Julie Candeille

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Julie Candeille

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Portrait par A. Labille-Guiard (1791)

Nom de naissance Amélie-Julie Candeille
Naissance 31 juillet 1767
Paris
Décès 4 février 1834 (à 67 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession

Amélie-Julie Candeille, née à Paris, paroisse Saint-Sulpice, dans la nuit du 30 au 31 juillet 1767, morte à Paris le 4 février 1834, est une femme exceptionnelle aux multiples talents artistiques. Elle fut une brillante compositrice pour le piano et excellente musicienne, actrice et auteure dramatique, mais elle commença sa carrière comme cantatrice.

Les premiers pas[modifier | modifier le code]

Elle baigna dans un milieu familial entièrement tourné vers la musique et grâce à son père musicien[1], elle développa certains dons naturels pour le clavecin et le chant. Encore enfant, elle participait à des orchestres de chambre, parut à un concert devant le roi à l’âge de sept ans et on dit qu’elle fut une fois amenée à jouer en compagnie de Mozart adolescent. Elle se produisit également comme pianiste et comme compositeur au Concert spirituel. On lui doit des sonates pour le clavecin et le piano-forte, des romances et des airs dont certains ont été récemment redécouverts.

Julie Candeille se décrit ainsi dans ses Mémoires: « De fort beaux cheveux blonds, les yeux bruns, la peau blanche, fine et transparente, l’air doux et riant ». D’après sa collègue la comédienne Louise Fusil, elle était jolie, avec « sa taille bien prise, sa démarche noble, ses traits et sa blancheur (qui) tenaient des femmes créoles ». Elle n’avait pourtant rien de créole car ses origines étaient flamandes, et sa vie durant, elle mit son physique avenant, ses talents multiples et sa séduction naturelle au service de son ambition qui n’était pas médiocre. En 1781, encore très jeune, elle fut initiée dans une loge franc-maçonne – la Candeur –, où elle rencontra un certain nombre d’auteurs de théâtre, comme Olympe de Gouges, mais aussi des personnages influents susceptibles de favoriser sa carrière artistique dans l’univers complexe de la mondanité parisienne et des intrigues de l’Ancien régime agonisant.[réf. nécessaire]

Dans ses Mémoires, elle raconte aussi avoir bénéficié de protections puissantes, entre autres celle du marquis de Louvois, aristocrate contestataire, l’ami intime du chevalier de Champcenetz qui comme lui fut envoyé au fort de Ham pour inconduite, de la mélomane duchesse de Villeroy qui avait composé un salon majoritairement féminin et dont l’influence s’étendait dans les milieux du théâtre, et le baron de Breteuil, ministre de la maison du roi, qui fut peut-être un amant.

Munie de ces protections, elle débuta à l’Académie royale de Musique le 27 décembre 1782 dans le rôle titre d'Iphigénie en Aulide de Gluck où elle remporta un succès mitigé. Mme Saint-Huberty qui avait succédé à Mlle Levasseur et Mlle Laguerre, ne lui laissa d’ailleurs aucune chance, car elle n’avait pas la voix pour s’imposer sur ce terrain si exigeant. Elle se retourna vers la Comédie-Française où elle se fit remarquer le lundi 19 septembre 1785 dans Hermione d' Andromaque de Racine. Molé fut son protecteur comme il le fut à la même époque d’Olympe de Gouges alors l’amie de Julie Candeille[2]. Sa personnalité forte et ses idées originales ne plaisaient pas et elle fut toujours un peu tenue à l’écart par ses collègues de la Comédie française tels que Molé, Dazincourt, Fleury ou Louise Contat qu’elle-même regardait comme de plats courtisans de Versailles. Elle se rapprocha de Talma et de ceux des comédiens qui accueillirent avec enthousiasme la Révolution de 1789.

