Journalisme d'enquête

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Le journalisme d'enquête, ou journalisme d'investigation, est un genre journalistique qui se caractérise par la durée de travail sur un même sujet et par des recherches approfondies[1].

En consultant plusieurs sources et en interrogeant plusieurs spécialistes du sujet ou témoins des événements, le journaliste d'investigation peut trier plus efficacement les informations et découvrir des faits inédits. Sa connaissance des faits tiendra donc mieux compte de la réalité et son analyse sera ainsi de meilleure qualité. La définition du journalisme d'investigation, selon la déontologie du journalisme, implique également une indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques ou économiques, et une profondeur d'analyse qui résiste à la tentation de l'audimat ou à la course à l'exclusivité[1].

Description[modifier | modifier le code]

Le Journalisme d'enquête vise à révéler des informations cachées en les recoupant et les vérifiant, au moyen d'enquêtes parfois longues et minutieuses, garanties par le respect de la déontologie du journalisme et de la protection des sources d'information des journalistes, quelle que soit la Ligne éditoriale des médias qui le pratiquent. La jurisprudence assez fine de la loi de 1881 a progressivement permis de protèger le journalisme d'enquête.

Les pays anglo-saxons ont longtemps eu une longueur d'avance dans le domaine, grâce au développement de journaux populaires d'information par Edward Willis Scripps dans le nord des États-Unis, résultant dans la création de l'Empire de presse Scripps-Howard et d'une agence de presse indépendante car coopérative, l'Associated Press. En Allemagne, le journalisme d'enquête a eu du succès grâce à la pratique de l'hebdomadaire Der Spiegel.

En France, Le Canard enchaîné, référence dans le domaine dès sa création, a été rejoint par des journaux comme Bakchich (version papier et version numérique) et Mediapart (exclusivement numérique). Certaines "lettres confidentielles" ont également développé un pôle d'investigation important sur les coulisses du pouvoir et sur le monde des dirigeants d'entreprise, tels La Lettre A et Entourage.

Au Québec, le journaliste Daniel Leblanc s'est particulièrement fait connaître en déclenchant le scandale des commandites grâce à une enquête fouillée. Aux États-Unis, Eric Schlosser est l'un des journalistes d'investigation les plus connus. On pourrait le comparer aussi à Mark Curtis en Angleterre, spécialisé dans les enquêtes historiques des affaires étrangères du Royaume-Uni et des États-Unis.

Appréciation du concept de journalisme d'investigation[modifier | modifier le code]

Certains journalistes s'adonnant aux enquêtes au long cours réfutent l'idée de la spécificité d'un journalisme d'enquête. Ainsi Fabrice Arfi explique-t-il : « Quand vous allez chercher une information, vous la vérifiez, vous la recoupez, vous la recontextualisez, vous la hiérarchisez, vous l'historicisez si besoin, vous la confrontez avec les personnes concernées, vous la publiez, (...) vous faites un travail de journaliste »[2].

Pierre Péan refuse le mot investigation : « Ça fait des années que je m'évertue à répéter que je ne me reconnais pas sous le vocable de journaliste d'investigation. Investigation, c'est la traduction d'une expression américaine policière. Je préfère le mot enquête. Je me définirai plutôt comme un enquêteur d'initiative sur sujets sensibles »[3].

Quelques exemples de journalistes d'investigation[modifier | modifier le code]

Des journalistes français comme Claude Angeli, Jacques Derogy, Philippe Madelin, Laurent Léger, Roger Lenglet, Vincent Nouzille, Edwy Plenel, Pierre Péan, Denis Robert ou Marie-Monique Robin figurent aussi parmi les journalistes d'investigation. On peut aussi citer Mark Hunter, un journaliste et universitaire d'origine américaine qui a conduit un certain nombre d'enquêtes, comme sur l'affaire Suzanne de Canson où une héritière fut dépouillée[4].

Citons à ce titre quelques exemples éloquents de journalistes d'investigation français : Nicolas Giudici[5] et Jean Hélène (respectivement assassinés en 2001 et 2003), Guy-André Kieffer (disparu dans des circonstances mystérieuses en 2004), Jean-Pascal Couraud (disparu également dans des conditions suspectes en 1997). De même, les « suicides » douteux ne les épargnent pas, comme celui de Didier Contant (défenestré en 2004 d'un immeuble parisien) et Alain Gossens (journaliste belge), alias KarmaOne, mort le 6 juillet 2010, à la suite d'une « chute » du haut d'une église ; tous deux travaillaient sur des dossiers sensibles. Ajoutons aussi pour terminer des soupçons de meurtres dans les décès de Gary Webb, Morris Ketchum Jessup, Serge Monast, Stephen Knight et Yann Moncomble qui travaillaient de façon indépendante.

Exemples d'affaires ayant fait l'objet d'enquêtes[modifier | modifier le code]

De nombreuses affaires ont fait l'objet d'enquêtes journalistiques, tel que le scandale de l'amiante ou celui du Watergate, l'affaire du sang contaminé, Rhodia, Karachi ou Carignon. Les journalistes d'enquête qui « dénoncent le gangstérisme des tout-puissants patrons des trusts et la corruption des politiciens qui l'accompagne » ont été qualifiés de « fouille-merde » par Theodore Roosevelt dans son discours The Man with the Muck Rake[6] en 1906[7].

Le scandale des commandites[modifier | modifier le code]

Le scandale des commandites, relevé par Daniel Leblanc, est une affaire politique canadienne relative à l'usage illégal de fonds publics fédéraux pour financer une opération de relations publiques visant à contrecarrer la popularité de la souveraineté dans la province de Québec, un système de ristourne permettait au Parti libéral canadien de se financer à même le détournement des fonds publics.

L'affaire trafic d'organes[modifier | modifier le code]

Voleurs d'yeux est le résultat d'une enquête sur le trafic d'organes en Amérique et en Europe conduite par la journaliste Marie-Monique Robin.

L'affaire Magnitski[modifier | modifier le code]

Les journalistes Hans Hermans et Martin Maat, dans Justice for Sergeï, démontent la gigantesque affaire de corruption qui a abouti à la mort de l'avocat russe Sergueï Magnitski.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Le journalisme d'investigation », sur franceinter.fr,‎ 17 avril 2013 (consulté le 17 avril 2013)
  2. Fabrice Arfi, Le journalisme d'investigation existe-t-il encore en France ?, conférence prononcée le 20 mai 2014 à l'École Militaire à l'invitation de l'ANAJ-IHEDN, à partir de 2'40.
  3. Pierre Péan : « Le journalisme d'investigation n'existe pas ! », lefigaro.fr, 28 mars 2014.
  4. Mark Hunter. Le destin de Suzanne: la véritable affaire Canson. Fayard, 1995
  5. (it) Carlo Ruta it:Carlo Ruta (avec Jean-Francois Gayraud) Il caso Giudici. La misteriosa morte del giornalista che indagò i poteri forti di Francia, aux Éditions Alpine Studio, Lecco (Italie) 28 août 2012 (ISBN 9788896822401) 128 p.
  6. The Man with the Muck Rake
  7. Gérard Vindt, « Etats-Unis : Muckrackers contre barons voleurs », sur Alternatives Economiques,‎ février 1996

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mark Hunter. Le Journalisme D'Investigation. PUF, collection Que Sais-Je, 1998
  • Patrick Auvret, Le journalisme d'investigation selon la Convention européenne des droits de l'homme, Legipresse, 1997
  • (en) Paul Bradshaw, Michael Bromley, Investigative Journalism: Context and Practice, Routledge, 2008.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]