Journées de mai 1937 à Barcelone

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Journées de mai à Barcelone
Informations générales
Date 3 mai 1937 - 8 mai 1937
Lieu Barcelone et plusieurs localités de Catalogne (Espagne)
Casus belli Occupation par les forces gouvernementales du central téléphonique de Barcelone tenu par les forces de la CNT-FAI
Issue Victoire des représentants de l'État républicain décisive
Belligérants
Flag of Spain (1931 - 1939).svg République espagnole

Flag of Catalonia.svg Généralité de Catalogne

Bandera CNT-FAI.png CNT/FAI
Bandera CNT-FAI.png FIJL
Bandera CNT-FAI.png Groupe des Amis de Durruti
Partido Obrero de Unificación Marxista flag.svg POUM
Flag of the Soviet Union.svg Section léniniste-bolchevique
Commandants
Flag of Catalonia.svg Lluís Companys
Flag of Catalonia.svg Artemi Aiguader
Flag of Spain (1931 - 1939).svg Eusebio Rodríguez Salas
-
Forces en présence
Forces de sécurité
• 3 000 hommes des Gardes d'assaut
• 1000 membres de la Garde nationale républicaine
• env. 1 000 hommes des Mossos d'Esquadra
Renforts postérieurs
• 4 000 hommes des Gardes d'assaut
• 1 cuirassé
• 2 destroyers
Forces auxiliaires
• miliciens du PSUC, d'ERC et d'Estat Català
Milices ouvrières
nombre indéterminé
Pertes
entre 500 et 1 000 morts
1 500 blessés
inconnues
Guerre d'Espagne

On désigne comme les Journées de mai (Jornadas de Mayo de 1937), les Événements de mai (Sucesos de Mayo) ou les Actions de Barcelone (Hechos de Barcelona) plusieurs journées de troubles et d'affrontements survenus dans la première semaine du mois de mai 1937, en divers endroits de la province de Catalogne, particulièrement dans la ville de Barcelone. Ils ont opposé face à face, d'une part des anarchistes et des groupes trotskistes partisans de la Révolution sociale, l'Etat républicain, la Généralité de Catalogne et des groupes politiques socialistes et communistes, d'autre part.

Ces journées sont considérées comme le plus grave des affrontements pour la légalité entre les représentants de la République espagnole de 1932 et les partisans d'une révolution sociale, en progrès constants depuis juillet 1936.

Contexte[modifier | modifier le code]

Conditions politiques[modifier | modifier le code]

Depuis que la révolte militaire avait échoué à Barcelone en juillet 1936, la ville et toute la région catalane étaient restés sous le contrôle des milices ouvrières, spécialement celles des syndicats anarchistes de la CNT-FAI et socialistes de l'UGT. Après s'être emparé des derniers quartiers de la révolte, les leaders anarchistes s'étaient unis à Lluís Companys, président de la Généralité, afin de constituer un « Comité Central des Milices Antifascistes de Catalogne » (Comitè Central de Milícies Antifeixistes de Catalunya, CCMA) : ce Comité devint le vrai gouvernement de la Catalogne. La majorité des partis et syndicats du Front d'Esquerres (nom donné au Front Populaire en Catalogne) y étaient par ailleurs représentés.

La Généralité et le gouvernement central madrilène avaient perdu toute capacité d'action face au CCMA et assistaient passifs à la révolution sociale qui avait lieu en Catalogne et s'étendait à l'Aragon. La plupart des industries furent collectivisées, sauf les banques, qui restèrent sous le contrôle de la Généralité. Mais, à diverses reprises, les banques refusèrent des crédits que sollicitait le CCMA, au motif que ses activités échappaient à la surveillance de la Généralité. Au mois d'octobre 1936, le CCMA fut finalement dissous, et ses membres nommés consellers du gouvernement de la Généralité. Mais les patrouilles de contrôle, bras armé du CCMA et contrôlées par la CNT-FAI, poursuivirent leurs activités avec une totale liberté, vue l'impossibilité du gouvernement catalan à pouvoir les contrôler[1].

Un climat de méfiance et d'affrontement était présent non seulement entre les institutions républicaines et les organisations ouvrières, mais également à l'intérieur de celles-ci, spécialement entre les anarchistes d'un côté, les socialistes, les nationalistes catalans et les communistes de l'autre. Même entre les communistes, il existaient de fortes divisions : d'un côté se trouvaient les communistes « staliniens » du PCE et du PSUC qui suivaient la doctrine officielle de l'URSS, étaient partisans de l'« alliance objective » avec la bourgeoisie républicaine et donc de séparer les buts de la guerre et de la révolution. De l'autre côté, les marxistes du POUM, radicalement opposés à Staline et ses partisans, et son mouvement de jeunesse, la JCI (Juventud Comunista Iberica), souhaitaient mener de front révolution et guerre civile[2].