L’auteure dramatique[modifier | modifier le code]

En 1789, elle tint le rôle de la jeune esclave Mirza dans une pièce dénonçant la condition des esclaves des colonies intitulée l’Esclavage des Nègres, ou l’Heureux naufrage, drame en trois actes d’Olympe de Gouges, qui fut le prétexte à un affrontement en règle entre les représentants du puissant lobby des propriétaires coloniaux en France et la Société des amis des Noirs, club cofondé par Brissot, Condorcet et l’abbé Grégoire. Julie Candeille fut l’ornement des salons constituants, et on la vit aussi bien chez Mme de Lameth où venait Robespierre, que chez Mmes de Villette, Helvétius ou Condorcet. C’est à cette époque (1791) qu’Adélaïde Labille-Guiard, qui partageait ses idées, fit son portrait. Les pièces pour lesquelles elle était à l’affiche au début de la Révolution eurent un succès considérable, tant au nouveau théâtre des Variétés amusantes de la rue de Richelieu qu’au Théâtre de la République. La Révolution relança véritablement sa carrière et elle se fit de nombreux amis dans les cercles politiques avancés. On prétend que c’est pour elle que Fabre d'Églantine écrivit la romance Je t’aime tant, mise en musique par Garat.

En 1792, elle était à une fête que les Talma donnaient chez eux rue Chantereine en l’honneur du général Dumouriez, vainqueur de Valmy, lorsque Marat à la tête d’un groupe d’énergumènes armés, se fit bruyamment annoncer. La plupart des convives tels que Antoine-Vincent Arnault ou Pierre Victurnien Vergniaud firent, dès le lendemain, l’objet d’une dénonciation en règle dans l'Ami du peuple. On dit que Julie Candeille était lors l'amie de Vergniaud, qui était devenu le brillant orateur du parti des girondins.

Elle fit représenter au Théâtre-Français, en 1792, Catherine ou la Belle fermière, comédie en 3 actes et en prose, qui eut une vogue prodigieuse. Les représentations avaient commencé à l’époque du procès de Louis XVI. Michaud, en a inféré sous la Restauration qu’elle avait joué le rôle de la déesse Raison[3], ce qu’elle a démenti, preuves à l’appui[4], mais les frères Goncourt, qui ne sont pas à une inexactitude historique près, ont allégué le contraire. Compromise par ses amitiés girondines, Julie Candeille fut, malgré sa popularité, inquiétée en 1793. Trop proche de Vergniaud et des Girondins, elle fut l’objet de dénonciations. Une perquisition fut ordonnée à son domicile de la rue Neuve des Mathurins. Mais grâce au député montagnard Julien de Toulouse qui appartenait encore au Comité de sûreté générale, Julie Candeille ne fut pas arrêtée au titre de suspecte[5].

La citoyenne Simons[modifier | modifier le code]

Une fois la Terreur terminée, elle se maria sur un coup de tête avec un jeune médecin qui lui plaisait, le citoyen Laroche, dont elle ne porta jamais le nom. Le Directoire devait consacrer sa popularité d’actrice, mais aussi d’auteur dramatique en vue. On exposa au Salon des arts de l’an III son portrait réalisé par Jacques-Antoine-Marie Lemoine, et l’année suivante une charmante miniature en robe rayée et ceinture rouge, peinte par Jeanne Doucet de Suriny, dans laquelle on la voit occupée à écrire une nouvelle pièce de théâtre. Cette pièce un peu scandaleuse, La Bayadère ou le Français à Surate, comédie en cinq actes et en vers, avait été écrite sur mesure pour elle et elle en avait créé le rôle titre en janvier 1795. Le succès ne fut pas à la hauteur de ses espérances.

En 1797, la comédienne Élise Lange, ancienne protégée et amie de Julie Candeille, épousa l’homme d’affaires Michel Simons, lui-même fils d’un carrossier belge que Mlle Candeille avait rencontré en août 1796 à Bruxelles, ville où elle était venue représenter Catherine ou la belle fermière. Jean Simons le père n’avait pas été insensible au charme de Julie qu’il épousa à Bruxelles, le 11 février 1798, après qu’elle eut divorcé de Laroche et rompu un engagement au théâtre, ce qui lui valut un procès qu’elle perdit.

