Journée d'émancipation des serfs au Tibet

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La Journée de la libération des serfs au Tibet ou Journée d'émancipation des serfs (農奴解放日 / 农奴解放日[1]) est une journée de commémoration instaurée à la date du 28 mars par l'Assemblée nationale chinoise pour célébrer chaque année l'abolition du servage ou émancipation des serfs au Tibet en 1959[2].

Décision de commémoration[modifier | modifier le code]

Le 19 janvier 2009, les 382 législateurs de la Région autonome du Tibet ont voté à l'unanimité en faveur de l'adoption du 28 mars comme journée commémorative de l'émancipation des serfs[3].

Cette journée, en 2009, doit marquer le commencement de réforme démocratique de la « structure sociale, théocratique et féodale tibétaine » le 28 mars 1959, sous la direction du Président Mao Zedong[4].

Selon l'Assemblée nationale chinoise, le 28 mars 1959, l'Armée populaire de libération a mis un terme à l'oppression féodale et religieuse dans la Région autonome du Tibet. L'élite tibétaine employait environ un million de Tibétains (90 % de la population) comme serfs et esclaves[5],[6].

Pang Boyong, secrétaire général du Comité permanent du Congrès régional tibétain, a déclaré que cette date vise à « rappeler à tous les Chinois, y compris les Tibétains, l'importante réforme démocratique inaugurée il y a 50 ans »[7].

Anna Louise Strong rapporte que les dettes féodales furent annulées le 17 juillet 1959 par le Comité préparatoire de la région autonome du Tibet[8]. Warren W. Smith Jr le confirme, et suggère de plus que le gouvernement a choisi le 28 mars à la place comme « contre-propagande » au troubles au Tibet en mars 2008[9].

Contexte et réactions[modifier | modifier le code]

Dans l'histoire du Tibet, le 28 mars 1959 est la date où Zhou Enlai prit un arrêté proclamant la dissolution du Gouvernement du Tibet de l'époque[10].

Le gouvernement tibétain en exil considère l'anniversaire du 28 mars comme une « tragédie ». En effet 87 000 Tibétains sont décédés lors de la rébellion de 1959[11].

La décision de faire du 28 mars la Journée d'émancipation des serfs a été prise en 2009, dans un contexte qui voit Pékin augmenter ses attaques contre le dalaï-lama, ce qui, à en croire le journaliste d'Asia Times Kent Ewing, « probablement aigrira davantage les Tibétains »[12]. La date est aussi proche du cinquantenaire du soulèvement tibétain de 1959[13]. Tsering Shakya, pour sa part, voit dans la « Journée d'émancipation des serfs » comme un rite orchestré par le gouvernement en réponse aux « manifestations étendues qui ont paralysé le plateau tibétain en mars-avril 2008 » et « une illustration classique de la nature du pouvoir chinois sur les Tibétains »[14].

Le 10 mars 2009, le Parlement européen dans une recherche des conditions permettant de favoriser le dialogue entre le dalaï-lama et le gouvernement chinois[15], « en appelle au président chinois Hu Jintao afin qu'il démontre qu'il tient à honorer sa déclaration du 6 mars 2008 selon laquelle "la stabilité du Tibet concerne la stabilité du pays de même que la sécurité du Tibet concerne la sécurité du pays" et demande avec insistance que les dirigeants chinois garantissent le bien-être des Tibétains et préservent l'harmonie et la stabilité sociales, en invitant la commission permanente du Congrès du peuple de la Région autonome du Tibet à annuler sa décision de commémorer le 28 mars 2009 comme "Journée d'émancipation des serfs" ». À l'adoption de cette résolution, proposée par Charles Tannock (en), Thomas Mann et Georg Jarzembowski (en), le gouvernement chinois réplique, dans un article reproduit dans divers médias officiels[16] que « [...] lorsque Monsieur Thomas Mann, président de l'intergroupe Tibet du Parlement européen, indique que l'instauration de la "Journée de l'émancipation du million de serfs tibétains" est "un grand affront et outrage aux Tibétains", on ne peut s'empêcher de se demander : Qui sont-ils au juste les "Tibétains" dont parle ce monsieur ? Il est certain que les "Tibétains" de ce monsieur ne comprennent pas le million d'anciens serfs et esclaves qui représentaient plus de 90 % de la population globale tibétaine ».

