Journées de juillet 1917

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Petrograd, 4 juillet 1917. Dispersion de la foule sur la perspective Nevski après l'ouverture du feu par les troupes du gouvernement provisoire.

Les journées de juillet 1917 se réfèrent aux événements qui ont eu lieu à Petrograd en Russie entre le 3 et le 7 juillet (du calendrier julien, soit du 16 au 20 juillet dans le calendrier grégorien), quand les soldats et les ouvriers de la ville se sont révoltés contre le gouvernement provisoire. La tentative d'insurrection, conduite par les bolcheviks, a échoué : Lénine est entré dans la clandestinité, tandis que les autres dirigeants ont été arrêtés. Les journées de juillet ont entraîné une baisse temporaire du pouvoir et de l'influence bolcheviques dans la période d'avant la révolution d'Octobre.

Causes[modifier | modifier le code]

Au premier Congrès des soviets, au mois de juin 1917, les bolcheviks avaient lancé le mot d'ordre : « Tout le pouvoir aux soviets », et Lénine avait déclaré que le Parti bolchevique était prêt à exercer le pouvoir. Dans le même temps, la tension montait parmi les soldats à Petrograd. Le Congrès des soviets organise pour le 18 juin une manifestation de soutien aux soviets qui prend un caractère pro-bolchevique lorsqu'elle a lieu.

Alexandre Kerensky, alors ministre de la guerre et de la marine, a ordonné le 16 juin une vaste offensive russe contre les forces austro-hongroises, appelée « offensive Kerensky ». Malgré les premiers succès, les Russes ont été battus et l'opération s'est terminée le 2 juillet, rapidement suivie par une contre-offensive des forces allemande et austro-hongroise, le 6 juillet. L'armée entre en décomposition, les désertions se multiplient, les protestations de l'arrière contre la guerre enflent. Suite à des rumeurs concernant un renforcement de la discipline dans l'armée, les soldats de la garnison de Petrograd craignent d'être envoyés au front[1]. La popularité de Kerensky se dégrade et les slogans réclamant le renversement du gouvernement provisoire trouvent un écho particulier.

L'offensive russe en Galicie déclenche le 3 juillet à Petrograd une vague de protestations qui se prolonge pendant quatre jours. Les 3 et 4 juillet, l'échec de l'offensive connu, les soldats stationnés dans la capitale Petrograd refusent de repartir au front. Rejoints par les ouvriers et les marins de Cronstadt, ils manifestent « dans le but de confier le pouvoir » au Soviet de Petrograd[2]. Les protestations des travailleurs se sont rapidement transformées en de violentes émeutes.

Implication bolchevique[modifier | modifier le code]

Alors que les soldats et ouvriers de Petrograd se préparent à une manifestation armée, Lénine quitte la capitale pour se reposer dans une maison de campagne en Finlande. Le Parti bolchevique peut soit jeter son poids derrière les manifestations et, éventuellement, être écrasé, soit s'abstenir de risque, avec la possibilité que de nombreux travailleurs perdent confiance en eux. Les bolcheviks se sont finalement joints aux manifestations, mais ils n'ont pas poussé totalement pour une révolution. Lorsqu'il revient le 4 juillet, Lénine s'adresse aux manifestants du balcon du palais Kczecinska, mais sans enthousiasme[3].

Débordés par la base, les bolcheviks s'opposent à une insurrection prématurée, estimant qu'il est encore trop tôt pour renverser le gouvernement provisoire : les bolcheviks ne sont majoritaires qu'à Petrograd et Moscou, tandis que les partis socialistes modérés conservent une influence importante dans le reste du pays. Ils préfèrent laisser le gouvernement aller au bout de ses possibilités et montrer son incapacité à gérer les problèmes de la révolution : la paix, la journée de 8 heures, la réforme agraire. Lénine estimait que, si les travailleurs de Petrograd s'étaient radicalisés, le pays dans son ensemble n'était pas prêt pour la révolution, donc les travailleurs seraient vaincus s'ils tentaient de s'emparer du pouvoir à Petrograd seuls.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les dirigeants bolcheviques présentent la révolte comme un mouvement spontané, mais elle est assimilée à une tentative du parti pour se saisir du pouvoir. Le gouvernement provisoire, effrayé du soutien qu'apporte la Garde rouge aux bolcheviks, fait venir des troupes dans la capitale, interdit la Pravda et donne l'ordre d'arrêter les dirigeants bolcheviques, les accusant d'incitation à la révolte avec l'appui financier allemand. Lénine et Grigori Zinoviev ont fui avec succès et sont entrés dans la clandestinité en Finlande, mais beaucoup d'autres dirigeants bolcheviks ont été arrêtés, en particulier Lev Kamenev, puis Léon Trotsky et Anatoli Lounatcharski qui ont été appréhendés le 22 juillet. Ils sont restés en prison jusqu'à ce que Kerensky les relâchent à la suite de l'« affaire Kornilov ». Devant la montée de la résistance, le congrès du Parti bolchevique qui se tient au début d'août 1917 décide de suspendre le mot d'ordre : « Tout le pouvoir aux soviets. »

La défaite en Galicie ouvre une crise ministérielle et le prince Lvov doit céder la place à Kerensky à la tête du gouvernement provisoire.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Heller et Aleksandr Nekrich, L'Utopie au pouvoir. Histoire de l'URSS de 1917 à nos jours, Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l'esprit », Paris, 1985, p. 25.
  2. Marc Ferro, La Révolution de 1917, Albin Michel, Paris, 1997, p. 501.
  3. Michel Heller et Aleksandr Nekrich, L'Utopie au pouvoir, op. cit., p. 25.