Le nouvelle Mme Simons mena dès lors une vie luxueuse entre Bruxelles et Paris. Comme beaucoup de parvenus de l’époque, le couple voulut avoir sa petite maison qui fut construite à grands frais sur des plans dessinés par Bellanger à la pointe Bellevue, sur l’ancien domaine de Mesdames[6]. On dit qu’elle voulut seconder son mari dans l’exercice de ses tâches industrielles et que c’est grâce à sa vielle amitié avec Joséphine qu’elle avait connu dans les salons constituants qu’elle obtint la commande de la voiture du sacre de Napoléon. Ce joyau de la technologie du Premier Empire fut détruit avec plusieurs objets du musée Tussaud de Londres lors de l’incendie de 1925. En 1803, elle avait partagé avec son ex-amie Mme Lejay, devenue comtesse de Pontécoulant, le soin de faire les honneurs de la ville de Bruxelles au Premier consul et à son épouse.

Au début de l’Empire, lorsque la guerre reprit, les affaires de Jean Simons périclitèrent. Son épouse se retira dans son hôtel parisien rue Cérutti, no 3, et elle donna des récitals de piano dans les soirées aristocratiques de la capitale. Elle devait aussi bénéficier d’une pension que lui versait la nouvelle impératrice Marie-Louise.

La passion pour Girodet[modifier | modifier le code]

Julie Candeille avait toujours beaucoup d’indulgence pour les jeunes gens, et parmi eux, elle distingua le talentueux peintre Girodet, son cadet de quelques bonnes années, avec lequel elle eut une liaison toute platonique et principalement épistolaire. Fils adoptif du docteur Trioson, Girodet s’était fait connaître en 1793 avec son portrait d’Endymion dans lequel il concourut à mettre au goût du jour l’esthétisation de l’anatomie masculine. Un dessin non localisé de Girodet le représente en double profil avec une Julie Candeille méconnaissable qui semble avoir sacrifié sa longue et blonde chevelure pour une coupe « à la garçonne » avant la lettre. Elle lui adressa des lettres passionnées jouant le rôle d’une complice et amie plutôt que d’une amoureuse transie, comme cela a été avancé. Elle signait « Votre vieille Galathée » et s’offrait à l’occasion comme intermédiaire amoureux puisque, connaissant ses dessins homo-érotiques, elle n’ignorait pas que les goûts de Girodet l’inclinaient vers les autres hommes[7]. Lorsqu'elle devint veuve, elle tenta quand même sa chance : — Mon ami, lui dit-elle, je suis libre. Je sais que vous avez pensé à moi. Je viens vous offrir ma main. L'autre, éberlué, hésite et cherche une sortie : — Sachez, lui répondit-il, que je suis l'homme le plus violent qui se puisse trouver. Je bats mes domestiques. Il n'y a pas d'excès auxquels je ne sois capable de me livrer.

Delescluze, qui raconte cette histoire, ajoute que « la belle Fermière » trouva ces raisons suffisantes pour abandonner son projet[8] Elle ne renonça pas pour autant au mariage et jeta son dévolu sur un autre homme fort beau, de trente ans plus jeune qu'elle, Henri Périé de Sénovert, qui accepta. Une fois mariés, ils vécurent d'abord dans le magnifique hôtel de Julie, rue Neuve Saint-Augustin (l'hôtel de Gesvres). Elle était devenue très riche si l'on s'en tient à la seule description de sa chambre : « L'estrade d'ébène incrustée d'argent qui supportait le lit de Mme Périé, était placée dans un hémicycle dont chaque panneau contenait une figure peinte, de grandeur naturelle, représentant une des heures de la nuit. Chacune de ces cinq pages poétiques portait un nom illustre : David, Prud’hon, Girodet, Franque, Gérard, Guérin avaient tous signé leur heure[9]. »

Nîmes[modifier | modifier le code]

