Jude (frère de Jésus)

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Jude (Ἰούδα) est un personnage qui apparait dans les évangiles selon Matthieu (Mt 13,55) et selon Marc (Mc 6,3), où il est cité dans l'entourage de Jésus de Nazareth parmi les « frères » de ce dernier, avec Jacques le Juste.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Jude est un personnage dont l'identité exacte fait débat. Dans les évangiles synoptiques, il est mentionné dans les listes de « frères » de Jésus, aux côtés de Jacques, Joset et Simon. Il est généralement considéré comme l'auteur de l'épître de Jude qui figure dans le canon du Nouveau testament. Les différentes traditions ainsi que les historiens se divisent sur son identité exacte.

Dans la tradition catholique[modifier | modifier le code]

Dans la tradition latine d'occident, les « frères » de Jésus ne sont pas de réels frères, mais des cousins germains de Jésus[1]. Ils ne sont ni des fils de Joseph ni des fils de Marie, mais les fils qu'une demi-sœur de Marie, Marie Jacobé, auraient eu avec un frère — ou un demi frère — de Joseph appelé Clopas[1]. Jude est donc le frère de l'apôtre Simon le Zélote et celui de « Jacques le frère du Seigneur », mais ce dernier est identifié à Jacques le Mineur qui est effectivement un fils de Clopas et de Marie Jacobé[1].

Par ailleurs, le fait que Jude soit l'apôtre Jude cité dans les listes de douze apôtres sous le nom de Judas de Jacques ou de Thaddée est contesté. Pour une partie des exégètes catholiques, Judas de Jacques mentionné dans les évangiles synoptiques ne devrait pas être lu comme Judas [frère] de Jacques, en référence à l'épître de Jude où celui-ci se désigne comme frère de Jacques, mais devrait se lire comme Judas [fils] de Jacques[2]. Pour eux, il n'est pas non plus Thaddée/Addai que Thomas envoie à Édesse, ce Judas Thaddée là serait un membre du groupe des septante disciples et pas l'un des douze apôtres et donc pas l'apôtre Judas Thaddée et pas non plus le « frère » de Jésus. Une autre partie de la tradition catholique considère que le « frère » de Jésus appelé Jude est bien l'apôtre Judas Thaddée, en référence notamment à la tradition telle qu'elle est relatée dans la Légende dorée. Il n'est toutefois jamais appelé Addaï.

La tradition des Églises orientales[modifier | modifier le code]

Pour les orthodoxes, Jude est un des douze apôtres de Jésus, descendant du roi David et de Salomon par « Joseph le fiancé de Marie », dont il est un des fils qu'il a eu avec une autre épouse que Marie, avant son mariage avec celle-ci[3],[4]. Jude est aussi surnommé « Lebbaeus qui est aussi Thaddeus (Thaddée) » (Mt. 10, 3)[3]. Il est aussi appelé Thaddée dans l'évangile attribué à Marc (Mc. 3, 18)[3]. Il est identifié avec Judas Barsabas qui, selon les Actes des Apôtres, est chargé par Jacques le Juste, de porter le décret apostolique à Antioche (Ac. 15, 22)[3]. Il est parfois appelé Jude (ou Judas) frère de Jacques, pour marquer son humilité[5]. Il aurait aussi été appelé Lévi[5], ce qui le renvoie avec ses frères à l'appartenance à une famille sacerdotale[6].

Il a effectué sa prédication en Judée, Galilée, Samarie et Idumée, puis par la suite dans le pays Arabe (probablement la Nabathée), en Syrie et en Mésopotamie[3] et en Arménie[5]. Finalement, il se rendit dans la cité d'Édesse[3]. Là, il finit le travail que n'avait pas achevé son prédécesseur, saint Thaddeus, membre du groupe des soixante-dix[3]. Il existe une tradition, selon laquelle Jude se rendit « en Perse », où il écrivit son épître catholique en Grec[3].

La tradition nestorienne reprend le même type d'information que les orthodoxes. Judas Thaddée y est souvent appelé Addaï, celui-ci aurait d'abord été envoyé par l'apôtre Thomas peu de temps après la « résurrection » de Jésus. C'est de ces apôtres, avec Bar-Tulmai (Barthélemy) et Mar Man l'un des septante disciples que l'Église apostolique assyrienne de l'Orient a reçu l'enseignement de Jésus[7],[8]. Cette église aurait initialement été établie à Édesse au Ier siècle et c'est à partir d'Édesse que la « Bonne nouvelle » (évangile) se serait répandue[7].