Toute première commémoration[modifier | modifier le code]

Le 28 mars 2009, devant le palais du Potala à Lhassa, s'est tenue la toute première cérémonie de commémoration de l'émancipation des serfs au Tibet 50 ans plus tôt. Présidée par Qiangba Puncog, président du gouvernement de la Région autonome du Tibet, la cérémonie a rassemblé 13 000 personnes, la plupart en habit traditionnel tibétain[17]. Tsondre, un agriculteur de Lhassa, et Sun Huanxun, un ancien combattant de l'APL, ont évoqué la condition misérable et les mauvais traitements de l'époque[18].

À cette occasion, le secrétaire du parti communiste chinois de la région autonome du Tibet, Zhang Qingli, a déclaré :

« La lutte qui nous oppose à la clique du dalaï lama n'a pas trait à l'éthique, la religion ou les droits de l'Homme (..), elle concerne la souveraineté nationale et l'intégrité du territoire. Nous devons rester vigilants et fermement réprimer toutes les activités séparatistes » [19].

D'autres manifestations se sont déroulées dans le pays. Ainsi à Pékin le jeune Gyancain Norbu, le panchen-lama reconnu par le gouvernement chinois en 1995, assistait à la cérémonie[20]. Toujours à Pékin, une exposition intitulée Cinquante ans de réforme démocratique au Tibet a été organisée[21].

Pour les Tibétains en exil, cette célébration est perçue comme une insulte et une provocation[19]. Le 28 mars est aussi l'anniversaire de la destitution du gouvernement du dalaï-lama par Pékin[19].

Manifestations connexes[modifier | modifier le code]

En rapport avec cette commémoration, diverses manifestations ont eu lieu en Chine et à l'étranger, dont :

  • la création d'un insigne de la Journée d'émancipation, associant le drapeau national chinois à cinq étoiles, un soleil et une montagne enneigée[22];
  • l'installation, sur la place du palais du Potala, de huit peintures représentant des motifs tibétains traditionnels[23];
  • à New York, une exposition de photos sur les changements intervenus au Tibet depuis cinquante ans, organisée par des associations de Chinois expatriés[24].

Commémoration de 2012[modifier | modifier le code]