La tension augmenta considérablement durant l'hiver 1936-1937, à cause d'un enchaînement d'événements qui échauffèrent le climat politique et préparèrent la voie à un affrontement de plus grande ampleur. Le POUM, malgré ses divergences politiques avec Trotski et sa ligne politique, lui proposa de venir en Catalogne. La campagne de dénigrement du POUM par le PCE s'intensifia, notamment au mois de mars lors de la tenue d'une grande conférence à Valence (capitale de la République espagnole depuis le retrait de Madrid par le gouvernement). Les leaders du POUM furent accusés d'être des agents des nazis cachés sous une fausse propagande révolutionnaire[3].

En même temps, la tension dans les rues de Barcelone commençait à être palpable avec l'arrivée du printemps : les Patrouilles de contrôle, sous la direction de José Asens, continuaient d'arrêter et exécuter arbitrairement des suspects. D'autres patrouilles anarchistes, sous couvert d'expropriations populaires, se livraient au pillage[1]. Josep Tarradellas, bras droit de Lluís Companys, était décidé à réunir les diverses forces de sécurité en Catalogne sous un seul commandement pour en finir avec les patrouilles de contrôle. Le 26 mars, il interdit par décret que les membres de la police eussent une filiation politique et ordonna la remise de toutes les armes que possédaient les partis politiques. Les anarchistes se retirèrent immédiatement du gouvernement de la Généralité[4]. Cette première crise obligea Lluís Companys à céder aux exigences des anarchistes et à leur rendre les armes, permettant aux patrouilles de contrôle de poursuivre leurs activités.

Le 25 avril, une force de carabiniers (chargés du contrôle des frontières sous la IIe République), sur ordre de Juan Negrín, ministre de l'Économie, obligea les patrouilles de la CNT à leur céder la charge du contrôle des douanes de Puigcerdá, dont la région servait de centre d'espionnage, falsification de passeports, passages clandestins de la frontière. Après un violent affrontement, où le maire de Puigcerdá, Antonio Martín, et ses hommes furent tués, les carabiniers reprirent possession des bureaux de douane. Juan Negrín étendit alors le contrôle du gouvernement aux autres postes de douane avec la France[1].

Au même moment, la garde nationale républicaine et la garde d'assaut étaient envoyées à Figueras et dans d'autres villes du nord de la Catalogne pour se substituer aux patrouilles de la CNT. À Barcelone, on commença à craindre qu'éclate une guerre ouverte entre les anarchistes et le POUM d'une part, le gouvernement et les communistes d'autre part : c'est dans ce contexte que, le 26 avril, George Orwell arriva à Barcelone[5]. Chaque camp constitua des dépôts d'armes et de munitions et fortifia ses édifices en secret, de peur d'une attaque[6]. Le calme fut conservé la première semaine du mois de mai. Le premier mai, jour de fête, se déroula en silence : l'UGT et la CNT s'étaient mis d'accord pour suspendre les défilés qui auraient occasionnés des désordres[6].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Trois forces politiques ont participé à la préparation et au développement des événements qui ont plongé Barcelone dans le chaos. La CNT, les jeunesses libertaires, le POUM et d'autres groupes de moindre importance comme les anarchistes du Groupe des amis de Durruti ou les trotskistes de la Section bolchevique-léniniste d'Espagne.

Face à eux, plusieurs groupes moins importants souhaitaient le retour à la légalité républicaine, qu'il s'agisse du gouvernement central de Valence ou de la Généralité. Ils étaient principalement représentés par l'ERC ou le PSUC. Le PSUC avait pour objectif prioritaire de gagner la guerre, considérant que sans la victoire il était inopportun de soutenir un mouvement révolutionnaire. Il entendait se présenter comme un parti efficace face au chaos révolutionnaire et défendait le raffermissement du gouvernement central qui se substituerait les comités locaux. Pour l'obtenir il fallait mettre sur pied une armée organisée et disciplinée, instruite et dirigée par un commandement unique.

Un troisième secteur était composé par l'aile « possibiliste » de la CNT. Ces hommes souhaitaient la cessation immédiate des hostilités entre les deux camps précédents.

