Joseph Vacher

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Joseph Vacher

Portrait de Joseph Vacher après son arrestation
Information
Surnom Le Tueur de bergers, Jack l'Éventreur du Sud-Est
Naissance 16 novembre 1869
Beaufort, Isère (France)
Décès 31 décembre 1898 (à 29 ans)
Bourg-en-Bresse (France)
Cause du décès Décapitation
Condamnation 28 octobre 1898
Sentence Guillotine
Meurtres
Nombre de victimes Condamné pour un seul meurtre, bien qu'il en ait avoué 11 et une tentative de viol
Période 20 mai 1894 - 18 juin 1897
Pays France (Isère, Var, Étaules, Savoie, Ain, Drôme, Ardèche, Allier, Haute-Loire, Rhône)
Arrestation 4 août 1897

Joseph Vacher, surnommé le « tueur de bergers[1] » ou le « Jack l'Éventreur du Sud-Est[2] » (né à Beaufort dans l'Isère, le 16 novembre 1869[3] – exécuté à Bourg-en-Bresse, le 31 décembre 1898), est un sergent réformé devenu vagabond, considéré, après Martin Dumollard, comme l'un des premiers tueurs en série français. Considéré comme l’auteur d'une trentaine de meurtres, dont l'égorgement d'au moins vingt femmes et adolescents, par la suite mutilés et violés, il avoue en tout onze meurtres et une tentative de viol. Finalement jugé pour un seul assassinat[4], il est reconnu coupable, ce en dépit d'un séjour en institution psychiatrique et d'un comportement excentrique, et guillotiné. Son cas, dès son procès, fera l'objet d'un vif débat sur le thème « santé mentale et responsabilité pénale », et il sera également évoqué dans bon nombre de réflexions sur les manières d'aborder le problème du vagabondage à la charnière entre les XIXe et XXe siècles en France[5]. Joseph Vacher a laissé plusieurs lettres, adressées pour la plupart à sa famille, aux médecins chargés de l'examiner ou à ses juges.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

L'affaire Vacher éclate une dizaine d'années après qu'à Londres, Jack l'Éventreur a défrayé la chronique avec une série de meurtres horribles commis sur des prostituées.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né dans une famille nombreuse – on ne lui compte pas moins de quinze frères et sœurs[Note 1] – et respectée de cultivateurs de l'Isère, fils de Pierre Vacher, soixante ans, Joseph Vacher est élevé dans une atmosphère teintée de mysticisme et de superstitions alimentée par sa mère, Marie-Rose dite Rosalie Ravit, de quinze ans plus jeune que son mari, femme très dévote, régulièrement en proie à des hallucinations[6],[7].

Il a un frère jumeau, Eugène, qui meurt précocement, à l'âge de huit mois, étouffé par une grosse boule de pain chaud qu'a négligemment posée sur lui l'un de ses frères[8].

Enfant, le jeune Joseph se serait montré d’un caractère sournois et cruel, aimant torturer les animaux[9]. Il est aussi parfois pris de crises de démence, durant lesquelles il brise tout ce qui est à sa portée. Également violent et doué d’une force surprenante, il n'hésite pas à frapper ses frères et sœurs, même les plus âgés, se montrant tout aussi brutal avec ses camarades d’école.

Il commence à travailler à quatorze ans, à la mort de sa mère, et débute vraisemblablement sa carrière criminelle peu de temps après. Le 18 juin 1884, Joseph Amieux, un enfant de dix ans, est violé et tué dans une grange d'Eclose dans l'Isère. Vacher, qui se trouve dans la région à l'époque du meurtre, sera soupçonné d'en être l'auteur (mais seulement dix années plus tard), ainsi que de trois ou quatre crimes qui suivront et qui ne seront jamais vraiment élucidés.

À seize ans, il entre comme postulant chez les Frères maristes de Saint-Genis-Laval[10]. Il y reste deux ans et y parfait son instruction, allant, semble-t-il, jusqu’à faire la classe aux enfants. Il est exclu à dix-huit ans pour indiscipline et immoralité, se voyant notamment reprocher de se livrer à des actes homosexuels sur ses condisciples. Il restera néanmoins profondément marqué par ce passage chez les religieux.

L'armée[modifier | modifier le code]

« Vacher soldat au 60e de Ligne ». Gravure d'après photo, signée Lionel, parue dans Le Tueur de bergers, [1898].