Le 27 mars 2012, la fête de l'émancipation des serfs du Tibet a été marquée par un symposium qui s'est tenu à l'université du Tibet. le but de ce symposium était de faire connaître à la jeune génération ce qu'était la condition servile sous l'Ancien régime[25].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Libertytimes.com 西藏農奴解放日通過 藏人反彈, Libertytimes.com, consulté le 19 janvier 2009.
  2. (en) James Reynolds, Serfs' Emancipation Day for Tibet, BBC News, 19-01-2009.
  3. (en) Tibet sets 'Serfs Emancipation Day' , China.org.cn, 19-01-2009.
  4. (en) China to mark defeat of Tibetan uprising of 1959, 12 janvier 2009 : « The bill is aimed at “reminding all the Chinese people, including Tibetans, of the landmark democratic reform initiated 50 years ago,” Pang Boyong, deputy secretary general of the Tibetan regional congress standing committee, said on Saturday ».
  5. (en) Legislators call for day to remember Tibet freedom, Morning Star, 16-01-2009.
  6. (en) The day that changed my life - Tibet sets Serfs Emancipation Day, Xinhua News Agency, 19-01-2009.
  7. (en) Saibal Dasgupta, China to celebrate Dalai Lama's exit from Tibet with a public holiday, TimesofInda.com, 11-01-2009.
  8. (en) Strong, Anna Louise, When serfs stood up in Tibet, Beijing, New World Press,‎ 1976 (lire en ligne), « VIII Lhalu's serfs accuse » : « All "feudal debts" had been outlawed by the resolution passed July 17 by the Preparatory Committee for the Tibet Autonomous Region ».
  9. (en) Jamyang Norbu, « Warren Smith on "Serf Emancipation Day" », Shadow Tibet,‎ 2009-03-20 (consulté le 2010-08-03) : « the Chinese Government has decided to celebrate 28 March, the date that the “Tibetan local government” was dissolved, as “Serf Emancipation Day”. The fact that 28 March was chosen, rather than 2 July, the day that the Preparatory Committee for the Tibet Autonomous Region announced the Democratic Reforms, indicates that Serf Emancipation Day is intended as counter-propaganda to the uprising of 2008 ».
  10. (en) National Uprising, sur tibet.com, le site officiel du Gouvernement tibétain en exil.
  11. Pascale Nivelle, «L’émancipation des serfs tibétains» fêtée Libération, 22 janvier 2009 « Pour le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala, le 28 mars est l’anniversaire d’une tragédie. Entre mars et octobre 1959, la répression chinoise avait fait, selon eux, quelque 87 000 morts. Lundi, Sonam Dagpo, secrétaire aux Relations internationales du gouvernement en exil, a protesté à l’annonce de la nouvelle journée d’«émancipation des serfs» : «Si les Tibétains étaient vraiment des esclaves, pourquoi leurs descendants se battent-ils pour la liberté aujourd’hui ?» »
  12. (en) Kent Ewing, China closes the door on Tibet, Asia Times online, 26-02-2009 : « That reminder, however, will probably only serve to further embitter Tibetans ».
  13. (en) Miranda Leitsinger, Date for Tibetan 'Serfs Emancipation Day' set, CNN, 20-01-09.
  14. (en) Tsering Shakya on "Serf Emancipation Day", Shadow Tibet, Jamyang Norbu's Blog, 22 mars 2009.
  15. (fr) Résolution du Parlement européen sur le 50e anniversaire du soulèvement tibétain et le dialogue entre le Dalaï-Lama et le gouvernement chinois.
  16. (fr) L'ancien Tibet n'était pas « Shangri-La », Le Quotidien du Peuple en ligne, 21-04-2009.
  17. (fr) La Chine marque sa journée de "l'émancipation des serfs" au Tibet, article AFP, 28-03-2009.
  18. (fr) « Chine: célébration de la Journée de l'émancipation des serfs au Tibet » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-13, sur le site Campus Ouvert Éthique et Société (CODES), 28-03-2009.
  19. a, b et c La région du Tibet doit rouvrir ses portes aux touristes étrangers, sur le site Radio86, 30 mars 2009.
  20. La Chine marque sa journée de "l'émancipation des serfs" au Tibet, La Dépêche du Midi, 28 mars 2009.
  21. Bruno Philip, "Au Tibet, c'est le paradis !" Le Monde, 3 avril 2009, « En ce 50e anniversaire du soulèvement de Lhassa et de la fuite du dalaï-lama (10 et 17 mars 1959), le régime chinois a tenu à frapper les esprits. En témoigne l'organisation à Pékin d'une exposition dont l'intitulé ne laisse pas place au doute - Cinquante ans de réforme démocratique au Tibet - et qui, de fait, représente, dans son genre, un sommet dans l'art de la propagande d'Etat »
  22. (fr) Insigne de la « Journée d'émancipation d'un million de serfs tibétains », Site Les droits de l'homme du Tibet (fr.328tibet.cn), 27-03-2009.
  23. (fr) Huit peintures synonymes de bon augure présentées sur la place du palais du Potala, site Les droits de l'homme du Tibet (328tibet.cn), 15-04-2009.
  24. (fr) New York : exposition de photos sur le Tibet, site Les droits de l'homme du Tibet (328tibet.cn), 07-04-2009.
  25. (en) Symposium held to remark Serfs Emancipation Day, ChinaTibetNews, 2012-Mar-30.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Sha Yuan, Le système de servage féodal au Tibet, Centres d'études himalayennes du CNRS (CEH), Villejuif, 2000, 44 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]