Juliette Dodu

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Juliette Dodu arborant la Légion d'honneur ainsi que la Médaille militaire, gravure d’A. Lalauze.

Juliette Dodu, née à Saint-Denis de La Réunion le et morte à Clarens le , est une espionne française, héroïne de la guerre de 1870.

Biographie[modifier | modifier le code]

Félix Hippolyte Larrey, qui fut son compagnon et lui légua sa fortune.

Née à La Réunion, d’une famille originaire du département de l’Indre[1], elle quitte son île à l’âge de seize ans lorsque son père, chirurgien de la marine, meurt de la fièvre jaune. Quelques années après, elle trouve un travail comme employée auxiliaire du bureau télégraphique de Pithiviers (Loiret), elle devient ensuite directrice du bureau télégraphique de Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), elle est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1878[2].

Vers 1875, elle entre en relation avec le baron Félix Hippolyte Larrey, médecin chef de l’armée, fils du célèbre Larrey et hérite de sa fortune (dont son petit château de Bièvres).
Sous le pseudonyme de Lipp, elle publie en 1891 un ouvrage consacré à George Sand, l’Éternel Roman. Elle est morte en 1909[3] chez le mari de sa soeur, le peintre Odilon Redon.

L’anecdote[modifier | modifier le code]

C’est au cours de la guerre de 1870 qu’elle se serait illustrée. Les Prussiens investissent Pithiviers le 20 septembre 1870. Le bureau du télégraphe est investi et la famille Dodu est reléguée au premier étage de la maison. La jeune fille de vingt-deux ans a alors l’idée de bricoler une dérivation sur le fil qui passe dans sa chambre. Ayant conservé un appareil récepteur, elle peut ainsi intercepter les transmissions chaque fois que les occupants reçoivent ou envoient des dépêches.

Pendant dix-sept jours, la jeune fille fait parvenir ces dépêches aux autorités françaises sans que les Prussiens ne se doutent de rien. Elle sauve ainsi la vie des 40 000 soldats du général Aurelle de Paladines. Le montage de la dérivation étant découvert, les Prussiens traduisent Juliette Dodu devant la cour martiale. Elle est condamnée à mort. Mais l’armistice est signé avant son exécution et Juliette Dodu est graciée par le prince Frédéric-Charles de Prusse qui demande à lui serrer la main, et libérée.

Un récit controversé[modifier | modifier le code]

Si le décret no 1942 du 8 décembre 1870 lui accorde une mention honorable ainsi qu’à 20 autres employés et agents du service télégraphique, car des employés des postes furent utilisés pour aider l’armée dans l’usage du télégraphe. En 1877, cette mention est transformée administrativement en médaille de guerre pour Juliette Dodu.

En 1873, Juliette Dodu est responsable du bureau télégraphique d'Enghien-les-Bains, où elle fait la connaissance du patron du Figaro, Hippolyte de Villemessant. Le 26 mai 1877 paraît dans ce journal, la première version connue de la légende Dodu. Le Courrier du Loiret (journal de Pithiviers) a consacré un dossier à Juliette Dodu, en 1984 (on en trouve une copie à la bibliothèque de Bièvres). Selon son auteur, "l’épouse du maréchal de France (président Mac-Mahon) était une féministe convaincue. Il n'est pas impensable que le texte de la nomination de Juliette Dodu dans l'ordre de la Légion d'honneur, l'ait été sur son intervention".

Thèse reprise par Guy Breton dans son ouvrage Les Beaux mensonges de l’histoire, toute l’histoire de Juliette Dodu ne serait en fait qu'une fable montée de toutes pièces par le journaliste du Figaro qui signait Jean de Paris dans un article du , agissant pour M. de Villemessant, son directeur. Effectivement ce n'est que sept ans après les faits que l'on entend parler de Mme Dodu. Guy Breton cite en référence le général Aurelle de Paladines, commandant en chef de l'armée de la Loire, qui ne mentionne nulle part cet héroïque sauvetage de son armée. Le lieutenant-colonel Rousset, auteur d'une Histoire de la guerre Franco Allemande 1870-1871, n'y fait nulle référence, alors qu'il fourmille de détails allant jusqu'à l'épaisseur de la neige ou l'état du ciel. Pas plus que le rapport de M. Steenackens, directeur des postes et télégrammes de l'époque, qui décrit tous les actes de résistance de ses employés durant cette guerre[4].

Tombe de Juliette Dodu

Guy Breton explique aussi les incohérences de ce récit épique ; entre autres que les Prussiens avaient quitté Pithiviers trois semaines avant les faits relatés, et l’impossibilité de capter au son un message chiffré en langue allemande et passé en Morse puis les retransmettre sans erreur. Ce qui suppose une grande connaissance non seulement de la langue mais aussi des codes militaires prussiens. De plus, personne ne possédait à Pithiviers les codes prussiens[4].

Il n'y a pas non plus trace de la condamnation à mort de Juliette Dodu ni de sa grâce. Ce qui amène l'auteur à s'interroger sur une possible mystification de M. de Villemessant qui obtint la Légion d’honneur pour une fausse héroïne à une époque où, juste après la Commune, la France qui venait de perdre l’Alsace et la Lorraine et de se déchirer lors de la Commune de Paris avait tant besoin de héros positifs[4].

Les hommages[modifier | modifier le code]

Juliette Dodu en 1870 par Ernest Jean Delahaye.
  • Peinture par Jean Ernest Delahaye.
  • Portait (estampe) par Odilon Redon.
  • Une rue porte son nom à Paris, au Havre, à Montreuil et à Saint-Denis de la Réunion, où on recense également un collège public qui l'honore.

Une plaque sur sa maison natale à Saint-Denis de la Réunion.

  • La tombe de Juliette Dodu se trouve au cimetière du Père-Lachaise, 28e division.
  • Une statue, œuvre de la duchesse d'Uzès, à Bièvres, ville qu'habita Juliette Dodu.
  • Un buste au musée de Pthiviers.
  • Un timbre-poste, au tarif courant 0,56 €, est émis en 2009 pour le centième anniversaire de sa mort. Le Livre des Timbres 2009 reprend la version classique des événements de Pithiviers.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Elle est l'arrière-petite-nièce de Sylvain Pépin, député de l'Indre à la convention pendant la Révolution ; v. l'article de Marie-Anne Mochet, p. 30
  2. « Notice no LH/783/4 », base Léonore, ministère français de la Culture
  3. (fr)« Le mystère s’épaissit », Le Quotidien de La Réunion,‎ (lire en ligne)
  4. a, b et c Guy Breton, Les Beaux mensonges de l'histoire, éd. Pré aux Clercs, , (ISBN 978-2842280161)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les amis de la bibliothèque, Bièvres et ses célébrités au XIX° siècle, 1988.
  • « Juliette Dodu, héroïne ou catin ? », série d'articles de Georges Durand, publiés de juin à mai 1984 dans le Courrier du Loiret.
  • Marie-Anne Mochet, "Une héroïne d'origine berrichonne, Juliette Dodu, portrait à l'aube de 1870", Argenton et son histoire, n° 29, p. 30-33, 2012, Cercle d'histoire d'Argenton, Argenton-sur-Creuse (ISSN 0983-1657)
  • Irène Gaultier, "Juliette Dodu, héroïne ou intrigante ?", Argenton et son histoire, n° 29, p. 28-29, 2012, Cercle d'histoire d'Argenton, Argenton-sur-Creuse (ISSN 0983-1657).