Livre des Juges

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Juges
Image illustrative de l'article Livre des Juges
Samson meurt en faisant mourir ses ennemis (illustration des Figures de la Bible)

Titre dans le Tanakh Sefer Shoftim
Auteur(s) selon l'exégèse Plusieurs auteurs anonymes
Datation traditionnelle XIIe siècle av. J.-C.
Datation historique VIIe-Ve siècle av. J.-C.
Plus ancien manuscrit Qumrân 1
Nombre de chapitres 21
Classification
Tanakh Nevi'im
Canon chrétien Livres historiques
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Précédent Josué Livre des Juges Ruth Suivant

Le Livre des Juges (en hébreu ספר שופטים Sefer Shoftim) est l'un des livres de la Bible hébraïque. Il raconte la période de l'histoire des Hébreux entre la conquête du Pays de Canaan (rapportée dans le livre de Josué) et l'apparition de la royauté. À cette époque (vers -1150--1130), le pouvoir est exercé par les Juges. C'est sous la pression d'un danger précis et sur un mode plutôt défensif que les tribus d'Israël mettent à leur tête un chef : c'est l'époque des Juges (shofet).

Récit biblique[modifier | modifier le code]

Premiers chapitres[modifier | modifier le code]

Après les premières conquêtes réalisées sous la conduite de Josué, le récit constate que les Israélites, bien que dominant la plus grande partie du pays de Canaan, n'ont pas expulsé tous les Cananéens et continuent de vivre à leur proximité, adoptant régulièrement leurs cultes idolâtres. Dieu considère alors que c'est un bon moyen de mettre régulièrement Son peuple à l'épreuve et de le punir à chaque fois qu'il s'éloignera de Lui. Ainsi, le livre des Juges reflète le cycle continu, pour les tribus israélites, de périodes de paix puis de décadence et de domination étrangère puis de repentir sous la direction d'un chef, d'un juge, qui rétablit la paix et le culte de Dieu et délivre le peuple de l'oppression de ses ennemis.

Othoniel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Othoniel.

Au sud, Caleb de la tribu de Juda conquiert Hébron sur les Benê-Anaq. Son neveu Othoniel, fils de Kenaz, s'empare de Qiryat-Sépher. Il lutte aussi contre les Édomites.

Kusham-Risheatayim, un roi venu de la région de l'Euphrate, entre dans le pays de Canaan avec sans doute l'intention de conquérir l'Égypte. Vaincu par le pharaon, il bat en retraite avec son armée en pillant le pays sur son passage. Othoniel réussit à rassembler une armée et à le chasser.

Ehud[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ehud.

Ehud, fils de Guéra, un chef benjaminite tributaire des Moabites, profite du moment où il apportait le tribut pour assassiner Eglôn, roi de Moab. Cet assassinat donne le signal de la révolte des Benjaminites qui repoussent les Moabites de l'autre côté du Jourdain.

Samgar[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Samgar.

Débora[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Débora, Barac et Yaël (Bible).

Devant la menace de Siséra de Haroshet ha-Goyîm, vraisemblablement le chef d'un des peuples de la mer, Barac de Qédesh de Nephtali (Hébreux de Galilée) s'allie avec la prophétesse Débora de la montagne d'Ephraïm (confédération israélite). Ils battent Siséra près du torrent de Qishôn, grâce à une pluie torrentielle qui provoque l'enlisement des chars ennemis (bataille des eaux de Megiddo).

Gédéon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gédéon.

Gédéon d'Ophrah, fils de Yoach, organise la tribu de Manassé et prend la tête de la lutte contre les Madianites, pillards venus du Sud et de l'Est qui utilisent des chameaux. Il les rejette au cours d'une première campagne hors de la Terre d'Israël à la bataille de Eïn-Harod. Leurs chefs Oreb et Zeéb sont exécutés par les Ephraïmites qui bloquent les gués du Jourdain. À la suite d'un autre raid madianite près du Mont Thabor, Gédéon les poursuit jusqu'à la rive est du Jourdain et exécute leur chefs Zébah et Salmunna. Au cours de cette seconde campagne, Gédéon réduit les opposants de Pénuel et Soukkot dans la moyenne vallée du Jourdain (groupe de Makîr). À la suite de ces succès militaires, un fort courant se dessine en faveur de Gédéon pour le proclamer roi. Mais il se refuse à fonder une dynastie.