Il retourne alors à Beaufort et s'adonne aux travaux des champs. C'est à ce moment qu'il aurait tenté d'abuser d'un jeune valet de ferme âgé de douze ans. Il part ensuite pour Grenoble retrouver l'une de ses sœurs, Olympe, prostituée devenue tenancière de maison close, et que l'on a surnommée « Kilomètre » à cause de ses talents de « marathonienne des trottoirs »[11].

En 1888, il travaille dans une brasserie de Grenoble et fréquente les prostituées. Il contracte alors une maladie vénérienne qui l'amène à subir, le 11 février 1889, une intervention chirurgicale à l'hôpital de l'Antiquaille de Lyon, opération durant laquelle on lui enlève une partie d'un testicule. Cette opération castratrice l'aurait traumatisé[6].

Lors de son service militaire, il est envoyé le 15 novembre 1890 au 60e régiment d'infanterie de Besançon[10]. Durant sa période militaire, il subira des brimades et « bizutages » de la part de ses camarades plus anciens. Ces derniers, ainsi que ses supérieurs, le décrivent comme psychiquement troublé, atteint d'idées noires et de délire de persécution.

Bien que classé quatrième de sa promotion à l’école des élèves caporaux, il est néanmoins recalé, car « inapte au commandement » selon les sergents-instructeurs, ce qui constitue pour lui une nouvelle source d’amertume et de colère. Pour protester contre cette injustice, Vacher tente de se trancher la gorge. À l’infirmerie où il est emmené, il subit son premier examen mental. Le colonel venu lui rendre visite l’interroge. L’ayant jugé quant à lui apte au grade de caporal, il lui accorde finalement son galon. Une fois sorti de l’infirmerie, Vacher montre une aptitude certaine au commandement, même s’il est trop autoritaire. Ses qualités lui permettent d’être rapidement nommé sergent[10].

Le vagabond tueur de bergers[modifier | modifier le code]

Louise Barrant.

C'est durant cette période qu'il rencontre à Besançon une jeune cantinière du nom de Louise Barrand. Il la rejoint à Baume-les-Dames le 25 juin 1893[10] pour la demander en mariage. Face au refus de cette dernière, qui s'est entretemps éprise d’un autre soldat, il tire sur elle trois coups de revolver avant de tenter de se suicider en retournant l'arme contre lui. L'un et l'autre ne sont que blessés. En ce qui concerne Vacher, deux balles (une dans le rocher et l'autre dans le cou), qui ont pénétré par l'oreille droite, ne peuvent être extraites et provoquent la surdité totale de ce côté, ainsi qu'une paralysie du nerf facial droit, qui laisse son œil droit injecté de sang plus grand que l'autre[12]. À la suite de cet épisode, Joseph Vacher, dont l'oreille suppure en permanence, gardera presque toujours la tête couverte.

« Assassinat de Marie M[o]ussier (19 ans) ». Les crimes de Vacher, le tueur de bergers. Illustration pour Le Progrès illustré (Lyon).

Considéré comme irresponsable car psychiquement atteint – il souffre en effet de crises de paranoïa et d'hallucinations –, il passe, à partir du 7 juillet 1893, plus de six mois à l'asile de Dole, dans le Jura[10], où les soins qu'on lui prodigue sont limités. Le 2 août 1893, il est définitivement réformé de l'armée pour troubles psychiques. Peu de temps après, il s'évade de l'asile, mais est arrêté à Besançon. De nouveau interné, cette fois-ci à Saint-Robert, il obtient son billet de sortie le 1er avril 1894, le directeur de l'institution, un certain Mr Dufour[13], le considérant comme totalement guéri[14].

Après sa sortie de l'asile, Vacher retourne d'abord à Saint-Genis-Laval, puis se dirige vers Grenoble, en passant par Beaurepaire[14]. C'est là que, le 19 mai 1894, est commis le premier meurtre avoué par Vacher, celui d'Eugénie Delomme, vingt et un ans. À partir de ce moment, et durant trois ans, Vacher aurait commis des crimes au hasard de sa route, laissant d'autres être suspectés à sa place, et il aurait échappé à toute enquête grâce à d'incessants déplacements. Il effectue jusqu'à 60 km à pied par jour, traversant la France de la Normandie au Tarn, via la Bourgogne et la vallée du Rhône, vivant de petits boulots dans différentes fermes.

Le 31 août 1895 est découvert à Bénonces dans l'Ain le corps horriblement mutilé de Victor Portalier, un jeune berger d'une quinzaine d'années ; plusieurs témoins donnent alors le signalement d'un vagabond qui, comme signes particuliers, « a une cicatrice ou rougeur sur l'œil droit, porte un petit sac en toile et un bâton[15] », mais le personnage en question semble s'être volatilisé[16]. L'affaire reste en suspens.