Combats[modifier | modifier le code]

Préliminaires : le 2 mai[modifier | modifier le code]

La prise du central téléphonique de Barcelone par la garde d'assaut est reconnue généralement comme l'événement déclencheur des Journées de mai. Le central téléphonique était contrôlé par la CNT depuis le début de la guerre, ce qui donnait au syndicat anarchiste le contrôle sur les appels passés dans toute la Catalogne et avec le reste de l'Espagne.

Le 2 mai, le ministre de la Marine et de l'armée de l'Air, Indalecio Prieto, voulut téléphoner à la Généralité de Catalogne depuis Valence : le standardiste lui répondit que le seul gouvernement à Barcelone était le Comité de défense[6]. Plus tard, le président de la République, Manuel Azaña appela le président de la Généralité, Lluís Companys, mais l'appel fut interrompu par un standardiste qui affirma que les lignes devaient être utilisées à des fins plus importantes[7]. Refusant plus longtemps que leurs conversations soient écoutées ou écourtées par les syndicalistes de la CNT, les membres du gouvernement décidèrent de prendre des mesures.

La situation à Barcelone était explosive. Le soir du 2 mai, des tirs éclatèrent entre des membres de Estat Català et des anarchistes de la FAI, dont un homme fut tué.

3 mai[modifier | modifier le code]

Un corps de 200 policiers, commandés par le conseiller à l'Ordre public de la Généralité de Catalogne, Eusebio Rodríguez Salas, sur ordre du responsable des Affaires intérieures de la Généralité, Artemi Aiguader, se rendit au central téléphonique perquisitionner au département de la censure, au 2e étage du bâtiment, dans le but d'en prendre le contrôle. Dans la mesure où les anarchistes de la CNT en avaient obtenu le contrôle légalement, suite à un accord avec la Généralité, cela parut leur être une provocation. Ils ouvrirent le feu depuis le pallier du 2e étage. Eusebio Rodríguez Salas appela des secours par téléphone, faisant intervenir la Garde nationale républicaine accompagnée de deux chefs des Patrouilles de contrôle, Dionisio Eroles, chef anarchiste du commissariat, et José Asens, chef des Patrouilles de contrôle. Dionisio Eroles réussit à convaincre les anarchistes de cesser le feu[6].

Au même moment, la place de Catalogne se couvrit de monde : on crut que les anarchistes avaient capturé le chef de la police. Le POUM, les Amis de Durruti, les Léninistes-bolchéviques et les jeunesses anarchistes prirent position. Au bout de quelques heures, toutes les organisations politiques avaient sorti les armes qu'elles tenaient cachées et élevaient des barricades dans la ville[2]. Les unités de police occupent les terrasses de café et les clochers des églises. Lorsque la nuit tombe, la ville de Barcelone se prépare au combat. Le PSUC et le gouvernement de la Généralité contrôlent les secteurs de la ville à l'est des Ramblas, tandis que les anarchistes gardent en main les quartiers à l'ouest et les faubourgs. Le centre-ville, où se trouvent les sièges des syndicats et des partis politiques, installés dans des immeubles ou des hôtels réquisitionnés, est partagé entre les différentes factions. Au central téléphonique même, les communications ne sont pas interrompues, suite à une trêve décidée par les différents acteurs. La police, installée au 1er étage, envoie même des sandwiches aux anarchistes qui occupent les étages supérieurs[8].

Mais la situation empire, dans la mesure où il n'existe pas de cohésion à l'intérieur de la CNT ou de la FAI : la direction répète ses appels aux calmes, mais les jeunesses et les extrémistes ne les entendent pas. Aux premières heures de la nuit, les dirigeants du POUM proposent aux chefs anarchistes de former une alliance contre les communistes et le gouvernement, ce que la CNT, comme la FAI, refusent[8].

4 mai[modifier | modifier le code]

Au matin du 4 mai, les rues de Barcelone sont silencieuses, hormis quelques tirs de fusils et de mitrailleuses. Les commerces et les immeubles sont fermés, les rues bloquées par des barricades. Les milices anarchistes attaquent les casernes de la garde d'assaut et les édifices gouvernementaux, avant que les communistes et les gouvernementaux contre-attaquent[8].

La plus grande partie des ouvriers barcelonais soutient les anarcho-syndicalistes, mais craint le déclenchement d'une nouvelle guerre civile. Dans le même temps, les appels au calme se multiplient. A 11 heures du matin, les délégués des syndicats anarchistes se réunissent et s'engagent à rechercher le retour au calme le plus rapidement. Les dirigeants anarchistes Joan García Oliver et Federica Montseny appellent à la radio leurs amis à déposer les armes et retourner au travail. Jacinto Toryho Rodríguez, directeur du journal anarchiste Solidaridad Obrera s'exprime dans le même sens[8]. Les ministres anarchistes, comme Mariano Rodríguez Vázquez, secrétaire du comité national de la CNT, Pascual Tomás et Carlos Hernández Zancajo, membre du comité exécutif de l'UGT, quittent Valence pour Barcelone[8].