Abimelech[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abimelech (juge).

Un des fils de Gédéon, Abimelech, se proclame roi à Sichem. Le peuple se révolte et Abimelech fait incendier la ville au cours d'une bataille sanglante. Il est tué par jet d'une pierre dans une bataille en essayant d'asservir une autre ville.

Juges mineurs[modifier | modifier le code]

Jephté[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jephté.

Jephté, chef de bande, est désigné par les chefs traditionnels de Galaad pour conduire la guerre contre les Ammonites qui les menaçaient. Sa victoire provoque la jalousie des Ephraïmites, mais leurs représailles échouent et Galaad gagne son autonomie et n'est probablement rattaché à la tribu de Manassé qu'après la victoire de Gédéon sur les Madianites.

Samson[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Samson.

Selon une légende de la région de Bet-Shemesh, Samson, de la tribu de Dan, lutte contre les Philistins, en tue mille avec une mâchoire d’âne, mais est trahi par Dalila qui le rase (il tenait sa force de sa chevelure) et le livre. Ayant retrouvé ses forces, il renverse le temple de Dagon sur lui-même et sur les Philistins.

La tribu de Dan était sédentarisée dans le nord de Shéphélah. Au cours de la première moitié du XIIe siècle av. J.-C., probablement sous la pression des Philistins, certains clans de Dan quittent Zoréa et Eshtaol pour s'installer plus au nord dans la haute vallée du Jourdain autour de l’ancienne Laïsh, ou Leshem. D'autres restent dans la zone frontière, souvent dans la mouvance philistine jusqu'à l'époque de David qui les rattachera à la « maison de Juda ».

Guerre éphraïmito-benjaminite[modifier | modifier le code]

À la suite d'un crime commis à Gibéa, les clans du sud de la montagne d'Éphraïm (tribu de Benjamin) se solidarisent avec le coupable au lieu de le livrer. Ils affirment ainsi leur autonomie par rapport aux autres clans israélites. Vaincus après une assez longue guerre civile, les Benjaminites obtiennent toutefois leur autonomie.

Résumé[modifier | modifier le code]

Les chapitres 1 à 3 sont la préface de tout le livre. Ils expliquent que du fait qu'ils n'avaient pas chassé leurs ennemis (Juges 1:16–35), les Israélites durent en subir les conséquences: perte de foi, mariages avec des incrédules et idolâtrie.

Les chapitres 3 à 5 racontent l'histoire de Débora et de Barak, qui délivrèrent Israël des Cananéens.

Les chapitres 6 à 8 contiennent les expériences édifiantes de Gédéon, que le Seigneur bénit pour qu'il délivre Israël des Madianites.

Aux chapitres 9 à 12, plusieurs hommes remplissent les fonctions de juges en Israël, essentiellement dans l'apostasie et sous l'oppression.

Les chapitres 13 à 16 parlent de l'apparition et de la chute du dernier juge, Samson. Les derniers chapitres, 17 à 21, peuvent être considérés comme un appendice qui révèle la profondeur des péchés d'Israël.

Composition et historicité[modifier | modifier le code]

L'époque des Juges est largement considérée aujourd'hui comme une construction théologique, et non une réalité historique. Il y a par contre débat sur la place du livre parmi les Prophètes postérieurs. Les spécialistes hésitent entre une composition après la conquête du royaume d'Israël (fin du VIIIe siècle av. J.-C.) et une création à l'époque perse (Ve siècle av. J.-C.) ou plus tard encore[1]. Quoi qu'il en soit, on peut dire que le livre des Juges a connu une longue élaboration rédactionnelle, et que la période de sa composition s'étale justement entre les deux bornes citées précédemment[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Corinne Lanoir dans Thomas Römer (éd.), Jean-Daniel Macchi (éd.) et Christophe Nihan (éd.), Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, 2009, p=353
  2. Corinne Lanoir dans Thomas Römer (éd.), Jean-Daniel Macchi (éd.) et Christophe Nihan (éd.), Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, 2009, p=354

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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