Le 9 mars 1896, Vacher est arrêté pour vagabondage et coups et blessures, et est condamné par le parquet de Baugé à une peine d'un mois d'emprisonnement. Quelques jours auparavant, un homme répondant à son signalement avait failli être interpellé alors qu'il tentait de violer une fillette de onze ans à Noyen-sur-Sarthe[17].

Mode opératoire[modifier | modifier le code]

Plan du lieu du crime du 31 août 1895 à Bénonces (extrait) dressé par l'instituteur Martin sur indications du garde-champêtre Joseph Morcel. 2 décembre 1897. L'original se trouve aux Archives départementales de l'Ain.

« Vacher [le tueur] recherche et guette des jeunes filles ou des jeunes garçons isolés ; tels les bergers et les bergères […] : l'objet de ses désirs étant trouvé dans les conditions voulues, la victime est marquée du sceau du meurtrier, il se jette à sa gorge, qu'il serre d'abord par strangulation, et qu'il sectionne ensuite rapidement avec le couteau ou plutôt le rasoir qu'il porte toujours sur lui ; une fois et instantanément abattue, il lui fait subir des mutilations diverses : éventration, section des seins (si c'est une femme), section des testicules (si c'est un homme), puis, au comble de l'excitation et du paroxysme, il frappe de nouveau et au hasard le cadavre déjà mutilé... et consomme le forfait par le viol, d'habitude inversif… »[18].

On l'a suspecté, au total, d'au moins trente et un viols – souvent post mortem – et meurtres, des homicides pour la plupart marqués par une extrême violence. Il semblait avoir une prédilection pour les jeunes gens de treize, quatorze ans.

Enquête et arrestation[modifier | modifier le code]

Portrait du juge d'instruction Émile Fourquet.
Publicité parue dans Le Petit Parisien du 9 novembre 1897 pour L'Éventreur, texte de Henri Monet, illustrations d'Ed. Carrier. L'instruction est alors toujours en cours ; le procès de Vacher n'aura lieu qu'en octobre de l'année suivante.
Quatrième de couverture d'une livraison des Mémoires de Vacher de Gaston Méry, dont la publication débute en novembre 1897[19].

Le 4 août 1897, Joseph Vacher est pris en flagrant délit d'« outrages publics à la pudeur » dans un bois à Champis, en Ardèche. Il a tenté d'agresser une fermière, Mme Plantier. Alerté par les cris de la victime, le mari de celle-ci, avec l'aide de deux autres personnes, est venu à son secours et a permis l'arrestation. Le 7 septembre, Vacher est, pour ce crime, condamné à trois mois de prison par le tribunal de Tournon[16].

Le juge d'instruction Émile Fourquet, qui a pris ses fonctions à Belley dans l'Ain en avril 1897, est cependant alerté du fait que le physique de Vacher correspond au signalement du principal suspect dans l'affaire du meurtre du jeune Portalier. Le juge, qui dresse de grands tableaux de plusieurs crimes similaires, apparaît comme l'un des premiers profileurs français[20]. Vacher est transféré à la prison de Belley et soumis aux interrogatoires de Fourquet. Devant le mutisme de Vacher, le juge use d'un stratagème pour connaître les endroits visités par l'homme : il lui dit qu'il écrit un ouvrage sur les vagabonds – ce qui est le cas, mais le sujet en est en fait les « vagabonds criminels »[21] – et invite Vacher à parler de ses pérégrinations à travers le pays, ce que Vacher fait sans se douter du piège. Le juge constate ainsi que les errances de Vacher passent essentiellement par le sud-est de la France, la région du Rhône et de l'Ain, soit par des endroits où des crimes présentant certaines similitudes ont été perpétrés.

Joseph Vacher conversant avec le juge d'instruction Émile Fourquet. 1897. Bibliothèque de la Ville de Lyon.

