France, les plaques en métal émaillé « Maggi » et « KUB » sont dévissées , parce que Maggi est considéré comme une société allemande, qui ne sert que de couverture pour des activités d'espionnage contre la France. La rumeur court que les produits Maggi, notamment laitiers, sont empoisonnés. Une autre rumeur dit que Julius Maggi (qui, en réalité, était mort depuis deux ans) aurait tenté de s'enfuir de France avec 40 millions de francs cachés dans des bidons de lait et aurait été arrêté [12]. La SLM (Société laitière Maggi) existera jusqu'en 1947 [13] tandis que le cube de bouillon KUB survivra jusqu'à présent sous le nom de « KUB OR » [14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Monique Pivot: Maggi et la magie du Bouillon KUB, Éditions Hoëbeke, Paris 2002, ISBN 2-84230-114-5
  • « La saga Maggi » présentée sur le site de Maggi France: http://www.maggi.fr/saga-maggi/saga-maggi-home.aspx (vérifié le 28 août 2014)
  • Hans Peter Treichler: Die stillen Revolutionen - Arbeitswelt und Häuslichkeit im Umbruch (1880-1900). Schweizer Verlagshaus, Zürich 1992, ISBN 3-7263-6525-7; surtout les chapitres « Suppe industriell: die Karriere des Julius Maggi » (p. 7-29) et « Maggi: vor dem großen Durchbruch » (p. 97-103). (en allemand)
  • Hartmut Vinçon: Das Unternehmen Maggi. In: Pharus IV (Éditions- und Forschungsstelle Frank Wedekind, Darmstadt) (éditeur): Frank Wedekinds Maggi-Zeit. Verlag Jürgen Häusser, Darmstadt 1992, ISBN 3-927902-71-3, p. 176–253; contient une chronologie de la vie de Julius Maggi (p. 247–253). (en allemand)
  • Alex Capus: « Julius Maggi » in: Patriarchen: Zehn Portraits. Albrecht Knaus Verlag, München 2006, ISBN 3-8135-0273-2; p. 51-67. (en allemand)
  • Paul Bleton, « Des yeux dans le bouillon - Espionnage et affichage, cubisme et patriotisme - Des fictions qui créent le monde ? », Les cahiers du GRIT (Groupe de Recherche sur l’Image et le Texte), t. 1, Louvain-la-Neuve, 2011, ISSN 2033-7795, S.54-74, (http://grit.fltr.ucl.ac.be/IMG/pdf/CDG14PBleton.pdf)
  • Comment ont échoué les manœuvres pour la destruction des Sociétés Maggi et Kub, soit par la violence, soit par les moyens juridiques, août 1914 à fin 1920, Paris : Impr. centrale de la Bourse, 1921
  • Nicolas Delbaere, « La trajectoire de la Société laitière Maggi dans la dynamique du transport du lait en France durant la première moitié du XXe siècle : du bidon à la gare laitière », Revue d'histoire des chemins de fer, no 41 (2010), p. 205-220, http://rhcf.revues.org/1199 (vérifié le 28 août 2014)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Monique Pivot, voir bibliographie, p. 54-55
  2. Monique Pivot, voir bibliographie, p. 59
  3. Monique Pivot, voir bibliographie, p. 53
  4. Voir une copie de sa nomination: http://www.culture.gouv.fr/LH/LH134/PG/FRDAFAN83_OL1685010v001.htm
  5. Monique Pivot, voir bibliographie, p. 37-63
  6. Monique Pivot, voir bibliographie, p. 57
  7. Monique Pivot, voir bibliographie, p. 57]
  8. Monique Pivot, voir bibliographie, p. 68. Plus tard, entre les deux guerres, on trouvera ces camions de dégustation aussi en province.
  9. Monique Pivot, voir bibliographie, p.65
  10. Monique Pivot, voir bibliographie, p.81
  11. Une image de son tombeau se trouve sur http://knerger.de/html/maggiunternehmer_37.html (vérifié le 31 août 2014)
  12. Comment ont échoué les manœuvres pour la destruction des Sociétés Maggi et Kub, soit par la violence, soit par les moyens juridiques, août 1914 à fin 1920, Paris : Impr. centrale de la Bourse, 1921, pp. 1-19. Une version littéraire de la dévastation d'un dépôt de vente Maggi à Paris se trouve chez Roger Martin du Gard, Les Thibault, III, L’Été 1914, chapitre LXXVII
  13. Nicolas Delbaere, « La trajectoire de la Société laitière Maggi dans la dynamique du transport du lait en France durant la première moitié du XXe siècle : du bidon à la gare laitière », Revue d'histoire des chemins de fer, no 41 (2010), p. 217
  14. Voir http://www.maggi.fr/produit/kub-or.htm