Comme on venait de créer le musée de Nîmes, elle intrigua et réussit à faire nommer son mari au poste de conservateur. Ils devaient y vivre neuf ans, y étant logés par un ami de Julie, Jean Roman, autrefois membre des académies d'Ancien régime et fondateur de la société des Valmusiens qui regroupait des poètes des deux sexes. Elle collabora aux Annales de la Littérature et des arts, organe de la Société des Bonnes lettres, et, pour se faire admettre dans la bonne société catholique et royaliste nîmoise, elle publia une « lettre sur Nîmes et ses environs ». Jouissant de sa réputation d'ancienne sociétaire de la Comédie française et d'écrivain, elle ouvrit un salon où à la suite du préfet et de l'évêque se pressèrent les célébrités de la ville et de la région. En 1827, elle invitait Victor Hugo à venir séjourner et il lui adressait en retour un exemplaire dédicacé de Bug-Jargal. À plus de soixante ans, elle était toujours séduisante avec ses beaux cheveux blonds et ses yeux noirs, le sourire aimable et l'air distingué. En 1832, elle annonçait à son ami Charles Nodier qu'elle désirait revenir à Paris. Éprouvée dans ses intérêts, elle subit les premières atteintes de la maladie. Périé meurt brusquement en 1833. Elle-même est frappée d'une attaque d'apoplexie. Découragée, elle demande à Nodier de la rapatrier dans une maison de santé parisienne où elle meurt le 3 février 1834.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pierre-Joseph Candeille (1744-1827) fut acteur, chanteur d’opéra comme basse-taille dans les chœurs et compositeur pour l’opéra et exilé à Moulins où il fut directeur du théâtre (cf. Fétis).
  2. Fabre de l’Aude, Mémoires d’un pair de France, I, 197-201.
  3. Ce rôle à une fête donné en la cathédrale Notre-Dame a été tenu par Mlle Maillar de l’Opéra. L’épouse du libraire Momoro, Sophie, aurait elle aussi incarné la déesse Raison.
  4. La justification de Julie Candeille en réponse à Audiffret. Notice historique sur Julie Candeille (extrait du dictionnaire de Michaud).
  5. Julien de Toulouse, Encore un mot à mes détracteurs. Compte rendu de ma fortune, Paris, l’an III.
  6. Bellanger réalisa à même époque la maison de Simons fils et de Mlle Lange à la Chauvennerie, commune de Meudon, qui dépendait également de l’ancien domaine royal.
  7. Girodet a illustré une série de dessins pour l’épisode de Nysus et Euryale de l’Énéide, glorification subtile de l’homosexualité héroïque.
  8. Souvenirs inédits, Revue rétrospective.
  9. Mme Menessier-Nodier, Charles Nodier, épisodes et souvenirs de sa vie, 1867, p. 238.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Julie Candeille vers 1810, gravure par Cœuré d’après Pierre-Paul Prud’hon
  • Olivier Blanc, Portraits de femmes, Artistes et modèle à l’époque de Marie-Antoinette, Paris, Didier Carpentier, 2006.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Catherine, ou la Belle fermière, Paris, l’an II.
  • La Bayadère, ou le Français à Surate, Paris, l’an III.
  • Ida, ou l’orpheline de Berlin, pièce en trois actes.
  • Louise, ou la réconciliation.
  • Lydie, ou les mariages manqués, Paris, 1809.
  • Bathilde, reine des Francs, Paris, 1814.
  • Vers sur la bonté.
  • Justification de Julie Candeille en réponse à Audiffret.
  • Souvenirs de Brighton, Londres et Paris, Paris, 1818.
  • Agnès de France, ou le douzième siècle, Paris, 1821.
  • Essai sur la félicité humaine

Pièces de musique[modifier | modifier le code]

  • Trois sonates pour le clavecin avec accompagnement au violon.
  • Concerto pour piano et instruments à corde.
  • Deux grandes sonates pour piano, opus 8 (sous le nom de Julie Simons).
  • Fantaisie pour piano (dédié à Mme Rivière).
  • Nocturne pour piano (fantaisie no 5, opus 11).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notice biographique sur Anne-Louis Girodet et Amélie-Julie Candeille, Bibliothèque nationale, département des manuscrits.
  • Michaud, Dictionnaire biographique, article « Candeille ».
  • Arthur Pougin, Une charmeuse, Julie Candeille, Le Ménestrel, 7.10.1833.
  • Th. Casevitz, « Une actrice femme de lettres au XVIIIe siècle, Julie Candeille », Revue hebdomadaire, Paris, octobre 1923.
  • Jean Stern, « Le Mari de Mlle Lange », Revue des questions historiques, vol. 176.

Liens externes[modifier | modifier le code]