Le 10 octobre 1897, Vacher passe aux aveux d'abord pour huit meurtres[22]. Le 16 paraît dans Le Petit Journal une « lettre de Vacher »[13], dont celui-ci a négocié la publication en échange de sa confession[23]. Certains soupçonnent Vacher de se vanter d'avoir commis des crimes dont il a seulement entendu parler. Cependant, c'est suivant les indications de Vacher lui-même que des ossements seront retrouvés dans un puits, le 25 octobre, à Tassin-la-Demi-Lune dans le Rhône[24]. Selon le médecin légiste chargé d'étudier les restes – un dénommé Jean Boyer –, ceux-ci appartiendraient à une personne d'un sexe indéterminé, âgée d'une quinzaine d'années et morte depuis au moins trois mois sans qu'il ne soit possible, selon lui, d'indiquer une période précise[25]. On croit d'abord qu'il s'agit des restes de François Bully, un manœuvre de dix-sept ans[26], mais celui-ci se manifeste et, plus tard, grâce aux vêtements et à la denture, les parents de Claudius Beaupied, un jeune chemineau (vagabond) de quatorze ans, croiront reconnaître la dépouille de leur fils.

Les crimes avoués par Vacher[modifier | modifier le code]

Parmi la cinquantaine[27] de crimes dont Vacher finira par être suspecté, notamment par le juge d'instruction Émile Fourquet, Vacher avoue en tout onze meurtres et une tentative de viol[28] :

Découverte de restes humains dans un puits à Tassin-La-Demi-Lune. Octobre 1897.

Procès[modifier | modifier le code]

Selon l'article 64 du Code pénal de 1810, « Il n'y a ni crime ni délit, lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l'action, ou lorsqu'il a été contraint par une force à laquelle il n'a pu résister[29]. » Le 14 juin 1898, suivant la procédure judiciaire, le juge d'instruction Fourquet charge trois médecins – Alexandre Lacassagne, professeur de médecine légale à l'Université de Lyon, et les médecins aliénistes Antoine-Auguste Pierret et Fleury Rebatel – de dresser un rapport sur l'état mental de Vacher pour faire connaître « notamment si l'inculpé jouit de la plénitude de toutes ses facultés intellectuelles, s'il a conscience des actes qu'il commet et s'il doit être considéré comme responsable de ses actes et dans quelle mesure » ; deux autres médecins sont par ailleurs chargés de l'examen radiographique de la tête et d'inspecter l'oreille de Vacher[30].

Durant son procès, qui débute le 26 octobre 1898 et dure trois jours, l'accusé se comporte de manière excentrique, portant un panneau autour du cou sur lequel est écrit « j'ai une balle dans la tête » et hurlant « Vive Jésus ! Vive Jeanne d'Arc », sans que l'on sache s'il s'agit là d'un authentique délire ou d'une volonté d'amadouer et de susciter la pitié chez le jury en se faisant passer pour fou.

L'affaire est très suivie par la presse locale, nationale, et attire même l'attention de journaux étrangers.

Les débats concernant la santé mentale de Vacher[modifier | modifier le code]

Vacher aurait été victime d'un empoisonnement, suivi d'une typhoïde.

En outre, selon le rapport médico-légal établi par le docteur Bozonnet à la prison de Belley le 19 septembre 1897 : « Le nommé Vacher, détenu, vingt-huit ans, est atteint de débilité mentale, d’idées fixes voisines des idées de persécutions, de dégoût profond pour la vie régulière. Il présente une otite suppurée et une paralysie faciale, consécutives à un coup de feu. Il affirme aussi avoir deux balles dans la tête. La responsabilité de Vacher est très notablement diminuée. »

En revanche, le rapport du docteur Lacassagne, à la suite d'une longue démonstration qui s'évertue davantage à souligner le degré d'atrocité des crimes reprochés à Vacher, conclut : « Vacher n'est pas aliéné ; il est absolument guéri et complètement responsable des crimes qu'il a commis et avoués. »

Vacher est, à tout le moins, atteint d'une sorte de graphorrhée. En prison, il ne cesse d'écrire des lettres. Il écrit notamment au juge pour que lui soit fourni du papier, ou pour lui réclamer une chaise pour pouvoir écrire à son aise, la seule chaise dont il dispose étant scellée au mur et le forçant à écrire debout.

Selon certaines interprétations psychologiques récentes, la mort d'un frère jumeau[3] de Joseph Vacher, alors qu'il avait huit mois, a pu influencer son comportement, qui s'expliquerait par la volonté de tuer son double, ou bien la croyance, chez lui, selon laquelle son double tuait et violait, orchestrait en quelque sorte son esprit.[réf. nécessaire]

Vacher, soupçonné d'être anarchiste[modifier | modifier le code]

Condamnation et exécution[modifier | modifier le code]

Jugé avec une certaine hâte, après un quart d'heure de délibérations et sans tenir compte de ses graves antécédents médicaux, Joseph Vacher est, le 28 octobre 1898, à l'âge de vingt-neuf ans, condamné à mort par les assises de l'Ain pour le seul assassinat de Victor Portalier.

