Juan de Valdés

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Valdés (homonymie).
Juan de Valdés

Juan de Valdés, né en 1499 à Cuenca et mort à Naples en 1541, est un érudit et humaniste espagnol. Il fut l’un des principaux propagateurs des idées de l'Érasmisme en Espagne. Il a fui devant l’Inquisition espagnole et s’est exilé à Naples, où il a développé ses thèses autour d’un cercle d’initiés.

Ses débuts[modifier | modifier le code]

Juan de Valdés a étudié à l'université d'Alcalá de Henares, grand centre de l'humanisme de Renaissance en Espagne, fondé par le cardinal Cisneros. Issu d'une famille de juifs convertis au christianisme et annoblie, il était le frère d'Alfonso de Valdés, qui deviendra conseiller de Charles Quint. Durant sa jeunesse, il a côtoyé le mouvement des Alumbrados ou illuminés, déclaré hérétique par l'Inquisition. Ce mouvement défendait une religion intérieure illuminée par le Saint-Esprit dont l'intervention guidait la lecture et la compréhension des Écritures. Le jeune Valdès côtoya le cercle illuministe d’Escalona au sein duquel il avait des liens privilégiés avec le prédicateur Francisco Ruiz de Alcaraz, peu de temps avant que celui-ci ne soit condamné par l'Inquisition. Ce mouvement se propage surtout dans le milieu des conversos (Juifs des Royaumes Ibériques convertis). Ce milieu, dont il est issu, est un réceptacle aux écrits d’Érasme et de Luther. Son frère Alonso est le secrétaire de Charles Quint. Il interprète le sac de Rome de 1527 comme un châtiment divin punissant les péchés du Pape et des hauts dignitaires de l’Église. Les deux frères lisent Érasme puis Luther et sont en étroite correspondance avec le penseur de Rotterdam. Jean de Valdès publie un ouvrage d’inspiration érasmienne, Dialogue de la doctrine chrétienne (Diálogo de la doctrina cristiana) qui fait de larges emprunts à Luther et à Oecolampade, mais qui, malgré les doutes de l'Inquisition quant à son orthodoxie, sera réimprimé, sous l'ordre de l'Inquisiteur général Manrique, en 1529. L’Inquisition s’intéresse dès lors aux deux frères. Juan s’enfuit à Naples puis à Rome où il rejoint le parti impérial en Italie. Il entre en contact avec les Gonzague et Pietro Carnesecchi, secrétaire du Pape Clément VII. Il retourne à Naples où se forme autour de lui un cercle avec des femmes des grandes familles comme Giulia Gonzague ou Vittoria Colonna. Lors des réunions Juan lit les Épître aux Romains, base de la réflexion de Luther, et les commente. C’est un magister oral et écrit. Le rôle du manuscrit dans la diffusion des idées de Juan de Valdés est important.

Le valdésianisme[modifier | modifier le code]

On peut souligner la présence dans son entourage de Bernardino Ochino, général des Capucins, prédicateur qui prêche devant l’empereur Charles Quint lors de son séjour à Naples la messe du Carême. Pour Valdés, l’essentiel est la religiosité intérieure : « Être chrétien n’est pas une science mais une expérience ». Rejet des pratiques extérieures (messe, pèlerinage, etc.) du christianisme. Le chrétien doit apprendre à lire son « Livre intérieur » (image utilisé par Luther). Valdés s’insère dans un courant néoplatonicien à connotation ésotérique : on s’initie à la vérité chrétienne graduellement et cette vérité n’est pas accessible à tous.

Image du Palais : il y a ceux qui admirent le château de l’extérieur, d’autres qui parviennent à entrer dans la cour des carrosses, d’autres encore qui atteignent la cour du palais, certains qui pénètrent dans les couloirs du château et enfin un petit nombre qui sont invités dans la chambre du Roi. Ce n’est pas pour autant que le Roi ne gouverne pas tous les sujets, depuis ceux qui sont présents dans sa chambre jusqu'à ceux qui admirent son palais de l’extérieur.

Il cherche à éviter une confrontation avec ceux qui ne peuvent atteindre la vérité divine. Il réprouve la condamnation faite par Luther à propos des superstitions romaines ainsi que sa sortie de l’Église. Pour Valdés une réforme de l’intérieur aurait été préférable. Ce n’est pas une question de prudence mais une question de charité (référence au nicodémisme : c'est-à-dire de cacher ses convictions sous des apparences officielles convenues et conventionnelles, tout en continuant à propager ses idées et pratiquer sa foi en secret). Il a un souci d’éviter les polémiques inutiles. Refus de l’angoisse eschatologique romaine (se conformer au dogme catholique pour atteindre le Paradis), différence avec la fin de l’angoisse protestante qui prône la prédestination : Dieu sait dès la naissance d’une personne si elle ira au Paradis ou en Enfer.

Diffusion[modifier | modifier le code]

Aucune Église valdésienne ne se constitue à proprement parler ; cependant les idées du valdésianisme se diffusent grâce à un réseau de connaissance. Valdés explique qu’il ne veut pas prêcher ouvertement pour ne pas choquer les hommes simples et les hommes brutaux. Le valdésianisme se diffuse partout en Italie et dans le Saint-Empire romain germanique avec le soutien de son frère Alfonso.

Le cardinal anglais Reginala Pole, de sang royal, se réfugie à Rome après le schisme d'Henri VIII. Il est initié au valdésianisme par Flaminio et le diffuse à son tour. En 1541, Valdés meurt. Après Naples c’est à Viterbe que se réunissent les disciples de Valdés : lecture des Évangiles et des textes protestants notamment Jean Calvin.

Elaboration du texte Beneficio de Cristo qui expose les thèses de Juan de Valdés. Manifestation des premières inquiétudes du pouvoir pontifical sur la diffusion des thèses valdésiennes. En 1542 est créée la Congrégation du Saint-Office. Bernardino Ochino est convoqué devant cette dernière à propos de sa proximité avec le valdésianisme. Il part de Venise décidé à répondre à la convocation de la congrégation. Il continue vers Bologne puis Florence où il hésite sur la poursuite de sa route. Il décide finalement de fuir l’Italie et de se réfugier à Genève. Il y est accueilli par Calvin. La fuite d’Ochino provoque un scandale et confirme le péril hérétique en Italie.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Bataillon, Érasme et l'Espagne - Recherches sur l'histoire spirituelle du XVIe siècle, 1937 (thèse), réédition augmentée et corrigée de 1991, Droz, 1998, Genève (ISBN 2-600-00510-2), 903 p.
  • Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, neuvième édition, Armand Colin, Paris, 1990, (ISBN 2-253-06168-9)
  • Massimo Firpo, Entre alumbrados y "espirituales" : estudios sobre Juan de Valdés y el valdesianismo en la crisis religiosa del '500 italiano, Madrid, 2000; trad. de Tra alumbrados e "spirituali": studi su Juan de Valdés e il valdesianesimo nella crisi religiosa, Florence, 1990
  • Stefania Pastore, Una herejía española : Conversos, alumbrados e Inquisición (1449-1559)(trad. de l'it.), Madrid, 2010
  • Domingo Ricart, Juan de Valdés y el pensamiento religioso europeo en los siglos XVI y XVII, México - Lawrence, 1958
  • Santa Teresa, fr. Domingo de (O.C.D.), Juan de Valdés, (1498?-1541). Su pensamiento religioso y las corrientes espirituales de su tiempo, Rome, 1957

Liens externes[modifier | modifier le code]