La tradition arménienne affirme que Thaddée fut envoyé évangéliser l'Arménie par Abgar, vu comme l'oncle du roi d'Arménie Sanatrouk. Dans les Actes de Thaddée en arménien, ce dernier est appelé Addaï[9]. Les détails varient largement, mais dans tous les écrits, Thaddée convertit Sandoukht, la fille du roi. Dans certaines versions, Sanatrouk se convertit également avant d'apostasier et de devenir hostile au christianisme. Dans tous les cas, il soumet Thaddée et Sandoukht au martyre. L'apôtre Thaddée aurait été exécuté dans la ville de Maku vers 45[10]. D'autres écrits font également arriver l'apôtre Barthélemy en Arménie à l'époque de l'exécution de Thaddée, où il connut également le martyre dans les années 60[11]. Quoi qu'il en soit de l'authenticité de ces traditions, le christianisme a probablement été introduit assez tôt en Arménie, étant donné que des persécutions contre les chrétiens sont rapportées au cours des années 110 et 230 et en 287 par Eusèbe de Césarée et Tertullien[12].

Les apôtres Jude et Barthélemy sont traditionnellement considérés comme ayant été les premiers à apporter le christianisme en Arménie, et sont donc vénérés comme les saints patrons de l'Église apostolique arménienne. Le Monastère Saint-Thaddée (dans le nord de l'Iran) est construit à l'endroit supposé du martyr de Jude. Le Monastère Saint-Barthélemy d'Aghbak (dans le sud-est de la Turquie) est construit à l'endroit supposé du martyr de Barthélemy.

Frère de Jésus[modifier | modifier le code]

Il y a un débat, essentiellement dans l'exégèse confessionnelle, concernant la nature du lien familial entre les « frères de Jésus » et ce dernier, la tradition catholique en faisant un cousin et la tradition orthodoxe un proche parent, tandis qu'une partie de l'exégèse retient l'acception première du lien fraternel.

La lecture traditionnelle catholique, fondée sur la croyance plus tardive en la virginité perpétuelle de Marie, à la suite de Jérôme de Stridon qui, le premier, argumente contre une « fratrie » au profit de « cousins », est de nos jours remise en cause par l'exégèse contemporaine qui elle, à l'instar de l'exégète catholique John P. Meier, conteste cette acception qui n'apparaît jamais dans la version grecque de l'Ancien Testament[13] dans lequel le terme adelphos marque exclusivement le lien fraternel de sang ou de droit[14].

Ses noms et surnoms[modifier | modifier le code]

Judas le Zélote[modifier | modifier le code]

Au VIe siècle, le Décret de Gélase déclare canonique l'épître de Jude, qu'il désigne comme « l’apôtre Juda Zélotes » (« Iudæ Zelotis apostoli »). Au IVe siècle, Jérôme de Stridon, pour qui le « frère » de Jésus appelé Jude est aussi l'apôtre du même nom, écrit dans son Commentaire de l’Épître aux Galates que « l’apôtre Judas, qui n’est pas le traître[15] » a pris le nom de Zélote « en vertu de son zèle insigne[15]. »

Deux variantes de manuscrits des Constitutions apostoliques indiquent que « Thaddaeus, aussi appelé Lebbaeus et surnommé Judas le Zélote, prêcha la Vérité aux Édesséniens et au peuple de Mésopotamie lorsque Agbarus (Abgar) régnait à Édesse[16]. »

Jude et Thaddée[modifier | modifier le code]

Jude est parfois identifié à l'apôtre Jude Thaddée, et à l'auteur de Épître de Jude, une des épîtres catholiques du Nouveau Testament, dont l'auteur se dit « Jude, serviteur de Jésus Christ, frère de Jacques » (Ju v 1) (peut-être Jacques le Juste, autre frère de Jésus).