Sur le front de l'Aragon, les unités de la 26e division de l'armée populaire, ancienne colonne Durruti, sous les ordres de Gregorio Jover, se regroupent à Barbastro, dans l'idée de marcher sur Barcelone, mais restent sur place suite à l'appel de Joan García Oliver. En revanche, la 28e division, ancienne colonne Ascaso, et la 29e division du POUM, n'abandonnent par leur projet d'avancer vers Madrid, avant que le commandant, communiste, de l'aviation républicaine en Aragon, Alfonso Reyes, les menace de les bombarder sur la route[9].

Vers 5 heures de l'après-midi, à Barcelone, plusieurs anarchistes sont abattus par des policiers, avenue Durruti. Lors des échanges de tir est également tué l'anarchiste Domingo Ascaso, parent de Francisco et de Joaquín Ascaso, président du Conseil régional de défense de l'Aragon. Le POUM se joint aux insurgés anarchistes, tandis que la section Léniniste-bolchevique distribue des tracts intitulés Vive l'offensive révolutionnaire, demandant le désarmement des GNR et des gardes d'assaut, la grève générale et la démission du gouvernement républicain.

5 mai[modifier | modifier le code]

A la Généralité de Catalogne, Josep Tarradellas, chargé par le président Companys de négocier avec les anarchistes, refuse leurs exigences, en particulier les démissions d'Eusebio Rodríguez Salas et Artemi Aiguader. Finalement, afin de trouver un accord, il propose que le gouvernement catalan démissionne, à condition que le nouveau inclue des anarchistes, la Gauche républicaine, le PSUC, des rabassaires, mais aussi Artemi Aiguader[9]. Federica Montseny, chargée des négociations entre les deux camps, arrive dans la soirée à Barcelone.

Mais les tirs incontrôlés se poursuivent dans les rues de Barcelone, tuant ceux qui se risquent à sortir dans les rues. A 9 h 30 du matin, la garde d'assaut attaque le bureau central du syndicat des médecins, rue Santa Anna, et le siège central de la fédération locale de la FIJL. Vers cinq heures de l'après-midi, les écrivains anarchistes italiens Camillo Berneri et Francesco Barbieri sont arrêtés par six gardes d'assaut et six membres du PSUC, et sont exécutés un peu plus tard[10]. La tension monte encore d'un cran lorsqu'un destroyer britannique, venu pour évacuer les étrangers, entre dans le port de Barcelone, faisant craindre aux membres du POUM qu'il vienne bombarder la ville[9].

Pendant ce temps, l'unité des anarchistes se fissure. Tandis que les Amis de Durruti réclament l'union des forces anarchistes avec le POUM, la CNT, la FAI et la FIJL s'y refusent. À l'extérieur de Barcelone, les événements s'accélèrent. A Tarragone, Tortosa et Vic éclatent des combats, alors que la garde d'assaut essaie de reprendre le contrôle des centraux téléphoniques occupés par la CNT[9]. Dans la nuit, Lluis Companys accepte la proposition de Francisco Largo Caballero, qui lui envoie des renforts afin de rétablir l'ordre.

6 mai[modifier | modifier le code]

À l'aube, la CNT appelle encore une fois les travailleurs à reprendre le travail, mais la peur des Barcelonais les pousse à rester chez eux pour la plupart[9]. Dans l'après-midi, les combats reprennent. Plusieurs gardes des GNR sont tués par des tirs de mortier des FIJL. Le communiste Antonio Sesé, secrétaire général de l'UGT catalane et membre du nouveau conseil provisoire de la Généralité, est tué alors qu'il se rend en voiture afin de recevoir ses fonctions[11].

Dans le même temps, une force de 5 000 hommes, en majorité des gardes d'assaut dirigés par le colonel anarchiste Emilio Torres, sur ordre du gouvernement républicain, quitte Madrid et Valence pour Barcelone. Dans la nuit, deux destroyers républicains, accompagnés du cuirassé Jaime I, atteignent le port de Barcelone, transportant des troupes de Valence[11]. A Tarragone, les miliciens d'Estat Català, d'ERC et du PSUC attaquent le siège local de la FIJL.