« Le réveil de Vacher ». Joseph Vacher, le jour de son exécution. Une du Supplément illustré du Petit Journal, no 426, 15 janvier 1899. La légende dit : « L'abominable Vacher a été exécuté ; la société l'a, non pas puni, le châtiment ne serait pas équivalent à ses crimes, elle l'a supprimé, elle s'est délivrée de lui ; c'est ce qu'elle avait de mieux à faire. Si, en écoutant certains philanthropes, on avait enfermé Vacher, il est bien probable qu'il se serait évadé et de nouveaux crimes auraient été commis. […] »

Le dernier jour de l'année 1898, il est guillotiné sur le Champ-de-Mars de Bourg-en-Bresse par le bourreau Louis Deibler ; ce sera d'ailleurs la dernière exécution effectuée par celui-ci, sa démission devenant effective le 2 janvier de l'année suivante[31].

Les dernières paroles du condamné seront : « C'est heureux que je me sois fait couper les cheveux » selon Le Petit Parisien – Vacher a en effet demandé à ce qu'on lui rase le crâne et la barbe peu de temps auparavant[32] –, « La voilà, la victime des fautes des asiles. » et « Vous croyez, en me faisant mourir, expier les fautes de la France. La France est coupable ! Tout est injustice. […] »[33] Plus de deux mille personnes assistent à l'exécution, malgré la pluie et le froid, bien que l'exécution ait lieu la veille du Jour de l'An[32]. Le couperet tombe à sept heures trois[34].

Vacher, incarnation du « monstre »[modifier | modifier le code]

Moulage de la tête de Joseph Vacher. Musée Testut-Latarjet, Lyon.

Les errances de la tête de Vacher[modifier | modifier le code]

Réflexions sur Joseph Vacher[modifier | modifier le code]

« Et, cependant, Vacher est toujours Vacher, c'est-à-dire cet être inexplicable et inexpliqué, au sadisme tellement monstrueux qu'on se demande avec anxiété si l'on a affaire à un fou ou si tant de crimes avoués ne cachent pas une sanglante forfanterie destinée à faire croire à un état mental proche de la folie. Et c'est bien là le problème qui aujourd'hui comme hier, se pose. Est-on en face d'un responsable ? »

— Gaston Leroux[35]

« Le vrai sadisme, c'est Justine, comme le vrai sadique c'est Joseph Vacher, le vagabond.

On s'est peu occupé de cet homme, qui est pourtant un curieux monstre et un exemplaire rare de la férocité sexuelle. La mimique de la cruauté est exactement celle de l'amour physique ; une femme sur qui se jette un homme furieux ne pourrait savoir d'abord, gardât-elle sa présence d'esprit, si on veut la tuer ou si on veut la violer. Pour certains êtres informes, inachevés, l'idée de meurtre est à peu près inséparable de l'idée de luxure. […] Ces êtres-là, dès qu'on les a suffisamment observés, doivent être supprimés sans pitié et sans phrases. Vacher avait une seconde tare, le vagabondage ; son acte commis il disparaissait, mais il disparaissait aussi sans cause ; il devait marcher ; il n'aurait pas pu rester en place. […] On a vu Vacher expliquer ses actes par des motifs religieux […]. La religion et la cruauté s'allient fort bien dans les natures inférieures ; si l'on joint à ces deux termes l'idée sexuelle, on a le sadisme religieux. […] Tels qu'ils sont, Sade et Vacher peuvent être classés parmi les types représentatifs de l'animalité humaine. »

— Rémy de Gourmont, Épilogues. Réflexions sur la vie. 1895-1898[36]

« […] nous sommes convaincu d'avoir dit la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Après s'être rendu compte de nos efforts on conviendra, nous l'espérons, que si nous nous sommes trompé, c'est certainement de bonne foi. »

— Alexandre Lacassagne, Préface de Vacher l'éventreur et les crimes sadiques. 1899

Iconographie[modifier | modifier le code]

Joseph Vacher. Photographie que le juge d'instruction Fourquet fera prendre de Vacher pour permettre son identification par des témoins. Bibliothèque de la Ville de Lyon.