Ses descendants sont cités dans deux passages de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée :

  • HE 3, 19 et 20
« Le même Domitien ordonna de détruire tous les Juifs qui étaient de la race de David : une ancienne tradition raconte que des hérétiques dénoncèrent les descendants de Jude, qui était, selon la chair, frère du Sauveur, comme appartenant à la race de David et parents du Christ lui-même. C'est ce que montre Hégésippe quand il s'exprime en ces termes :
« II y avait encore de la race du Sauveur les petits- fils de Jude qui lui-même était appelé son frère selon la chair : on les dénonça comme descendants de David. l'evocatus les amena à Domitien ; celui-ci craignait la venue du Christ, comme Hérode. L'empereur leur demanda s'ils étaient de la race de David ; ils l'avouèrent ; il s'enquit alors de leurs biens et de leur fortune : ils dirent qu'ils ne possédaient ensemble l'un et l'autre que neuf mille deniers, dont chacun avait la moitié; ils ajoutèrent qu'ils n'avaient pas cette somme en numéraire, mais qu'elle était l'évaluation d'une terre de trente-neuf plèthres, pour laquelle ils payaient l'impôt et qu'ils cultivaient pour vivre.
Puis ils montrèrent leurs mains et, comme preuve qu'ils travaillaient eux-mêmes, ils alléguèrent la rudesse de leurs membres, et les durillons incrustés dans leurs propres mains, indice certain d'un labeur continu. Interrogés sur le Christ et son royaume, sur la nature de sa royauté, sur le lieu et l'époque de son apparition, ils firent cette réponse, que le règne du Christ n'était ni du monde ni de la terre, mais céleste et angélique, qu'il se réaliserait à la fin des temps, quand le Christ venant dans sa gloire jugerait les vivants et les morts et rendrait à chacun selon ses œuvres. Domitien ne vit rien là qui fût contre eux ; il les dédaigna comme des gens simples, les renvoya libres et un édit fit cesser la persécution contre l'Eglise. Une fois délivrés, ils dirigèrent les églises, à la fois comme martyrs et parents du Seigneur, et vécurent après la paix jusqu'au temps de Trajan. »
  • HE 3, 32
« Le même auteur (Hégésippe) nous apprend encore que d'autres descendants de Jude, l'un de ceux qu'on disait frères du Seigneur, vécurent jusqu'au temps du même règne de Trajan, après avoir, sous Domitien, rendu témoignage à la foi chrétienne ainsi que nous l'avons déjà noté. Voici ce que nous raconte cet écrivain :
« Ils vont donc servant de guides à chaque église en qualité de martyrs et de parents du Seigneur. Grâce à la paix profonde dont l'église entière jouissait alors, ils vivent jusqu'à Trajan. » »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c cf. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 31-44.
  2. Eric Fuchs et Pierre Reymond, La deuxième épître de saint Pierre : L'épître de saint Jude, éd. Labor et Fides, 1988, p. 145.
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Apostle Jude the Brother of the Lord, (Église orthodoxe aux USA).
  4. Voir à ce sujet Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 28 et 33-34.
  5. a, b et c Apôtre Jude, Orthodoxwiki.
  6. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. du Cerf, 2001, Paris, p. 195-196.
  7. a et b History of the Nestorian Church, sur http://www.nestorian.org.
  8. Nestorian Patriarchs, sur http://www.nestorian.org.
  9. Christelle Jullien, Apôtres des confins: processus missionnaires chrétiens dans l'Empire Iranien, Groupe pour l'Étude de la Civilisation du Moyen-Orient, 2002, p. 61-68.
  10. Albert Khazinedjian, 40 ans au service de l'Eglise arménienne apostolique: Compendium, éd. L'Harmattan, Paris, 2009, p. 139.
  11. Voir entre autres (en) Yowhannes Drasxanakertci, History of Armenia, trad. Krikor H. Maksoudian, Scholars Press, Atlanta, 1987, p. 78 ; (en) Aziz S. Atiya, History of Eastern Christianity, University of Notre Dame Press, 1967, p. 315 ; (en) Khoren Narbey, A Catechism of Christian Instruction According to the Doctrine of the Armenian Church, trad. Ter Psack Hyrapiet Jacob, Diocese of the Armenian Church of North America, 1892, p. 86–87.
  12. (en) Aziz S. Atiya, op. cit. 316.
  13. John P. Meier, Un certain juif : Jésus., éd. Cerf, 2004, vol. I, p. 196 (éd. orig. 1991)
  14. Daniel Marguerat, Jésus, ses frères, ses sœurs, in Le Monde de la Bible, Hors-série printemps 2009, p. 53
  15. a et b Jérôme de Stridon, Epist. ad. Gal. 2, 4.
  16. Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 376-377.

Lien externe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]