7 mai[modifier | modifier le code]

A 8 heures vingt du matin, les groupes de gardes d'assaut venus de Madrid et Valence arrivent à Barcelone, après avoir réprimé les mouvements à Tarragone et Reus et occupent plusieurs points stratégiques de la ville[11]. Les gardes d'assaut désarment les miliciens de la CNT, de la FAI, de la FIJL et du POUM dans la plupart des villes catalanes, comme à Barcelone. Pendant ce temps, la CNT réitère encore son appel à reprendre le travail.

8 mai[modifier | modifier le code]

Les rues retrouvent leur tranquillité, malgré quelques incidents sporadiques, et les barricades sont démontées. La presse évalue alors les pertes à 500 morts et un millier de blessés[12]. Les combats continuent dans quelques localités de Catalogne, mais les anarchistes sont finalement mis en déroute et battus.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les Journées de Mai eurent de profondes conséquences sur le camp républicain. Elles firent la preuve que les anarchistes étaient extrêmement divisés, et qu'un fossé s'était ouvert entre les instances dirigeantes de la CNT et les ministres CNT du gouvernement républicain, qui se consacraient à gagner la guerre, et les jeunesses anarchistes qui voulaient voir triompher la révolution. Des personnes importantes, comme Manuel Escorza et Joan García Oliver, avaient perdu toute influence sur leurs partisans[13]. Les membres du Groupe des amis de Durruti furent d'ailleurs exclus de la CNT par la direction pour avoir soutenu l'insurrection contre les appels au calme.

La victoire des forces gouvernementales et communistes marqua la chute du second « gouvernement de la Victoire » de Francisco Largo Caballero, et la sortie des ministres anarchistes. Parallèlement, la présence et le rôle des communistes au sein de l'appareil républicain se renforça[14]. La crise montra d'ailleurs qu'il ne pouvait y avoir de trêve entre les communistes et les trotskystes du POUM.

La Généralité de Catalogne fut réformée, avec l'entrée des syndicalistes de l'UGT Rafael Vidiella et de la CNT Valerio Mas, et le représentant de l'ERC Josep Tarradellas, mais elle retrouva tous ses pouvoirs. Les Journées de Mai signèrent la fin définitive de la révolution sociale en Catalogne. Le nouveau directeur de l'Ordre public à Barcelone, José Echevarría Novoa, rétablit rapidement la normalité du système judiciaire. Rapidement, celui-ci tomba aux mains des communistes, qui s'en servirent afin de poursuivre leur lutte contre les éléments du POUM[13]. Le parti fut rendu illégal peu de temps après, le 16 juin 1937, et ses principaux dirigeants, comme Julián Gorkin et Andrés Nin, furent arrêtés[15]. Les autorités républicaines ne prirent en revanche pas de mesure plus répressive contre la CNT-FAI, car elles jouissaient encore d'une grande influence.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Les Événements de Mai ont eu un impact très fort dans les esprits contemporains, au point d'inspirer à de multiples reprises des romans et des films.

  • Hommage à la Catalogne, roman de George Orwell, est le premier et le plus fameux des récits qui relate ces « journées de mai ». L'ouvrage est d'ailleurs publié en avril 1938, moins d'un an après la fin des événements. L'écrivain anglais reste une source intéressante dans la mesure où il fut témoin direct des combats, en tant que milicien du POUM.
  • La place du Diamant, roman de Mercè Rodoreda publié en 1962, considéré comme l'une des œuvres majeures de la littérature catalane d'après-guerre, raconte l'histoire d'une fille, Natalia, qui voit ses rêves brisés par la guerre. Elle assiste en particulier aux événements tragiques de mai.
  • La place du Diamant, film de 1982 réalisé par Francesc Beatriu, basé sur le roman du même nom.
  • Les Mémoires du Général Escobar, film de 1984 réalisé par José Luis Madrid, raconte l'histoire du général Antonio Escobar et le rôle qu'il joua dans la guerre civile et les Événements de Barcelone.
  • Land and Freedom, film de 1995 réalisé par l'Anglais Ken Loach, inspiré des pages de George Orwell. La partie finale du film traite des événements de Mai, auxquels le héros assiste.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 501.
  2. a et b Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 503.
  3. Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 498.
  4. Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 500.
  5. Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 859.
  6. a, b, c et d Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 502.
  7. Jaume Miravitlles, La CNT en la Revolución Española, Barcelone, 1972, p. 141.
  8. a, b, c, d et e Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 504.
  9. a, b, c, d et e Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 505.
  10. Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 505 et 861.
  11. a, b et c Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 506.
  12. José Peirats, La CNT en la revolución española, vol. 2, Toulouse, 1952, p. 206
  13. a et b Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 507.
  14. Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 507-510.
  15. Hugh Thomas, La guerre d'Espagne, p. 537.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]