Sur la photographie prise après son arrestation à fin d'identification par des témoins, Vacher porte une toque en peau de lapin qu'il a, à en croire Vacher, confectionnée lui-même, ainsi que son plastron, peu avant son arrestation[37]. Sur bon nombre d'illustrations le représentant en train de perpétrer des atrocités, il est représenté affublé de cette toque, devenue une de ses « marques de fabrique ». Cependant, le vagabond aurait porté un « chapeau de paille du style panama »[15] selon les témoignages collectés après la découverte du corps du jeune Portalier. Un chapeau de paille est mentionné dans l'inventaire du bagage de Vacher, dressé à la suite de son arrestation en 1897[38], mais celui-ci semble par la suite avoir disparu, au profit de cette fameuse toque.

Vacher ne consentit à se laisser photographier qu'à la condition de pouvoir poser avec des clefs en main, expliquant : « Quand mes parents me verront ainsi, ils comprendront bien que ce sont les clefs du paradis que j'ai à la main. »[39]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quatre enfants nés d'un premier mariage, de Pierre Vacher avec Virginie Didier : Virginie (née en 1839), Virgine (1840), Pierre (1844) et Marie-Philomène (1847), et douze autres enfants nés du remariage de Pierre avec Rosalie Ravit : Rosalie-Joséphine (1852), Jacques (1854), Auguste (1856), Louise-Antoinette (1858), Olympe (1860), Rosalie (1862), Victorine (1864), Pierrette (1865), Marceline (1867), les jumeaux Joseph et Eugène (1869), et enfin Louis (1872). – Cuisinier, 2002, p. 75-76.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Le tueur de bergers », dans Le Matin, 28/10/1898, p. 3. En ligne sur Gallica.
  2. « Arrestation du tueur de bergers », dans Le Petit Journal, 9/10/1897, p. 3. En ligne sur Gallica. – Surnommé « The French Jack the Ripper » dans la presse anglo-saxonne de l'époque.
  3. a et b Actes de naissance de Joseph et Eugène Vacher (mort le 15/7/1870). A.D. Isère. Beaufort, Naissances, 1860-1894 (9NUM/AC032/4). Vue 62, no 18 et 19.
  4. Archives départementales de l'Ain. Affaire Vacher. 691-699 Procédure devant la chambre des mises en accusation. Acte d'accusation, no 21-42.
  5. Cfr. notamment Alexandre Bérard, « Le vagabondage en France », dans A. Lacassagne, G. Tarde (dir.), Archives d'anthropologie criminelle de criminologie et de psychologie normale et pathologique, Lyon, Storck - Paris, Masson, 1898, t. 13 p. 601-614, ou l'article du juge Fourquet, « Les vagabonds criminels », 1899.
  6. a et b Olivier Chevrier, « Joseph Vacher, 1er tueur en série », émission L'Heure du crime sur RTL, 11 avril 2012.
  7. J.-P. Deloux, 1995, p. 80.
  8. Cuisinier, 2002, p. 76.
  9. A. Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, p. 9.
  10. a, b, c, d et e A. Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, p. 4.
  11. Deloux, 2000, p. 87.
  12. G. Papillault, « Observations craniologiques de la tête de Vacher », dans Laborde et al., « Étude psycho-physiologique, médico-légale et anatomique sur Vacher », p. 488-493.
  13. a et b « Joseph Vacher, le tueur de bergers », dans Le Petit Journal, 16/10/1897, p. 2. En ligne sur Gallica.
  14. a et b A. Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, p. 5.
  15. a et b Archives départementales de l'Ain, Affaire Vacher, 1 à 146 Renseignements pièces de forme, no 35.
  16. a et b A. Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, p. 2.
  17. A. Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, p. 7.
  18. Laborde, Manouvrier, Papillault et Gellé, « Étude psycho-physiologique, médico-légale et anatomique sur Vacher », p. 465.
  19. « Les Mémoires de Vacher. Le Tueur de bergères » et « Vacher l'assassin », dans Le Petit Parisien, 10 novembre 1897, p. 3. En ligne sur Gallica.
  20. Jacques Dallest, « Joseph Vacher, éventreur de bergers au XIXe siècle », dans Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, no 3, 2009, p. 565.
  21. Cfr. Fourquet, 1899, « Les vagabonds criminels ».
  22. « Joseph Vacher, le tueur de bergers », dans Le Petit Journal, 13/10/1897, p. 1. En ligne sur Gallica.
  23. A.D. Ain, Affaire Vacher. 54 à 146 Première information pièce de forme. no 11-12. Lettre adressée au procureur de la République par le procureur général, dans laquelle il note : « Il y a lieu de remarquer que l'état de l'inculpé doit dès maintenant attirer toute votre attention et que, s'il est établi que nous sommes en présence d'un fou, il sera très suffisant d'être fixé sur sa participation aux différents crimes qu'il semble reconnaître, sans qu'il soit nécessaire de pousser au-delà l'information, qui ne deviendrait nécessaire, qu'autant que la responsabilité pénale du détenu pourrait être affirmée. » Il termine en disant : « Il va de soi, toutefois, qu'il serait fort inutile de faire connaître aux journalistes que cette communication est la condition demandée par l'inculpé pour prix de ses révélations. »
  24. A. Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, p. 38.
  25. Rapport d'expertise concernant le corps retrouvé à Tassin, dans Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, p. 105 sv.
  26. Vacher l'assassin - L'assassinat du Petit Chemineau, dans Le Petit Parisien, 26/10/1897, p. 2.
  27. « 52 crimes imputés à Vacher ou avoués par lui », dans Le Tueur de bergers, p. 2.
  28. A. Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, « Les Aveux de Vacher », p. 5-8. - Joseph Vacher maintiendra « n'être » l'auteur « que » de onze meurtres et une tentative de viol jusqu'à son procès.
  29. « Code pénal de 1810 », sur le site ledroitcriminel.
  30. A.D. Ain, Affaire Vacher. 54 à 146 Première information pièce de forme, Commission rogatoire (no 160) et Ordonnance (no 161-163).
  31. « La guillotine à Bourg », dans Le Petit Parisien, 31/12/1898, p. 1. En ligne sur Gallica.
  32. a et b « Exécution de Vacher », dans Le Figaro, 1er janvier 1899, p. 2.
  33. « Exécution de Vacher », dans Le Petit Parisien, 1/1/1899, p. 1-2. En ligne sur Gallica.
  34. Corneloup, 2007, p. 306.
  35. Gaston Leroux, « Le procès Vacher », article paru dans Le Matin, du 24 octobre 1898, p. 2. En ligne sur Gallica.
  36. Remy de Gourmont, Réflexion sur Sade et Vacher, dans Épilogues. Réflexions sur la vie. 1895-1898, 5e édition, Paris, Mercure de France, p. 315-317. En ligne sur Gallica.
  37. Corneloup, 2007, p. 142.
  38. A.D. Ain, Affaire Vacher. 156-172bis Renseignements sur Vacher, no 2.
  39. Le Tueur de bergers, hors-texte.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Archives[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurent-Martin, Le Roi des assassins, vie errante et mystérieuse de Vacher l'éventreur, documents inconnus et secrets, histoire de ses crimes, Paris, Librairie universelle, 1897, 288 p.
  • *** [Auguste Besse, selon J.-P. Deloux et G. Corneloup], Le Tueur de bergers, Paris, S. Schwarz, [1898], 971 p. En ligne sur Gallica. – Ouvrage en partie romancé et publié anonymement par un journaliste avant l'exécution de Vacher.
  • Gaston Méry, Les Mémoires de Vacher, le tueur de bergères, Librairie des publications populaires, [1897-1898]. 90 livraisons. – La publication de la série, censée être basée sur de véritables « mémoires » de Joseph Vacher qui auraient été découverts par hasard, commence en novembre 1897.
  • Édouard Toulouse, Le Rapport des médecins experts sur Vacher, Clermont, impr. Daix frères, 1898, 4 p.
  • Charbonnier (avocat à Bourg), Documents sur l'état mental de Vacher condamné à la peine de mort par arrêt de la cour d'assises de l'Ain du 29 octobre 1898, Grenoble, impr. de Allier, 1899, 46 p. – L'auteur est l'avocat de Joseph Vacher lors de son procès.
  • Émile Fourquet, « Les vagabonds criminels », dans Revue des deux Mondes, mars/avril 1899, p. 399-437 En ligne sur le site de la Revue des deux Mondes. – Fourquet est le juge d'instruction qui mena l'interrogatoire de Joseph Vacher.
  • Jean-Baptiste-Vincent Laborde, Manouvrier, Papillault et Gellé, « Étude psycho-physiologique, médico-légale et anatomique sur Vacher », dans Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, vol. 10, no 10, 1899 (rééd. Paris, Schleicher frères, 1900), p. 453-495. En ligne sur Persée.
  • Alexandre Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, Lyon, A. Storck - Paris, Masson, coll. « Bibliothèque de criminologie, XIX », 1899, IV-314 p. En ligne sur Gallica. – Ouvrage de référence en ce qui concerne cette affaire, et intéressant également en tant qu'illustration de l'état de la criminologie à la fin du XIXe siècle en France.
  • J. Patroni, Vacher, le tueur de bergers : De l'arrestation à la condamnation, de la condamnation à l'exécution, Bourg, impr. Dureuil, 1899, 163 p. – Patroni fut gardien à la maison pénitentiaire de Bourg.
  • Émile Fourquet, Vacher : le plus grand criminel des temps modernes, par son juge d'instruction, Besançon, impr. Jacques et Demontrond, 1931 (rééd. Joseph Vacher l'éventreur, Lucien Souny, coll. « Sortis de l'oubli », 2007, 382 p.). – Mémoires du juge d'instruction, publiés plus de trente ans – et une guerre mondiale – après les faits.
  • Edmond Locard, Les Grands Criminels lyonnais, Albums du crocodile, 1938.
  • Pierre Bouchardon, Vacher l'éventreur, Paris, Albin Michel, 1939, 252 p.
  • Edmond Locard, Trois Causes célèbres, La Flamme d'or, 1954.
  • André Mure, Le Monstre (affaire Vacher), Paris, Éditions de la Flamme d'or, 1954, 126 p.
  • Pierre Morel, Pierre Bouvery, Aspects anthropologiques et sociopathiques de dix assassins guillotinés au XIXe siècle, dans la région lyonnaise (préface d'Edmond Locard), Paris, Masson, coll. « Collection de médecine légale », 1964, 84 p., 8 pl. d'ill.
  • René Tavernier, Henri Garet, Le Juge et l'Assassin, Paris, Presses de la Cité, 1976, 312 p.
  • Jean-Pierre Deloux, Vacher assassin : un serial-killer français au XIXe siècle, Paris, Claire Vigne, coll. « L'Autre Histoire », 1995, 173-VIII p. (ISBN 2-84193-023-8). – Réed. sous le titre Vacher l'éventreur, E-dite, coll. « Histoire », 2000, 189 p. (ISBN 2-84608-026-7)
  • Rémi Cuisinier, L'Assassin des bergères, Lyonnais et Forez, 2002, 226 p. (ISBN 2-9512278-4-1)
  • Olivier Chevrier, Crime ou folie : un cas de tueur en série au XIXe siècle. L'affaire Joseph Vacher, Paris, L'Harmattan, coll. « Sciences criminelles », 2006, 198 p. (ISBN 2-296-01163-2)
  • Joseph Vacher, Écrits d'un tueur de bergers (édition établie et présentée par Philippe Artières), Lyon, À rebours, 2006, 157 p.
  • Gérard Corneloup, Joseph Vacher. Un tueur en série de la Belle époque (préface de Pierre Truche), Brignais, Éditions des Traboules, coll. « Lyon », 2007, 322 p.-XXXII p. de pl. (ISBN 2-915681-24-4)
  • Philippe Artières, « Le gendarme, le photographe et le graffiti : retour sur l'affaire Joseph Vacher », dans Jean-Claude Farcy, Dominique Kalifa, Jean-Noël Luc (dir.), L'Enquête judiciaire en Europe au XIXe siècle, Paris, Créaphis, 2007, p. 295-301. – Extraits en ligne sur Google Books.vignette
  • Philippe Artières, « De sinistre mémoire. Joseph Vacher et ses "mémorialistes" », dans Anna Caiozzo et Anne-Emmanuelle Demartini (dir.), Monstre et imaginaire social, Paris, Créaphis, 2008 (ISBN 978-2-35428-008-6). Extraits en ligne.
  • Jacques Dallest, « Joseph Vacher, éventreur de bergers au XIXe siècle siècle », dans Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, no 3, 2009.
  • Marc Renneville, « L’affaire Joseph Vacher : la fin d'un "brevet d'impunité" pour les criminels ? », dans Droit & Cultures, no 60, 2010. Texte en ligne.
  • (en) Douglas P. Starr, The Killer of Little Shepherds : A True Crime Story and the Birth of Forensic Science, New York, Alfred A. Knopf, 2010, 300 p. (ISBN 978-0-307-26619-4)
  • Koq, La Peau de Vacher, Edilivre, 2013, 404 p.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Le film Le Juge et l'Assassin réalisé par Bertrand Tavernier en 1976 est basé sur cette affaire. Michel Galabru y interprète le rôle de Joseph Vacher (rebaptisé Joseph Bouvier) et Philippe Noiret le rôle du juge Émile Fourquet (renommé Émile Rousseau). La plupart des répliques du personnage de Bouvier proviennent des lettres écrites par Joseph Vacher.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]